{"id":6031,"date":"2012-07-31T23:05:17","date_gmt":"2012-07-31T21:05:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=6031"},"modified":"2021-11-21T18:01:25","modified_gmt":"2021-11-21T16:01:25","slug":"le-grand-bal-de-l-europe-4-5-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-grand-bal-de-l-europe-4-5-6\/","title":{"rendered":"Le grand bal de l&rsquo;Europe (4-6)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/02_grand_bal_gennetines_2012.jpg\" rel=\"lightbox[6031]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/02_grand_bal_gennetines_2012-300x168.jpg\" alt=\"\" title=\"02_grand_bal_gennetines_2012\" width=\"300\" height=\"168\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-6033\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/02_grand_bal_gennetines_2012-300x168.jpg 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/02_grand_bal_gennetines_2012.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><br ><\/p>\n<blockquote><p>Suite improvis\u00e9e de passage \u00e0 Gennetines pour le Grand Bal de l&rsquo;Europe, \u00e9v\u00e8nement qui rassemble des milliers de danseurs de danses traditionelles europ\u00e9ennes (\u00ab\u00a0folk\u00a0\u00bb) : mazurka, polka, polska, valse, bourr\u00e9, chapelloise, tarentelle, fandango, sardane, rigaudon, quadrille, horo, gavotte, an-dro, serrinha, la liste est infinie. Une seule contrainte : une page par texte \u2014 et voir comment la contrainte peut \u00eatre transgress\u00e9e. En deux temps : <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-grand-bal-de-l-europe-1-2-3\/\">l\u00e0<\/a> et <strong>ici<\/strong>.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<h3>4.<\/h3>\n<p>La mouche, de ces mouches vertes dont on se m\u00e9prend sur les go\u00fbts culinaires, <em>Lucilia sp.<\/em>, dont les vers sont utilis\u00e9s en asticoth\u00e9rapie pour nettoyer les plaies en ne s&rsquo;attaquant exclusivement qu&rsquo;aux chairs n\u00e9cros\u00e9es, est pos\u00e9e devant sur la table (ces tales de f\u00eates de village qu&rsquo;on doit aller chercher aux Services Techniques de la Mairie), la mouche d&rsquo;un coup sec s&rsquo;envole, un milli\u00e8me de seconde, son agilit\u00e9 n&rsquo;a pas de mots, chandelle droite comme un I, puis revient se poser exactement au m\u00eame endroit, comme si ce point pr\u00e9cis de la table avait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 ; je vois bien que c&rsquo;est le m\u00eame, moi, parce que juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 il y a un petit n\u0153ud que le bois a fait. (Est-ce que l&rsquo;arbre a conscience qu&rsquo;il danse lorsqu&rsquo;il \u00e9volue de la sorte, comme ces fr\u00eanes sous lesquels j&rsquo;\u00e9cris, dans le vent qui vient annoncer la pluie, ou quand il craque et se tord dans la flamme qui le ravage et le mange, la flamme du feu de joie que tout appelle ici, n&rsquo;\u00e9taient les panneaux redondants stipulant express\u00e9ment l\u2019interdiction de la moindre \u00e9tincelle ?)<\/p>\n<p>(Et puis est-ce que le n\u0153ud est apte \u00e0 la danse, lui qui est la tr\u00e8s sensible incarnation du liber qui se m\u00e9lange, de la vie qui se noyaute et s&#8217;embryonne,  et se rassemble, chignole inverse, spire goulue ?) <\/p>\n<p>Les tables sont longuement lav\u00e9es (et \u00e0 grandes eaux !) de la nuit au matin et chaque matin l&rsquo;armada de b\u00e9n\u00e9voles rince (\u00e0 grandes eaux\u00a0!) et cire les parquets pour la nuit qui vient.<\/p>\n<p>Les corps \u00e9bouriff\u00e9s, dispers\u00e9s dans le p\u00e9rim\u00e8tre, visages effar\u00e9s de fatigues et blancs, et de musique aussi, et du reste, engonc\u00e9s dans leurs propres reflets, dans leurs propres replis Quechua\u00ae, ext\u00e9nu\u00e9s, repos\u00e9s comme des pieux, aussi vifs que, \u00e0 m\u00eame le sol, et on installe par ailleurs la sonorisation, on graisse les cordes et affute les archers, on d\u00e9s\u00e9charde, la p\u00e9nombre va venir ensevelir tout le paysage d&rsquo;un voile n\u00e9cessaire qu&rsquo;on en finisse avec la lumi\u00e8re du jour et peu importe si la pluie, Lucien va retrouver Lucienne et K\u00e9vin Apollonie, les premiers bouchons sautent, cette mouche n&rsquo;est plus qu&rsquo;un souvenir, son geste de nerf saccad\u00e9, r\u00e9flexe lui-m\u00eame devenu danse, les branches du fr\u00eanes accompagnent les nuages, les corps sont debout, peut-\u00eatre moins pimpants, plus dress\u00e9s, plus affair\u00e9s, plus offerts encore, la foule est une pluie de bras et de jambes, les pieds choquent, les yeux envoient de lames qui ne tuent pas (ou alors qu&rsquo;au travers de petites morts), toutes M\u00e9duses inverties, celles qui d\u00e9p\u00e9trifient, qui animent au contraire les corps, la musique s&rsquo;\u00e9lance, le Centaure vient t&rsquo;enlacer de ses bras musculeux, la musique abrutit, la danse enveloppe les parois (quelles qu&rsquo;elles soient) et cong\u00e8le toute douleur, qui ne sera qu&rsquo;une \u00e9charde passag\u00e8re pour du r\u00e9el, la grande aiguille tourne comme tourne le cercle toujours plus \u00e9pais du groupe, toutes les langues ne sont plus qu&rsquo;un corps, il n&rsquo;y a pas de limite, tu ne sais plus distinguer la salive de la sueur ni le sperme de la bi\u00e8re ou du cidre, tu tournes sur toi-m\u00eame et tu fais se remuer la terre, tu tournes et tu tournes et tu tournes et tu tournes encore, il n&rsquo;y a plus personne, tu gravites, \u00e9panouie, au centre de toi-m\u00eame, tout le r\u00e9el est ton satellite, tu es la reine ce soir, le monde est \u00e0 tes pieds.<\/p>\n<h3>5.<\/h3>\n<p>Maintenant je prends conscience, oui, maintenant, et maintenant seulement, je prends conscience, oui, maintenant, je prends conscience du centre. Et m\u00eame, je dirais, du centro\u00efde. On \u00e9tait paum\u00e9, pratiquement au centre du territoire national, \u00e0 mille lieux de la moindre petite fronti\u00e8re nationale. On \u00e9tait au fin fond du plus loin.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai subitement pris conscience de cela, oui bien que j&rsquo;entrevoyais, je cernais le probl\u00e8me depuis le d\u00e9but. Ma douleur m&rsquo;avait-elle aveugl\u00e9e ? Elle qui tirait toute la couverture \u00e0 elle et r\u00e9clamait tous les suffrages et les attentions ? Le d\u00e9calage, le d\u00e9s\u00e9quilibre.<\/p>\n<p>Le boitement. Trente-cinq ann\u00e9es, de.<\/p>\n<p>Trente-cinq ann\u00e9es et le Grand Bal de l&rsquo;Europe pour comprendre que c&rsquo;est le boitement la solution. On ne sait pas sur quel pied danser ? Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne. Dansons, et dansons sur les deux pieds. Peut-\u00eatre la danse, comme la musique, mais enfin c&rsquo;est le rythme, et puis l\u00e0 il est dedans, le rythme donc, peut-\u00eatre ce d\u00e9hanchement (ce manque d&rsquo;\u00e9quilibre, cet <em>\u00e9quilibre m\u00eame<\/em>) pour aller&#8230; <em>droit<\/em> ?<\/p>\n<p>Non.<\/p>\n<p>N&rsquo;importe quoi. La danse ne fait qu&rsquo;effleurer le probl\u00e8me. La danse ne s&rsquo;occupe que de corps, elle se contrefout pas mal de savoir ce qui les habite. D&rsquo;ailleurs ils l&rsquo;ont compris, la plupart, ici. Pas comme toi \u00e0 vouloir lutter contre la danse (impossible victoire \u00e0 ce combat).<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas un festival de danse, c&rsquo;est un march\u00e9 aux bestiaux. Lorsque tu mets de c\u00f4t\u00e9 les musiciens \u2014\u00a0leur cas est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 \u2014\u00a0, puis aussi les Anciens \u2014\u00a0qui viennent se leurrer \u00e0 fr\u00f4ler leur jeunesse de place populaire et de lampion de la Lib\u00e9ration\u00a0; lorsque tu \u00e9cartes encore les pochetrons, les babos revenants \u00e9maci\u00e9s, les curieux, les fadas, les enfants, les \u00e9gar\u00e9s ; lorsque tu enl\u00e8ves les professeurs des \u00e9coles et que tu \u00f4tes les professeurs du second degr\u00e9,<\/p>\n<p>reste la masse des corps br\u00fblants, les v\u00eatement de soie ou de lin (les beaux habits !), la jambi\u00e8re et le corset \u00e0 n&rsquo;en pas douter et peut-\u00eatre les jarretelles, la chaleur fraiche de corps qui se cherchent, les bras qui tirent vers le torse et les cuisses qui font l&rsquo;\u00e9tau, tout ce qui vient aguicher les sexes, il est l\u00e0 au centre le centro\u00efde, l&rsquo;\u0153il irr\u00e9sistible des cyclones, tout par\u00e9 grim\u00e9 maquill\u00e9 pour passer en l\u00e0-dedans, et d\u00e9faire l&rsquo;approche depuis la danse de rep\u00e9rage (en groupe) \u00e0 la chor\u00e9graphie du d\u00e9sir (en couple), o\u00f9 se parent les poitrines et se tendent les verges qui \u00e0 trop vouloir percer succombent \u00e0 leur propre m\u00e9at, habile m\u00e9lange de musique et d&rsquo;ivresse, de rythme impos\u00e9 \u00e0 la salle comme \u00e0 la nuit, le corps est autel et la gr\u00e2ce une \u00e9tincelle et la communion est orgiaque et le corps est sacrifice offert \u00e0 lui-m\u00eame, et l&rsquo;\u0153il agrippe au moyen d&rsquo;un \u00e9cho et la mazurka et la valse, tu es ensorcel\u00e9e, emport\u00e9e et saoule de tourner o\u00f9 tu ne effondras qu&rsquo;au coup de g&#8230;<\/p>\n<h3>6.<\/h3>\n<p>Et la danse cr\u00e9a la femme.<\/p>\n<p>Car ici (comme ailleurs !) c&rsquo;est un sujet rare et flottant, aussi \u00e9l\u00e9gant que hautain \u2014\u00a0et trop nombreux pour satisfaire tous \u2014 comment r\u00e9soudre cette tragique \u00e9quation  \u2014\u00a0il faut en passer par l\u00e0 \u2014\u00a0il faut passer par elle \u2014 et tant pis si pour ce peu elle danse avec une autre, en patience \u2014\u00a0et la voil\u00e0 \u00e0 toi \u2014\u00a0et tu n&rsquo;as qu&rsquo;une seule t\u00e2che en ce bas-monde, <em>lui faire tourner la t\u00eate<\/em>, et pour ce faire projeter ce dans un double mouvent (centrifuge : tout autour du centre de la piste \u2014\u00a0la petite aiguille) \u2260 (centrip\u00e8te : vers toi, vers le plus de toi , vers le plus intime de toi, l\u00e0 o\u00f9 et le dard de l&rsquo;aiguille, et le d\u00e9sir, et le centro\u00efde cohabitent), et cette t\u00e2che n&rsquo;est ni simple ni donn\u00e9e \u00e0 tous, ni pas ingrate ni pas radicale, ni pas ridicule, ni m\u00eame pas de la plus capitale exigeance, <\/p>\n<p>la voil\u00e0 dans tes bras c&rsquo;est le monde \u00e0 ses pieds que tu repr\u00e9sentes et t&rsquo;ent\u00eates \u00e0 lui donner, lui abandonner, cette adh\u00e9sion qui est adh\u00e9sive, cet sympathie, cet unisson, ne pas se m\u00e9prendre, ne pas forcer, ne pas renverser, allier le courage de la gr\u00e2ce (sa folie en somme) avec le concret de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re (sa mort quoi), avance, danse, avance, danse, oublie, oublie tout, oublie toi, oublie la, la traque n&rsquo;a de de chance de r\u00e9ussir que si tu agis de biais, torse est ta volont\u00e9 et oblique est la danse, avance, danse, recule, porte et projette, retiens et enserre, aime, embrasse et aime, si tu veux caresser ce corps, tu n&rsquo;as d&rsquo;autre choix \u00e0 pr\u00e9sent que de marcher avec elle, que de fondre sur elle, sans qu&rsquo;elle ne s&rsquo;en rende compte, tu dois la dompter en donnant l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre son domestique, car c&rsquo;est \u00e0 sa faveur que tu ma\u00eetriseras ton propre pas, ton propre corps, ton propre oblique, ton propre d\u00e9raillement, sans vergogne ni sans honte (je pose une distinction, l\u00e0), c&rsquo;est le plus simple des attachements et le plus attendrissant des suicides, c&rsquo;est l&rsquo;offrande, l&rsquo;abandon, avance, danse, recule, avance, fonds-toi dans la foule de sorte qu&rsquo;elle fonde en toi, elle est pr\u00eate et tu le sens, elle n&rsquo;attend plus que \u00e7a, la moiteur de ses aisselles ne trahit qu&rsquo;\u00e0 peine la chaleur de son bas-ventre, tu le sens contre toi, elle bout et elle est \u00e0 toi, elle est toi, Vous n&rsquo;entendez plus rien autour<\/p>\n<p>que le Monde qui Tourne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite improvis\u00e9e de passage \u00e0 Gennetines pour le Grand Bal de l&rsquo;Europe, \u00e9v\u00e8nement qui rassemble des milliers de danseurs de danses traditionelles europ\u00e9ennes (\u00ab\u00a0folk\u00a0\u00bb) : mazurka, polka, polska, valse, bourr\u00e9, chapelloise, tarentelle, fandango, sardane, rigaudon, quadrille, horo, gavotte, an-dro, serrinha, la liste est infinie. 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