{"id":6006,"date":"2012-06-30T17:48:33","date_gmt":"2012-06-30T15:48:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=6006"},"modified":"2013-08-07T01:45:22","modified_gmt":"2013-08-06T23:45:22","slug":"les-proces-verbeux-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-03\/","title":{"rendered":"Les proc\u00e8s verbeux (3)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2012-06-30-a\u0300-17.51.45.png\" rel=\"lightbox[6006]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2012-06-30-a\u0300-17.51.45-300x265.png\" alt=\"\" title=\"Capture d\u2019e\u0301cran 2012-06-30 a\u0300 17.51.45\" width=\"300\" height=\"265\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-6011\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2012-06-30-a\u0300-17.51.45-300x265.png 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2012-06-30-a\u0300-17.51.45.png 682w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>Les Proc\u00e8s verbeux sont des statuts publi\u00e9s sur Facebook, au fil des jours, sans queue ni t\u00eate, num\u00e9rot\u00e9s et rassembl\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement par vingt. Pas de quoi s&rsquo;exciter, peu r\u00e9-\u00e9crits, je les livre tels quels.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-02\">< Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-04\">Suivant ><\/a><\/font><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>41. \u00ab A force de faire bander tous les bandits, te voil\u00e0 crev\u00e9e, au seuil de tes trente ans, pr\u00eate \u00e0 enfiler la blouse d&rsquo;une \u00e9pouse mod\u00e8le. Tu en as bien profit\u00e9 de la vie jusque ici, oui. Maintenant tu vois les choses en face. Passe-moi un c\u00e9leri-branche, tiens. \u00bb<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>42. \u00ab &#8230;et elle arrose g\u00e9n\u00e9reusement ses draps de talc. \u00c7a lui fait parure et parfum, \u00e7a l&rsquo;habille nue. \u00c7a transporte la nuit ailleurs, loin ailleurs. \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>43. Toi tu disais \u00ab Quand \u00e0 40 ans tu as tout essay\u00e9, les femmes comme les hommes, les jeunes comme les vieilles, les moches, les moyennes, les bombasses, les amourettes et les p\u00e9ages, le couple ik\u00e9a ou l&rsquo;extra-conjugal, la villa-gazon-chien-enfant avec vie laborieuse et t\u00e9l\u00e9vision couleur \u00e9cran plat coins carr\u00e9s, ou les soir\u00e9es trash au bar du Palais des festival avec des des Russes \u00e0 peine pub\u00e8res baragouinant deux mots d&rsquo;anglais, tenant \u00e0 coup de vodkas tonic, ou le pinard ou le viagra\u00ae, tout, tout \u00e7a et tout le reste, eh bien il faut sacr\u00e9ment de z\u00e9nitude pour affronter les 40 ann\u00e9es suivantes \u2014 et peut-\u00eatre m\u00eame plus. L&rsquo;ataraxie, c&rsquo;est une aventure, un processus, une r\u00e9sultante. \u00bb<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>44. L&rsquo;id\u00e9e choy\u00e9e, l&rsquo;id\u00e9e nocturne si \u00e9vidente et si bien foutue, que tu te gardes comme un joyau dans un \u00e9crin de ton cerveau&#8230; l&rsquo;id\u00e9e s\u00fbre, celle qui lavera tes jours de facile, qui te paiera de temps chant\u00e9, qui te sauvera des eaux boueuses&#8230; tu ne la retrouves pas, plus, jamais, \u00e0 te demander ce qui \u00e9tait tellement \u00e9vident qu&rsquo;elle ne peut plus \u00eatre rattrap\u00e9e, jamais, mais tu deviens gaga ou quoi ?<\/strong><\/p>\n<p><br > <\/p>\n<p>45. Retour en Pologne, huit ans auparavant, \u00e0 chaque fois qu&rsquo;elle doit nettoyer l&rsquo;\u00e9vier en inox ; son odeur d&rsquo;hu\u00eetre, \u00e0 chaque fois, \u00e0 chaque fois.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>46. Il existe un point, \u00e0 Grignan, d&rsquo;o\u00f9 tu peux embrasser du regard le plus beau paysage : la tour de Chamaret, les dentelles, le Ventoux, le ch\u00e2teau, toutes les montagnes de la Lance, la Lance, et jusqu&rsquo;au mont Rachas. On est relativement bas et on a l&rsquo;impression de dominer tout le pays (les plantes d&rsquo;ailleurs s&rsquo;y sont tromp\u00e9es, puisque sont venues des cr\u00eates vent\u00e9es d&rsquo;altitude, si bien qu&rsquo;on trouve ici \u00e0 400m des esp\u00e8ces qu&rsquo;on devrait aller chercher \u00e0 l&rsquo;effort du pied \u00e0 plus de mille cinq cents). Autour, des marnes blanches et roses, qu&rsquo;on dit venir du stampien, pleines de petites pierres de silex multicolores. A quelques pas une chapelle pa\u00efenne de pierre s\u00e8che, orn\u00e9e d&rsquo;une passion de ferraille sculpt\u00e9e. Lavandes et truffes tout autour. &#038; un silence de lune.<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>47. Puis tu ajoutais \u00ab\u00a0Nous on est une petite tribu un peu cultiv\u00e9e, ayant acc\u00e8s \u00e0 internet plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la T.V., qui voyage, qui c\u00f4toie la critique et, bon malgr\u00e9 mal gr\u00e9, s&rsquo;est \u00e9loign\u00e9e de la mis\u00e8re. On n&rsquo; a rien vu venir parce que ces r\u00e9seaux sociaux sont tous ferm\u00e9s, comme des bocaux. Notre monde est cloisonn\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes. On n&rsquo;a rien vu venir, parce que nos id\u00e9es c&rsquo;est comme ailleurs : consanguins. Des consanguins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>48. \u00ab Je suis d\u00e9sol\u00e9 mais non, la planche de chantier en travers du Kangoo comme \u00e9tag\u00e8re, \u00e7a ne rentre pas dans tes heures affect\u00e9es au R&#038;D. \u00bb<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>49. Tu regardes le chantier, la pelle de 17 tonnes qui s&rsquo;agite lentement. Le nouveau crematorium. La d\u00e9viation. L\u00e0 tu jouais avec tes potes&#8230; tu avais emmen\u00e9 une fille&#8230; tu te promenais souvent seul surtout. Les ronces, les poubelles, la rumeur des voitures. C&rsquo;est tout fini, comme c&rsquo;est tout fini la 17 tonnes. Tu es de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 on perd. Du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 on a perdu. Jusqu&rsquo;au crematorium.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>50. Pierrot, quand il chopait des tiques, il disait \u00ab C&rsquo;est le printemps, pas de quoi en faire un plat. \u00bb \u00ab C&rsquo;est des b\u00eates comme nous. \u00bb \u00ab Tous les mecs qui bossent dans la for\u00eat se chopent des tiques, y a pas de quoi en faire un fromage. \u00bb C&rsquo;est \u00e7a qu&rsquo;il disait.<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>51-1 \u00ab tourne \u00e0 gauche Serre neuve pour aller voir \u00e0 tout hasard si cette station tant cit\u00e9e on peut la trouver on ne sait jamais au hasard d\u00e9j\u00e0 pas mal d&rsquo;essais infructueux <em>Omphalodes linifolia <\/em>Petite bourrache Cynoglosse \u00e0 feuilles de lin Gazon blanc j&rsquo;aime tellement les boraginac\u00e9es puis seule station du d\u00e9partement \u2014 de la r\u00e9gion \u2014 allons voir on se gare premier chemin trouv\u00e9 pris une autre fois venu mais propri\u00e9taire r\u00e9calcitrant plus chou blanc pas revenu depuis quoi deux trois ans peut-\u00eatre deux ans au moins&#8230; \u00bb<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>51-2 \u00ab oh putain encore une bagnole des gitans des voleurs des salopards qui tirent les postes ou les truffes oh putain y&rsquo;en a marre cette bagnole c&rsquo;est quoi elle est ouverte des bouquins des flacons des filets \u00e7a doit \u00eatre un connard si je le tiens je le bute c&rsquo;est comme \u00e7a sept cambriolages en une semaine des gitans j&rsquo;en ai ma claque plein le cul plus les sangliers ceux qui piquent le bois ceux qui piquent les postes ceux qui piquent les truffes on n&rsquo;est plus chez nous des gitans j&rsquo;en ai ma claque je le chope je le fume \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>51-3 \u00ab rien de rien toujours la m\u00eame chose de garrigue et yeuseraie hyper sec quoi des sables mouais Isatis tinctoria sur thym et lavande ah si tiens une dalle des orpins des h\u00e9lianth\u00e8mes rien \u00e0 craindre de toute fa\u00e7on chemin rural sinon communal ah non c&rsquo;est <em>Silene italica<\/em> ah non <em>Helianthemum apenninum<\/em> o\u00f9 est cette petite blanche ailleurs s\u00fbrement ailleurs sauf que quoi oui c&rsquo;est elle voil\u00e0 Petit bourrache bonjour premi\u00e8re fois toujours quelque chose pas cru que ce soit si facile bon je reviens j&rsquo;examine autour oh l\u00e0 encore une et deux et plein tout un tas dans le filet \u00e0 mouton et oui en s\u00e9curit\u00e9 l\u00e0 allez une photo et on d\u00e9canille \u00bb<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>51-4 \u00ab putain il est o\u00f9 le gitan je le chope je le coince passera sale quart d&rsquo;heure je te garantis tiens qu&rsquo;est-ce que&#8230; une forme pas sanglier pas humain du gitan du salopard qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;y fouine dans la truffi\u00e8re oh putain oh putain je l&rsquo;ai chop\u00e9 je le chope y va morfler celui-l\u00e0 pour lui et pour tous les autres on n&rsquo;est plus chez nous on n&rsquo;en peut plus on nous prend trop pour des \u00bb Qu&rsquo;est-ce que vous foutez l\u00e0 ?<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>51-5 \u00ab putain un moteur merde il se rapproche il vient vers l\u00e0 balance ton carnet ton stylo range l&rsquo;appareil fais comme si de ri \u00bb Qu&rsquo;est-ce que vous foutez l\u00e0 ? \u00ab putain il a un fusil le vieux con il a pas l&rsquo;air comm<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>56. Le compost du botaniste qui y jette son herbier rat\u00e9 est plein des plantes de la r\u00e9gion et d&rsquo;ailleurs, des germinations de fleurs rares et de fleurs tristes, des gramin\u00e9es qui n&rsquo;ont jamais vu \u00e7a, de la mati\u00e8re v\u00e9g\u00e9tale brunie, de la p\u00e2te \u00e0 modeler.<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>57. Tout mon travail consistait alors \u00e0 disculper le fond par \u00e9tourdissement de la forme.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>58. Lorsqu&rsquo;ils meurent, pour tout un tas de raisons qu&rsquo;il serait fastidieux d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer, depuis la fatigue grill\u00e9e des fen\u00eatres, la patte griffue ludique du chat, la fin ou la solitude ou le d\u00e9sespoir, et toute autre cause, les insectes, tout munis de trois paires de pattes qu&rsquo;ils sont, replient tout cet attirail au-dessous de leur corps, de sorte que nos collections ressemblent plus aux catacombes capucines de Palerme qu&rsquo;\u00e0 un instantan\u00e9 photographique de la chair dans ses activit\u00e9s quotidiennes (bouffer, baiser, mourir).<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>59. Antoine se couchait plus tard qu&rsquo;Elodie, mais beaucoup plus tard. Il se lovait \u00e0 elle, qui \u00e9tait recroquevill\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9, et il saisissait un sein (le gauche ou le droit, selon le c\u00f4t\u00e9 sur lequel elle \u00e9tait, mais g\u00e9n\u00e9ralement le gauche). Qu&rsquo;est-ce qui le poussait \u00e0 agir ainsi ? Le d\u00e9sir simple, l&rsquo;instinct de possession, le r\u00e9flexe de qui retourne vers l&rsquo;enfance ? On ne sait pas.<\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><strong>60. Mais on ne sait pas non plus pourquoi Marc, quand c&rsquo;\u00e9tait lui qui \u00e9tait avec Elodie, venait fourrer sa main entre ses cuisses, passant sous la culotte si besoin, dans un petit ballet de doigts bien r\u00f4d\u00e9, et se poser contre les l\u00e8vres, contre les l\u00e8vres comme on s&rsquo;accoude \u00e0 une discussion st\u00e9rile, comme on s&rsquo;adosse \u00e0 une maison trop connue. Alors Elodie se demandait Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils ont ces hommes, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils veulent, et qu&rsquo;attendent-ils pour forcer leur histoire ?<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-02\">< Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-04\">Suivant ><\/a><\/font><\/p>\n<p><br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Proc\u00e8s verbeux sont des statuts publi\u00e9s sur Facebook, au fil des jours, sans queue ni t\u00eate, num\u00e9rot\u00e9s et rassembl\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement par vingt. 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