{"id":95,"date":"2007-01-08T17:31:25","date_gmt":"2007-01-08T22:31:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=95"},"modified":"2012-04-08T17:24:00","modified_gmt":"2012-04-08T15:24:00","slug":"pas-de-blogue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/pas-de-blogue\/","title":{"rendered":"Pas de blogue"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>Mise \u00e0 jour 2011-2012.<\/strong> Bien \u00e9videmment, ce \u201csite\u201d est un \u201cblogue\u201d. Donc le propos qui suit devient caduc. Ou pas. Diff\u00e9rents d\u00e9veloppements ou mises \u00e0 jour se trouvent <a href=\"pas-de-blogue\">ici<\/a>, <a href=\"cyber-liber-1\">ici<\/a> ou <a href=\"cyber-lyber-2\">l\u00e0<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Je ne veux pas de blogue ici, mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un blogue. Un contenu insignifiant dans un contenant castrateur et redondant.<\/p>\n<p>Voil\u00e0. je me bats contre les blogues.<\/p>\n<p>Je veux autre chose. Je ne vaux pas d&rsquo;autofiction. Cela n&rsquo;existe pas. Le premier qui ose pr\u00e9tendre que Marguerite Duras fait de l&rsquo;autofiction, je lui arrache volontiers la langue.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vu Christine Angot \u00e0 Montpellier, j&rsquo;en ai parl\u00e9 ailleurs (<i><a href=\"http:\/\/\">Une semaine culturelle en France en 2006<\/a><\/i>). Mais je n&rsquo;ai vu qu&rsquo;un \u00e9talage de \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je ne renie aucune douleur, ni celle de l&rsquo;inceste, ni celle de la tromperie, ni celle du viol, ni celle de la d\u00e9portation. Je consid\u00e8re simplement que la litt\u00e9rature n&rsquo;a pas \u00e0 parler de \u00ab\u00a0sa petite affaire familiale\u00a0\u00bb. Faire cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir. La litt\u00e9rature (l&rsquo;inexplicable de la litt\u00e9rature, l&rsquo;insoutenable de la litt\u00e9rature, l&rsquo;impossible de la litt\u00e9rature) est alors \u00e0 la tra\u00eene du sujet \u00e9crivant, et avancer que Proust pr\u00e9figure Angot, Laurens, Houellebecq ou autre est faire preuve d&rsquo;une s\u00e9nilit\u00e9 intellectuelle notoire. <\/p>\n<p>Je ne nie pas le malaise, le mal \u00eatre, l&rsquo;angoisse de vivre. Soit la litt\u00e9rature transcende cela pour en universaliser la port\u00e9e (par exemple, je ne sais pas, Baudelaire), soit elle se dilue dans la compassion \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tout dieu mais d\u00e9vou\u00e9e aux hommes (autre exemple peut-\u00eatre, Camus). Mais ces cat\u00e9gories ne valent rien si l&rsquo;on s&rsquo;en remet au mot m\u00eame, et je ne suis pas s\u00fbr qu&rsquo;un d\u00e9coupage existe.<\/p>\n<p>Je sais simplement que se servir de la litt\u00e9rature comme divan \u00ab\u00a0ne colle pas\u00a0\u00bb, est imm\u00e9diatement emport\u00e9 par le souffle extravagant, exorbitant, de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas Christine Angot que je n&rsquo;aime pas (je me fiche de conna\u00eetre ses malheurs peu \u00e9clatants et mortif\u00e8res), ce sont ses livres, qui encombrent les \u00e9tals d\u00e9j\u00e0 naus\u00e9eux des librairies.<\/p>\n<p>Je revois Deleuze dans son fameux <i>Ab\u00e9c\u00e9daire<\/i> ; je crois que c&rsquo;est la lettre E, comme Enfance :<\/p>\n<blockquote><p>Ecrire, c&rsquo;est t\u00e9moigner de la vie. C&rsquo;est t\u00e9moigner pour la vie. C&rsquo;est t\u00e9moigner, alors, pour, au sens o\u00f9 on le disait, pour les b\u00eates qui meurent. C&rsquo;est\u2026 bon, c&rsquo;est b\u00e9gayer dans la langue. Faire de la litt\u00e9rature\u2026 Faire appel \u00e0 l&rsquo;enfance, c&rsquo;est typiquement faire de la litt\u00e9rature sa petite affaire priv\u00e9e. C&rsquo;est la d\u00e9go\u00fbtation. C&rsquo;est vraiment la litt\u00e9rature de Prisunic, de bazar, c&rsquo;est les best-seller, c&rsquo;est la vraie merde, \u00e7a. Si l&rsquo;on ne pousse pas le langage jusqu&rsquo;\u00e0 ce point o\u00f9 il b\u00e9gaie, parce que ce n&rsquo;est pas facile, il ne suffit pas de b\u00e9gayer bbb\u2026 bbb\u2026 bbb\u2026 comme \u00e7a ! Si on ne va pas jusque-l\u00e0\u2026 Alors, peut-\u00eatre que dans la litt\u00e9rature, comme\u2026 \u00e0 force de pousser le langage jusqu&rsquo;\u00e0 une limite, il y a un devenir animal du langage m\u00eame et de l&rsquo;\u00e9crivain, il y a un aussi devenir enfant, mais ce n&rsquo;est pas SON enfance\u2026 il devient enfant, oui. Mais ce n&rsquo;est pas son enfance, ce n&rsquo;est plus l&rsquo;enfance de personne. C&rsquo;est l&rsquo;enfance du monde, c&rsquo;est l&rsquo;enfance d&rsquo;UN monde. Alors, ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 leur enfance, qu&rsquo;ils aillent se faire voir, et puis qu&rsquo;ils continuent, c&rsquo;est tr\u00e8s bien, ils feront la litt\u00e9rature qu&rsquo;ils m\u00e9ritent. Si quelqu&rsquo;un ne s&rsquo;est pas int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 SON enfance, c&rsquo;est Proust, par exemple. Les t\u00e2ches de l&rsquo;\u00e9crivain, ce n&rsquo;est pas fouiller dans les archives familiales, ce n&rsquo;est pas s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 son enfance. Personne, personne ne s&rsquo;int\u00e9resse, personne de digne, personne de digne de quoi que ce soit ne s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 son enfance. C&rsquo;est une autre t\u00e2che de devenir enfant par l&rsquo;\u00e9criture, arriver \u00e0 une enfance du monde, \u00e7a, c&rsquo;est une t\u00e2che, \u00e7a, c&rsquo;est une t\u00e2che de la litt\u00e9rature.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"420\" height=\"315\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/AhQCzK95PPI\" frameborder=\"0\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise \u00e0 jour 2011-2012. Bien \u00e9videmment, ce \u201csite\u201d est un \u201cblogue\u201d. Donc le propos qui suit devient caduc. Ou pas. Diff\u00e9rents d\u00e9veloppements ou mises \u00e0 jour se trouvent ici, ici ou l\u00e0. Je ne veux pas de blogue ici, mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un blogue. Un contenu insignifiant dans un contenant castrateur et redondant. 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