{"id":7697,"date":"2013-01-14T20:36:10","date_gmt":"2013-01-14T18:36:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=7697"},"modified":"2013-12-17T00:33:59","modified_gmt":"2013-12-16T22:33:59","slug":"du-temps-qu-on-errait-nus-et-maigres-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/du-temps-qu-on-errait-nus-et-maigres-4\/","title":{"rendered":"Du temps qu\u2019on errait nus et maigres (4)"},"content":{"rendered":"<p>De petites frappes, des types malingres et \u00e9maci\u00e9s, de petits cons, des bouseux, \u00e0 peine d\u00e9barbouill\u00e9s de lait, et tout crott\u00e9s de purin et de paille ; voil\u00e0 ce qu&rsquo;on \u00e9tait.<\/p>\n<p>Un alliage friable entre pseudo bourgeois d\u00e9catis et ex paysans d\u00e9voy\u00e9s, un habille m\u00e9lange entre ouvrier rural, n\u00e9orural, grande famille rurale \u2014 et m\u00eame nos villes \u00e9tait rurales.<\/p>\n<p>Dans notre genre oui, on \u00e9tait presque punk (savoir si presque \u00e9quivaut \u00e0 d\u00e9j\u00e0-plus ou pas-encore), c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on passait l&rsquo;ennui dans la destruction du mobilier urbain, on volait, on se branlait et on jouait de la musique \u2014 assez mal.<\/p>\n<p>Il faut imaginer notre r\u00e9bellion non pas comme un projet structur\u00e9 de renversement de quelconques valeurs, mais comme distraction \u00e9ruptive des espaces et des heures longues. On picolait et fumait (on jouait mal de la musique), sans \u00eatre capable de rendre cette \u00e9nergie dans un truc potable \u2014\u00a0on n\u2019avait rien \u00e0 faire, on s\u2019emmerdait grave.<\/p>\n<p>Il faut dire deux choses : des parents tant\u00f4t n\u00e9s trop t\u00f4t pour supporter 68 et en transmettre ne serait-ce qu\u2019une valeur, et d\u00e9volus de fait au consum\u00e9risme ambiant (ah les grandes surfaces) ; tant\u00f4t n\u00e9s trop tard pour saisir de la m\u00eame \u00e9poque le jus \u00e9paissi dans la culture (sinon la politique) et pass\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 des yuppies, mais nostalgiques, devenus journalistes, penseurs, \u00e9lus : l\u2019\u00e9lite en somme.<\/p>\n<p>Et puis deux dimensions apparues entre-temps. Le SIDA qui nous a totalement mang\u00e9 nos aventures sexuelles (dans la grande majorit\u00e9) et le mod\u00e8le marchait et se reproduisait : couple, couple, couple. Le discours r\u00e9pressif et culpabilisant sur les drogues : cigarettes exclues des lyc\u00e9es puis des bars, alcool, et autres stup\u00e9fiants plus ou moins radicaux, plus ou moins audacieux.<\/p>\n<p>(En France toutefois, l\u2019alcool n\u2019\u00e9tait pas si rare, et bien s\u00fbr l\u2019unique exutoire pour le vide qui nous animait : Malibu, Picon-bi\u00e8re, tequilas frapp\u00e9es, voil\u00e0 du beau programme.)<\/p>\n<p>(Je ne veux pas dire que nous manquait l\u2019anarchie \u00e0 notre bien-\u00eatre spirituel ; je veux dire qu\u2019il n\u2019y avait plus de valeurs ou de slogans tout du moins qui puisse cristalliser notre col\u00e8re m\u00eal\u00e9e de romantisme et de sens de l\u2019absurde. Tout ce qui nous hantait \u00e9tait conjugu\u00e9 au pass\u00e9 : Camus, le rock\u2019n\u2019roll, le Black Power ou la R\u00e9volution russe vus rapidement en classe, ou m\u00eame la r\u00e9sistance. On n\u2019avait pas d\u2019id\u00e9al \u2014 et on mangeait des pommes.)<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9taient les montagnes toujours trop loin, les autocars nocturnes qui ne parvenaient pas \u00e0 se d\u00e9faire de leur odeur de clope froid et de gazole, la hantise du samedi apr\u00e8s-midi, pr\u00e9c\u00e9dant la hantise du dimanche soir, pr\u00e9c\u00e9dant la hantise du lundi matin ; c\u2019\u00e9tait surtout la meute, nous on \u00e9tait cinq, bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 en d\u00e9coudre, mais avec aucun truc \u00e0 d\u00e9coudre, au fond, sinon le pull-over aux couleurs d\u00e9gueulasses de notre perp\u00e9tuel ennui.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas normal que l&rsquo;on d\u00e9couvre le post-punk \u00e0 35 ans. Nous qui \u00e9tions tellement avides et tellement curieux ! En lisant le beau livre de Simon Reynolds paru chez Allia, <em>Rip it up and start again !<\/em>, d\u00e8s l\u2019introduction, on rel\u00e8ve exactement ceci : qu\u2019une g\u00e9n\u00e9ration de nouveaux auditeurs a vu le jour, sans aucune connaissance de l\u2019existence de ce proto-mouvement. Il ne faut pas beaucoup de temps pour que l\u2019oubli devienne absence. Et nous sommes pass\u00e9s, loin, dans nos provinces rurales, comme partout ailleurs (UK, USA, Europe et tout le reste de la machine Occident, clinquante et \u00e0 pr\u00e9sent gripp\u00e9), de lui.<\/p>\n<p>Quand on d\u00e9couvrait un disque, c\u2019\u00e9tait les Floyd ou les Stones, pas de quoi effaroucher un Hobbit.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.editions-allia.com\/fr\/livre\/333\/rip-it-up-and-start-again\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.editions-allia.com\/files\/book_333_image_cover.jpg\" alt=\"\" width=\"60%\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le punk \u00e9tait pass\u00e9 sans qu\u2019on n\u2019en sache rien. Et il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 sans nous. Alors le post-punk !<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Je me rappelle d\u2019un professeur, \u00e0 la fac, qui s\u2019\u00e9chinait \u00e0 faire de Rousseau un pr\u00e9-Romantique. Je m\u2019\u00e9tais longuement disput\u00e9 avec elle (en vain) sur le fait que telle d\u00e9nomination \u00e9tait aussi impropre qu\u2019absurde. Dans mon esprit il ne pouvait (il ne peut) y avoir de pr\u00e9 et de post, chaque chose venant non seulement au moment voulu mais encore en \u00e9cho \u00e0 tout le reste, dans la plus belle tradition du lir&amp;crir que je ne m\u2019\u00e9tais pas encore formul\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, si c\u2019\u00e9tait possible, je r\u00e9pudierais volontiers le terme de <em>post<\/em>-punk, comme aussi ceux de <em>lo(w)<\/em>-punk, de <em>new<\/em>-wave, de <em>no<\/em>-wave. Tant que ces \u201cmouvements\u201d se d\u00e9finiront en opposition (temporelle, ou de qualit\u00e9, ou de quantit\u00e9) \u00e0 d\u2019autres mouvements plus ou moins contemporains (il n\u2019y a pas de contemporain), il ne parviendront pas \u00e0 s\u2019enraciner dans les cultures. Il n\u2019y a pas de low vs high, de new vs old ou de no vs yes. Il faut oublier cela. Alors comme appeler la new-wave\/post-punk ?<\/p>\n<p>Le punk a d\u00e9j\u00e0 assez souffert de s\u2019\u00e9riger en opposition au rock\u2019n\u2019roll officiel (et particuli\u00e8rement au rock dit progressif) pour ne pas para\u00eetre suspect (surtout qu\u2019il est exactement la m\u00eame chose).<\/p>\n<p>La clef est peut-\u00eatre \u00e0 chercher dans le vraies origines de cette musique : \u00e0 savoir non pas du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avant garde, mais plut\u00f4t de la musique (ou de la culture) populaire. Mais l\u00e0 encore on risque de tomber dans le travers de de l\u2019anti-(bourgeois\/valeurs\/consum\u00e9risme\/capitalisme\/\u00e9lite).<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre qu\u2019apr\u00e8s tout la musique, la culture, n\u2019est qu\u2019un \u00e9ternel mouvement de balancier entre forces antagonistes. Peut-\u00eatre qu\u2019apr\u00e8s tout c\u2019est simplement \u00e7a, le rythme, la pulsation binaire silence\/son, et l\u2019infatigable questionnement sur la pr\u00e9sence de quelque chose plut\u00f4t que rien. Je n\u2019en sais plus foutre rien.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Pour le punk il y avait Anna.<\/p>\n<p>Et sa grande s\u0153ur, Alice. Dans l\u2019un des ces bus matutinaux et honnis, celle qui avait \u00e9t\u00e9 ma premi\u00e8re <em>amoureuse<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, et de laquelle je m\u2019\u00e9tais peu \u00e0 peu \u00e9loign\u00e9e, pour cause de parcours secondaires diff\u00e9rents (je crois qu\u2019elle \u00e9tait interne, moi non), Anna donc, tenait en \u00e9vidence quelques disques vinyles, dont le premier \u00e9tait <em>London calling !<\/em> de Clash.<\/p>\n<p>Jamais \u00e9cout\u00e9, je le connaissais pourtant, gr\u00e2ce aux num\u00e9ros sp\u00e9ciaux de <em>Rock\u2019n\u2019Folk<\/em> d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s, les <em>250 Meilleurs disques<\/em>, un truc dans ce genre. Je connaissais d\u2019ailleurs \u00e0 peu pr\u00e8s tous les noms et toutes les magnifiques couvertures de ce num\u00e9ro, avec une r\u00e9pulsion affich\u00e9e comme posture pour nombre d\u2019entre eux. En particulier, la plupart des ann\u00e9es 80 m\u2019avaient \u00e9chapp\u00e9.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>= <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/clash_london_calling.jpg\" alt=\"clash_london_calling\" width=\"120\" \/> <i>vs<\/i> <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/the_sex_pistols_nevermind_the_bollocks.jpg\" alt=\"the_sex_pistols_nevermind_the_bollocks\" width=\"120\" \/> ?<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Voil\u00e0 ma seule incursion dans le punk \u00e0 cette \u00e9poque : quelques bribes de paroles au milieu d\u2019un car nocturne \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les r\u00eaves se nouent aux peurs \u00e0 venir du jour, avec un ex petite amie et entre deux cigarettes qui impressionnaient plus par l\u2019odeur \u00e2cre et f\u00e9tide qu\u2019elles imposaient \u00e0 tous qu\u2019aux r\u00eaveries qu\u2019elles pouvaient d\u00e9clencher.<\/p>\n<p>Il aurait fallu encore quelques ann\u00e9e pour vraiment mettre un tel disque sur la platine. Et c\u2019\u00e9tait le plus important (ou le plus bruyant) d\u2019entre eux : <em>Nevermind the bollocks<\/em>.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9paisseur du son, que je trouvais tr\u00e8s plaisante, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tout de suite d\u00e9\u00e7u. D\u00e9\u00e7u, oui, car moi j\u2019\u00e9tais parti sur des sons aussi durs \u00e0 travers les Stones, et je trouvais (par exemple) que <em>Some girls<\/em> ou <em>Dirty work<\/em><a title=\"\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. En somme, je trouvais qu\u2019ils n\u2019inventaient rien du tout, ces soi-disants anarchistes, et qu\u2019il reproduisaient une musique tout \u00e0 fait assimil\u00e9e par tout le monde. Et c\u2019\u00e9tait le cas \u2014\u00a0je veux dire, \u00e0 l\u2019\u00e9poque je n\u2019avais pas pris conscience de combien ce groupe avait \u00e9t\u00e9 un artefact cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces&#8230; mais encore moins de ce que Reynolds pr\u00e9sente bien en introduction de son livre et au-del\u00e0 : que le punk est quasiment mort-n\u00e9. Que lors de l\u2019enregistrement de cet album, la plupart de ses ouvriers, anglais et am\u00e9ricains, avaient continu\u00e9 d\u2019aller voir ailleurs.<\/p>\n<p>Une belle arnaque, le punk, voil\u00e0 ce que je me suis dit, oui ! Je trouvais par exemple les Stooges beaucoup plus virulents et, plus violente encore, l\u2019orgie sonore du MC5.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs pas un hasard que le mouvement dit post-punk, trouve son inspiration \u00e9galement chez ces musiciens, aussi bien que chez certains groupes progressifs ou alternatifs comme Captain Beefheart ou Can.<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>\u00a0J\u2019ai donc envoy\u00e9 tout cela aux roses, et \u00e7\u2019a \u00e9t\u00e9 le moment d\u2019aller voir ailleurs (comme dit Denis Hopper dans un quelconque documentaire : \u00ab Je suis mont\u00e9 sur la colline&#8230; pour voir venir&#8230; \u00bb), et moi \u00e7\u2019a \u00e9t\u00e9 le jazz. Par exemple. Ou la musique contemporaine. L\u00e0 encore vers des extr\u00eames : les plus r\u00eaches de Coltrane, Mingus, Shepp ou Coleman \/ les plus cinglants de\u00a0 Schnittke, Szynanowski, G\u00f3recki, Johnston, Reich, etc. (le tout cristallis\u00e9 dans cette usine \u00e0 sentiments qu\u2019est le Kronos Quartet).<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 leurs v\u00eatements ici, on sentait, nous, que c&rsquo;est l\u00e0 que se tapissait l&rsquo;\u00e9nergie qui avait tant manqu\u00e9 aux \u201ceighties\u201d.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"420\" height=\"315\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/4dE65iTuG4Y\" frameborder=\"0\" allowfullscreen width=\"400\"><\/iframe><br > <\/p>\n<p>Il fallait donc une sacr\u00e9e dose d\u2019espace, des pilules d\u2019intensit\u00e9s, pour me remettre un son \u201crock\u201d dans les oreilles. Et \u00e7a a mis le reste du temps. Bien quinze ans.<\/p>\n<p>Deux facteurs en sont responsables : internet, et le t\u00e9l\u00e9chargement ill\u00e9gal qui permet tant de d\u00e9couvertes. Et la rencontre du barbarin loquace, Gilles Amiel, grand connaisseur des musiques mais aussi de leurs interpr\u00e9tations et productions, et cingl\u00e9 sonore ambulant, en train de monter son studio en Ard\u00e8che.<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re \u00e9tape a \u00e9t\u00e9 l\u2019acc\u00e8s \u2014 enfin ! \u2014 au funk, au vrai bon vieux funk gras et poisseux, celui de James Brown, et de tous ses concurrents et r\u00e9cipiendaires. Le terrain n\u2019\u00e9tait pas vierge, ici, on avait aim\u00e9 le funk, on l\u2019adorait m\u00eame. On avait entendu du funk, on s\u2019en \u00e9tait pourl\u00e9ch\u00e9 les oreilles. Mais encore une fois, on n\u2019avait pas acc\u00e8s aux originaux. L\u2019interface l\u00e0 encore, a \u00e9t\u00e9 un Ma\u00eetre D\u00e9voy\u00e9, Prince. Ou plut\u00f4t The Artist Formely Known As Prince, ou plus sobrement The Artsit ou Victor. Puisque sa majest\u00e9 venait de perdre l\u2019usufruit de son propre nom, il se trimballait avec ce surnom TAFKAP, ou ce symbole impronon\u00e7able : &lt;-J-0 et la guitare, heu, \u00e9ponyme, homonyme, <em>sononyme<\/em> ? A travers ses concerts interminables et les b\u0153ufs des \u201cafters\u201d, ou encore \u00e0 travers le choix des samples qu\u2019il utilisait, tout un continent \u00e9mergeait. (On pouvait dire la m\u00eame chose de Beck (Hansen), plus influent encore que tous les martiaux du hip-hop, pourtant fin connaisseurs de bons gros sons).<\/p>\n<p>Avec internet on acc\u00e9dait donc aux grosses machines funk, les plus chrom\u00e9es et les plus crades, les plus vicelardes et les plus classes. Les plus visc\u00e9rales. (J\u2019y reviendrai dans un prochain chapitre.)<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019apr\u00e8s avoir toujours creus\u00e9 un m\u00eame sillon, us\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la tranche, une musique d\u2019os en d\u00e9pit de peu de moelle, les continents se d\u00e9posaient, lente s\u00e9dimentation musicale. Le rock s\u2019\u00e9tait structur\u00e9 en histoire, le jazz s\u2019enracinait dans le blues, anc\u00eatre commun, et le funk arrondissait tous les angles (ou les accentuait). La musique contemporaine voisinait avec les exp\u00e9rimentations de l\u2019electronica, qui repassait au funk via le hip-hop. C\u2019\u00e9tait un arbre de vie, une phylog\u00e9nie \u00e9vidente, devenue \u00e9vidente gr\u00e2ce \u00e0 la patience et \u00e0 la curiosit\u00e9 (les deux principales qualit\u00e9s des hommes), et tout concordait, les musiques s\u2019encha\u00eenaient comme des dominos, et on pouvait enfin acc\u00e9der \u00e0 quelque chose comme un patrimoine \u00e0 venir appel\u00e9 Musique.<\/p>\n<p>Les ponts se tissaient d\u2019eux-m\u00eames, les \u00e9changes \u00e9taient des flux, les sons voltigeait, miroitants; vibrionnant \u00e0 qui mieux-mieux, \u00e7a donne le go\u00fbt de vivre.<\/p>\n<p>Alors quand on est tomb\u00e9 sur ces types \u00e9tranges, ces musiques nouvelles qui piochaient \u00e0 hue et \u00e0 dia (si j\u2019ose dire) et que des noms, aujourd\u2019hui aussi n\u00e9cessaires au jour que James Chance, The Residents, Devo, Magazine, Pere Ubu ou Gang of Four sont apparus, ce n\u2019\u00e9tait plus seulement un entrelacs serr\u00e9 s\u2019influences et de rel\u00e2chements, un treillis \u00e9pais, une haie vivante de pieux musicaux, mais un monde anim\u00e9, une signification, un mur d\u2019escalade aux prises avec l\u2019intelligence.<\/p>\n<p>La musique cessait d\u2019\u00eatre n\u00e9cessaire ; elle \u00e9tait suffisante (au bon sens du terme), elle coulait de source, et la source \u00e9tait intarissable.<\/p>\n<p>Et le \u201cpost-punk\u201d : l\u2019ultime puits o\u00f9 se jeter.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Album pour le moins m\u00e9pris\u00e9 et sous-estim\u00e9, alors qu\u2019il est tout de m\u00eame un \u00e9tonnant t\u00e9moignage de la vivacit\u00e9 des guitares dans une p\u00e9riode troubl\u00e9e (1986) ; mais peut-\u00eatre est-ce ce qu\u2019on lui reproche ?<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De petites frappes, des types malingres et \u00e9maci\u00e9s, de petits cons, des bouseux, \u00e0 peine d\u00e9barbouill\u00e9s de lait, et tout crott\u00e9s de purin et de paille ; voil\u00e0 ce qu&rsquo;on \u00e9tait. Un alliage friable entre pseudo bourgeois d\u00e9catis et ex paysans d\u00e9voy\u00e9s, un habille m\u00e9lange entre ouvrier rural, n\u00e9orural, grande famille rurale \u2014 et m\u00eame&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[2372,2370,2373,2369,326,143,2102,2096,2573,166,141,2094,1645,2374,2104,2378,2371,2368,149,2376,2131,252,2375,2377],"class_list":["post-7697","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","tag-alfred-schnittke","tag-archie-shepp","tag-ben-johnston","tag-can","tag-captain-beefheart","tag-charles-mingus","tag-devo","tag-gang-of-four","tag-gilles-amiel-de-menard","tag-henryk-gorecki","tag-iggy-pop","tag-james-chance","tag-john-coltrane","tag-karol-szynanowski","tag-magazine-groupe","tag-mc5","tag-ornette-coleman","tag-pere-ubu-groupe","tag-pink-floyd","tag-the-clash","tag-the-residents","tag-the-rolling-stones","tag-the-sex-pistols","tag-the-stooges"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7697","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7697"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7697\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7705,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7697\/revisions\/7705"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7697"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7697"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}