{"id":9115,"date":"2014-02-05T09:25:22","date_gmt":"2014-02-05T07:25:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=9115"},"modified":"2021-10-03T16:57:03","modified_gmt":"2021-10-03T14:57:03","slug":"salvatore-niffoi-retour-au-pays-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/salvatore-niffoi-retour-au-pays-03\/","title":{"rendered":"Salvatore Niffoi \u2022 Retour au pays (3)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" title=\"Salvatore Niffoi, 'Ritorno a Baraule'\" alt=\"Salvatore Niffoi, 'Ritorno a Baraule'\" src=\"http:\/\/www.adelphi.it\/spool\/d251b84864e8ad47415c1a59351fa353_w_h_mw650_mh.jpg\" height=\"176\" \/><\/p>\n<p>Je me suis lanc\u00e9 dans la traduction d&rsquo;un livre complet, le livre de l&rsquo;\u00e9crivain sarde et malheureusement peu connu Salvatore Niffoi, que j&rsquo;ai traduit temporairement par <em>Retour au pays<\/em> [<em>Ritorno a Baraule<\/em>]. Niffoi appartient \u00e0 ce qu&rsquo;on pourrait appeler un r\u00e9alisme magique \u00e0 la m\u00e9diterran\u00e9enne, et on sent bien d\u00e9j\u00e0 que ces termes clochent. Voici quelques extraits de ces pages cruelles et po\u00e9tiques, vulgaires et m\u00e9lancoliques, choisies dans la relecture.<br \/>\nVoir les extraits : <a href=\"salvatore-niffoi-retour-au-pays-01\">\u20221\u2022<\/a> <a href=\"salvatore-niffoi-retour-au-pays-02\">\u20222\u2022<\/a> <a href=\"salvatore-niffoi-retour-au-pays-03\">\u20223\u2022<\/a> <a href=\"salvatore-niffoi-retour-au-pays-04\">\u20224\u2022<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Apr\u00e8s le baiser \u00bb poursuivit Alfredino \u00ab\u00a0nous nous sommes jet\u00e9s sur le lit pour regarder la lune qui jouait avec un nuage gras et spongieux. Comme les autres fois, avant de faire le chose [cosas], elle voulut me raconter une histoire pour ne pas consommer de suite et se pr\u00e9parer la t\u00eate. On aurait dit que de raconter des histoires lui faisait perdre la sensation du p\u00each\u00e9, la nettoyait de quelque chose de sale qu\u2019elle sentait en elle. Oh, pensez seulement de combien d\u2019ann\u00e9es elle me d\u00e9passait ! Elle aurait pu \u00eatre ma m\u00e8re ! \u201cAlfred\u00ec\u201d, me dit-elle, \u201cl\u2019histoire que je vais te raconter ce soir est une histoire vraie, et fais bien attention de ne pas prendre peur et de ne la raconter \u00e0 personne, car sinon un autre sang pourrait couler \u00e0 Baraule !\u201d Bertu, il s\u2019appelait, celui qui lui avait racont\u00e9 l\u2019histoire. Bertu Massa, ou Mazza, ou Tassa, \u00e7a, vraiment je ne sais plus bien ! Ce qui est s\u00fbr c\u2019est qu\u2019il avait une femme appel\u00e9e Sidora et qu\u2019elle \u00e9tait belle \u00e0 rendre fou les hommes, les pr\u00eatres et les saints. Lui, en revanche, Seppina le d\u00e9crivit comme un loup docile, mais si on lui tirait la queue, il pouvait vraiment s\u2019engrainer. Un type qui pouvait aimer et ha\u00efr de la m\u00eame fa\u00e7on : trop ! Trop, au point de mourir ou de tuer. Il \u00e9tait all\u00e9 la trouver pour se faire entendre, pour se vider l\u2019\u00e2me pesante, pas ses couilles de semences empoisonn\u00e9e. Il lui dit qu\u2019il \u00e9tait responsable de la mort de son \u00e9pouse et de l\u2019enfant que celle-ci portait parce qu\u2019il \u00e9tait persuad\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas de lui, mais de don Micheli Tanchis, le pr\u00eatre de Pramas.<br \/>\n<strong>Chapitre 16<\/strong><br \/>\n<br ><br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n<br ><br \/>\nTzia Guspicia re\u00e7ut mal Carmineddu. Elle ne se retourna pas pour le regarder, parce que lorsqu\u2019il entra, la femme surveillait la cuisson de ses \u0153ufs.<br \/>\n\u00ab La boutique est ferm\u00e9e ! \u00bb elle dit. \u00ab\u00a0Revenir dimanche prochain pour le service, et entretemps, branlette ou cul de vache en cas d\u2019urgence ! \u00bb<\/p>\n<p>Elle se ravisa seulement apr\u00e8s qu\u2019elle le vit en face et elle comprit qu\u2019elle devait aider un gar\u00e7on \u00e0 devenir un homme. Elle \u00e9prouva presque de la piti\u00e9 quand Carmineddu mit la main \u00e0 la poche et en sortit les billets froiss\u00e9s et qu\u2019il lui demanda : <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c7a suffit, madame Gusp\u00ec ? Avec \u00e7a, qu\u2019est-ce que je peux faire ? \u00bb<\/p>\n<p>Quand elle le regarda mieux toutefois, elle reconnut le fils adoptif de Gantine Pullana et de madame Carmela Navalis et elle eut un tremblement de peur. Un tremblement qui se fondit en plaisir \u00e0 peine le gar\u00e7on eut-il souri, invoquant son aide sans piper mot. Guspicia retira la po\u00eale du feu et le posa sur la petite table, puis elle pla\u00e7a un torchon sur la chaise et se mit \u00e0 manger.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce que tu peux faire ? Tu ferais mieux de me demander ce que tu ne peux pas faire avec cette monnaie ! Avec \u00e7a, d\u2019habitude, m\u00eame pas j\u2019effleure la queue d\u2019un homme, m\u00eame du bout des doigts ! Et puis tu ne vois pas que je viens juste de me laver ? Tes \u00e9conomies ne me paieraient pas m\u00eame le savon ! \u00bb<br \/>\n<strong>Chapitre 17<\/strong><br \/>\n<br ><br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n<br ><br \/>\nLe nourague Caffettera \u00e9tait la seule vraie divinit\u00e9 du pays, le sanctuaire o\u00f9 tout le monde allait prier en cachette depuis qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 \u201clieu d\u00e9consacr\u00e9\u201d par la curie d\u2019Ulispane. On racontait encore que ce nourague, autrefois, avait \u00e9t\u00e9 un volcan, et qu\u2019il avait rendu fertile la plaine de ses cendres et enseign\u00e9 aux paysans d\u2019avoir toujours \u00e0 disposition leurs bagages, pour s\u2019enfuir. <\/p>\n<p>Quand Carmine Pullana l\u2019aper\u00e7ut de loin, il lui vint la tentation de changer de route, de grimper la mont\u00e9e et de le visiter. Il se trouvait au commet d\u2019un serpentin de courbes qui se vissaient vers le haut jusqu\u2019\u00e0 toucher pratiquement les fesses du ciel. En haut de la tour du nourague sortaient des touffes de nuages qui d\u00e9pla\u00e7aient vers les champs leurs ombres difformes. Des touffes qui ressemblaient aux lambeaux de son pass\u00e9 qui ne se laissait pas attraper, des touffes qui lui remplissaient la t\u00eate de lumi\u00e8res et d\u2019ombres.<br \/>\n<strong>Chapitre 18<\/strong><br \/>\n<br ><br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n<br ><br \/>\nCe fut pr\u00e9cis\u00e9ment ce soir-l\u00e0 qu\u2019il d\u00e9cida de ce que serait son destin : et tout se d\u00e9roula par hasard.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait le quatre ao\u00fbt. Ce soir-l\u00e0, le temps devint fou et laissa entrer dans la maison Pullana un air tellement froid qu\u2019on aurait dit de la glace en poudre ; jamais rien vu de pareil. Les invit\u00e9s se mirent \u00e0 \u00e9ternuer et p\u00e2lirent comme de la p\u00e2te de fromage fondu. Aucun vin, aucune liqueur, ne parvenait \u00e0 teindre les joues ou provoquer une quelconque sueur. Gantine fit m\u00eame br\u00fbler deux b\u00fbches dans la chemin\u00e9e et allumer un feu de joie dans la cour, mais les invit\u00e9s avaient toujours l\u2019air d\u2019\u00eatre \u00e0 peine rep\u00e9ch\u00e9s du lac de Balardassu le jour de No\u00ebl.<br \/>\n<strong>Chapitre 19<\/strong><br \/>\n<br ><br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n<br ><br \/>\nLes papillons, il les consid\u00e9rait comme des cr\u00e9atures amies, les papillons de nuit en particulier. Il s\u2019\u00e9tait mit en t\u00eate de domestiquer des bombyx du m\u00fbrier, mais ils avaient la vie trop br\u00e8ve pour apprendre \u00e0 voler comme il volait, lui. Il enviait ces larves qui se renfermaient dans leur cocon soyeux, leur passage sur cette terre aussi rapide et l\u00e9ger, aussi velu et m\u00e9lancolique. Parfois dans les nuits d\u2019\u00e9t\u00e9, il mettait une douzaine de papillons dans un grand bocal de verre, il le couvrait d\u2019un morceau de tissu, et il les regardait de pr\u00e8s, alors qu\u2019ils allaient et venaient sous les reflets d\u2019\u0153uf brouill\u00e9 de la lampe clou\u00e9e au mur au-dessus de la commode. Ils \u00e9taient diff\u00e9rents des papillons de nuits, ils \u00e9taient plus calmes et tristes, comme conscients de l&rsquo;inutilit\u00e9 de voler, \u00e9tant donn\u00e9e la bri\u00e8vet\u00e9 de leur propre existence. A l\u2019aube, quand il les lib\u00e9rait, ils se cognaient fous de douleur et d\u00e9sorient\u00e9 contre les persiennes, les portes des meubles, le plafond. M\u00eame en le voulant, ils ne parvenaient pas \u00e0 se suicider.<br \/>\n<strong>Chapitre 20<\/strong><br \/>\n<br ><br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n<br ><\/p>\n<p>\u00ab Vous le reconna\u00eetrez : il porte une cicatrice qui descend de la l\u00e8vre \u00e0 la pomme d\u2019Adam, et puis il a un nez en forme de&#8230; Vous avez compris quoi ! \u00bb<\/p>\n<p>Le docteur Carmine Pullana, le sauveur d\u2019enfants au c\u0153ur malade, monta dans l\u2019avion qui le ramenait \u00e0 la maison en souriant, content de ce qu\u2019il avait accompli et de ce qu\u2019il avait encore appris. Le moment de prendre le large vers Baraule s\u2019approchait, et il sentait, lui, que ce serait le dernier automne de sa vie.<\/p>\n<p>Depuis la fin de ses \u00e9tudes, il \u00e9tait parti sur le continent : il voulait br\u00fbler les liens de son pass\u00e9 et ne plus jamais remettre les pieds \u00e0 Lerizori. Oublier ce caillot de douleur qui lui avait pourri la vie. Il \u00e9tait revenu au pays seulement trois fois : les deux premi\u00e8res fois pour enterrer son p\u00e8re et sa m\u00e8re, la derni\u00e8re pour c\u00e9der son h\u00e9ritage au d\u00e9partement de chirurgie p\u00e9diatrique de l\u2019h\u00f4pital de Noroddile. Depuis lors, pr\u00e9cis\u00e9ment lorsqu\u2019il pensait en avoir d\u00e9finitivement fini avec cette terre et avec ces gens, les fant\u00f4mes de son enfance \u00e0 Baraule \u00e9tait revenus au galop dans le man\u00e8ge de sa m\u00e9moire comme des chevaux emball\u00e9s.<br \/>\n<strong>Chapitre 21<\/strong><br \/>\n<br ><br \/>\n[&#8230;]<br \/>\n<br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me suis lanc\u00e9 dans la traduction d&rsquo;un livre complet, le livre de l&rsquo;\u00e9crivain sarde et malheureusement peu connu Salvatore Niffoi, que j&rsquo;ai traduit temporairement par Retour au pays [Ritorno a Baraule]. Niffoi appartient \u00e0 ce qu&rsquo;on pourrait appeler un r\u00e9alisme magique \u00e0 la m\u00e9diterran\u00e9enne, et on sent bien d\u00e9j\u00e0 que ces termes clochent. Voici&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,2010],"tags":[303,2577,2011,2012,2518],"class_list":["post-9115","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-traduire","tag-italie","tag-ritorno-a-baraule","tag-salvatore-niffoi","tag-sardaigne","tag-traduction"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9115","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9115"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9115\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9180,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9115\/revisions\/9180"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9115"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}