{"id":7298,"date":"2012-11-10T23:25:45","date_gmt":"2012-11-10T21:25:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=7298"},"modified":"2013-09-19T10:08:55","modified_gmt":"2013-09-19T08:08:55","slug":"le-magicien-de-lodz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-magicien-de-lodz\/","title":{"rendered":"Le Magicien de \u0141\u00f3d\u017a"},"content":{"rendered":"<p><br ><br \/>\n<i>(<\/i>Rabbits<i>, 8 \u00e9pisodes, 2002, davidlynch.com)<\/i><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<blockquote><p>Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans l&rsquo;esprit des deux anthologies <a href=\"http:\/\/www.leoscheer.com\/spip.php?article1309\" target=\"_blank\">Ecrivains en s\u00e9ries<\/a>, dirig\u00e9es par Emmanuel Rabu et publi\u00e9es chez Laure Limongi (LaureLi).<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p><center><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/11\/lynch_rabbits.jpg\" alt=\"\" title=\"lynch_rabbits\" width=\"400\" \/><\/center><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><i><font size=\"1\">In a nameless city deluged by a continuous rain&#8230; three rabbits live with a fearful mystery<\/font><\/i><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Le secret, apr\u00e8s tout. C\u2019est \u00e0 lui que je d\u00e9die ces lignes. Il ne faut pas qu\u2019on sache. Il ne faut pas qu\u2019on sache, jamais, rien. Tout ceci doit rester ici. Doit rester ici, et entre nous. Doit rester entre nous.<\/p>\n<p>Tu ne sortiras pas, personne ne sortira d\u2019ici avec ce secret, qui est entre nous. Ce secret qui doit rester entre nous.<\/p>\n<p>Tout est l\u00e0. J\u2019ai le secret, je d\u00e9tiens ce secret, et vous n\u2019en saurez rien, aucune chance que vous ne sortiez d\u2019ici pour balancer \u00e0 la cantonade mon secret. Vous ne sortirez pas d\u2019ici avec mon secret. Aucune chance. Aucune putain de chance. \u00c7a n\u2019arrivera pas. Moi vivant, \u00e7a n\u2019arrivera pas, soyez-en assur\u00e9s.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>\u2014\u00a0Tu ne dis rien ?<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Quelle est la musique de ce terrier ? De sinistres grondements, des feulements obscurs, des feulements bris\u00e9s, des rires ? Et pourquoi sommes-nous mal \u00e0 l\u2019aise ? On ne s\u2019en sort pas.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Dans un autre monde, tu es observ\u00e9, tu es regard\u00e9. On sait de toi. On rit de toi. Tu ne peux rien faire, parce que tu es prisonnier. Apeur\u00e9 tu te terres, tu entres en la terre, tu te caches, mais en v\u00e9rit\u00e9 tu es mis \u00e0 jour. Telle est ta condition d\u2019\u00eatre fragile. Tu es happ\u00e9 par la lumi\u00e8re, comme dans les phares d\u2019une voiture la b\u00eate t\u00e9tanis\u00e9e, toute d\u00e9di\u00e9e au choc in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>Cet \u00e9cran est ton choc et ce choc est ton corps r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Ton corps s\u2019arr\u00eate net, se fige dans sa mati\u00e8re physique, lorsque, heurt\u00e9, il s\u2019incarne enfin.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Les masques tombent. La nuit, la pluie efface les visages. Les maquillages coulent, se r\u00e9pandent, ou bien ce sont des larmes, viennent maculer ta robe magnifique, ton corps magnifi\u00e9 par la robe ouverte. Les larmes sont de petit heurts suspendus, chacune toujours plus douloureuse, l\u2019eau sal\u00e9e est corrosive, leur contact contondant. Insoutenable. Ce n\u2019est pas le heurt, le contact bruyant et douloureux, qui effraye, c\u2019est l\u2019imminence de celui-ci qui oppresse.<\/p>\n<p>Bien que sensuelle, la sc\u00e8ne est insoutenable. Le poids est trop lourd, comme lorsque, sous terre (descendant dans une cave ou passant dans un trop long tunnel par exemple), on panique \u00e0 l\u2019id\u00e9e de tout ces montagnes ou toutes ces maisons, toutes ces vies, toute cette histoire, au-dessus de soi.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Le secret, apr\u00e8s tout. Le secret, ma parole, il n\u2019y que lui qui puisse nous unir, ici, en ce lieu, en cette pi\u00e8ce. Nous n\u2019avons pas d\u2019autre endroit o\u00f9 aller, et pas d\u2019autre occupation. Nous concentrer autour du secret.<\/p>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Seul, je le contemple. Je le fais rouler entre mes doigts, je sens sa pr\u00e9sence dans ma poche, et celle-ci me rassure. Je ne le l\u00e2che pas. Je le tiens toujours \u00e0 l\u2019esprit. Je ne m\u2019en d\u00e9prends jamais. Il doit m\u2019occuper, aussi, m\u2019inqui\u00e9ter en permanence. <\/p>\n<p>Pourquoi ? <\/p>\n<p>Pourquoi le secret ?<\/p>\n<p>Mais c\u2019est que sans lui&#8230; il n\u2019y a plus de raison d\u2019occuper l\u2019espace&#8230; il n\u2019y a plus de raison de rester ici&#8230; il n\u2019y a plus de raison de rester ensemble&#8230; Et puis personne ne nous regarderait pl<\/p>\n<blockquote><p>TOUT D\u2019UN COUP LE FEU, LE FEU TOUT D\u2019UN COUP OU BIEN C\u2019EST UN PERSONNAGE QUI DISPARA\u00ceT, QUI POURRAIT EN SORTIR ? IL N\u2019Y A PAS D\u2019ISSUE, IL N\u2019Y A QUE L\u2019ESPACE, L\u2019ESPACE CLOS DE CETTE PIECE HANTEE&#8230;\n<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><center>*<\/center><br ><\/p>\n<p>Pourquoi le secret ?<\/p>\n<p>Sans le secret il n\u2019y plus de terrier, il n\u2019y a plus de masque, il n\u2019y a plus de doute. Parce que, tant que le secret est gard\u00e9 et fi\u00e8rement gard\u00e9, peux-tu nous dire qui tu es ? Peux-tu nous affirmer ce que tu sais ? <\/p>\n<p>Tu ne parles pas ?<\/p>\n<p>Tu ne dis rien ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Rabbits, 8 \u00e9pisodes, 2002, davidlynch.com) Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans l&rsquo;esprit des deux anthologies Ecrivains en s\u00e9ries, dirig\u00e9es par Emmanuel Rabu et publi\u00e9es chez Laure Limongi (LaureLi). In a nameless city deluged by a continuous rain&#8230; three rabbits live with a fearful mystery Le secret, apr\u00e8s tout. 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