{"id":7943,"date":"2013-05-01T01:08:39","date_gmt":"2013-04-30T23:08:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=7943"},"modified":"2021-05-13T14:36:18","modified_gmt":"2021-05-13T12:36:18","slug":"stefano-darrigo-horcynus-orca-le-trouble-des-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/stefano-darrigo-horcynus-orca-le-trouble-des-femmes\/","title":{"rendered":"Stefano d&rsquo;Arrigo \u2022\u00a0Horcynus orca \u2022 Le trouble des femmes"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2013-05-10-a\u0300-09.04.31.png\" rel=\"lightbox[7943]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2013-05-10-a\u0300-09.04.31.png\" alt=\"Capture d\u2019e\u0301cran 2013-05-10 a\u0300 09.04.31\" width=\"146\" height=\"221\" class=\"aligncenter size-full wp-image-8261\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>Dans le cadre d&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9criture de haute vol\u00e9e, <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/feroce\/\">F\u00e9roce<\/a>, foment\u00e9 avec quelque \u00e9diteur o\u00f9 l&rsquo;herbe ne repousse pas, je me lance \u00e0 corps perdu dans la traduction libre de textes choisis de l&rsquo;h\u00e9naurme livre de Stefano d&rsquo;Arrigo, <em>Horcynus orca<\/em> (1975).<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<blockquote><p>Long passage o\u00f9 &lsquo;Ndrja Cambr\u00eca entend et \u00e9coute la troupe de femmes assoiff\u00e9es de sexe qui se plaignent (c&rsquo;est le <em>tribol\u00f2<\/em>) de la perte des feribo\u00eetes, les ferry coul\u00e9s par la guerre et qui leur permettaient entre autres de traverser le d\u00e9troit et de transporter leur contrebande de sel. C&rsquo;est un ch\u0153ur ininterrompu de mille voix m\u00e2tin\u00e9 de mille langues. En le traduisant, j&rsquo;ai pens\u00e9 aux femmes entre elles dans l&rsquo;usine o\u00f9 j&rsquo;ai grandi. L&rsquo;accent, la vulgarit\u00e9, tout un monde port\u00e9 par lui-m\u00eame, qui me parvenait par bribes, et qui \u00e9tait vivifiant (et qui est bien mort).<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Moi si vous permettez, je parlerai de moi devant toutes, moi. Moi sur le Scilla, une fois, je m&rsquo;accoudai au pied d&rsquo;une \u00e9chelle de la sallemachine. Me tenais l\u00e0 absorb\u00e9e dans mes pens\u00e9es, \u00e0 un certain moment, j&rsquo;ai senti qu&rsquo;on me manipulait par derri\u00e8re, avec tant de mani\u00e8res de main, de tact et de galanterie, que je n&rsquo;ai aucun scrupule \u00e0 vous le dire, ipsofacto bienvolontiers j&rsquo;ai conc\u00e9d\u00e9, muet lui et muette moi. Le temps ensuite d&rsquo;arranger mes plumes, je me tournai et au pied de l&rsquo;escalier je ne vis personne : j&rsquo;entendais par contre le bruit des pistons, et pour \u00e9trange que c&rsquo;est \u00e0 dire, je me rendis compte comme je ne l&rsquo;avais jamais entendu auparavant, ce tfoufou tfoufou. Mont\u00e9e la fois suivante sur le Scilla, je m&rsquo;isolai tout de suite et j&rsquo;allai et me pla\u00e7ai \u00e0 nouveau dans ce petit angle m\u00e9connu, peau \u00e0 peau contre les pistons qui soufflaient l&rsquo;air chaud par en-dessous : chose o\u00f9 jamais je n&rsquo;ai senti la curiosit\u00e9 de le voir en face, motoriste ou machiniste, qui que ce soye. Le ph\u00e9nom\u00e8ne se r\u00e9p\u00e9ta telle quelle la fois d&rsquo;avant. Et puis \u00e7&rsquo;a dur\u00e9, la curiosit\u00e9 s&rsquo;en \u00e9tait all\u00e9e et m&rsquo;attirait l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 du comme pour dire pourparl\u00e9 silencieux. Mais si je faisais gaffe au bruit des pistons de la sallemachine, le pourparl\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait plus muet : au point que me traversa l&rsquo;esprit que qui prenait plaisir avec moi c&rsquo;\u00e9tait pas un bonhomme, mais c&rsquo;\u00e9tait le Scilla lui-m\u00eame. Pensez, me venait \u00e0 l&rsquo;esprit que cette \u00e9peronite de sallemachine se trouvait au milieu d&rsquo;une broussaille enchant\u00e9e, de t\u00f4les et de bois, avec arbres ch\u00e2teaux chemin\u00e9es ponts ; et dans la saloperie il y avait le charme d&rsquo;un fameux f\u00e9minaire, un, rendez-vous compte, comme cet acteur-l\u00e0, celui avec les pattes en pointe, qui s&rsquo;appelait Rodolfo et lui ont mis le truc de Valentino pour dire le courage qu&rsquo;il mettait dans le service. Tfoufou tfoufou faisaient les pistons et m&rsquo;assourdissant et qui ne pouvait pas \u00eatre enchant\u00e9 sinon un f\u00e9minaire, un spertissime du hahan hahan ? Alors toujours \u00e0 mon fil, \u00e0 peine je me posais dans la foutue recointe habituelle et l&rsquo;autre jaillissait forme humaine et m&rsquo;enfilait. En v\u00e9rit\u00e9, le charme se rompait si j&rsquo;imaginais etcomment etcombien il me d\u00e9sirait. Certes, aujourd&rsquo;hui, cette m\u00eamemoi, m&rsquo;\u00e9coutant parler, je me dis : un milletunenuit de ce qui te passait par la t\u00eate. Oui, mais, le fait \u00e9tait, le fait r\u00e9el \u00e9tait qu&rsquo;une fois le service \u00e0 moi rendu, je me tournais et ne voyais personne : et puis j&rsquo;entendais le bruit des pistons et je m&rsquo;impressionnais, je me tremblais de partout, et je fantaisiais comme \u00e7a ne m&rsquo;\u00e9tait jamais arriv\u00e9 avant, quand ne me frappait m\u00eame pas l&rsquo;oreille ce fracas de tfoufou tfoufou, de pistons dans les cylindres, avec leur va\/vient masculinet. Mais je me disais : qu&rsquo;est-ce que foutre tu vas bien lui chercher ? La carte d&rsquo;identit\u00e9 ? En plus, \u00e9tant donn\u00e9e la solitude de cet escalier, je pensais : je peux profiter, c&rsquo;est une cachette id\u00e9ale pour le sel, ni gendarme ni police ne viendront jamais ici. Fut ainsi, et par un grand bordel de transbords, j&rsquo;ai fait un voyage et re\u00e7us deux services du tr\u00e8s galant Scilla. Je montais \u00e0 bord du ferribo\u00eete et je planais, vent en poupe, mont\u00e9e \u00e0 bord de la crigne masculine. Et maintenant pardonnez-moi si je me la raconte avec le Scilla. Toi comme une autre. Scilla comme un autre. Ah ! oui, chacune de nous, si on s&rsquo;interroge sans fard, a des histoires comme \u00e7a. Chacune de nous, \u00e0 sa mani\u00e8re, se le fabrique son petit cin\u00e9ma de crini\u00e8re. Chacune de nous s&#8217;empourparla avec ces valentins de bois et de t\u00f4le, avec l&rsquo;\u00e9cume fra\u00eeche de dehors et le piston chaud de dedans. Ah ! oui, chacune de nous a de ces secrets avec le d\u00e9lit et le profit, entre \u00e9chelles &#038; sallemachines &#038; wagons &#038; quais &#038; ponts &#038; proues &#038; poupes &#038; portails &#038; man\u0153uvres &#038; tampons &#038; tfoufous des pistons. A chacune de nous il a sembl\u00e9 peut-\u00eatre que \u00e7a n&rsquo;arrivait qu&rsquo;\u00e0 elle seule cette esp\u00e8ce d&rsquo;enchantement et c&rsquo;est pour \u00e7a peut-\u00eatre qu&rsquo;elle ne le confiait pas m\u00eame \u00e0 l&rsquo;amie la plus intime. On avait peur qu&rsquo;\u00e0 en parler se rompe le charme et le follet au lieu de se manifester \u00e0 soi dans cette esp\u00e8ce de recointe de ferribo\u00eete, \u00e0 telle coursive et telle heure, il ne jaillisse \u00e0 une autre dans un autre angle insoup\u00e7onn\u00e9. Ah ! oui rare on le surprenait en face celui qui nous rendait le petit service. Le beau pour nous, c&rsquo;\u00e9tait que la chose, il la commen\u00e7ait et la finissait, dans le ventre de ces amis fumants. Ils \u00e9taient quoi pour nous ? Scilla, Cariddi, Aspromonte ou Mongibello, qui se personnifiaient, tous cachetons cachetons. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on s&rsquo;en foutait de l&rsquo;aspect, de qui c&rsquo;\u00e9tait la figure. Maintenant il suffisait qu&rsquo;on demande \u00e0 un ferribo\u00eete de nous donner les signalements et de nous faire reconna\u00eetre. Le tfoufou tfoufou pour nous, c&rsquo;est \u00e7a qui comptait, c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a la carte d&rsquo;identit\u00e9, le tfoufou tfoufou des pistons. Marin ou commis voyageur, chef de gare ou chalutier, qui les calculait pour ce qu&rsquo;ils \u00e9taient ? l&rsquo;une de vous, par hasard, s&rsquo;en serait prise \u00e0 un en particulier ? Le doute restait, peut-\u00eatre que c&rsquo;\u00e9tait le m\u00eame ferribo\u00eete \u00e0 chaque fois qui nous abordait sous la forme d&rsquo;un chef de gare, d&rsquo;un commis ou de quelque passager obscur\u00e9 ? Puis enfin, un acte concret, comment nier ? la d\u00e9pouille \u00e9tait de qui le savait mais le tfoufou tfoufou, oh, celui-l\u00e0, \u00e9tait de la machine, avec le num\u00e9ro de s\u00e9rie. Ah ! Certes ! Certes ! Et sinon, comment c&rsquo;est possible qu&rsquo;un quiquecesoit, un qui une fois d\u00e9barqu\u00e9es, m\u00eame pay\u00e9es \u00e0 prix d&rsquo;or on n&rsquo;aurait pas daign\u00e9, et l\u00e0-dessus, au contraire, \u00e0 bord de la crini\u00e8re, nous faisait toucher le ciel du doigt ? C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 tout son m\u00e9rite ? son tfoufou tfoufou \u00e0 lui ? C&rsquo;\u00e9tait le ferribo\u00eete, rien \u00e0 redire. Le premier qui captait s&rsquo;illusionnait \u00e0 nous refaire le coup, mais pour nous c&rsquo;\u00e9tait le ferribo\u00eete qui faisait na\u00eetre chacune des sensations : et qui pouvait lui r\u00e9sister, au tfoufou tfoufou qui nous saillait comme un \u00e2ne et nous descendait jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ongle du pied ? Hein ? Qui ? La preuve qu&rsquo;il suffisait de se mettre l\u00e0, au milieu de la sallemachine&#8230; Et tfoufou tfoufou. M\u00eame debout, les jambes ouvertes. Et tfoutfou tfoufou. De sorte que la chaleur et l&rsquo;air vaporeux on se les sentait s&rsquo;\u00e9brouer l\u00e0-dessous. Bouff\u00e9es, bouffonn\u00e9es. Entre les jupons. Cuisses cuisses. Et nous \u00e0 faire des suggestions, spontan\u00e9es s\u00e9duisantes, qu&rsquo;un grand f\u00e9minaire nous adoube. Nous vulcanise par en-dessous. \u00c7a pour dire de l&rsquo;intensit\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait. Presque amourachement. Presque \u00e9pouses et presque maris. Et \u00e7a pour dire comme on se sent comme autant de veuves. Sans ferribo\u00eete, \u00e0 pr\u00e9sent nous on se d\u00e9fleurettise. On va, folles fades. Vraies d\u00e9r\u00e9lictes. Piedagile on nous disait. Maintenant femmes gitanesques, on nous dira. Maintenant que vraiment on vagabonde. Maintenant qu&rsquo;on prend par endessus plut\u00f4t que par endessous. Du c\u00f4t\u00e9 tors, torve. De ce pas o\u00f9 le jour nous sortira ? Ah guerre, guerre sc\u00e9l\u00e9rate, \u00e7a valait tant le coup de faire de nous chair \u00e0 canon, vu que tu as fait de m\u00eame avec les ferribo\u00eetes ? Ah guerre, guerre, \u00e0 nous qui nous battions la coulpe d\u00e9j\u00e0, tu nous as ruin\u00e9es, tandis qu&rsquo;\u00e0 qui m\u00e9rite, qui sait&#8230; Guerre ? Qu\u00e9 guerre ? La guerre dans l&rsquo;esprit de cette grosse t\u00eate<sup class='footnote'><a href='#fn-7943-1' id='fnref-7943-1' onclick='return fdfootnote_show(7943)'>1<\/a><\/sup>, la guerre qu&rsquo;il s&rsquo;est invent\u00e9e lui. Sa guerre nous a ruin\u00e9es, \u00e0 nous.\u00bb<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-7943'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-7943-1'> Mussolini. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-7943-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre d&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9criture de haute vol\u00e9e, F\u00e9roce, foment\u00e9 avec quelque \u00e9diteur o\u00f9 l&rsquo;herbe ne repousse pas, je me lance \u00e0 corps perdu dans la traduction libre de textes choisis de l&rsquo;h\u00e9naurme livre de Stefano d&rsquo;Arrigo, Horcynus orca (1975). 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