{"id":7952,"date":"2013-02-08T11:11:28","date_gmt":"2013-02-08T09:11:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=7952"},"modified":"2013-04-21T23:26:51","modified_gmt":"2013-04-21T21:26:51","slug":"premiere-visite-a-l-e-a-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/premiere-visite-a-l-e-a-i\/","title":{"rendered":"Premi\u00e8re visite \u00e0 l&rsquo;E.A.I. [r\u00e9sidence Instin \u00e0 Montpellier, 2]"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Depuis le mois de d\u00e9cembre, \u00e0 l&rsquo;initiative de la Panac\u00e9e de Montpellier, je suis en r\u00e9sidence avec trois autres membres du G\u00e9n\u00e9ral Instin : Patrick Chatelier, auteur et initiateur du projet, Eric Caligaris, musicien et plasticien et Sylvain P\u00e9rier, SP38, affichiste. Notre mission : occuper un espace sur le site \u00e9labor\u00e9 par Eli Commins et le centre d&rsquo;art, <a href=\"http:\/\/www.textopoly.fr\" target=\"_blank\"><em>Textopoly<\/em><\/a>. Cet espace, Espace Autonome Instin est une perception flou, instinienne, d&rsquo;un mod\u00e8le de ville, inspir\u00e9 par la visite de l&rsquo;ancienne Ecole d&rsquo;Application d&rsquo;Infanterie, \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9saffect\u00e9e et en attente d&rsquo;un nouveau destin municipal (\u00e9cole, logements \u00e9tudiants, tram). Nous visitons la ville avec des yeux hallucin\u00e9s, nous brouillons les pistes, nous m\u00e9langeons les itin\u00e9raires.<\/p>\n<p>NB Partie de ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sur <a href=\"http:\/\/remue.net\/spip.php?article5770\" target=\"_blank\">Remue.net<\/a>. <\/p><\/blockquote>\n<h3><font color=\"#990000\">Premi\u00e8re visite \u00e0 l\u2019Ecole d\u2019Application d\u2019Infanterie<\/font><\/h3>\n<p><br ><\/p>\n<p>Le chemin est peu satisfaisant, car personne ne parle, ou \u00e0 peine, et le paysage va se d\u00e9gradant. Apr\u00e8s le faubourg, les zones interm\u00e9diaires, sans identit\u00e9, o\u00f9 la voirie devient encombrement et exub\u00e9rance. C\u2019est le r\u00e8gne de la voiture, il faut passer dessous des brettelles de b\u00e9ton, dessus des avenues engorg\u00e9es.<\/p>\n<p>La rue Lepic, elle, est longue et droite, et dessert des villas un peu anciennes, basses et sans commerce, un h\u00f4tel (H\u00f4tel les Myrtes), peut-\u00eatre, non loin, une \u00e9cole.<\/p>\n<p>Au bout, c\u2019est l\u2019E.A.I, l\u2019Ecole d\u2019Application d\u2019Infanterie, terrain de man\u0153uvres qui allait inspirer, sur Textopoly, l\u2019Espace Autonome Instinien. Le mur d\u2019enceinte qui fait face \u00e0 la rue est d\u00e9cor\u00e9 de fresques de silhouettes de soldats et de v\u00e9hicules, d\u2019un h\u00e9licopt\u00e8re, d\u2019un chasseur alpin, toutes, noires, et l\u2019inscription \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un tag (incongru, ici) :<\/p>\n<p><br ><center><br \/>\nTradition<br \/>\n\u2014<br \/>\nModernit\u00e9<br \/>\n<\/center><br ><\/p>\n<p>Nous attendons notre rendez-vous, qui semble en retard, mais apr\u00e8s quelques minutes, nous nous apercevons qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 dedans, le gardien, et quand nous nous pr\u00e9sentons, il nous apprend qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 de notre venue. Il nous ouvre pourtant, et bien volontiers. C\u2019est qu\u2019il est curieux de notre int\u00e9r\u00eat pour la chose militaire en g\u00e9n\u00e9ral, pour l\u2019E.A.I. en particulier. Nous discutons sereinement dans un coin de la place d\u2019armes, devant les bureaux, alors qu\u2019un soleil d\u2019hiver peine \u00e0 percer les volutes humides du petit matin, mourant, mort.<\/p>\n<p>Le gardien, M. D., semble tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par notre projet et nous apprend qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e8ve dans cette \u00e9cole, et m\u00eame, \u00e0 la fin, seconde classe&#8230; mais \u00e7a, juste avant la fermeture. Car l\u2019\u00e9cole est donc ferm\u00e9e, il n\u2019y plus personne, il n\u2019y a plus que lui, reconverti, apr\u00e8s la retraite, dans une soci\u00e9t\u00e9 de gardiennage&#8230; il y a toujours un uniforme, de bonnes chaussures, des trucs qui pendouillent \u00e0 la ceinture.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole ferm\u00e9e, ce sont les gens partis, les odeurs et les sons arr\u00eat\u00e9s, les b\u00e2timents comme les hommes rendus \u00e0 leur solitude, \u00e0 leur inutilit\u00e9. Le lieu est d\u00e9sol\u00e9. D\u2019autant plus d\u00e9sol\u00e9 qu\u2019il est immense, non pas construit \u00e0 hauteur d\u2019homme, mais peut-\u00eatre \u00e0 hauteur de nation, une ville compl\u00e8te dans une ville, trente-cinq hectares autour du \u201cfait militaire\u201d&#8230; <\/p>\n<p>Et plus encore, pas seulement de l\u2019\u00eatre-militaire mais du <em>devenir-militaire<\/em>, car nous sommes bien dans un centre de formation. Un centre de formation abandonn\u00e9, un centre de r\u00e9sidence abandonn\u00e9, une ville peupl\u00e9e de fant\u00f4mes.<\/p>\n<p>Notre guide nous montre le placard aux clefs o\u00f9, sur une vaste carte, un plan de masse, chaque b\u00e2timent supporte une \u00e9pingle o\u00f9 sont suspendues toutes les clefs dudit b\u00e2timent, c\u2019est-\u00e0-dire des milliers de clefs, maintenant revenues \u00e0 leur placard, dans l\u2019attente qu\u2019on les prenne. Nous en prenons quelques-unes, nous visitons d\u2019abord l\u2019E.A.I. par le dessus, sur un plan plein de clefs, les clefs recouvrant les noms qui, nous le sentons tous les trois, vont devenir pour nous des lieux d\u2019extrapolation et de cr\u00e9ation : de fiction en somme.<\/p>\n<p>Nous naviguons et naviguerons ainsi sans cesse de la r\u00e9alit\u00e9 abr\u00e9g\u00e9e \u00e0 la fiction infinie, entre l\u2019E.A.I., ses pierres et ses silences, et Textopoly o\u00f9 peut-\u00eatre (c\u2019est \u00e9voqu\u00e9 un instant) nous la d\u00e9doublerons. Nous naviguons sans cesse entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction, et ce d\u00e9calage n\u2019est pas seulement visible ou palpable par les monstres qui pourraient sortir brusquement de nos cerveaux, de nos yeux ou de nos appareils m\u00e9caniques (appareil photographique, dictaphone, carnet, crayon), il est \u00e9galement personnifi\u00e9 par notre guide lui-m\u00eame, que la visite \u00e9meut et excite tout \u00e0 la fois. Une partie de sa vie se trouve scell\u00e9e dans ces murs et, pour lui, parcourir ces lieux en nous les pr\u00e9sentant, en se les rem\u00e9morant, est visiblement une \u00e9preuve de joie et de tristesse m\u00eal\u00e9es.<\/p>\n<p>Nous parcourons le mus\u00e9e, qui \u00e9tait l\u2019unique lieu accessible aux citoyens montpelli\u00e9rains, et qui est lui-m\u00eame, encore, un autre lieu unique dans le lieu unique, une autre h\u00e9t\u00e9rotopie dans l\u2019h\u00e9t\u00e9rotopie. La lumi\u00e8re \u00e9teinte (pas d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9), nous parcourons les salles, vid\u00e9es de leurs pi\u00e8ces mus\u00e9ales, dont il ne reste que la structure : les vitrines ouvertes, les d\u00e9cors eux-m\u00eames fantomatiques : terrain de man\u0153uvres ou de guerre du monde entier, depuis les espaces enneig\u00e9s des cercles polaires ou des montagnes, jusqu\u2019aux \u00e9tendues sableuses des d\u00e9serts d\u2019Afrique ou d\u2019Asie. L\u00e0 devaient se trouver les armes ou les uniformes d\u2019une histoire de l\u2019arm\u00e9e et du combat, avec cette nuance de la pr\u00e9sentation patrimoniale, comme une collection de jouets, comme des G.I.Joes qu\u2019on aurait \u00e9vacu\u00e9s ou d\u00e9rob\u00e9s. Ici, la reproduction de trace de bottillons dans la neige, des crampons&#8230; l\u00e0, un d\u00e9cor v\u00e9g\u00e9tal, et on a laiss\u00e9 les plantes scarieuses ou \u00e9pineuses des d\u00e9serts. Nous sommes nous-m\u00eames \u00e9mus par ce que nous voyons.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9couvrons la chapelle, o\u00f9 toutes les religions tenaient office, \u00e0 tour de r\u00f4le ; puis le cin\u00e9ma qui porte \u00e9trangement l\u2019inscription CARABINIERI. Nous pensions \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation italienne, mais non : c\u2019est un d\u00e9cor de cin\u00e9ma pour un film qui a en partie \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 ici apr\u00e8s la fermeture. Les gigognes s\u2019affolent, se m\u00e9langent ; r\u00e9alit\u00e9 et fiction sont maintenant totalement embrouill\u00e9es.<\/p>\n<p>Nous visitons l\u2019\u00e9tat-major, la salle informatique, les bureaux, et les fils arrach\u00e9s, les armoires vid\u00e9es, les portes entreb\u00e2ill\u00e9es ; un coffre-fort abandonn\u00e9. Nous passons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ordinaire, qu\u2019on appelait Sidi-Brahim, et le long des salles de sports, des garages, de l\u2019infirmerie, du foyer, et des logements des \u201ctroufions\u201d aux noms \u00e9vocateur de Languedoc, Provence, Lorraine.<\/p>\n<p>On apprend qu\u2019il y a encore des espaces accessibles dans l\u2019autre secteur de la caserne, dont une grande partie a \u00e9t\u00e9 ouverte au public (stades et parcours du combattants ou piste d\u2019audace) (le parc Montcalm), et il faudra revenir : le mess et surtout la villa, la villa du G\u00e9n\u00e9ral, car oui, \u00e9tant un centre de formation, tout l\u2019\u00e9tat-major r\u00e9sidait sur place, y compris le plus haut-grad\u00e9, le G\u00e9n\u00e9ral Lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Cette visite nous comble, car nous y pr\u00e9levons de la mati\u00e8re qui sera r\u00e9utilisable par la suite ; de nombreux \u00e9l\u00e9ments co\u00efncident avec la figure prot\u00e9iforme du G\u00e9n\u00e9ral Instin et ces co\u00efncidences nous procurent une joie profonde. La d\u00e9couverte de l\u2019E.A.I. a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9clencheur \u00e9vident de notre travail collectif \u00e0 la Panac\u00e9e, et nous sommes tr\u00e8s heureux d\u2019avoir pu rencontrer M. D., qui n\u2019a pas tari de renseignements. <\/p>\n<p>Oui, il y a des souterrains \u00e0 l\u2019E.A.I. : ce sont nos textes, nos images et nos sons qui tenteront de saisir, par la d\u00e9marche artistique, l\u2019\u00e9tat d\u2019entre-deux : plus d\u00e9j\u00e0 une \u00e9cole d\u2019infanterie appartenant \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise ; pas encore un ensemble de b\u00e2timents \u00e0 vocation sociale, locative, artistique, de loisirs et de formation d\u00e9volu \u00e0 la ville de Montpellier ; une ville miniature, saisie dans l\u2019instant, dans un non-temps propice aux d\u00e9lires et aux investigations, <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0A propos vous \u00e9tiez dans quelle arm\u00e9e, vous ?\u00a0\u00bb Personne ne r\u00e9pond, car aucun d\u2019entre nous n\u2019a fait l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est peu dire que cette r\u00e9alit\u00e9 est pour nous \u00e0 la fois sauvage et myst\u00e9rieuse \u2014\u00a0et sans doute aussi prometteuse, pour le territoire inopin\u00e9 qu\u2019il va nous falloir \u00e0 pr\u00e9sent parcourir.<\/p>\n<p><br ><center>\u00b1<\/center><br ><br \/>\n<font size=1><b>INSTIN x TEXTOPOLY<\/b> <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/instin-x-textopoly\/\">0. Instin x Textopoly : pr\u00e9sentation<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-sejour\/\">1. Le s\u00e9jour<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/premiere-visite-a-l-e-a-i\/\">2. Premi\u00e8re visite \u00e0 l&rsquo;E.A.I.<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-septieme-ciel-ou-la-folle-machine-fiction-collective\/\">3. Le Septi\u00e8me Ciel, ou la folle machine fiction collective<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/a-monument\">4. A.monument<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/preparation-des-ateliers-decriture\/\">5. Pr\u00e9paration des ateliers d&rsquo;\u00e9criture<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/des-plantes-et-de-la-botanique\/\">6. Des plantes et de la botanique<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/cimetieres\/\">7. Cimeti\u00e8res<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/du-fait-militaire\">8. Du fait militaire<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/ailleurs\">9. Ailleurs (S\u00e8te, Cette, 7)<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/textopoly\">10. <em>Textopoly<\/em>, petit pr\u00e9cis de l&rsquo;utilisateur<\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le mois de d\u00e9cembre, \u00e0 l&rsquo;initiative de la Panac\u00e9e de Montpellier, je suis en r\u00e9sidence avec trois autres membres du G\u00e9n\u00e9ral Instin : Patrick Chatelier, auteur et initiateur du projet, Eric Caligaris, musicien et plasticien et Sylvain P\u00e9rier, SP38, affichiste. 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