{"id":8458,"date":"2013-08-21T16:09:02","date_gmt":"2013-08-21T14:09:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=8458"},"modified":"2023-04-24T09:29:08","modified_gmt":"2023-04-24T07:29:08","slug":"muette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/muette\/","title":{"rendered":"Muette \u2022 Eric Pessan"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><a href=\"http:\/\/www.albin-michel.fr\/Muette-EAN=9782226249708\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.albin-michel.fr\/images\/couv\/8\/0\/7\/9782226249708g.jpg\" width=\"180\" title=\"le site de l'\u00e9diteur, Albin Michel\" \/><\/a>Eric Pessan, <i>Muette<\/i> \u2022 Note de lecture<\/p><\/blockquote>\n<p>Juste, le mot de l&rsquo;\u00e9diteur, est le mot juste.<\/p>\n<p>Parce que son texte accompagne jusque dans sa forme (et semble-t-il son \u00e9criture) le r\u00e9cit de <em>Muette<\/em> et la personne de Muette, Eric Pessan parvient \u00e0 construire une fresque cruelle et po\u00e9tique qui \u00e9blouit et oublie la lecture.<\/p>\n<p>C&rsquo;est probablement le texte le plus abouti de son auteur, et cette qualit\u00e9 est sans doute le fruit de la fascination r\u00e9ciproque du texte avec le personnage. Muette est ce qu&rsquo;on appelle une adolescente mais, si la soci\u00e9t\u00e9 jusque dans ses racines profondes reconna\u00eet ce statut au m\u00eame titre que le s\u00e9nior ou le nourrisson, nous pensons nous que ce \u201cstatut\u201d n&rsquo;existe pas ; or Pessan parvient \u00e0 incarner une vraie personne, une personne vraie, de chair, de sang, et d&rsquo;\u00e9motions, et d&rsquo;id\u00e9es, et de sollicitude, et de col\u00e8re, et de honte bue. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne tombe pas dans l&rsquo;\u00e9cueil \u00e9vident de ce type d&rsquo;approche : mimer l&rsquo;ado, l&rsquo;ado tel qu&rsquo;on n&rsquo;en a presque plus l&rsquo;id\u00e9e, l&rsquo;ado qu&rsquo;il nous est servi en soupe \u00e0 longueur de semaines, l&rsquo;ado qui n&rsquo;existe pas plus que le mod\u00e8le auquel un gar\u00e7on ou une fille de <del datetime=\"2013-08-21T11:44:50+00:00\">13 \u00e0 19 ans <\/del> de 10 \u00e0 32 ans, souhaite se conformer.<\/p>\n<p>L&rsquo;adolescence est une notion n\u00e9e du rock&rsquo;n&rsquo;roll, le rock&rsquo;n&rsquo;roll a invent\u00e9 l&rsquo;adolescence et cela Eric Pessan en a conscience (peut-\u00eatre inconsciemment ou intuitivement) ; cette intuition lui permet de traiter le personnage de Muette sans aucune condescendance et sans mauvais go\u00fbt.<\/p>\n<p>Muette a fugu\u00e9, elle a quitt\u00e9 un monde qui ne lui convient pas, une famille, des parents qui ne l&rsquo;aiment pas ou qui l&rsquo;aiment mal ; or Muette est pleine d&rsquo;\u00e9nergie, une \u00e9nergie qui l&rsquo;a pouss\u00e9e des si\u00e8cles durant \u00e0 r\u00e9sister, \u00e0 se taire, \u00e0 laisser passer sur elle les col\u00e8res, les violences, les humiliations, les insultes. Le temps est venu de quitter la maison. Intelligente, Muette s&rsquo;installe dans une grange, non trop loin de la maison, dans un endroit comme il en existe des hectares dans notre pays, entre un champ de nocif et un bosquet r\u00e9lictuel, entre deux d\u00e9partementales de ma\u00efs et de coquelicots, mais un endroit isol\u00e9.<\/p>\n<p>La fugue de Muette n&rsquo;est pas grandiose ; elle est consentie au r\u00e9el et n&rsquo;a peut-\u00eatre d&rsquo;abord pour \u00e9tincelle que de se retrouver, de se ramasser aupr\u00e8s de soi-m\u00eame, jusque l\u00e0 perdue dans un monde hostile et inhospitalier.<\/p>\n<blockquote><p> Peu d&rsquo;oignon, couche apr\u00e8s couche, Muette atteindra-t-elle jamais son c\u0153ur muet ? (29)<\/p><\/blockquote>\n<p>La nature, cette nature poisseuse, sauvage et peupl\u00e9e de b\u00eates qu&rsquo;elle envisage ou fantasme, ou bien qu&rsquo;elle entrevoit furtivement \u00e7a et l\u00e0 (la nature des plaines agricoles du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est fragment\u00e9e, meurtrie, divis\u00e9e, tu sais) sera \u00e0 m\u00eame d&rsquo;accueillir cette sauvageonne qui ne parvient pas \u00e0 coller au monde des humains (au monde des adultes).<\/p>\n<p>C&rsquo;est d&rsquo;abord un rel\u00e2chement, un rel\u00e2chement de la tension du quotidien des humains, des adultes : plus rien \u00e0 faire de concret (d&rsquo;inutile), \u00ab\u00a0Pas d&rsquo;activit\u00e9s [&#8230;] Rien. Pas m\u00eame \u00e0 maintenir un masque de circonstance \u00bb (61) ; elle se laisse aller, elle se recentre, \u00ab\u00a0elle aimerait bien savoir fermer son cerveau comme l&rsquo;ont rabat ses paupi\u00e8res. Off. Se couper un peu, se glisser dans le silence le plus complet, conna\u00eetre le r\u00e9pit\u00a0\u00bb (41).<\/p>\n<p>Et puis c&rsquo;est un \u00ab\u00a0d\u00e9placement\u00a0\u00bb, pense-t-elle, oui, une esp\u00e8ce de voyage personnel, initiatique. Une exp\u00e9rience int\u00e9rieure qui sans doute lui r\u00e9v\u00e8le son inexistence ou son \u00e9vanescence ou, plus justement, l&rsquo;inutilit\u00e9 de toutes nos existences, celles, r\u00e9gl\u00e9es, de notre personnage social.<\/p>\n<blockquote><p>Elle s&rsquo;est extraite d&rsquo;un lieu pour se poser dans un autre. Mais elle ne manque \u00e0 personne. La place lib\u00e9r\u00e9e par son d\u00e9part est d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9e. Elle voir si bien la cohue du lyc\u00e9e : les couloirs bond\u00e9s, les coudes qui se heurtent, les tables trop \u00e9troites, la queue au self \u00e0 midi ; le trou creus\u00e9 par son absence est d\u00e9j\u00e0 empli par d&rsquo;autres corps, d&rsquo;autres bras et d&rsquo;autres jambes innombrables. Quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre est assis sur sa chaise \u00e0 la cantine, quelqu&rsquo;un occupe la place de son corps dans l&rsquo;escalier du b\u00e2timent A ou aux toilettes de la cour. Tellement de monde, une de plus ou de moins n&rsquo;y change rien. Sa disparition n&rsquo;ouvre m\u00eame pas une br\u00e8che dans laquelle un vent pourrait s&rsquo;engouffrer. Tout est referm\u00e9, tout est compact, utilis\u00e9 ; l&rsquo;espace qu&rsquo;elle occupait a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 redistribu\u00e9. (89-90)<\/p><\/blockquote>\n<p>Muette a besoin d&rsquo;air, elle s&rsquo;ouvre au monde ; par ce d\u00e9centrement, au del\u00e0 du sempiternel brouhaha de phrases et de cris qui la hantent (et structurent le texte : reproches, piques, ordres, mauvaises fois&#8230; de son p\u00e8re et de sa m\u00e8re et des autres), elle s&rsquo;autorise l&rsquo;attention, la surprise, l&rsquo;irruption du r\u00e9el oubli\u00e9, du r\u00e9el \u00e9vit\u00e9 dans la vie des hommes : la pluie, la faim, le froid, l&rsquo;animal, la plante. Elle s&rsquo;initie \u00e0 une vie d\u00e9nu\u00e9e du temps besogneux des hommes et touche, effleure \u00e0 peine, la palpitation organique du monde. Poreuse au discours ambiant sur la nature (l&rsquo;\u00e9cologie), Muette constate la difficult\u00e9 d&rsquo;en r\u00e9chapper.<\/p>\n<blockquote><p>\nL&rsquo;homme est partout, ses d\u00e9chets, ses pyl\u00f4nes, ses chemins, son goudron, ses m\u00e9gots. M\u00eame dans cette campagne d\u00e9sol\u00e9e, il a laiss\u00e9 ses marques, remodel\u00e9 la terre, cl\u00f4tur\u00e9, sem\u00e9, trait\u00e9, d\u00e9sherb\u00e9, d\u00e9tourn\u00e9 les cours d&rsquo;eau, irrigu\u00e9 les champs. Muette ne peut pas marcher dix minutes sans voir un indice du passage de l&rsquo;homme. Une main a clou\u00e9 sur un panneau \u00ab\u00a0Chasse r\u00e9serv\u00e9e\u00a0\u00bb sur un arbre. Plus loin des cartouches attendent d&rsquo;\u00eatre absorb\u00e9es par le sol, puis Muette trouve un foss\u00e9 cur\u00e9 \u00e0 la pelleteuse, la strie r\u00e9guli\u00e8re d&rsquo;une cl\u00f4ture et une route \u00e9troite. (62)<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans son d\u00e9sir d&rsquo;ouverture, Muette vient cogner contre les traces de l&rsquo;homme dans la nature, qui rappellent le brouhaha familial qui hante son esprit. Parfois elle s&rsquo;ouvre \u00e0 la nuit, donc \u00e0 l&rsquo;effondrement de l&rsquo;humain dans les enfers de ce qui pourrait rejaillir sous forme de beaut\u00e9 animale.<\/p>\n<blockquote><p>La nuit est immens\u00e9ment calme, elle bruisse et ulule, creuse des terriers dans le sol, germe dans les bl\u00e9s et fleurit dans les foss\u00e9s. La nuit est dangereuse, elle s&rsquo;abat  d&rsquo;un seul coup sur l&rsquo;\u00e9chine d&rsquo;un mulot, brise la coque des escargots et farfouille dans leur ventre spongieux. La nuit se concentre dans le suc d&rsquo;un roncier, elle glapit et couine. Les \u00e9toiles valsent l\u00e0-haut, les satellites poursuivent les continents, les galaxies roulent sans un son ; rien d&rsquo;humain ne bouge ni ne menace. les b\u00eates ont autre chose \u00e0 faire que de venir renifler une jeune fille dans un duvet. Cela fait longtemps que les pr\u00e9dateurs ont disparu, pense Muette. L&rsquo;homme n&rsquo;a plus qu&rsquo;un seul pr\u00e9dateur : lui-m\u00eame. Mais Muette est seule, loin des lumi\u00e8res, loin du monde.<\/p>\n<p>Et Muette, berc\u00e9e de ses propres inqui\u00e9tudes, s&rsquo;endort. (154)<\/p><\/blockquote>\n<p>Ces animaux d&rsquo;ailleurs qui la visitent et l&rsquo;accompagnent dans son nouvel \u00e9lan appel\u00e9 d\u00e9tachement. C&rsquo;est d&rsquo;abord sous la forme d&rsquo;un grattement qu&rsquo;elle se figure celui d&rsquo;un lapin qu&rsquo;elle rencontre le tout-autre (\u00ab\u00a0il mange, il dort, il boit, il baise, il court, il ne s&rsquo;imagine pas combien le monde s&rsquo;\u00e9tend\u00a0\u00bb 52), puis c&rsquo;est un chevreuil (qui roule nuitamment sait leur pr\u00e9sence dans nos pays de chasse approximative, avec le sanglier) :<\/p>\n<blockquote><p>Mais pour l&rsquo;heure, le jeune m\u00e2le renifle Muette qui tremble brutalement, il s&rsquo;enhardit et ose jusqu&rsquo;\u00e0 pointer sa langue pour mieux encore percer le myst\u00e8re de ce qui est allong\u00e9 au sol. De surprise, Muette pousse un petit cri, la langue du chevreuil est chaude, r\u00e2peuse, baveuse, contre son front [&#8230;]<\/p>\n<p>Muette ne peut s&#8217;emp\u00eacher de penser qu&rsquo;il a compris n&rsquo;avoir rien \u00e0 craindre d&rsquo;elle, sauf un geste de trop, comme une caresse, un geste qui le marquerait de son odeur \u00e0 elle, un geste qui ferait de lui l&rsquo;esclave domestiqu\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;est pas, un geste qu&rsquo;elle aurait pu faire sans en r\u00e9aliser les cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Muette se demande si les geste set les mots dont elle a pu souffrit ont \u00e9t\u00e9 faits sans penser \u00e0 mal eux aussi. Jamais elle n&rsquo;a envisag\u00e9 les choses dans ce sens. Toujours les autres \u00e9taient les salauds et elle la victime. (157)<\/p><\/blockquote>\n<p>La progressive descente de Muette vers elle-m\u00eame, la rencontre (r\u00e9elle ou non) avec tel ou tel esprit hagard de la for\u00eat am\u00e8nent Muette vers la formulation de cet \u00e9chec qui se fait pressentir. Art\u00e9mis ou Orph\u00e9e ? Le glissement progressif des sensations et des pens\u00e9es de Muette, men\u00e9 de main de ma\u00eetre par Eric Pessan, construit un paysage douteux, o\u00f9 les rep\u00e8res peu \u00e0 peu font d\u00e9faut. Muette d\u00e9lire-t-elle ? Muette est-elle encore l\u00e0 ? Vit-elle bien ce qu&rsquo;elle vit ? <\/p>\n<p>L&rsquo;inanition, la d\u00e9shydratation, l&rsquo;hypotension, l&rsquo;\u00e9puisement auront peut-\u00eatre raison d&rsquo;elle, ou bien le ressassement de ces histoires familiales qui sont les seules balises (et quelles mis\u00e9rables balises) qui nous restent, progressant dans la lecture. Ou d&rsquo;autres poisons encore.<\/p>\n<p>Le roman familial devenu l\u00e9gende, enrichie par les bouches et les ressassements, et notamment le r\u00e9cit de sa naissance le jour de l&rsquo;enterrement de sa grand-m\u00e8re lui servent effectivement de socle fondateur. \u00ab\u00a0L&rsquo;histoire a grossi autour d&rsquo;un noyau av\u00e9r\u00e9, incontestable : Muette a failli na\u00eetre sur une tombe\u00a0\u00bb (97). Muette s&rsquo;est ainsi construite sur ce d\u00e9faut, cette faute, cette honte et on lui a, de surcro\u00eet, donn\u00e9 le pr\u00e9nom de cette grand-m\u00e8re.<\/p>\n<blockquote><p>Il ne lui va pas, il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 \u00e0 sa taille, on lui a cousu de force. Muette n&rsquo;a pas m\u00eame un pr\u00e9nom \u00e0 elle, rien qu&rsquo;\u00e0 elle. Elle sent bien \u2014\u00a0parfois \u2014\u00a0que sa m\u00e8re parle \u00e0 quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre \u00e0 travers elle, elle sent bien que certaines phrases s&rsquo;adressent \u00e0 un spectre mort et enterr\u00e9 depuis longtemps,<br \/>\n<i>telle m\u00e8re<\/i><br \/>\n[&#8230;]<br \/>\nenfant, elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9e en r\u00e9sistance, elle tentait de rejeter le greffe d&rsquo;une histoire qui n&rsquo;\u00e9tait pas la sienne,<br \/>\n<i>telle fille,<\/i><br \/>\nenfant, Muette a tr\u00e8s t\u00f4t d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;elle serait Muette, un point c&rsquo;est tout,<br \/>\n<i>quelle t\u00eate de bourrique, aussi t\u00eatue que sa m\u00e8re celle-l\u00e0, \u00e7a promet<\/i> (136)<\/p><\/blockquote>\n<p>Comment se d\u00e9faire de tout ce patrimoine narratif ? Il semble que l&rsquo;auteur ne soit pas en mesure de donner la r\u00e9ponse, puisque c&rsquo;est \u00e0 nouveau sous forme d&rsquo;histoire \u2014\u00a0silencieuse \u2014 que Muette na\u00eet au monde, se pr\u00e9sente \u00e0 la for\u00eat, aux animaux et \u00e0 nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Sauf que Pessan, <a href=\"http:\/\/www.lacauselitteraire.fr\/muette-eric-pessan\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">comme on l&rsquo;a dit ailleurs<\/a>, parvient \u00e0 \u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de son personnage, et \u00e0 l&rsquo; \u00ab\u00a0accompagner\u00a0\u00bb ; il laisse \u00e9voluer Muette avec elle-m\u00eame ou contre elle-m\u00eame (elle se voit ainsi \u00eatre emport\u00e9e, passage que je ne voudrais pas citer ici : 203-210) et c&rsquo;est le signe d&rsquo;une grande intelligence narrative : Muette est ainsi bien vivante pour nous, qui aimerions l&rsquo;aider, et qui pourrions l&rsquo;aimer ; mais Muette, en l&rsquo;\u00e9tat ne peut finalement compter que sur elle seule. <\/p>\n<blockquote><p>Tout fait obstacle \u00e0 Muette. Muette est obstacle \u00e0 Muette. (190)<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eric Pessan, Muette \u2022 Note de lecture Juste, le mot de l&rsquo;\u00e9diteur, est le mot juste. Parce que son texte accompagne jusque dans sa forme (et semble-t-il son \u00e9criture) le r\u00e9cit de Muette et la personne de Muette, Eric Pessan parvient \u00e0 construire une fresque cruelle et po\u00e9tique qui \u00e9blouit et oublie la lecture. 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