{"id":8484,"date":"2013-08-24T22:26:20","date_gmt":"2013-08-24T20:26:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=8484"},"modified":"2021-10-03T16:57:03","modified_gmt":"2021-10-03T14:57:03","slug":"lasagnes-01bis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-01bis\/","title":{"rendered":"Lasagnes \u2022 pseudo-chapitre 1"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/08\/P7054258.jpg\" alt=\"Depuis\" width=\"250\" \/><\/p>\n<h3><font color=\"#99000\">Pseudo chapitre 1<\/font><\/h3>\n<p><br ><\/p>\n<p>\u00c0 chaque fois qu\u2019il s\u2019installe \u00e0 sa table de travail, c\u2019est avec de grands projets dans la t\u00eate. \u00c0 chaque fois qu\u2019il ouvre son cahier Clairefontaine\u00ae 14,8 x 21 petits carreaux, et qu\u2019il a inscrit le titre d\u2019un nouveau grand projet, il regarde fixement la miniature punais\u00e9e au mur, peut-\u00eatre un tableau de Delaunay, ou une fille qu\u2019il a crois\u00e9e sur Facebook, et dont il a pill\u00e9 des photographies le compte, ou encore la mer, et il regarde fixement peut-\u00eatre l\u00e9g\u00e8rement derri\u00e8re, ou l\u00e9g\u00e8rement en arri\u00e8re de ses yeux, et il se perd dans ce paysage. Il se l\u00e8ve brusquement, il va se chercher un bocal qu\u2019il remplit d\u2019eau, il boit goulument.<\/p>\n<p>Il revient vers sa table de travail.<\/p>\n<p>Il se plante fermement devant elle.<\/p>\n<p>Il ferme le cahier. Puis il d\u00e9cide qu\u2019il a faim.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Carlos Futuna n\u2019a pratiquement qu\u2019une passion, qui est celle de satisfaire ses besoins fondamentaux (\u201cr\u00e9dhibitoires\u201d dit-il mais on entend \u201cinexorables\u201d). Ceux-ci sont de trois ordres :<\/p>\n<ul>\n<li>les besoins nutritifs<\/li>\n<li>les besoins sexuels<\/li>\n<li>les besoins de la langue<\/li>\n<\/ul>\n<p>Si le premier est a peu pr\u00eat satisfait dans la majeure partie des cas, le second demande plus de concentration et de pr\u00e9paration, et se trouve souvent happ\u00e9 par le troisi\u00e8me qui, en un sens, et de surcro\u00eet, comble les deux premiers.<\/p>\n<p>Carlos Futuna est traducteur, et se pr\u00e9sente souvent en d\u00e9tournant l\u2019adage ainsi : <em>Traduttore distruttore !<\/em> Il pense que si le critique est un auteur rat\u00e9, le tracteur est un auteur redoubl\u00e9, un m\u00e9ta-\u00e9crivain dont la technique et l\u2019art le placent au sommet de la hi\u00e9rarchie des <em>soi-disant gens du livre<\/em>.<\/p>\n<p>Incapable de rester tr\u00e8s longtemps en place, sauf quand le texte retors vient vriller sa nuque, Carlos Futuna oscille comme un pendule (et plut\u00f4t r\u00e9guli\u00e8rement) entre diff\u00e9rentes villes dont il a le secret, dont une capitale europ\u00e9enne et un port m\u00e9diterran\u00e9en. Il n\u2019est pas utile ici d\u2019en dire plus.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Il n\u2019aime pas quand il agit ainsi, mais il le fait parfois : il interrompt tout, subitement, puis descend dans la rue, puis descend la rue pour atteindre la petite place o\u00f9 son t\u00e9l\u00e9phone est en mesure de capter le r\u00e9seau, et il attend vingt secondes dans l\u2019attente bouillonnante d\u2019un message de Toi.<\/p>\n<p>Il peut faire \u00e7a vingt fois par demi-journ\u00e9e.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Entrer dans le texte \u00e0 traduire, cette masse organique, n\u00e9cessite tant de pr\u00e9cision et d\u2019investissement personnel que cette seule activit\u00e9 lui suffit souvent pour se consid\u00e9rer la plupart du temps sinon combl\u00e9, du moins trop \u00e9reint\u00e9 pour susciter d\u2019autres d\u00e9bordements.<\/p>\n<p>Estimant que l\u2019essentiel de l\u2019exp\u00e9rience du monde transite par la langue, cela suffit dans la plupart des moments \u00e0 patienter une issue g\u00e9n\u00e9ralement funeste. Il est vrai que parfois cette sagesse est d\u00e9rout\u00e9e par un fumet de poisson \u00e0 l\u2019ail ou la peau satin\u00e9e d\u2019une femme, mais ceci toujours apr\u00e8s que le travail command\u00e9 est rendu en temps et en heure.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019autorise relativement r\u00e9guli\u00e8rement, dans l\u2019une ou l\u2019autre ville, celle d\u2019eau et celle de poussi\u00e8re, \u00e0 errer dans leurs rues plus ou moins m\u00eal\u00e9es, dans son esprit, \u00e0 la qu\u00eate d\u2019un vide \u00e0 nourrir, les troquets de l\u2019une valant bien les putes de l\u2019autre, qu\u2019importe, ce que peut retenir d\u00e9tenir d\u00e9tonner un corps est plus infini qu\u2019une nuit noy\u00e9e d\u2019\u00e9toiles.<\/p>\n<p>C\u2019est vrai que c\u2019est putain beau, une ville, la nuit, on n\u2019a pas besoin de chevaux \u00e0 tra\u00eener pour en convenir. Et marcher dans les rues vid\u00e9es de leur d\u00e9cor d\u2019humain fait na\u00eetre un sentiment d\u2019inad\u00e9quation si fort avec le reste de ses semblables qu\u2019il en viendrait \u00e0 bout par la marche seule, au hasard, \u00e0 scruter les murs tagu\u00e9s, surveiller ceux qui le suivent, et humer les chaleurs descotch\u00e9es des pav\u00e9s par le roulement fatigu\u00e9 de ses pas.<\/p>\n<p>Puis il arrive au bout, la mer ici, une voie rapide l\u00e0, mais c\u2019est toujours du flux ou du fluide, une mati\u00e8re grasse et myst\u00e9rieuse qui incite, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une tambouille noire de jazz, \u00e0 chercher un peu de chaleur dans un repli de peau suintante, tous pores avides de d\u00e9sir, ou dans le grumeleux d\u2019un plat \u00e9pic\u00e9 de l\u00e9gumineuses ou de c\u00e9r\u00e9ales \u00e0 sauce de viande faisand\u00e9e ou de poisson.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette journ\u00e9e de pluie, peu productive, par exemple, ce d\u00e9sir point ses t\u00e9tons et, rebroussant chemin, Carlos Futuna orne d\u00e9j\u00e0 son th\u00e9\u00e2tre d\u2019effluves avin\u00e9s.\f<\/p>\n<p><br ><br \/>\n<font size=\"1\"><<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-01\">Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lasagnes-02\">Suivant ><\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pseudo chapitre 1 \u00c0 chaque fois qu\u2019il s\u2019installe \u00e0 sa table de travail, c\u2019est avec de grands projets dans la t\u00eate. \u00c0 chaque fois qu\u2019il ouvre son cahier Clairefontaine\u00ae 14,8 x 21 petits carreaux, et qu\u2019il a inscrit le titre d\u2019un nouveau grand projet, il regarde fixement la miniature punais\u00e9e au mur, peut-\u00eatre un tableau&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,1090,2484,2525],"tags":[635,2514,2518,478],"class_list":["post-8484","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-fiction","category-le-dossier-carlos-futuna","category-les-chroniques-de-carlos-futuna","tag-desir","tag-robert-delaunay","tag-traduction","tag-ville"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8484","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8484"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8484\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8905,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8484\/revisions\/8905"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8484"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8484"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8484"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}