{"id":8507,"date":"2013-09-18T18:38:57","date_gmt":"2013-09-18T16:38:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=8507"},"modified":"2013-12-23T10:44:44","modified_gmt":"2013-12-23T08:44:44","slug":"lasagnes-02","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-02\/","title":{"rendered":"Lasagnes \u2022 chapitre 2"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/P7094224.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" \/><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<h3><font color=\"#990000\">Chapitre 2<\/font><\/h3>\n<p><br ><\/p>\n<p>CF est langoureusement perdu dans les m\u00e9andres de la VH, son regard fig\u00e9 en un point de la mer, comme arrach\u00e9 tr\u00e8s lentement un tissu d\u2019un barbel\u00e9. C\u2019est la mont\u00e9e vers les hauteurs r\u00e9sidentielles, ces spaghettis (ou ces visc\u00e8res) jet\u00e9s \u00e0 qui mieux mieux sur les montagnes, contraignant bus et humains \u00e0 d\u2019infinies pr\u00e9cautions physiques et \u00e0 de tr\u00e8s nombreux changements de points de vue (d\u00e9sorientations) \u2014\u00a0\u00e0 l\u2019exception de la mer.<\/p>\n<p>Son barbier en effet est tout en haut, plus proche de n\u2019importe quelle cr\u00e9ature divine que n\u2019importe quel autre habitant. <\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019\u0153il enchev\u00eatr\u00e9 comme un \u0153uf l\u00e2ch\u00e9 dans les ferrailles des grues sur le port, toutes petites \u00e0 cet instant, que vibre le cellulaire de Carlos Futuna.<\/p>\n<p>Rebaptis\u00e9 par ce dernier \u201cSpin\u201d pour une raison que Spin \u2014 l\u00e9galement <em>onorevole Siro Marstrutto<\/em> \u2014 lui-m\u00eame ignore, le journaliste savait d\u00e9j\u00e0 que le traducteur \u00e9tait revenu. Comment, on ne le sait pas, ses sources \u00e9tant tout aussi nombreuses que discr\u00e8tes. Des ombres \u00e9gar\u00e9es parmi la pl\u00e8be de la Ville Humide. <\/p>\n<p>Son \u0153il r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par l\u2019\u00e9cran, Carlos Futuna lit ces mots : <em>Salut l\u2019Anc\u00eatre. Grand pastis Magasins. Tu me contactes. SM.<\/em> L\u2019ami savait en effet l\u2019int\u00e9r\u00eat de CF pour les histoires glauques qui mangeaient le ventre de la ville basse (<em>v.b.<\/em>) et surtout qu\u2019il n\u2019avait pas peur, lui, pour des raisons apparemment litt\u00e9raires, d\u2019aller capturer des faits directement sur le terrain, allant jusqu\u2019\u00e0 mettre en sc\u00e8ne de v\u00e9ritables r\u00f4les pour les besoins de l\u2019enqu\u00eate. Cela pouvait l\u2019occuper des jours, et les compte-rendus qu\u2019il faisait lors de soir\u00e9es pass\u00e9es sur la terrasse du journaliste, passablement mouill\u00e9es de grandes rasades de Nero d\u2019Avola, permettaient \u00e0 ce dernier d\u2019\u00e9crire de bons articles, peut-\u00eatre les meilleurs.<\/p>\n<p>Marstrutto travaillait pour un journal ind\u00e9pendant en ligne souvent pionnier en mati\u00e8re de r\u00e9v\u00e9lations de scandales politico-financiers. Le contexte industriel du port regorgeait d\u2019histoires sordides dont une arm\u00e9e de journalistes, ou plut\u00f4t une poign\u00e9e de journalistes second\u00e9s d\u2019une arm\u00e9e de stagiaires pr\u00e9caris\u00e9(e)s faisait ses choux gras.<\/p>\n<p>Le bus cahotait, semblait crachoter ses glaviots de passagers, mais chaque station comportait son lot de nouveaux venus, laborieux commis, m\u00e9nag\u00e8res charg\u00e9es de cabas, \u00e9tudiants en goguette, vieillards sap\u00e9s de dimanche, tandis que Carlos Futuna \u00e9teignit le t\u00e9l\u00e9phone. Il \u00e9tait tout \u00e0 sa barbe.<\/p>\n<p>Il descendit un arr\u00eat avant car il voulait marcher un peu, au risque de d\u00e9tremper encore sa chemise blanche, et contempler d\u2019ici la ville, il n\u2019avait pas eu le temps de mettre encore les pieds ici. Il y avait \u00e9galement un petit bar-tabac-lotto o\u00f9 deux serveuses, enfin surtout une, lui plaisaient. Il pensaient qu\u2019elles \u00e9taient lesbiennes, toute la journ\u00e9e dans cet estanco \u00e0 se contempler les piercings et tatouages, mais on ne sait jamais. Et puis rien emp\u00eache, le d\u00e9sir est aveugle.<\/p>\n<p>\u00ab Salve.<br \/>\n\u2014 Ciao !<br \/>\n\u2014 Capucc\u2019.<br \/>\n\u2014 Un cappucino !<br \/>\n\u2028\u2014 E \u2018na focacc\u2019.<br \/>\n\u2014 Ma prego ; prendi pure. \u00bb<\/p>\n<p>Le journal ne parlait pas de fait-divers particulier concernant le port, les informations de Spin devaient \u00eatre de toute premi\u00e8re fra\u00eecheur. Il lisait machinalement en gobant les cuill\u00e8res de cr\u00e8me de lait, et finit comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e par son horoscope dont la meilleure phrase (tous signes confondus) semblait avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pour lui : <em>Non tutto \u00e8 da rifare<\/em>. Bien. On peut garder quelques trucs pas mal, mais tout le reste est \u00e0 balancer aux orties. \u00c7a tombe bien, ce n\u2019est pas ce qui manque par ici, les d\u00e9charges sauvages, les friches ou les poubelles.<\/p>\n<p>Comme son esprit voguait librement, CF se dit tr\u00e8s s\u00e9rieusement et avec aplomb qu\u2019en ce qui le concernait la question n\u2019\u00e9tait pas <\/p>\n<p><center><em>Pourquoi quelque chose plut\u00f4t que rien ?<\/em><\/center><\/p>\n<p>mais plut\u00f4t<\/p>\n<p><center><em>Pourquoi rien plut\u00f4t que quelque chose ?<\/em><\/center><\/p>\n<p>Car il est vrai que Carlos Futuna est insatiable. Apr\u00e8s une deuxi\u00e8me <em>striscia de focaccia<\/em>, Carlos Futuna salue les deux jeunes femmes, se demande s\u2019il fait un clin d\u2019\u0153il \u00e0 la plus menue des deux, puis se rappelle qu\u2019il ne sait pas bien faire les clins d\u2019\u0153il, alors il sourit et le r\u00e9sultat est une grimace. Fort m\u00e9content il quitte le bar-tabac-lotto et retrouve le barbier qui lisait justement le m\u00eame journal local, enfin surtout son horoscope. Lorsqu\u2019il entra, il dit pour le saluer : <em>Sai che non tutto \u00e8 da rifare ?<\/em> <\/p>\n<p>Carlos Futuna fut pris d\u2019un grand, d\u2019un moiteux, d\u2019un exorbitant vague \u00e0 l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p><br ><br \/>\n<font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-01bis\"> < Pr\u00e9c\u00e9dent <\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-03\">Suivant ><\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 2 CF est langoureusement perdu dans les m\u00e9andres de la VH, son regard fig\u00e9 en un point de la mer, comme arrach\u00e9 tr\u00e8s lentement un tissu d\u2019un barbel\u00e9. 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