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L’affaire Panitza 01

Posted on 14 février 202129 septembre 2024 by Benoît Vincent

L’affaire Panitza est une longue nouvelle inédite, présentée ici, et qui débute par ce prologue.

 

Francie se tenait droite sur ses hanches, sur l’espèce de parquet de palettes qu’ils avaient fait devant le bar pour permettre de servir les clients. Si on traversait la place, on était certain de ne pas la rater, le jour de marché, avec ses bottes et son bonnet qui ressemblait à une bûche, toute noire. Elle n’avait pas choisi de vivre son deuil recluse dans sa maison, haut dans le village, à l’écart, mais elle affichait son visage, placide bien que piqueté par le froid, à la barbe de tous, un café à la main.

La plupart s’en fichaient, mais Bertin, de la mairie, qui avait des accointances avec la famille, aurait souhaité que ça se passe autrement. Dans le recueillement, c’est-à-dire dans la discrétion. Tout se savait ici, et on a tôt fait de démonter un théâtre — du moins en était-on certain. Elle n’était pas de cet avis, Francie. Son mari était parti, emporté par l’épidémie, elle n’avait plus rien, et elle entendait bien le montrer à tous. Ce plus rien.

Elle avait pleuré, oui, mais elle avait dû se remettre sur pied. C’était pas la première perte, et ce sera pas la dernière. Elle aussi elle avait un commerce à faire tourner et si les beaux vestons la narguaient, elle au moins n’avait ni dettes, ni créances. Elle n’avait qu’à ouvrier sa porte pour recevoir, sans faux-conduit ou passe-droite, et en été c’était meilleur encore : de cet acharnement de ruche à elle seul, elle pouvait tirer même miel. Elle n’avait de compte à rendre à personne, et ça lui plaisait bien, après les courses, de se montrer aussi généreuse qu’hautaine, sur des planches mal délavées de la ville, à attendre un pays tout en sirotant son café. Avec beaucoup de sucre. Beaucoup, beaucoup de sucre.

Pfaff sortait de la boucherie, et il était sur sa motocyclette, en train de tâcher de sortir de l’ornière où une voiture pressée l’avait laissé. Il s’agaça et proféra le début d’un sonore « Va te fair… » qu’il termina dans sa barbe, d’une voix douce et comme renversée, parce qu’à ce moment précis deux vieilles dames couvertes de noir, gants et voiles noirs, se tenant par le coude, passaient sur le trottoir. Il se ravisa et projeta sa colère dans le moteur qu’un coup de rein permit de propulser.

Comme tous les mardis, il allait acheter une tranche chez Marius, après quoi il irait prendre un blanc sec chez Bron.

Toutes les heures environ, durant tout le temps que durait l’animation liée au commerce, de la Gran’Rue à la Gran’Place, Francie revenait vers Bron pour un café. Elle tenait le stand de Pfaff le temps qu’il aille chez Marius, à pas tout près — il en profitait pour faire le plein du petit réservoir sur la nationale, pas loin de Pierrevert où, une fois chaque tant, il allait même pousser pour visiter une tante un peu malade.

Bron, cette fois, avait entravé l’entrée de son local avec une très jolie table marquetée en arlequin (les autres riaient et lui demandaient où il l’avait trouvée, elle serait tellement mieux dans son salon, ou mieux, dans sa chambre, pourquoi la laisser là aux intempéries, aux gestes brusques, aux racontars) et à chaque fois qu’elle se présentait, il devait interrompre ce qu’il faisait — la plupart du temps rien, regarder l’écran vide. Il s’était mis en tête que, depuis les annonces du préfet, une espèce de couvre-feu avait été instaurée, et plus aucun client n’avait le droit de s’accouder au bar, tout devait se faire dans la porte, entre deux bourrasques, et ça avait refroidi jusqu’aux habitués. En vérité, Bron avait peur : il se rappelait les racontars de son grand-père, qui avait survécu de justesse à l’épidémie de choléra. Il savait que moins on voyait de monde, mieux on se portait — c’est-à-dire survivait. Qu’ils tombaient comme des mouches. Mais il savait aussi que, pour un bar, tenir porte close n’était pas la meilleure des stratégies. Il opta pour une belle devanture marquetée. Il disait C’est juste comme que j’ai déplacé le zingue, un peu à l’italienne, vous voyez ?

Jojo, un p’tit noir, dit Francie qui s’était mise en tête, depuis qu’elle tenait ainsi le pont, d’appeler Bron Jojo, si bien qu’il lui fallait toujours un certain temps avant qu’il ne se rende compte qu’elle lui passait commande, qu’elle s’adressait à lui. C’était toujours le même rituel. Encore, répondait-il, mais tu vas te faire sauter la marmite ! et il exécutait. La marmite, pour lui, c’était le cœur. Il savait qu’il y avait une image mieux appropriée pour dire le cœur, mais il ne s’en rappelait jamais, alors il avait opté pour la marmite.

Comme ça ç’en s’ra fini de ton gourbi, répondait-elle, modulant rarement son expression, et jamais son contenu. Dans l’esprit de Francie, la marmite évoquait une bombe artisanale.

Pour elle, c’était le pousser à comprendre que le coup de la palette était une connerie.

Pfaff se pointa. Pas grand monde aujourd’hui, fit-il en guise de salut, que seul pouvait entendre Francie, Bron étant occupé à moudre. Elle ne répondit pas tout de suite. Et lorsqu’elle répondit, il était déjà ailleurs.

Pas plus que demain, elle siffla.

Ils burent leur café. Pour le p’tit personnel, jeta Francie. Puis s’en allèrent, retrouvant la motocyclette. Ils calèrent à qui mieux mieux les paquets et les effets dans les sacoches et sur le porte-cul et entre les jambes, si cela était possible, et voilà Francie et Pfaff qui remontaient, allaient rejoindre la départementale par Saint-Michel-l’Observatoire, une paire d’heure sur la motocyclette fraîchement rassasiée pour affronter les 40 kilomètres et quelques, qu’ils ajustaient, guillerets, en roue libre, sur une bonne partie de la descente. Ce n’était pas une partie de plaisir, mais ce n’était pas désagréable de voir filer le paysage, les blaches et les essarts, sans rien trop faire, assis contre Pfaff, qui avait un dos large comme une table. Sans marcher, sans debout.

En vérité cela reposait l’âme et égayait les cœurs, à chacun sa manière, sans pouvoir parler à cause de l’air et du vacarme, mais sans non plus n’avoir rien à se dire, comme quand on s’ennuie ou pire, qu’on s’en félicite.

Rien n’est jamais facile, mais toutes les couleurs sont dans le ciel.

 

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