{"id":510,"date":"2010-06-05T05:46:55","date_gmt":"2010-06-05T10:46:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=510"},"modified":"2023-04-30T12:49:00","modified_gmt":"2023-04-30T10:49:00","slug":"samuel-beckett-trois-fois","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/samuel-beckett-trois-fois\/","title":{"rendered":"Samuel Beckett, trois fois"},"content":{"rendered":"<p>Au moment m\u00eame o\u00f9 je venais de lire et d\u00e9crire le grand <em>D\u00e9peupleur<\/em> dans cet atelier d&rsquo;\u00e9criture en lyc\u00e9e technique (mission g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;insertion), aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;autres <em>tristutopies<\/em> comme <em>Ici, Poddema<\/em> et <em>Choir<\/em> \u2014 me rappelant par l\u00e0 le panoptiqu) pr\u00e9sent dans la Th\u00e9l\u00e8me de Rabelais \u2014, voil\u00e0 que Fran\u00e7ois Bon, de plus en plus mon pr\u00e9c\u00e9dant, <a href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/spip\/spip.php?article2147\">exhume<\/a>, via<a href=\"http:\/\/www.ubu.com\"> Ubu web<\/a>, quelques vid\u00e9os du grand Beckett, dont le rare <em>Not I<\/em>, qui n&rsquo;est presque qu&rsquo;une bouche&#8230;<\/p>\n<p>Et, hasard, voil\u00e0 que nous b\u00e9n\u00e9ficions d&rsquo;une lecture (Bernard Desroche et Anne Lachens) et d&rsquo;un film (Jean-Christian Riff, <i>D&rsquo;ici quelques temps<\/i>) dans notre petit cin\u00e9ma art et essais.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;aurais rien d&rsquo;autre \u00e0 ajouter sinon d&rsquo;insister encore sur la force de la voix chez Beckett, de cette \u00e9criture livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame et \u00e0 son propre commencement, ce que le film de Riff peine \u00e0 percevoir ou refuse de voir. Oui alors, cette qu\u00eate du geste final de <em>La derni\u00e8re bande<\/em>, auquel il a assist\u00e9 en 1987, dans la mise en sc\u00e8ne de Mathias Langhoff avec l&rsquo;in\u00e9galable Serge Merlin, <em>propagateur de voix<\/em>, cette qu\u00eate ne peut qu&rsquo;inaboutir, parce que justement, \u00e0 la fin elle se termine ; mais h\u00e9las, elle ne va pas plus loin : elle parle d&rsquo;elle-m\u00eame, elle est redondante \u00e0 la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Si Krapp rejette au final la bande et si Merlin, lui, \u00e9crit quelques mots sur un mur (mur d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit du journal de Langhoff par lui-m\u00eame \u2014 comme d\u00e9cor, le film nous l&rsquo;apprend), c&rsquo;est qu&rsquo;il se rend \u00e0 la voix narrative, \u00e0 l&rsquo;\u00e9crire plus qu&rsquo;au montage des bandes ; le film fait-il autre chose ? <\/p>\n<p>Il y a donc un \u00e9chec, non pas celui, inh\u00e9rent aux personnages de Beckett, malhabiles \u00e0 construire une \u0153uvre et cette \u0153uvre se construisant ainsi, mais un \u00e9chec dans le refus ou la r\u00e9sistance \u00e0 s&rsquo;abandonner \u00e0 l&rsquo;arbitraire du souvenir, au m\u00e9lange, \u00e0 l&rsquo;inorganis\u00e9, mais aussi \u00e0 l&rsquo;indicible, \u00e0 l&rsquo;inintelligible, un refus de s&rsquo;abandonner \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre op\u00e9rant.<\/p>\n<p>Le documentaire est passionnant, car il nous livre les t\u00e9moignages des acteurs de l&rsquo;\u00e9poque, y compris Merlin lui-m\u00eame, mais aussi les techniciens, les amours du pass\u00e9, les amis rencontr\u00e9s, les critiques de th\u00e9\u00e2tre de jadis.<\/p>\n<p>Mais le fond, le projet artistique est, comme souvent avec Beckett, stopp\u00e9 net, il bute sur ces mots mal dits, mal pos\u00e9s, et si bien choisis. Ils butent sur ce qu&rsquo;il veut r\u00e9v\u00e9ler alors qu&rsquo;ils restent \u00e0 jamais cach\u00e9s, brouill\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9criture : ce geste de Merlin \u00e9crivant, non pas pour un, mais lui pour tout, au-del\u00e0 de la repr\u00e9sentation, dans ce qui \u00e9chappe tout entier \u00e0 l&rsquo;image et au repr\u00e9sentable (et donc au fixe et \u00e0 l&rsquo;enregistrable).<\/p>\n<p>Il bute sur le contraire m\u00eame de ce que revendique La derni\u00e8re bande, le feu des quelques mots de fin, le feu qui br\u00fble tout support, papier comme bande magn\u00e9tique&#8230;<\/p>\n<blockquote><p>Peut-\u00eatre que mes meilleures ann\u00e9es sont pass\u00e9es. Quand il y avait encore une chance de bonheur. Mais je n&rsquo;en voudrais plus. Plus maintenant que j&rsquo;ai ce feu en moi. Non, je n&rsquo;en voudrais plus.<br \/>\n<br ><br \/>\n<i>Krapp demeure immobile, regardant dans le vide devant lui. La bande continue \u00e0 se d\u00e9rouler en silence.<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>Pour terminer ce minuscule hommage, voici une version du <i>D\u00e9peupleur<\/i> par Serge Merlin&#8230; malheureusement, pour une raison inconnue, le son manque&#8230;<embed id=VideoPlayback src=http:\/\/video.google.com\/googleplayer.swf?docid=-3371663672083815803&#038;hl=fr&#038;fs=true style=width:400px;height:326px allowFullScreen=true allowScriptAccess=always type=application\/x-shockwave-flash><\/embed>Des m\u00eames pourvoyeurs (?), une version anim\u00e9e inspir\u00e9e de ce m\u00eame fabuleux texte :<\/p>\n<p><object width=\"640\" height=\"385\"><param name=\"movie\" value=\"http:\/\/www.youtube.com\/v\/o_OUMMOPbp0&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;\"><\/param><param name=\"allowFullScreen\" value=\"true\"><\/param><param name=\"allowscriptaccess\" value=\"always\"><\/param><embed src=\"http:\/\/www.youtube.com\/v\/o_OUMMOPbp0&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;\" type=\"application\/x-shockwave-flash\" allowscriptaccess=\"always\" allowfullscreen=\"true\" width=\"640\" height=\"385\"><\/embed><\/object><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au moment m\u00eame o\u00f9 je venais de lire et d\u00e9crire le grand D\u00e9peupleur dans cet atelier d&rsquo;\u00e9criture en lyc\u00e9e technique (mission g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;insertion), aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;autres tristutopies comme Ici, Poddema et Choir \u2014 me rappelant par l\u00e0 le panoptiqu) pr\u00e9sent dans la Th\u00e9l\u00e8me de Rabelais \u2014, voil\u00e0 que Fran\u00e7ois Bon, de plus en plus mon&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[30],"tags":[297,298,19,529,299,301,302,300,177,294,295],"class_list":["post-510","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critique-chronique","tag-anne-lachens","tag-bernard-desroche","tag-francois-bon","tag-francois-rabelais","tag-jean-christian-riff","tag-la-derniere-bande","tag-le-depeupleur","tag-mathias-langhoff","tag-samuel-beckett","tag-serge-merlin","tag-ubu-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/510","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=510"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/510\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17050,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/510\/revisions\/17050"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=510"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=510"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=510"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}