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Emanuela Schiano di Pepe PERMANENZEViaggi in Italia 2.0© 2020-2024 www.lesmotstraduits.com & www.amboilati.org |
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Un ensemble
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La province de Brescia est l'une des plus peuplées d'Italie (la 5e, après Rome, Milan, Naples, Turin) avec plus d'un million d'habitants ; d'une taille importante (mais non exceptionnelle) elle est surtout très diversifiée, depuis la plaine padane jusqu'aux sommets des Alpes rhétiques, en passant par les préalpes et leurs nombreux lacs (dont Iseo, Idro et surtout Garde). Nous ne connaissons encore que la plaine, Brescia et, pour ce qui me concerne, la ville moyenne de Manerbio, où mes parents y avaient des amis chers. Hormis les lacs et ses charmantes localités, ou cités plus importantes comme Sirmione et son château "lacustre" de Frédéric II, la province est également le site des gravures rupestres de la Valle Camonica, qui datent du mésolithique et perdurent jusqu'après la période romaine. Cet ensemble important (ca 2000 incisions sur plus de 180 sites dans 24 communes) est le premier patrimoine italien classé à l'Unesco (1979). Mais Brescia est de très loin la cité la plus importante de la province (Garda, non distante, se trouve dans la province de Vérone). Du fait du contexte et de mon histoire familiale personnelle (Manerbio par exemple), je dois avouer que j'avais de Brescia un fort a-priori négatif. Je ne pensais pas m'y trouver à l'aise, ni même y trouver une quelconque singularité, à défaut d'un charme esthétique qui aurait dû être su. Je pensais m'y ennuyer, me forcer à me déplacer pour découvrir des charmes secrets, forcer même la ville ou son écriture pour voir enfin frémir ses murs. C'est tout le contraire qui s'est produit. La ville m'a frappé durablement et positivement comme rarement ville a pu le faire (en Italie, peut-être seule Ascoli Piceno a eu la même force évocatrice). Une ville, c'est un ensemble. Non pas un objet nécessairement composite avec des quartiers ou des bourgs très dissemblables ; certaines villes, presque toutes les grandes villes, "possèdent", accueillent des zones aux accents et couleurs divers, pour tout un tas de raisons historiques et géographiques. La ville de Gênes est l'un de ces exemples. Mais même composite, cet objet est un ensemble cohérent, même s'il est complexe, dans lequel une solidarité spatiale (si j'ose dire) est possible. On peine à l'imaginer, mais on pourrait le faire, visiter des villes qui ne sont que des agglomérats, une juxtaposition de réalités fort éloignées les unes des autres (j'ai au moins deux exemples fictionnels en tête, l'un est une planète, l'autre une île). Gênes à part, même New York, même peut-être Kinshasa ou Mexico City ne sont pas ces agglomérats composites. Quoi qu'il en soit, il arrive que certaines villes nous déçoivent ou nous ennuient, ou tout du moins il arrive qu'on ne se trouve pas à son aise dans certaines villes (comme dans certaines maisons ou dans certains paysages naturels), sans qu'on sache toujours précisément la véritable raison... mais probablement parce que cette circularité presque sanguine ou veineuse au moins, réticulaire, des énergies et des atmosphères de la cité ne fonctionne pas, "ça ne passe pas". C'est très net par exemple entre Paris et sa banlieue. Bien que mitoyennes, et formant ce que les urbanistes pourraient désigner sous un unique nom de ville ou d'agglomération (mais ce dernier terme montre bien l'aspect vaguement artificiel du processus), il y a une nette séparation entre Paris et même déjà sa petite couronne. Pas partout sans doute, et puis on redouble d'effort, mais une circulation malaisée, une tendance à la ghettoïsation, une multiplicité de centre exécutifs, ne serait-ce que les communes (autant de communes cela signifie aussi autant de rues de la République, Général de Gaulle, Gambetta ou Gagarine... et donc une nomenclature viaire quasiment impossible à harmoniser)... Mais je ne voudrais pas m'éloigner trop de Brescia, tout de même. Ce qui frappe à Brescia c'est au contraire l'harmonie (insoupçonné par moi) entre -- par exemple -- les époques et les styles architecturaux... (des Romains -- forum -- jusqu'au rationalisme en passant par la Renaissance ou la Révolution industrielle), ou les activités (depuis la viticulture avec le Franciacorta jusqu'à l'industrie de l'armement avec Beretta par exemple). Un rapport européen fait de la province le premier centre industriel du continent d'une richesse de plus de 10 milliards d'euros brut. Autant dire que la cité est riche d'autant plus qu'elle est très peuplée. Ce rapide examen ouvre en quelque sorte un chapitre sur les villes d'harmonie, bien que ce soit une maigre compensation de notre trop rapide passage sur place, et un mauvais service rendu à la richesse de son territoire. Nous y reviendrons, nous y sommes bien obligés. ▲ |
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