{"id":79,"date":"2010-04-02T13:50:54","date_gmt":"2010-04-02T18:50:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=79"},"modified":"2010-04-07T08:39:23","modified_gmt":"2010-04-07T13:39:23","slug":"la-piece-supplementaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-piece-supplementaire\/","title":{"rendered":"La pi\u00e8ce suppl\u00e9mentaire"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>que des enveloppes suppl\u00e9mentaires qui, au lieu de la cacher, rendaient plus splendidement l&rsquo;\u00e2me qui se les \u00e9tait assimil\u00e9es et s&rsquo;y \u00e9tait r\u00e9pandue, que des coul\u00e9es de substances diverses, devenues translucides, dont la superposition ne fait que r\u00e9fracter plus richement le rayon central et prisonnier qui les traverse et rendre plus \u00e9tendue, plus pr\u00e9cieuse et plus belle la mati\u00e8re imbib\u00e9e de flamme o\u00f9 il est engain\u00e9.  (<em>Le C\u00f4t\u00e9 des Guermantes<\/em>)<\/p><\/blockquote>\n<p>La <em>Recherche<\/em> tournoie autour du sommeil, des ombres tremblantes du th\u00e9\u00e2tre cr\u00e9\u00e9es par l&rsquo;impression du r\u00eave.<\/p>\n<p>Le roman s&rsquo;ouvre alors que Marcel s&rsquo;endort, et le r\u00e9cit devient le d\u00e9lire d&rsquo;un inconscient qui serait plut\u00f4t l&rsquo;invasion en la page fibreuse de toute l&rsquo;encre du moi.<\/p>\n<p>Dans ces entre-deux (la <em>Recherche<\/em> n&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;un entre-deux), une parenth\u00e8se dans un demi-r\u00eave, les r\u00e9flexions sur le sommeil, la propension des espaces, enfin la main courante du r\u00e9cit, ne font qu&rsquo;un.<\/p>\n<p>Proust peut alors d\u00e9lier, et il le fait avec gr\u00e2ce, les impressions du dormeur. Le roman <em>tient<\/em> sur ces longues descriptions, et ne reste en nous que sous la forme de petites m\u00e9lodies ch\u00e9tives et belles \u00e0 pleurer.<\/p>\n<p>Le livre de Deleuze en est un suppl\u00e9ment sensible, droit. A la mani\u00e8re de cette pi\u00e8ce suppl\u00e9mentaire dont parle Marcel lorsqu&rsquo;il \u00e9voque le r\u00eave (je n&rsquo;arrive pas \u00e0 retrouver o\u00f9). Nous r\u00eavons, nous habitons le r\u00eave ; nous sommes dans notre appartement ; nous savons qu&rsquo;il y a une pi\u00e8ce suppl\u00e9mentaire, et cela nous satisfait ; nous d\u00e9couvrons cette pi\u00e8ce, nous la choyons. Lorsque nous nous r\u00e9veillons, nous sommes d\u00e9\u00e7us de savoir que le r\u00eave \u00e9tait menteur. C&rsquo;est que nous avions b\u00e2ti cette salle imaginaire pour accomplir le r\u00e9cit, comme une chambre noire. La phrase de Deleuze a pu seule permettre de traduire cette anfractuosit\u00e9 sensible.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un roman monstrueux, disait Mauriac, et Georges Poulet : \u00ab\u00a0On dirait que l\u2019espace est une sorte de milieu ind\u00e9terminable, o\u00f9 errent les lieux [&#8230;]\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bien. Il nous faut de telles pi\u00e8ces suppl\u00e9mentaires : c&rsquo;est la part du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Etrangement j&rsquo;ai lu aujourd&rsquo;hui chez Adorno que nous savons lorsque nous r\u00eavons que cette r\u00e9alit\u00e9 est trompeuse. Mais nous nous en contentons. Cette r\u00e9alit\u00e9 poss\u00e8de la m\u00eame exigence que le r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Il nous faut accepter cet h\u00e9ritage qu&rsquo;un nom, chez l&rsquo;un (Adorno) ou l&rsquo;autre (Proust), pourrait r\u00e9sumer : Debussy.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>que des enveloppes suppl\u00e9mentaires qui, au lieu de la cacher, rendaient plus splendidement l&rsquo;\u00e2me qui se les \u00e9tait assimil\u00e9es et s&rsquo;y \u00e9tait r\u00e9pandue, que des coul\u00e9es de substances diverses, devenues translucides, dont la superposition ne fait que r\u00e9fracter plus richement le rayon central et prisonnier qui les traverse et rendre plus \u00e9tendue, plus pr\u00e9cieuse et&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[30],"tags":[170,175,173,172,136,169,171,174],"class_list":["post-79","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critique-chronique","tag-a-la-recherche-du-temps-perdu","tag-claude-debussy","tag-francois-mauriac","tag-georges-poulet","tag-gilles-deleuze","tag-marcel-proust","tag-proust-et-les-signes","tag-theodore-w-adorno"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":317,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79\/revisions\/317"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}