{"id":8440,"date":"2013-10-26T09:15:53","date_gmt":"2013-10-26T07:15:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=8440"},"modified":"2021-10-03T17:09:57","modified_gmt":"2021-10-03T15:09:57","slug":"un-ruisseau-dans-le-salon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/un-ruisseau-dans-le-salon\/","title":{"rendered":"Un ruisseau dans le salon"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai bient\u00f4t d\u00e9couvert que ce livre n\u2019en \u00e9tait pas un. Pas un vrai. Ce n\u2019\u00e9tait pas un vrai livre. C\u2019\u00e9tait un assemblage. Une composition, un patchwork. Cette d\u00e9couverte est le fruit d\u2019un hasard absolument inesp\u00e9r\u00e9\u00a0; un hasard sec, que je partageais bient\u00f4t avec Emmanuel Delaplanche, qui avait longuement travaill\u00e9 sur le processus de r\u00e9appropriation chez Louis-Ren\u00e9 des For\u00eats.<\/p>\n<p>Qui, aujourd\u2019hui, viendrait mettre en question l\u2019\u0153uvre imposante, \u00e9l\u00e9gante et exigeante de Louis-Ren\u00e9 des For\u00eats ? Il est pourtant aujourd\u2019hui \u00e9tabli qu\u2019une majeure partie de ses livres est un collage, une r\u00e9\u00e9criture, une digestion \u2014\u00a0par ailleurs ivre de puissance litt\u00e9raire, je ne remets pas du tout en cause l\u2019\u0153uvre de des For\u00eats, que je tiens pour l\u2019un de nos plus grands \u00e9crivains \u2014 de textes am\u00e9ricains divers et vari\u00e9s, une phrase de-ci de-l\u00e0, parfois moins, parfois des paragraphes entiers. Emmanuel avait ainsi soutenu une th\u00e8se sur ce th\u00e8me ; et en plus du texte th\u00e9orique de la th\u00e8se proprement dite, il avait compos\u00e9 \u00e9galement un fort volume constitu\u00e9 de deux colonnes ; sur la premi\u00e8re, le texte de des For\u00eats, sur l\u2019autre, en regard, les textes des influences (Faulkner, Dos Passos, Hemingway, Caldwell, Miller, Bataille, Leiris, Kafka\u2026).<\/p>\n<p>Emmanuel \u00e9tait donc la personne idoine \u00e0 qui faire part de ma d\u00e9couverte \u2014\u00a0je croyais alors dur comme fer, je dois l\u2019avouer, que le r\u00e9el \u00e9tait le fruit d\u2019agencements de notre perception, agencements tr\u00e8s perm\u00e9ables \u00e0 la fiction (ce qui n\u2019est pas tr\u00e8s original, j\u2019en conviens volontiers), l\u2019esprit \u00e9tant toujours prompt \u00e0 jeter son propri\u00e9taire dans la plus doucereuse des confusions.<\/p>\n<p>Mais Emmanuel fut injoignable \u00e0 ce moment. Nous habitions \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du pays, lui et moi, et je ne parvenais pas \u00e0 le joindre, ni au t\u00e9l\u00e9phone, ni via les moyens \u00e9lectroniques.<\/p>\n<p>Je revenais \u00e0 mon texte. Je revenais \u00e0 la co\u00efncidence. Peut-\u00eatre Pierre Senges, Christian Garcin auraient pu m\u2019aider, ou bien un sp\u00e9cialiste de l\u2019\u0153uvre de Borges. Mais je ne connaissais plus personne \u00e0 l\u2019universit\u00e9 \u2014\u00a0et ceux que j\u2019avais connus jadis (la plupart d\u00e9j\u00e0 vieillards chenus ou marcescents) avaient d\u00fb passer l\u2019arme \u00e0 gauche. Et je n\u2019\u00e9tais pas assez familier avec les deux auteurs pour les importuner pour ce qui devait \u00eatre des broutilles.<\/p>\n<p>J\u2019eus alors l\u2019id\u00e9e d\u2019appeler Bernard Hoepffner, dont je savais l\u2019int\u00e9r\u00eat pour ces surprises textuelles, et je savais son amour pour Borges ; je le connaissais depuis longtemps, puisque nous avions habit\u00e9 durant des ann\u00e9es dans le m\u00eame village de la Dr\u00f4me. Avec cette nuance que durant des ann\u00e9es, chacun de nous ignorait totalement les activit\u00e9s de l\u2019autre, bien que nous connaissions des personnes en commun, et que nous nous d\u00e9vouions, dans nos maisons respectives, \u00e0 la litt\u00e9rature, etc.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture est presque un secret infamant, ou une pudeur, ou une maladie, qu\u2019on n\u2019exhibe pas facilement en soci\u00e9t\u00e9. Ou une jalousie. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas dans les grandes villes, mais dans un village rural, o\u00f9 les pr\u00e9occupations vont vers les affouages, les sangliers ou les f\u00e9d\u00e9rations sportives, c\u2019est encore plus net.<\/p>\n<p>J\u2019allais trouver Bernard afin de lui pr\u00e9senter mon questionnement. J\u2019avais en effet trouv\u00e9, dans l\u2019<em>Histoire de l\u2019infamie<\/em> de Borges, qui est l\u2019un des livres les plus muscl\u00e9s et tr\u00e8s habilement compos\u00e9s qui soit, des \u00e9l\u00e9ments qui me semblaient parvenir d\u2019ailleurs. Il faut que je sois prudent, car je ne voudrais pas d\u00e9clencher de vives pol\u00e9miques, inutiles sur ces sujets. Il faut que je sois patient, \u00e9galement, et que je prenne le temps de bien d\u00e9rouler le fil de ma d\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Patient je le fus, car Bernard \u00e9tait en d\u00e9placement pour un long temps, et j\u2019eus le loisir ainsi de laisser enfler ce qui devenait un d\u00e9lire et, \u00e0 la faveur de l\u2019\u00e9t\u00e9 finissant, dont les contours se dissolurent paradoxalement, au point que les arguments devinrent moins nets et la force de la d\u00e9couverte une b\u00eate pointe \u00e9mouss\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est donc \u00e0 l\u2019automne que je parvins \u00e0 rencontre Bernard, n\u2019\u00e9tant plus tr\u00e8s assur\u00e9 moi-m\u00eame de la pertinence de ce que j\u2019avan\u00e7ais. Nous n\u2019avions pas eu besoin de beaucoup marcher pour trouver les pieds de mouton et les giroles que nous partagerions pour f\u00eater les retrouvailles.<\/p>\n<p>Nul n\u2019ignore que Borges accordait une \u00e9minente importance \u00e0 l\u2019intertextualit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire aux \u00e9changes plus ou moins conscients entre un texte et un autre texte (citations, \u00e9chos, reprises de th\u00e8mes ou de personnages, etc.). Il avait \u00e9crit ces phrases d\u00e9finitives, \u00e0 ce propos, dans ses <em>Inquisitions<\/em> (\u00ab\u00a0Kafka et ses pr\u00e9curseurs\u00a0\u00bb) :<\/p>\n<blockquote><p>Le fait est que chaque \u00e9crivain cr\u00e9e ses pr\u00e9curseurs. Son apport modifie notre perception du pass\u00e9 aussi bien que du futur. (\u00e9dition Pl\u00e9\u00efade, t.I, 753)<\/p><\/blockquote>\n<p>Tout a commenc\u00e9 lorsque je pris ce m\u00eame volume pour chercher cette m\u00eame citation. Les marque-pages du volume n\u2019indiquaient rien de particulier, mais mon livre \u00e9tait consid\u00e9rablement annot\u00e9, et les passages que j\u2019avais si longtemps cit\u00e9s \u00e9taient indiqu\u00e9s par de petits onglets de ma fabrication (papier + scotch), \u00e0 la mani\u00e8re de post-it archa\u00efques. C\u2019est pourquoi je fus surpris de trouver trois pages corn\u00e9es, corn\u00e9es ensemble je veux dire, et dont le coin rabattu indiquait dans le texte les mots \u00ab\u00a0ordre secret\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai plus aucun souvenir d\u2019avoir moi-m\u00eame corn\u00e9 ces pages, surtout par trois (c\u2019est ce qui me frappa le plus), mais il arrive que les livres se cornent d&rsquo;eux-m\u00eames, dans les d\u00e9m\u00e9nagements, les transports peu pr\u00e9cautionneux dans les sacs, etc. Je rel\u00e8ve cette phrase ainsi indiqu\u00e9e.<\/p>\n<blockquote><p>En outre, le genre dont je parle est complexe. Le d\u00e9sordre, l&rsquo;incoh\u00e9rence, la vari\u00e9t\u00e9 ne sont pas difficiles \u00e0 r\u00e9aliser, mais il faut qu&rsquo;ils soient r\u00e9gis par un ordre secret qui deviennent graduellement apparent. (\u00ab\u00a0Sur <i>The purple land<\/i>\u00a0\u00bb, <i>Autres inquisitions<\/i>, t.I, 775)<\/p><\/blockquote>\n<p>Je feuilletais ensuite le volume, relevant de-ci de-l\u00e0 quelques phrases qui pouvaient \u00eatre utiles \u00e0 mes recherches. Et je tombais sur ce texte que, jusque ici \u00e0 ma connaissance, je n\u2019avais pas vu, ou alors que j\u2019avais compl\u00e8tement enfoui sous des dizaines d\u2019autres \u2014\u00a0cette masse de lecture s\u2019intitulant aussi l\u2019oubli. C\u2019est ce passage que je montrai \u00e0 Bernard.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Je me levai pour prendre un peu d\u2019eau. En repassant dans mon bureau, je vis le corps sans vie d\u2019un scorpion que le menuisier venu prendre des mesures pour une fen\u00eatre \u00e0 \u00e9cras\u00e9 d\u2019un coup sec de brodequin. Il est rest\u00e9 tel quel, depuis, je n\u2019ai pas eu le c\u0153ur de le d\u00e9placer. Il est l\u00e0, dans un coin de la pi\u00e8ce, on n\u2019a pas l\u2019impression qu\u2019il est mort. C\u2019est comme s\u2019il me regardait.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<blockquote><p>On ne connait jamais l&rsquo;histoire avant de l&rsquo;\u00e9crire. Avant qu&rsquo;aient disparu les circonstances qui ont fait que l&rsquo;auteur l&rsquo;a \u00e9crite. Avant qu&rsquo;elle ait subi dans le livre la mutilation de son pass\u00e9. Car ce que nous appelons commencement est souvent la fin. La fin, c&rsquo;est l&rsquo;endroit d&rsquo;o\u00f9 nous partons. En effet, on ne finit jamais de lire. Les livres s&rsquo;ach\u00e8vent, eux, nous le savons, comme nous savons de mani\u00e8re certaine que la mort existe. Or on ne fait jamais que vivre jusqu&rsquo;\u00e0 ce point fatal. <\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, un m\u00eame individu n&rsquo;aime pas obligatoirement le m\u00eame livre \u00e0 dix-huit et \u00e0 quarante-huit ans. Nous portons un dr\u00f4le de regard sur notre pass\u00e9. Un regard ext\u00e9rieur. On a la t\u00eate lourde, on est pris de vertige, comme si le regard ne se portait pas en arri\u00e8re pour s&rsquo;enfoncer dans les couloirs du temps mais s&rsquo;\u00e9loignait, ou nous \u00e9loignait de ces livres lus, emport\u00e9s loin, s\u00e9par\u00e9s de leur auteur ou de leur lecteur, celui qu&rsquo;on \u00e9tait alors. Des fragments de cet \u00eatre, fragments anesth\u00e9si\u00e9s ou embaum\u00e9s par la m\u00e9moire demeurent pourtant, mais de livre, d&rsquo;histoire, et de celui qu&rsquo;on \u00e9tait alors, plus de trace. Notre biographie est l&rsquo;assemblage de ces oublis, de ces vacances.<\/p>\n<p>Qui je fus est un inconnu que j\u2019aime en r\u00eave. Mon souvenir n&rsquo;est rien, et celui que je suis et ceux que je fus s&rsquo;agitent dans deux r\u00eaves diff\u00e9rents. Ce que nous sommes devenus, ce que nous sommes, nous croyons que c&rsquo;est le fruit d&rsquo;un cheminement, au pire d&rsquo;une contingence. Mais en v\u00e9rit\u00e9, nous oscillons sans cesse entre la fuite et la nostalgie ; et leur objet, l&rsquo;objet de la fuite, l&rsquo;objet de la nostalgie, n&rsquo;est-il pas la mort m\u00eame ?<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour une raison ou une autre \u2014 et je ne saurai pas aller beaucoup plus loin que cette incertitude \u2014 ce passage me semblait \u00e9trange. Quelque chose ne collait pas. J\u2019avais l\u2019impression non seulement d\u2019un \u00e9cho lointain \u2014 mais quel livre peut-il pr\u00e9tendre ne pas s\u2019assourcer en d\u2019autres livres ? \u2014\u00a0mais \u00e9galement un sentiment de faux, de factice, de modelage abusif.<\/p>\n<p>Je ne savais pas comment d\u00e9nouer mon doute. Je cherchais des mots qui permettent d\u2019activer cet \u00e9cho et je me dis que le syntagme \u00ab\u00a0\u00e0 dix-huit et \u00e0 quarante-huit ans \u00bb \u00e9tait assez originale (pourquoi quarante-huit) que peut-\u00eatre un fil pouvait en \u00eatre tir\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que je d\u00e9couvris, cach\u00e9 dans ce fragment, une citation d\u2019Ezra Pound<sup class='footnote'><a href='#fn-8440-1' id='fnref-8440-1' onclick='return fdfootnote_show(8440)'>1<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>Fier de ma d\u00e9couverte, je l\u2019indiquais prestement \u00e0 Bernard, juste apr\u00e8s qu\u2019il eut fini de le lire. Il sourit. Son front se plissa pourtant en une mati\u00e8re soucieuse.<\/p>\n<p>Je consid\u00e8re Bernard comme un homme pragmatique, beaucoup plus pragmatique que je ne le serais jamais. Il est pragmatique \u00e0 la mani\u00e8re de ceux qui travaillent dehors (son visage le rappelait et son pass\u00e9 en t\u00e9moignait). Il a ce recul sur les choses, cet \u00e9cart avec les \u00e9v\u00e8nements, de ceux \u00e0 qui on n\u2019en conte pas. Il a cette malice et ce sens de la contingence de ceux qui habitent sur un \u00eele. Grand \u2014 plus grand que je ne le serais jamais \u2014\u00a0il laisse le temps que les choses viennent \u00e0 lui. Il continuait \u00e0 me fixer intens\u00e9ment, gravement, comme si j\u2019avais dit une \u00e9norme grossi\u00e8ret\u00e9, ou plus exactement comme si j\u2019avais omis de le faire.<\/p>\n<p>Il se leva, tourna dans la cuisine qui surplombait la prairie. Nous \u00e9tions dans sa maison \u00e0 l\u2019\u00e9cart, non loin d\u2019une colline d\u00e9sol\u00e9e que bordait un petit ruisseau. On l\u2019entendait sans pr\u00eater l\u2019oreille, on n\u2019entendait que lui, \u00e0 vrai dire, c\u2019est comme si l\u2019essence de notre dialogue se fut cristallis\u00e9e en son corps, \u00e0 ses d\u00e9placements \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Enfin Bernard est traducteur, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il a l\u2019habitude de d\u00e9jouer les entourloupes que croient semer dans leur texte les auteurs. Le ruisseau se laissait entendre, nous priant de le suivre, requ\u00e9rant toute notre attention (ou la mienne seulement ?).<\/p>\n<p>Un long moment s\u2019\u00e9coula, mais un moment de ruisseau, c\u2019est-\u00e0-dire un moment inqualifiable, en r\u00e9alit\u00e9. Soudain il s\u2019exclama, d\u2019une voix \u00e9trange, aussi claire ou \u00e9clatante qu\u2019elle \u00e9tait calme et de bas volume. Une voix douce et grave.<\/p>\n<p>\u2014 C\u2019est Ezra Pound.<\/p>\n<p>Je fus non seulement flatt\u00e9 de cette attestation qui se colorait d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 h\u00e9las devenue \u00e9vidente, mais \u00e9galement soulag\u00e9 \u2014 je n\u2019aime pas d\u00e9ranger impun\u00e9ment les gens.<\/p>\n<p>\u2014 C\u2019est Ezra Pound. C\u2019est bien lui.<\/p>\n<p>(Un nouveau ruisseau passa dans la pi\u00e8ce.)<\/p>\n<p>\u2014 Mais combien d\u2019auteurs s\u2019inspirent d\u2019autres auteurs (et je sentis que ma joie \u00e9tait futile, \u00e9go\u00efste ; j\u2019en fus profond\u00e9ment touch\u00e9) ? Il n\u2019y a pas de quoi en faire un plat, quoi.<\/p>\n<p>Je me sentis ridicule. Je me perdis en confusion et transpirai. Il se rassit, et se releva.<br \/>\nNous avons pass\u00e9 le reste de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 deviser paisiblement sur l\u2019intertexte en racontant des anecdotes plus ou moins attest\u00e9es. Que plusieurs passages de Proust viennent d\u2019Anatole France. Que Baudelaire n\u2019a peut-\u00eatre pas \u00e9crit tous ses po\u00e8mes en prose. Que les journaux fournissaient d\u2019excellents textes tout pr\u00eats \u00e0 recopier. On \u00e9voqua encore Borges, et Shakespeare, et Hom\u00e8re, et Houellebecq, et le plagiat, et le droit d\u2019auteur.<\/p>\n<p>Sans parler de la traduction qui est un plagiat toujours renouvel\u00e9, sans cesse original. \u00ab\u00a0La traduction est comme ce plat de champignons\u00a0\u00bb, l\u2019un de nous avait dit \u00e7a en d\u00e9signant la po\u00eale \u00e0 demi vid\u00e9e.<\/p>\n<p>Lorsque nous nous quitt\u00e2mes, d\u00e9j\u00e0 sur le pas de la porte \u2014 la nuit \u00e9tait venue et d\u00e9j\u00e0 la for\u00eat d\u00e9gageait son parfum d\u2019humidit\u00e9 \u2014 j\u2019avais froid, il dit : \u00ab\u00a0Attends \u00bb et rentra dans la maison. Il allait chercher je ne sais quoi. Et il revint avec un livre. Le livre de Borges, en \u00e9dition originale.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Tiens, j\u2019en ai deux, tu peux le garder, puisque \u00e7a t\u2019int\u00e9resse.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>La voiture rentrait seule, j\u2019\u00e9tais perdu dans mes pens\u00e9es, un peu en col\u00e8re contre moi-m\u00eame, un peu hagard. Le vin que nous b\u00fbmes ajoutait \u00e0 ma confusion. Arriv\u00e9 chez moi, je me couchai de suite, avec le livre argentin. Je cherchai le passage incrimin\u00e9.<\/p>\n<p>Je le cherchai et le cherchai encore.<\/p>\n<p>Je le cherchais en vain<sup class='footnote'><a href='#fn-8440-2' id='fnref-8440-2' onclick='return fdfootnote_show(8440)'>2<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-8440'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-8440-1'> 1 \u00ab\u00a0Il n\u2019y a aucune raison pour que le m\u00eame individu aime le m\u00eame livre \u00e0 dix-huit et \u00e0 quarante-huit ans\u00a0\u00bb, <em>ABC de la lecture<\/em>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8440-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-8440-2'> J&rsquo;ai re\u00e7u ce jour un message d&rsquo;Emmanuel, qui \u00e9crit : \u00ab\u00a0L&#8217;emprunt \u00e0 l&rsquo;air \u00e9vident. <em>Historia universal de la infamia<\/em> date de 1935. <em>ABC of Reading<\/em> date de 1934. Donc \u00e7a colle. Et comme pour Des For\u00eats, c&rsquo;est \u00e0 un de ses illustres contemporains que Borges est attentif. Mais Borges a-t-il lu en anglais ? En espagnol ? Son emprunt ressemble-t-il plus \u00e0 l&rsquo;original ou \u00e0 la traduction ? Difficile \u00e0 savoir, il faudrait retrouver la date de la traduction de Pound en espagnol&#8230; et v\u00e9rifier dans le texte.\u00a0\u00bb\n<p>Et plus loin :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n\u2019y a pas de quoi en faire un plat, quoi.\u00a0\u00bb Pas de quoi en faire un pla-giat, c&rsquo;est s\u00fbr. Mais bon, c&rsquo;est int\u00e9ressant tout de m\u00eame de savoir que pour son livre et \u00e0 ce moment-l\u00e0 de son livre, Borges a pens\u00e9 (a ouvert ? a rendu hommage ? a eu besoin ? a salu\u00e9 ?) Ezra Pound, l&rsquo;am\u00e9ricain.\u00a0\u00bb <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-8440-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai bient\u00f4t d\u00e9couvert que ce livre n\u2019en \u00e9tait pas un. Pas un vrai. Ce n\u2019\u00e9tait pas un vrai livre. C\u2019\u00e9tait un assemblage. Une composition, un patchwork. Cette d\u00e9couverte est le fruit d\u2019un hasard absolument inesp\u00e9r\u00e9\u00a0; un hasard sec, que je partageais bient\u00f4t avec Emmanuel Delaplanche, qui avait longuement travaill\u00e9 sur le processus de r\u00e9appropriation chez&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,1090,2588],"tags":[2533,2527,214,899,2557,2559,2531,2521,201,91,2467,1552,102,2556,320,914,169,212,216,2558,2530,2529,230,2518,1531,447,2532],"class_list":["post-8440","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-fiction","category-friction","tag-anatole-france","tag-bernard-hoepffner","tag-charles-baudelaire","tag-emmanuel-delaplanche","tag-ernest-hemingway","tag-erskine-caldwell","tag-ezra-pound","tag-fernando-pessoa","tag-franz-kafka","tag-georges-bataille","tag-henry-miller","tag-homere","tag-jean-paulhan","tag-john-dos-passos","tag-jorge-luis-borges","tag-louis-rene-des-forets","tag-marcel-proust","tag-marguerite-duras","tag-michel-houellebecq","tag-michel-leiris","tag-pier-paolo-pasolini","tag-roberto-bolano","tag-thomas-stearns-eliot","tag-traduction","tag-william-faulkner","tag-william-shakespeare","tag-winfried-georg-sebald"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8440","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8440"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8440\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12815,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8440\/revisions\/12815"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8440"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8440"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8440"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}