{"id":8442,"date":"2013-11-08T14:28:23","date_gmt":"2013-11-08T12:28:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=8442"},"modified":"2021-05-13T18:34:40","modified_gmt":"2021-05-13T16:34:40","slug":"stefano-darrigo-horcynus-orca-le-dedommagement-de-ciccinella","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/stefano-darrigo-horcynus-orca-le-dedommagement-de-ciccinella\/","title":{"rendered":"Stefano d&rsquo;Arrigo \u2022 Horcynus Orca \u2022 Le d\u00e9dommagement de Ciccinella"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2013-05-10-a\u0300-09.04.31.png\" rel=\"lightbox[8442]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2013-05-10-a\u0300-09.04.31.png\" alt=\"Capture d\u2019e\u0301cran 2013-05-10 a\u0300 09.04.31\" width=\"146\" height=\"221\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8261\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>Dans le cadre d&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9criture de haute vol\u00e9e, <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/feroce\/\">F\u00e9roce<\/a>, foment\u00e9 avec quelque \u00e9diteur o\u00f9 l&rsquo;herbe ne repousse pas, je me lance \u00e0 corps perdu dans la traduction libre de textes choisis de l&rsquo;h\u00e9naurme livre de Stefano d&rsquo;Arrigo, <em>Horcynus orca<\/em> (1975).<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<blockquote><p>&lsquo;Ndrja Cambr\u00eca parvient \u00e0 trouver une embarcation pour l&rsquo;\u00cele, celle de l&rsquo;\u00e9nigmatique et mage Ciccina Circ\u00e8, qui a le pouvoir de se d\u00e9fendre des soldats morts flottants dans le d\u00e9troit d&rsquo;un cort\u00e8ge de f\u00e8res, les dauphins.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>Elle tourna la t\u00eate vers l&rsquo;arri\u00e8re, comme si elle \u00e9piait dans l&rsquo;obscur au-dessus de la mer plus avec l\u2019ou\u00efe qu&rsquo;avec la vue, et ajouta : \u00ab\u00a0Et l&rsquo;aube ne nous vaut rien, ni \u00e0 vous ni \u00e0 moi\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Sinon, concernant mon d\u00e9dommagement&#8230;\u00a0\u00bb, il dit.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est bon, c&rsquo;est bon. Le d\u00e9dommagement&#8230;\u00a0\u00bb l&rsquo;interrompit-elle, toute \u00e9bouriff\u00e9e. \u00ab Allez, descendez de la barque et grouillons-nous \u00bb et comme il sauta : \u00ab\u00a0Le d\u00e9dommagement, le d\u00e9dommagement&#8230;\u00a0\u00bb, r\u00e9p\u00e9tait-elle avec m\u00e9pris, comme si elle avait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9e par ce mot.<\/p>\n<p>Le d\u00e9dommagement, lui, il le r\u00e8gla bien vite une fois sous les palmiers : c&rsquo;est-\u00e0-dire o\u00f9, quand et comment elle voulait elle.<\/p>\n<p>Il l&rsquo;avait vue dispara\u00eetre dans le noir, comme si, prise d&rsquo;une envie pressante, elle voulait s&rsquo;accroupir derri\u00e8re les palmiers. Il attendit et puis de l\u00e0 lui parvint une exclamation suffoqu\u00e9e : \u00ab\u00a0\u00d4 mon feu, \u00f4 mon feu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il se dirigea vers elle, sous les palmiers qui grandissaient dans le noir : l\u00e0, reculant furtive furtive, la f\u00e9minote vint s&rsquo;adosser \u00e0 lui.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00d4 mon feu, \u00f4 ce feu\u00a0\u00bb elle se lamenta encore.<\/p>\n<p>Ainsi tout soudain, elle entortilla ses pieds aux siens, lui prit les bras, elle se les pivota autour de la taille, elle se pencha en avant et se le tira sur elle, pli\u00e9 sur la croupe comme si, reculant devant un danger, elle cherchait refuge et abri dessous ce corps. Et ainsi, elle croyait avoir trouv\u00e9, comme d&rsquo;habitude, son refrain :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00d4 mon feu, \u00f4 mon feu \u00bb, le dos se renversait contre lui et venait se presser de plaisir.<\/p>\n<p>Arr\u00eatez ce man\u00e8ge, il voulait lui dire. Pourquoi vous faites toutes ces mani\u00e8res ? Peut-\u00eatre a-t-elle illusion de sauver la face, pensait-il : d&rsquo;autre part, elle n&rsquo;imaginait pas quelle g\u00e8ne elle lui causait dans cette position barbare, les tresses et l&rsquo;odeur de l&rsquo;huile d&rsquo;olive. Cela d\u00e9notait d&rsquo;un certain manque de pratique, d&rsquo;une certaine brutalit\u00e9, plut\u00f4t \u00e9trange, avec les hommes, et puis elle se r\u00e9v\u00e9lait, de surcro\u00eet, plus despotique qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;habitude. Elle avait l&rsquo;agir d&rsquo;une jeune fille au poil neuf et, dans le m\u00eame temps, d&rsquo;une femme qui les avait perdus, \u00e0 pr\u00e9sent, ces poils : l&rsquo;agir, en somme, de la jeune fille qui encore ne sait rien et de la vieille qui ne sait plus et se trompe, se m\u00e9lange les mains et de temps en temps se goure. Elle ne semblait pourtant ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre, ni jeune fille ni vielle femme. Lui savait son d\u00e9dommagement. Donc, quel besoin de ce petit man\u00e8ge et de cette brutalit\u00e9 ? Que devait-il faire ? Il se mit \u00e0 blaguer :<\/p>\n<p>\u00ab Qu&rsquo;est-ce qui vous effraye ? \u00bb il lui demanda.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00d4 mon feu, \u00f4 mon feu \u00bb elle cria cette fois en se retournant, elle le tira sur elle jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre \u00e9tendus. Il sentit sous les mains les racines filasses du palmier auquel la f\u00e9minote s&rsquo;\u00e9tait adoss\u00e9e, allong\u00e9e vers la mer. Lui \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 sur le sable, \u00e0 moiti\u00e9 sur elle. Elle se cramponna \u00e0 ses muscles, et, remuant le panier son cul, elle creusait dans le sable pour s&rsquo;ajuster sous lui : \u00ab\u00a0Pardi, pardi \u00bb, elle faisait, sans r\u00e9ussir. Mais finalement, enfilant un bras sous lui et l&rsquo;ayant saisi par les flancs, elle se le porta dessus, presque de tout son poids, se le fourra dans son giron, comme un nourrisson en couches. Il \u00e9tait comme \u00e0 balancer sur elle, sans r\u00e9ussir \u00e0 trouver l&rsquo;\u00e9quilibre. O\u00f9 qu&rsquo;il la touche, son corps lui paraissait \u00e9trangement mou, fuyant et comme impossible \u00e0 attraper. Il avait l&rsquo;impression, dans le noir, qu&rsquo;o\u00f9 il touche, il touchait toujours sa poitrine, ses mamelles, ses grosses mamelles, \u00e9clabouss\u00e9es, comme des poches mollasse, qui maintenant, \u00e9tant \u00e9tendues, s&rsquo;\u00e9taient aplaties et s&rsquo;\u00e9pandaient flasques flasques en tout sens, dessusdessous, comme si elles lui arrivaient presque aux \u00e9paules et au ventre. Il lui semblait \u00eatre sur le corps d&rsquo;une grande m\u00e9duse, sur cette g\u00e9latine qui, tant qu&rsquo;elle est intacte, n&rsquo;est pas seulement dangereuse et intouchable, mais m\u00eame aussi belle \u00e0 voir : au premier choc pourtant, sa forme de fleur se d\u00e9fait en un amas d\u00e9go\u00fbtant que le soleil d\u00e9truit, et elle dispara\u00eet et on dirait qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais exist\u00e9, ni morte, ni vivante.<br \/>\n\u00ab\u00a0\u00d4 le feu, \u00f4 le feu\u00a0\u00bb, elle criait, en sentant ses moustaches, comme s&rsquo;ils jouaient \u00e0 \u201ctu chauffes, tu refroidis\u201d et que ses moustaches \u00e9taient la chose cach\u00e9e qu&rsquo;elle, elle devait trouver. \u00ab\u00a0\u00d4 mon feu, \u00f4 mon feu, quelles moustaches&#8230; et si tant donne tant, \u00f4 Baffetuzzi, quel gaillard tu seras et pas seulement avec ton filet sur la l\u00e8vre. \u00bb<\/p>\n<p>Inutile d&rsquo;ajouter que les moustaches lui \u00e9taient venues par n\u00e9cessit\u00e9, avec une barbe de jours et de jours, elles \u00e9taient d&rsquo;ailleurs provisoires, car lui ne les go\u00fbtait pas.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00d4 mon feu \u00bb se plut-elle encore \u00e0 dire \u00ab\u00a0quelle crini\u00e8re fris\u00e9e, quels cheveux, quelle barbe, quels poils, mon feu\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce feu : elle pourrait br\u00fbler vive dans ce feu de d\u00e9lices&#8230;. Le feu qu&rsquo;elle invoquait semblait s&rsquo;attiser d&rsquo;autant plus dans sa bouche et enflammer son haleine qu&rsquo;elle lui soufflait au visage, \u00e0 mesure qu&rsquo;elle le manipulait, le d\u00e9taillant morceau par morceau, poil apr\u00e8s poil.<\/p>\n<p>Pour lui donner tant d&rsquo;aise, il se tenait d\u00e9balanc\u00e9, une jambe sur le sable, l&rsquo;autre par-dessus elle, si bien qu&rsquo;il \u00e9tait mal install\u00e9 comme un cavalier mont\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 sur sa monture. Mais m\u00eame mal install\u00e9, sans m\u00eame s&rsquo;en rendre compte il commen\u00e7ait \u00e0 se rimer avec elle, et \u00e0 y prendre go\u00fbt, c&rsquo;est-\u00e0-dire : go\u00fbt de l&rsquo;odeur d&rsquo;huile d&rsquo;olive dont \u00e9taient baign\u00e9es ses tresses, baign\u00e9es comme si les tresses lui servaient \u00e0 passer en Sicile l&rsquo;huile de contrebande, en les essorant bienbien, une fois sur l&rsquo;\u00eele, et go\u00fbt aussi de l&rsquo;odeur comme de naphtaline, qu&rsquo;il reniflait sur son bustier de velours. C&rsquo;\u00e9tait un go\u00fbt, c&rsquo;\u00e9taient des odeurs qu&rsquo;il lui semblait reconna\u00eetre, comme si elles lui \u00e9taient famili\u00e8res, jadis : odeurs de sa m\u00e8re, ou dans la maison, dans quelque meuble de lingerie, ou dans les choses que l&rsquo;on conserve, qui ne se voient pas, qu&rsquo;on oublie m\u00eame, et puis elles r\u00e9apparaissent et se retrouvent identiques, comme avant, avec la senteur de ce pass\u00e9 plong\u00e9 dans l&rsquo;alcool, dans la naphtaline, qui se d\u00e9prisonne dans l&rsquo;air comme un parfum. Il y avait quelque chose de semblable \u00e0 cela dans ce go\u00fbt, dans ces odeurs : comme un parfum amar\u00e2tre, qui le convainquait et le flattait, et comme un charme lointain de mains et de paroles, qui lui servait de berceuses et magnifiait sa beaut\u00e9, encore tendre et nue, de b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n<p>Mais finalement elle atteignit un point o\u00f9 elle perdit la t\u00eate. Elle fut prise d&rsquo;une secousse, souleva la t\u00eate et se plia en deux vers l&rsquo;avant comme un d\u00e9clic : \u00ab\u00a0Feu quel feu \u00bb haleta-t-elle, s&rsquo;en mourant derri\u00e8re la voix \u00ab\u00a0qui me br\u00fble la main\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Elle avait attrap\u00e9 au vol son engin<sup class='footnote'><a href='#fn-8442-1' id='fnref-8442-1' onclick='return fdfootnote_show(8442)'>1<\/a><\/sup>, si disgracieusement que l&rsquo;autre \u00e9tait comme \u00e7a comme \u00e7a \u00e0 deux doigts de l&rsquo;envoyer bouler<sup class='footnote'><a href='#fn-8442-2' id='fnref-8442-2' onclick='return fdfootnote_show(8442)'>2<\/a><\/sup>. Elle le tenait serr\u00e9 dans la main, comme si elle n&rsquo;y croyait toujours pas, comme si elle le prenait pour un fant\u00f4me qui lui passait devant les yeux, dans quelque pi\u00e8ce noire de suie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mon feu, s\u00e9v\u00e8re d\u00e9sir <sup class='footnote'><a href='#fn-8442-3' id='fnref-8442-3' onclick='return fdfootnote_show(8442)'>3<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb haleta-t-elle encore.<\/p>\n<p>Elle lan\u00e7a alors tout \u00e0 coup un long long soupir, lamentueux, frissonnant, comme si elle exhalait son \u00e2me, avant de se tomber compl\u00e8tement, de sombrer dans la niche de sable qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait creus\u00e9e sous les \u00e9paules, et l\u00e0 se laisser consumer par le feu qu&rsquo;elle-m\u00eame brassa et attisa plusieurs fois, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il se r\u00e9duise en cendres.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Elle avait tout fait elle, et lui se trouva \u00e0 vouloir et \u00e0 faire tout ce qu&rsquo;elle voulait et faisait elle. Comme se elle doutait de lui, elle lui avait pass\u00e9 un bras autour du cou et se le tenait serr\u00e9 contre. Et se tenant ainsi elle lui parla, tant qu&rsquo;elle put, dans un resoupir confus \u00e0 l&rsquo;oreille, \u00e0 beaucoup supplier et un peu \u00e0 menacer. Du temps, la clochette toujours dans sa poche \u00e0 lui<sup class='footnote'><a href='#fn-8442-4' id='fnref-8442-4' onclick='return fdfootnote_show(8442)'>4<\/a><\/sup> et parfois il en ressentait le choc, le long de sa cuisse et \u00e7a rappelait les coups de queue de la f\u00e9minote, suffoqu\u00e9e mais proche. Cette fois, ch\u00e8re Ciccinella, il lui disait mentalement, le dingding que tu as invent\u00e9 sonne pour toi, c&rsquo;est moi qui te le sonne, avec mon battant sur ton argent, bronze ou fonte, quoi que ce soit, et toi tu te tiens \u00e0 mon commandement, toute identique \u00e0 une f\u00e8re, et toi non plus tu n&rsquo;as plus cette grimace de seigneure, et toi-m\u00eame tu te vois<sup class='footnote'><a href='#fn-8442-5' id='fnref-8442-5' onclick='return fdfootnote_show(8442)'>5<\/a><\/sup> telle et quelle, belle et sous le charme, et moi je te le dis : travaille, travailleuse. Maintenant tu la fais toi la corv\u00e9e, et fais-la bien, vu que tu la fais \u00e0 moi : fais-la moi comme si tu la faisais \u00e0 ton Amant<sup class='footnote'><a href='#fn-8442-6' id='fnref-8442-6' onclick='return fdfootnote_show(8442)'>6<\/a><\/sup> parce que \u00e0 moi aussi \u00e7a fait un bail qu&rsquo;on me l&rsquo;a pas faite cette corv\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chevauchez-moi, cavalier\u00a0\u00bb elle lui resoupirait alors \u00e0 l&rsquo;oreille. \u00ab\u00a0Faites, faites-moi voir si vraiment il y eut m\u00e9rite, il y eut valence, de vous en sortir sain et sauf. Ne le prenez pas pour un caprice, ne me faites offense, ne me riez pas. J&rsquo;ai oubliai depuis quand je n&rsquo;avais go\u00fbt\u00e9 homme. Imaginez que sous la suie je redevins vierginelle. Et vous, usez avec moi de d\u00e9licatesse, usez avec moi de force  persuasion, comme on use d&rsquo;une vierginelle. Mais chevauchez-moi, cavalier, chevauchez-moi. Chevauchez-la sans m\u00e9nager votre monture, \u00e9peronnez-la, cavalier. Et faites, faites moi sang comme il vous plaira, blessez-moi, blessez-moi, faites-moi faire a\u00efe, faites-moi sentir encore vive, au milieu de cette mer de morts. Ayez bont\u00e9, jeune fou et beau : piti\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Piti\u00e9 ? Mais avant, en pleine mer, elle ne disait pas qu&rsquo;elle l&rsquo;horrifiait ? Elle ne la faisait pas souffrir, cette parole, elle ne la blessait pas sa race, a\u00efe\u00a0! ouille\u00a0!\u00a0? Il devait avoir piti\u00e9 d&rsquo;elle ? Ainsi, elle le voulait lent des reins ? Il ne lui disait pas \u00e7a, \u00e0 sa Ciccinella : que la piti\u00e9, parfois, r\u00e9duit l&rsquo;homme lent des reins, que la femelle ne peut pas en faire grand via ? Pourtant cette soi-disant piti\u00e9, pensait-il, devait \u00eatre vraiment une merveille<sup class='footnote'><a href='#fn-8442-7' id='fnref-8442-7' onclick='return fdfootnote_show(8442)'>7<\/a><\/sup>, si elle donne envie d&rsquo;en \u00eatre engross\u00e9s pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ceux qui en connaissent les risques et en restent sur leur garde : c&rsquo;est-\u00e0-dire non seulement elle engrosse contre leur avis, mais parfois m\u00eame on va jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;implorer. Sauf que, dans son cas \u00e0 elle, il ne comprenait pas pourquoi elle lui demandait piti\u00e9, puisqu&rsquo;elle elle br\u00fblait d&rsquo;\u00eatre bless\u00e9e, qu&rsquo;elle voulait du sang&#8230;<\/p>\n<p>Puis la f\u00e9minote s&rsquo;en fut silencieuse, toute occup\u00e9e \u00e0 se rappeler comment, d&rsquo;o\u00f9, naissait le plaisir comme l&rsquo;Amant, comme celui-ci, \u00e0 la taille fine et flexible du bambou. A se demander s&rsquo;elle \u00e9tait encore habile \u00e0 filer ce plaisir comme autour d&rsquo;une bobine, le c\u0153ur en suspens.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Puis, l\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait le feu se renversa la mer.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-8442'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-8442-1'> <em>Affarecinese<\/em>, se dit d&rsquo;un truc \u00ab\u00a0chinois\u00a0\u00bb, qu&rsquo;on ne comprend pas, qu&rsquo;on ne saisit pas ; visiblement il s&rsquo;agit de son sexe \u00e0 lui. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8442-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-8442-2'> <em>Ronzare<\/em> = <em>ronfler<\/em>, <em>bourdonner<\/em>. Chez D&rsquo;Arrigo (en sicilien ?) : <em>pousser<\/em>, <em>renverser<\/em>, <em>\u00e9loigner<\/em>&#8230; <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8442-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-8442-3'> \u00ab\u00a0che voglia citrigna\u00a0\u00bb, ou <i>citrignia<\/i> d\u00e9signe une pr\u00e9paration de <em>pasta<\/em> (<em>tritrigna<\/em> entend-on parfois = <i>al dente<\/i>) mais aussi une femme <em>dure<\/em> (<i>soda<\/i>), <em>hommasse<\/em>, ou <em>pleine<\/em>, <em>vraie<\/em> ; ici adjectif, c&rsquo;est parfait ! <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8442-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-8442-4'> Clochette qui sert \u00e0 Circ\u00e8 dans la travers\u00e9e pour conduire son banc de <i>f\u00e8re<\/i>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8442-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-8442-5'> Deuxi\u00e8me fois qu&rsquo;on croise ce\u00a0<em>cernere<\/em>, franchement pas clair ; proche de <em>discerner<\/em>, il \u00e9voque aussi <em>mesurer<\/em>, <em>trier<\/em>, <em>cribler<\/em>&#8230; <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8442-5'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-8442-6'> M\u00eame personnage cit\u00e9 et saut\u00e9 plus haut. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8442-6'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-8442-7'> <em>Arcalamecca<\/em>. \u00ab\u00a0Lecca e la Mecca \u00e8 nu modu di diri sicilianu chi s&rsquo;usa quannu unu s&rsquo;havi giratu nu locu tutta la jurnata, spissu turnannu a casa senza aviri arrinisciutu a fari chiddu chi nni ntinn\u00eca \u00f4 principiu. Nta sti circustanzi si parra d&rsquo;<em>aviri giratu Lecca e la Mecca<\/em>. La Mecca rifirisci a dda citati santa famusa a cui ogni musurmanu cci havi a visitari armenu una vota duranti la s\u00f2 vita. Sarvaturi Camilleri scrivi ca <em>Lecca<\/em> rifirisci a <em>Ceca<\/em>, na famusa muschea di C\u00f2rdova, nt\u00e2 Spagna, unni s&rsquo;attrova ancora la frasa: <em>ir de Ceca en Meca<\/em> (o <em>andar de Ceca en Meca<\/em>), chi currispunni pricisamenti a l&rsquo;adattamentu sicilianu. Si senti spissu <em>firriari Lecca e la Mecca<\/em>. Na variazzioni catanisa \u00e8: <em>firriari l&rsquo;Arca e la Mecca<\/em> (o <em>firriari l&rsquo;Arcalamecca<\/em>), di cui Camilleri discrivi comu na forma sbagghiata. \u00bb dit le <a href=\"http:\/\/scn.wikipedia.org\/wiki\/Lecca_e_la_Mecca\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Wikip\u00e9dia sicilien<\/a>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8442-7'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre d&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9criture de haute vol\u00e9e, F\u00e9roce, foment\u00e9 avec quelque \u00e9diteur o\u00f9 l&rsquo;herbe ne repousse pas, je me lance \u00e0 corps perdu dans la traduction libre de textes choisis de l&rsquo;h\u00e9naurme livre de Stefano d&rsquo;Arrigo, Horcynus orca (1975). &lsquo;Ndrja Cambr\u00eca parvient \u00e0 trouver une embarcation pour l&rsquo;\u00cele, celle de l&rsquo;\u00e9nigmatique et mage&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,2010],"tags":[373,2560,1021,2437,1551,627,2270,434,1213,1169],"class_list":["post-8442","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-traduire","tag-amour","tag-circee","tag-femme","tag-horcynus-orca","tag-lodyssee","tag-mer","tag-pitie","tag-sexe","tag-stefano-darrigo","tag-ulysse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8442","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8442"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8442\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15582,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8442\/revisions\/15582"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8442"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8442"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8442"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}