{"id":8412,"date":"2013-08-09T11:12:09","date_gmt":"2013-08-09T09:12:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=8412"},"modified":"2013-08-09T11:18:12","modified_gmt":"2013-08-09T09:18:12","slug":"la-gamine-et-la-machine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-gamine-et-la-machine\/","title":{"rendered":"La gamine et la machine"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p><font size=\"1\"><em>What did you dream?<br >It&rsquo;s alright we told you what to dream.<\/em><br >Roger Waters<\/font><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>La gamine subpr\u00e9pub\u00e8re arborait un ticheurte o\u00f9 \u00e9tait grossi\u00e8rement repr\u00e9sent\u00e9 le drapeau am\u00e9ricain, avec trente-deux \u00e9toiles et six bandes rouges et blanches.<\/p>\n<p>Elle se tenait contre le muret, un truc dans la bouche, je ne sais pas quoi. L&rsquo;air frondeur, passablement. Comment, autrement ? Le ticheurte \u00e9tait moche, mal fichu, vulgaire.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>La machine est grande, semble aussi sobre que simple dans sa structure, comme on imagine. Elle bringuebale un peu quand elle est en marche. Un truc tape, qui ne devrait pas. Un truc qui \u00e0 d\u00fb se d\u00e9faire (mais qu&rsquo;il se d\u00e9fasse ne semble pas nuire au fonctionnement g\u00e9n\u00e9ral).<\/p>\n<p>Plusieurs de ses parois sont non seulement tach\u00e9es, mais bossel\u00e9es. Des rayures, grandes, profondes. Des chocs, parfois m\u00eame profonds, plus ou moins \u00e9galement r\u00e9partis.<\/p>\n<p>Elle est haute et large et on mesure mal \u00e0 quel point elle est tellement plus effrayante et immense que pr\u00e9vu. Ce qui frappe le plus c&rsquo;est sa simplicit\u00e9, la simplicit\u00e9 de ses formes, de ses couleurs, et m\u00eame de ses commandes. Quelques ampoules jaunes et vertes, une porte, un tableau avec deux cadrans \u00e0 aiguille.<\/p>\n<p>Rien que de tr\u00e8s machinal. Essentiellement, ontologiquement machinal. Un paysage de machine, un silence de machine, cette tr\u00e8s tr\u00e8s ancienne pr\u00e9sence au monde de machine.<\/p>\n<p>La machine est imm\u00e9morable.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Par ailleurs, la jeune fille commen\u00e7e \u00e0 trembler.<\/p>\n<p>Car en effet voil\u00e0 qu&rsquo;arrivent les jours sombres, ce petit tunnel \u00e0 traverser.<\/p>\n<p>La semaine se passe, comme-ci comme-\u00e7a, comme on peut, mais passe. Mais voil\u00e0 la pause hebdomadaire. Le samedi et son dimanche. Le dimanche et son samedi. Le sans-personne et le trop-famille. <\/p>\n<p><em>O\u00f9 es-tu ? O\u00f9 es-tu ?<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;air frondeur, toujours, car il est un rictus pour l&rsquo;angoisse qui d\u00e9j\u00e0 agite les genoux, semble gagner du terrain, venir du sol comme tout ce qui est archa\u00efque.<\/p>\n<p>Les bandes rouges et blanches se m\u00e9langent, les \u00e9toiles se d\u00e9collent, se brisent \u00e0 terre. Comment on fait quand on est une petite fille, pour r\u00e9sister aux m\u00e2choires d&rsquo;acier de la machine ? Comment on fait pour en sortir indemne ?<\/p>\n<p>Et puis que se passe-t-il, l\u00e0 dedans ? Pourquoi \u00e7a me d\u00e9mange, l\u00e0-bas dedans ?<\/p>\n<p>Tout ce fourmillement sous la peau. Le corps, avec ses m\u00e8ches qui se consument, ici, l\u00e0, l\u00e0&#8230; ses t\u00eates d&rsquo;aiguille plant\u00e9es l\u00e0, l\u00e0, ici&#8230; ces t\u00eates d&rsquo;allumettes qui s&rsquo;enflamment&#8230; <\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Je sais tout \u00e7a, je le sais. Je le sens, je le sais. Je le vois, je le sais. Je le comprends, je le sais. Toi tu approches mais c&rsquo;est un champ, magn\u00e9tique. Tu n&rsquo;approches pas. Mais tu restes \u00e0 distance. Il faut que tu restes \u00e0 distance. Je veux que tu restes \u00e0 distance.<\/p>\n<p>La machine, avec son processus de machine, sa digestion (ou son langage) \u00e0 elle, ses occupations de machine, la machine transforme la chair en autant de brins de fils ramass\u00e9s sur des milliers de bobines color\u00e9es. (Tu ne sais pas ce que c&rsquo;est que de vivre dans une usine textile, toi, alors \u00e9coute-moi). Elle te transforme en pass\u00e9 et plan de carri\u00e8re et pr\u00eat \u00e0 taux index\u00e9 sur l&rsquo;inflation. Elle te transforme en force productive, productive d&rsquo;amours, de liqueurs, de paroles, et d&rsquo;\u00e9nergie issue de tes bras ; elle te transforme en machine.<\/p>\n<p>Tu le sais, tu le vois. Tu le sais, tu le sens. Tu sais tout \u00e7a. Tu sais que dans ton processus de fille subpr\u00e9pub\u00e8re tu mets le doigt (dans l\u2019engrenage <i>de la machine<\/i>) et que ce truc ne va pas s&rsquo;arr\u00eater de tourner tout de suite, tant que tu n&rsquo;es pas compl\u00e8tement essor\u00e9e-rinc\u00e9e, morte.<\/p>\n<p>Tu sais que tu ne devrais pas mettre le doigt mais avec ton ticheurte am\u00e9ricain c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 trop tard. Un vieux r\u00e9flexe sans doute li\u00e9 \u00e0 ton \u00e2ge incertain, un r\u00e9flexe de survie, qui se traduit en larmes, cris, angoisses et gestes inconsid\u00e9r\u00e9s, ce r\u00e9flexe te parle \u00e0 l&rsquo;oreille.<\/p>\n<blockquote><p>N&rsquo;entre pas n&rsquo;entre<br \/>\nN&rsquo;entre pas n&rsquo;entre<br \/>\nN&rsquo;entre, n&rsquo;entre pas dans<br \/>\nla machine<\/p><\/blockquote>\n<p>Comment on fait quand on est femme, d\u00e9j\u00e0, pour r\u00e9sister, pour r\u00e9sister ?<\/p>\n<p><br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>What did you dream?It&rsquo;s alright we told you what to dream.Roger Waters La gamine subpr\u00e9pub\u00e8re arborait un ticheurte o\u00f9 \u00e9tait grossi\u00e8rement repr\u00e9sent\u00e9 le drapeau am\u00e9ricain, avec trente-deux \u00e9toiles et six bandes rouges et blanches. Elle se tenait contre le muret, un truc dans la bouche, je ne sais pas quoi. L&rsquo;air frondeur, passablement. Comment, autrement&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,1905,1056],"tags":[2497,759,1021,783,149,2498,1126],"class_list":["post-8412","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-continue-poesie","category-poesies","tag-adolescence","tag-angoisse","tag-femme","tag-machine","tag-pink-floyd","tag-puberte","tag-roger-waters"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8412","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8412"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8412\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8428,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8412\/revisions\/8428"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8412"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8412"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8412"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}