{"id":6481,"date":"2012-08-18T14:56:52","date_gmt":"2012-08-18T12:56:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=6481"},"modified":"2023-04-24T09:29:09","modified_gmt":"2023-04-24T07:29:09","slug":"les-recits-pour-des-lanternes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-recits-pour-des-lanternes\/","title":{"rendered":"Les r\u00e9cits pour des lanternes"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><a href=\"http:\/\/www.actes-sud.fr\/catalogue\/litterature\/tous-les-diamants-du-ciel\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/encrypted-tbn2.google.com\/images?q=tbn:ANd9GcQh-EJBksbfgx7SFYT3sPeBNikwQBKx5Y57KgRC4MjfgJynR4ao\" title=\"le site de l'\u00e9diteur, Actes Sud\" \/><\/a>Claro, <b>Tous les diamants du ciel<\/b> \u2022 note de lecture<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>Quitte \u00e0 surprendre, avouons-le : la lune est une galette ou une cr\u00eape. Elle est cuisin\u00e9e \u00e0 la Chandeleur lorsque le printemps recommence. <\/p>\n<p>Vue sous cet angle, on con\u00e7oit la v\u00e9rit\u00e9 de tout r\u00e9cit. Celle de susciter le plaisir, ou plus exactement celle de diluer le d\u00e9sir. Non pas diluer au sens de couper \u00e0 l&rsquo;eau une essence volatile, mais prolonger, prolonger au-del\u00e0 de la limite du soutenable, au point de non-retour, tu sais quand tout \u00e0 coup tu jouis.<\/p>\n<p>La vie devrait \u00eatre comme \u00e7a \u2014 on se le dit entre quatre yeux \u2014 sinon pourquoi ? Or elle ne l&rsquo;est pas et pour palier \u00e0 l&rsquo;abasourdir on recourt \u00e0 la cigarette, \u00e0 la chanson de trois minutes, et \u00e0 la joie du r\u00e9cit. <\/p>\n<p>Joie : weN kroY, \u00e0 San Francisco, ville dite SF, \u00e0 la faveur de quelques noms tus, dissimul\u00e9s dans un carnet, va irradier ce livre dans les lieux et les \u00e2ges les plus divers. Le lecteur assidu se demandera si <i>Tous les diamants du ciel<\/i> est la suite de <i>CosmoZ<\/i>, terrible op\u00e9ration de sabotage de l&rsquo;ennui en litt\u00e9rature, qui retra\u00e7ait \u00e0 travers les personnages du <i>Magicien d&rsquo;Oz<\/i> les cinquante premi\u00e8res ann\u00e9es du tonitruant XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Il est vrai qu&rsquo;on reprend le fil \u00e0 peu pr\u00e8s au mitan du si\u00e8cle, en 1951, l\u00e0 o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e la balade au radium des oziens.<\/p>\n<p>Nous arrivons dans la petite cit\u00e9 de caract\u00e8re de Pont Saint esprit, que les connaisseurs savent \u00eatre au croisement de quatre d\u00e9partements (07, 26, 84, 30 = ) et trois r\u00e9gions, dont un premier pont aurait permis aux \u00e9l\u00e9phants d&rsquo;Hannibal de traverser le Rh\u00f4ne, dont le nom viendrait de l&rsquo;intervention de l&rsquo;Esprit-Saint pour la construction du plus ancien pont actuel du Rh\u00f4ne (XII-XIIIe), et qui est la cit\u00e9 d&rsquo;origine des anc\u00eatres de Jacqueline Kennedy.<\/p>\n<p>L&rsquo;ensemble constitue un terrain fertile pour l&rsquo;imagination lib\u00e9r\u00e9e des contraintes contractuelles ou circonstancielles, le texte de Claro s&rsquo;offrant le malin plaisir de promener son lecteur \u00e0 sa guise dans des pages cisel\u00e9es, depuis le fabuleux premier chapitre, l&rsquo;un des meilleurs incipits qu&rsquo;on a lus, c\u00e9l\u00e9brant cette joie du r\u00e9cit, des r\u00e9cits, qu&rsquo;on ne saurait prendre pour autre chose que des lanternes. Un peu comme si on nous disait qu&rsquo;on a march\u00e9 sur la lune.<\/p>\n<p>Antoine, boulanger lors de l&rsquo;\u00e9pisode du pain maudit, qui frappe la ville en 1951 (sept morts, cinquante personnes intern\u00e9es, deux cent cinquante personnes touch\u00e9es de pr\u00e8s ou de loin), part \u00e0 la d\u00e9couverte du monde et rencontre Lucy, hippie approch\u00e9e par la CIA pour la diffusion de nouvelles drogues appel\u00e9es LSD en plein flower-power. Lucy tient un sex-shop \u00e0 Paris en 1969, et Antoine, rigoriste de morale, est fascin\u00e9e par les poup\u00e9es gonflables.<\/p>\n<p>Un mannequin est un mannequin est un mannequin, et tout ici est sous le signe du double ou de la dualit\u00e9. <\/p>\n<p>Ce tr\u00e8s mauvais r\u00e9sum\u00e9 n&rsquo;a pas de sens. <i>C&rsquo;est tout autre chose.<\/i> Le pain, c&rsquo;est la lune, qu&rsquo;on grignote, celle qui \u00e9claire les peaux chevauch\u00e9es, les membres enchev\u00eatr\u00e9s. Le reste n&rsquo;est que r\u00e9cit. Puisque telle est la fonction de ce pain d&rsquo;\u00e9pices, de ce pont d&rsquo;esprits : faire traverser, ici, le r\u00e9el par la fiction, ou l&rsquo;inverse, qui sait ?, la drogue, la maladie, la folie, la musique (quelle ann\u00e9e que 1969<sup class='footnote'><a href='#fn-6481-1' id='fnref-6481-1' onclick='return fdfootnote_show(6481)'>1<\/a><\/sup> !), mais encore et toujours, cette espi\u00e8gle obsession du r\u00e9cit, du tiroir ouvrant tiroir ouvrant tiroir. Le pain, c&rsquo;est mon corps, parce que tu connais, toi, un r\u00e9cit qui ne puisse \u00eatre membr\u00e9-d\u00e9membr\u00e9 ?<\/p>\n<p>Ce qui dans la \u00ab\u00a0biffure de soi\u00a0\u00bb (110) ouvre au grand dehors, cet autre qui nous effraie et dont on a conscience (bizarrement) qu&rsquo;il repr\u00e9sente le seul exutoire dont on puisse \u00eatre redevable.<\/p>\n<p>Dans cette note de lecture qui ne se veut pas un essai (on ne trompe pas sur la marchandise), on ne citera qu&rsquo;un extrait de la page 133.<\/p>\n<blockquote><p>Jouir, elle pouvait, elle savait le faire, d&rsquo;une main d&rsquo;une seule, mais ce n&rsquo;\u00e9tait point la confection dont elle avait ici urgence. Elle voulait la mati\u00e8re de l&rsquo;autre, son poids, sa consistance. Et tomber de tout son corps sur une peau, en pluie, en soif, se d\u00e9saxer \u00e0 la force des hanches, choquer les dents, retrouver le plaisir de la salive dans cet arri\u00e8re-go\u00fbt de sang que le baiser fabrique, s&rsquo;en remettre \u00e0 l&rsquo;instinct des ongles, aussi, et plonger cul nu, cul vivant, dans le d\u00e9sordre du moment, n&rsquo;importe o\u00f9 : contre un mur, contre une table, devant un miroir. Sous les paupi\u00e8res, devenir le cr\u00e2ne, sentir les os, jusqu&rsquo;\u00e0 la toute derni\u00e8re pens\u00e9e, celle qui fait spirale, puis remettre \u00e7a, encore et encore, laisser les doigts se servir parmi les reliefs, s\u2019enivrer de succulence comme d&rsquo;amertume \u2014 et relever les jambes pour ne rien taire de l&rsquo;amour.<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce livre n&rsquo;est pas pour ceux qui veulent qu&rsquo;on leur raconte des histoires. Ce livre est fait pour te perdre dans la pulpe de l&rsquo;\u00e9criture\/lecture, l\u00e0 o\u00f9 un machiniste pr\u00e9cis et fac\u00e9tieux presse des boutons tire des manettes, mon vieux, te voil\u00e0 vite pris, si tu n&rsquo;aimes pas l&rsquo;inqui\u00e9tude et pr\u00e9f\u00e8res un livre comme un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9vision post-prandial, passe ton chemin, parce qu&rsquo;ici tu vas go\u00fbter la page \u00e0 plusieurs dimensions, sons et odeurs compris, cette came-l\u00e0, elle n&rsquo;est pas pour Carla Bruni, c&rsquo;est de la bonne, et celui qui patiemment la tisse et la fourgue n&rsquo;est pas moins Minotaure que D\u00e9dale.<\/p>\n<p>Lors de ses agapes facebookiennes, Claro un jour avait \u00e9crit, au sujet de Maylis de Kerangal et de Mathias Enard, \u00ab\u00a0C&rsquo;est une ann\u00e9e \u00e0 ponts\u00a0\u00bb. Manquait le sien, le voici.<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-6481'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-6481-1'>\n<blockquote><p>Les Doors s&rsquo;\u00e9taient tus, et quelqu&rsquo;un chantait <\/b>Everybody Knows This Is Nowhere<\/b>, Neil Young ? Oui, c&rsquo;\u00e9tait Neil, et comme dans <b>Five To One<\/b>, il survivait, continuait, et derri\u00e8re eux la pleine lune rissolait, peut-\u00eatre gaiment.<\/p><\/blockquote>\n<p>Plus loin :<\/p>\n<blockquote><p><b>Dazed And Confused<\/b>, un morceau parmi la mort des milliards d&rsquo;autres morceaux, avec ses lancinances, ses vrilles, ses coups de matraque, une ode au vertige d\u00e9guis\u00e9e en sc\u00e8ne de m\u00e9nage, chicane engendrant le d\u00e9sastre, ballade arrach\u00e9e aux Yardbirds puis livr\u00e9e aux flammes du Zeppelin.<\/p><\/blockquote>\n<p> (154) <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-6481-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Claro, Tous les diamants du ciel \u2022 note de lecture Quitte \u00e0 surprendre, avouons-le : la lune est une galette ou une cr\u00eape. Elle est cuisin\u00e9e \u00e0 la Chandeleur lorsque le printemps recommence. 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