{"id":6002,"date":"2012-05-30T15:53:40","date_gmt":"2012-05-30T13:53:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=6002"},"modified":"2013-08-07T01:45:32","modified_gmt":"2013-08-06T23:45:32","slug":"les-proces-verbeux-02","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-02\/","title":{"rendered":"Les proc\u00e8s verbeux (2)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2012-06-30-a\u0300-15.56.54.png\" rel=\"lightbox[6002]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-6003\" title=\"Capture d\u2019e\u0301cran 2012-06-30 a\u0300 15.56.54\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2012-06-30-a\u0300-15.56.54-300x262.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"262\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2012-06-30-a\u0300-15.56.54-300x262.png 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2012-06-30-a\u0300-15.56.54.png 687w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>Les Proc\u00e8s verbeux sont des statuts publi\u00e9s sur Facebook, au fil des jours, sans queue ni t\u00eate, num\u00e9rot\u00e9s et rassembl\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement par vingt. Pas de quoi s&rsquo;exciter, peu r\u00e9-\u00e9crits, je les livre tels quels.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-01\">< Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-03\">Suivant ><\/a><\/font><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>21. Depuis deux mois, Bernard \u00e9l\u00e8ve et nourrit des larves de porte-bois dans un recoin de sa salle de bain. Lorsqu&rsquo;il entreprend de f\u00e9conder la rivi\u00e8re, l&rsquo;eau \u00e0 mi-hauteur de ses cuissardes, un geste maladroit renverse le bocal de ses \u00ab\u00a0b\u00e9b\u00e9s\u00a0\u00bb. Impuissant \u00e0 les rattraper, il est t\u00e9moin de la voracit\u00e9 des truites, et demeure fascin\u00e9 par cette multitude.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>22. A cause de s\u00e9v\u00e8res insomnies, Gis\u00e8le entreprend de d\u00e9crypter le langage de sa chaudi\u00e8re, puis de son frigo. Elle d\u00e9veloppe des th\u00e9ories tout \u00e0 fait int\u00e9ressantes sur les \u00ab\u00a0langues \u00e0 phon\u00e8mes continus\u00a0\u00bb. Lorsqu&rsquo;elle \u00e9labore son premier lexique, elle d\u00e9couvre que les deux appareils fomentent en v\u00e9rit\u00e9 un effrayant plan d&rsquo;extermination.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>23. L\u00e9o a reconnu L\u00e9a, lorsqu&rsquo;elle est arriv\u00e9e au rendez-vous qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient fix\u00e9 sur Meetic. Elle semblait surgir d&rsquo;outre-tombe, d&rsquo;un pass\u00e9 qu&rsquo;il croyait r\u00e9volu. C&rsquo;\u00e9tait elle la petite pimb\u00eache pr\u00e9tentieuse de l&rsquo;UNEF-ID et elle militait maintenant au Front de Gauche \u2014 le monde est futile, les gens incons\u00e9quents \u2014 et il s&rsquo;est lev\u00e9 avant qu&rsquo;elle ne s&rsquo;asseye.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>24. Dans ses r\u00eaves les plus rel\u00e2ch\u00e9s, il habitait New York et faisait son jogging \u00e0 Central Park avec un sosie de Meg Ryan ou Carrie Fisher, avant les op\u00e9rations de l&rsquo;une et l&rsquo;overdose de l&rsquo;autre. Puis il songeait soudain \u00e0 Chapman et d\u00e9bandait aussit\u00f4t. Cette pens\u00e9e ne le quittait plus de la journ\u00e9e. Au bistrot il finissait par incarner la Meuse, la France d&rsquo;En-Bas, la France du Sous-Sol.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>25. Tu le vois pieds nus n&rsquo;importe o\u00f9, et dehors. M\u00eame pas il joue. Il est comme \u00e7a. Pieds nus. Partout. Il greffe des pistachiers vrais sur des t\u00e9r\u00e9binthes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>26. Lorsqu&rsquo;il am\u00e8ne le seau sur le tas de compost, Herv\u00e9 est pris d&rsquo;une grande lassitude. La centrale au loin fume silencieuse \u2014 on ne la voit plus tant on la voit. Il y a un petit ruisseau, longeant la parcelle. Parfois il se jette dedans volontiers se laisse porter se transforme en brindille n&rsquo;a plus rien pour penser.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>27. Agathe, simple et gentille, il lui prenait de glisser des fleurs s\u00e9ch\u00e9es ou des p\u00e9tales de coquelicot dans les courriers de mise en demeure de paiement des cotisations sociales. Pour moins pesantir (dit-elle). Elle lit URSS dans URSSAF et son \u00e9poux, G\u00e9ruald, colle toujours de beaux timbres, m\u00eame pour payer le gaz. Dommage que les timbres ne soient plus beaux comme avant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>28. Antoine, le petit dernier, devant tant de bonnes mani\u00e8res, s&rsquo;\u00e9tait :<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u2014 teint les cheveux en rouge ;<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u2014 ras\u00e9 la t\u00eate (sauf une cr\u00eate qu&rsquo;il appelait MonH\u00e9risson) ;<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u2014 revendiqu\u00e9 trotskiste ;<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u2014 inscrit \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de \u00ab gender studies \u00bb ;<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u2014 barr\u00e9 de la maison.<\/strong><\/p>\n<p><strong> Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu six ans avec une \u00ab gouine refoul\u00e9e \u00bb (dixit maman), il avait pris un \u00ab clebs \u00e9pileptique \u00bb (dixit papa) et s&rsquo;\u00e9tablit en Haute-Provence \u00e0 la t\u00eate de cheptels de 200 b\u00eates.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>29. Ariane, sa s\u0153ur, devant tant d&rsquo;amour bless\u00e9e, et de manque d&rsquo;imagination, s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9e la mort un soir d&rsquo;\u00e9t\u00e9, simplement, mais \u00ab avec un nylon de p\u00eache, qui donna beaucoup de fil \u00e0 retordre (sans jeu de mot), \u00e0 nos enqu\u00eateurs \u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>30. Ces petits mots qu&rsquo;elle recevait presque tous les matins sous son essuie-glace la mettaient dans tous ses \u00e9tats. \u00ab Il faut peu de chose \u00bb, l&rsquo;autre, il disait, \u00ab la fiction est un muscle. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>31. Martin se masturbait en cachette, de nuit, dans la cuisine, dans le garage, dans les toilettes. Sa sexualit\u00e9 \u00e9tait d\u00e9sormais r\u00e9duite \u00e0 \u00e7a. Il n&rsquo;en concevait plus d&rsquo;autre. C&rsquo;\u00e9tait un un \u00e9poux attentionn\u00e9, un bon p\u00e8re de famille, et celle-ci ne s&rsquo;en portait pas plus mal.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>32. Quant \u00e0 sa femme, qui avait pass\u00e9 diff\u00e9rentes nuits hors de la maison lorsque son p\u00e8re \u00e9tait tomb\u00e9 malade, elle avait pris conscience que son sommeil \u00e9tait d\u00e9sormais solidement ancr\u00e9, et profond\u00e9ment, dans le raffut de son mari \u2014 qu&rsquo;il \u00e9tait devenu le paysage commun de sa nuit.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>33. M\u00eame lib\u00e9r\u00e9e de l&#8217;emprise de son faux th\u00e9rapeute, gr\u00e2ce \u00e0 la vigilance et aux efforts de son entourage, Maria ne peut s&#8217;emp\u00eacher de regretter les faux souvenirs induits par lui. M\u00eame inop\u00e9rante, elle a une m\u00e9moire ; m\u00eame factice elle a un pass\u00e9 ; et elle le choie comme son enfant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>34. Le narcisse se d\u00e9fend bien. Distillant son odeur poivr\u00e9e et f\u00e9tide jusque dans les replis du cerveau, voil\u00e0 comme il se venge d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gante d\u00e9coration. \u00ab Le prix qu&rsquo;on paye \u00bb, toi, tu disais.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>35. Ce n&rsquo;est pas la paralysie faciale qui est la plus g\u00eanante, toi, tu disais. Ce n&rsquo;est pas le regard des gens. Ce n&rsquo;est pas les examens ou les traitements. Non, le plus g\u00eanant, c&rsquo;est bien de savoir que ce truc r\u00f4de en toi, comme un ver, pr\u00eat \u00e0 surgir n&rsquo;importe quand, et adieu le beau ch\u00e2teau de cartes patiemment construit pendant quarante ann\u00e9es de vie sociale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>36. Toi tu disais \u00ab De deux choses l&rsquo;une : soit je vote soit je vote pas. Les deux sont respectables, on peut trouver de bonnes raisons pour les deux : la mort de la d\u00e9mocratie, Badiou, \u017di\u017eek, l&rsquo;inutilit\u00e9 du vote ou au contraire le vote utile, la prise en main par la finance, la mondialisation, Fran\u00e7ois Lenglet, Jean-Michel Aphatie, Laurent Joffrin ou ce tartuffe abruti et canin de FOG. Moi j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de voter. \u00c7a fait un bail que je ne vote plus, l\u00e0 j&rsquo;en ai de nouveau le go\u00fbt. Alors ne me le reproche pas. Si je vote, je vote pour la gauche et \u00e7a non plus tu ne peux pas me le reprocher. A gauche il y a les communistes, les trotskystes, les r\u00e9volutionnaires, et le Front de Gauche. C&rsquo;est tout. Les Verts ont explos\u00e9 en vol et le PS&#8230; Mon c\u0153ur penche pour les premiers mais ils refusent le pouvoir. Le second est une strat\u00e9gie. On s&rsquo;en fout de lui. Mais si on est 20 ou 25% derri\u00e8re son programme, c&rsquo;est la chance de faire peser \u00e0 gauche tout le bazar, et pourquoi pas r\u00eaver d&rsquo;une 6e r\u00e9publique et d&rsquo;une Constituante, d&rsquo;un salaire meilleur, de plus d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ? Un truc utopique, quoi. La gauche, quoi. \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong> Toi tu disais \u00ab Mais la gauche c&rsquo;est l&rsquo;utopie, c&rsquo;est l&rsquo;impossible. Tu r\u00eaves, toi, non ? Alors vient pas faire le pisse-froid, le mec blas\u00e9. Viens pas me dire ce que j&rsquo;ai \u00e0 faire et pr\u00f4ner un r\u00e9alisme \u00e9conomique qu&rsquo;on nous rab\u00e2che \u00e0 force d&rsquo;\u00e9missions. Tu vois les gens dans la rue. Alors viens. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>37. Tu avais compris que les douleurs, la raideur de ton dos au sortir du sommeil \u00e9tait l&#8217;empreinte de la nuit, mais une nuit froide, une nuit s\u00e9par\u00e9e, une nuit d\u00e9riv\u00e9e de la mort.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>38. Toi tu disais \u00ab J&rsquo;ai autant d&rsquo;app\u00e9tit qu&rsquo;une porte coch\u00e8re \u00bb (Je ne te comprenais pas toujours).<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>39. Toutes les maisons ont leur cha\u00eene alimentaire, et je te garantis qu&rsquo;ici, mis \u00e0 part nous, c&rsquo;est la guerre ouverte entre les pr\u00e9dateurs : scorpion, t\u00e9g\u00e9naire et scutig\u00e8re v\u00e9loce.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>40. Et j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 que tu disais \u00ab Cet album est un peu l&rsquo;\u00e9gal de l&rsquo;\u00e9chec d&rsquo;un livre, quoi. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-01\">< Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-proces-verbeux-03\">Suivant ><\/a><\/font><\/p>\n<p><br ><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Proc\u00e8s verbeux sont des statuts publi\u00e9s sur Facebook, au fil des jours, sans queue ni t\u00eate, num\u00e9rot\u00e9s et rassembl\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement par vingt. Pas de quoi s&rsquo;exciter, peu r\u00e9-\u00e9crits, je les livre tels quels. < Pr\u00e9c\u00e9dent \u2022 Suivant > 21. 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