{"id":941,"date":"2010-03-22T05:34:37","date_gmt":"2010-03-22T03:34:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=941"},"modified":"2019-03-17T12:01:19","modified_gmt":"2019-03-17T10:01:19","slug":"941","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/941\/","title":{"rendered":"Je d\u00e9signe les conif\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p>Il y a des t\u00e9moignages du pass\u00e9 sur la terre ; je d\u00e9signe les conif\u00e8res, les magnolias, les l\u00e9zards, et m\u00eame les roches, et l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Il y a des traces du pass\u00e9, elles cohabitent avec nous. Ceci induit qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9volution autre que l&rsquo;\u00e9puisement. On pousse jusqu&rsquo;au bout les mod\u00e8les fonctionnels.<\/p>\n<p>Il y a des traces du pass\u00e9 et l&rsquo;homme n&rsquo;est pas la plus r\u00e9cente. Certains crustac\u00e9s, certains poissons, certaines plantes m\u00eame, sans parler des bact\u00e9ries, sont beaucoup plus r\u00e9centes que nous-m\u00eame.<\/p>\n<p>Il y a des traces du pass\u00e9, et cela nous incite \u00e0 repenser tout ce qu&rsquo;on entend par le temps. Je ne vois pas le temps qui passe. Je ne vois que les saisons, et \u00e9ventuellement le temps qu&rsquo;il fait.<\/p>\n<p>Je note le journal, l&rsquo;agenda des fleurs. Voici la premi\u00e8re : <em>Hellebora foetida<\/em>. Elle fleurit d\u00e8s janvier. Cette ann\u00e9e en d\u00e9cembre. Ses fleurs sont vertes : elle n&rsquo;a pas besoin de faire des efforts d&rsquo;imagination pour la couleur ; car elle est seule et il n&rsquo;y a pas d&rsquo;insecte. Les insectes ne voient pas le vert. Il leur appara\u00eet gris. Alors elles fleurissent vert. Et elles sont toxiques (d&rsquo;o\u00f9 leur nom).<\/p>\n<p>Je note l&rsquo;agenda des fleurs, la plus r\u00e9cente cette ann\u00e9e et l&rsquo;arbre fr\u00eane, <em>Fraxinus excelsior<\/em>. Les arbres ont des fleurs minuscules. Ils ont sign\u00e9, eux, avec le vent.<\/p>\n<p>Je suis tour \u00e0 tour l&rsquo;hell\u00e9bore f\u00e9tide, puis le fr\u00eane, puis ce sera le rosier des chiens, les origans, les gen\u00eats, puis les odontites, les grandes fleurs de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, armoises, m\u00e9lilots, bouillons blancs.<\/p>\n<p>Il y a des traces du pass\u00e9, et l&rsquo;homme n&rsquo;est pas la plus r\u00e9cente.<\/p>\n<p>Il y a les fant\u00f4mes, les r\u00eaves, qui sont des traces en nous du pass\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a les cicatrices, autres signatures, puis il a les livres.<\/p>\n<p>Certains d&rsquo;entre les hommes \u00e9crivent des livres, pour \u00e7a exhument des cicatrices du pass\u00e9. Des noms anciens. Des h\u00e9ritages. Des vols. On devient soi-m\u00eame en \u00e9crivant un vestige du pass\u00e9.<\/p>\n<p>On se couche comme dans des cercueils. Ils peuvent \u00eatre une biblioth\u00e8que. Ils sont le plus souvent des petits cercueils, on les appelle les livres.<\/p>\n<p>Je vois tout en gris. Peu importent les abords. Seule la page m&rsquo;attire. C&rsquo;est mon pays, je l&#8217;embarque comme le pagure. Je suis le pagure sur la page.<\/p>\n<p>Je suis mort. Et quand Jorge Luis Borges me lira, l&rsquo;\u0153uvre de Shakespeare en sera profond\u00e9ment transform\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a des t\u00e9moignages du pass\u00e9 sur la terre ; je d\u00e9signe les conif\u00e8res, les magnolias, les l\u00e9zards, et m\u00eame les roches, et l&rsquo;eau. Il y a des traces du pass\u00e9, elles cohabitent avec nous. Ceci induit qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9volution autre que l&rsquo;\u00e9puisement. On pousse jusqu&rsquo;au bout les mod\u00e8les fonctionnels. 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