{"id":4953,"date":"2011-12-30T22:03:34","date_gmt":"2011-12-30T20:03:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=4953"},"modified":"2013-07-07T13:02:30","modified_gmt":"2013-07-07T11:02:30","slug":"mezzogiorno","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/mezzogiorno\/","title":{"rendered":"Mezzogiorno"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/suds.jpg\" rel=\"lightbox[4953]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/suds-168x300.jpg\" alt=\"\" title=\"suds\" width=\"168\" height=\"300\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-4963\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/suds-168x300.jpg 168w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/12\/suds.jpg 562w\" sizes=\"auto, (max-width: 168px) 100vw, 168px\" \/><\/a><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<blockquote><p>Cristo si \u00e8 fermato a Eboli<\/em>, dissero. Dissero bene. Manco Cristo \u00e8 venuto qua, manco il diavolo ce ne scelse casa. Bimbi qui non sopravvivono, o quando lo fanno, sono brutti e malvagi come bestie impazzite. Fu&rsquo; un giorno che un pastore scalzo venne in paese, che chiedeva l&rsquo;elemosina l\u00ec sotto. Ci fu un gran calma durante qualche giorno, tutti in giro a chiedere chi era, da dove veniva, e perch\u00e9 stava qua. Dur\u00f2 per\u00f2 poco. Quando lo uccisero, le cose andrebbero  a rovescia (Carlos Futuna, <em>Futuro imperfetto<\/em>)<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>Tu as vu les cimes r\u00e2p\u00e9es mais sans fromage ; les ponts majestueux des sorties d&rsquo;autoroute, dont les fers per\u00e7aient le ciment de trop de chaleur ; un train lointain qui borde la mer ; l&rsquo;ocre et l&rsquo;olive.<\/p>\n<p>Tu as vu des villages accroch\u00e9s \u00e0 la roche comme des ch\u00e8vres s&rsquo;engraisser et prendre la vall\u00e9e ; des types \u00e9tranges, noirs, mal fagot\u00e9s, des pieds \u00e9normes emmaillot\u00e9s de vieux tissus d\u00e9gueulasses ; des filles superbes enceintes de noir avec deux dagues ; des seins blancs de neige ; des olives grosses comme des abricots et des abricots comme des oranges, et des oranges comme des melons ; une couverture faite de bl\u00e9s.<\/p>\n<p>Tu as vu un orage tout \u00e0 coup, qui rend la terre comme une \u00e9ponge ; et l&rsquo;\u00e9ponge qui rendait l&rsquo;eau pour devenir \u00e0 nouveau fougasse cassante ; des gamins pieds nus qui courent dans des rues en ruine aux fen\u00eatres desquelles pendouillent des tissus d&rsquo;un blanc \u00e9clatant, aveuglant .<\/p>\n<p>Tu as vu des poils drus sur des cuirs de bronze ; des statues manchotes, des \u00e9glises abandonn\u00e9es, des centres sociaux d\u00e9vast\u00e9s ; tu as vu des barbus tenir assembl\u00e9e lors de l&rsquo;occupation d&rsquo;un palais du XVe ; des fleurs de courgettes jet\u00e9es comme pour un mariage, et des riz devenus noirs de seiche.<\/p>\n<p>Tu as vu des bateaux descendre leur marchandise de chair humaine, torve, les dents salies de travail, les mains comme des planches \u00e0 d\u00e9couper la viande ; tu as vu les chairs rougies du premier agneau de lait sacrifi\u00e9 \u00e0 la lune ; tu as vu les voitures bombarder les routes ; tu as vu le bal et le feu de joie, o\u00f9 les plus belles robes tournent aux bras des plus vilains costumes de velours ras\u00e9s ; tu as vu les stucs et les marbres, les pilastres et les feuilles d&rsquo;acanthe ; tu as vu les agaves perforant le ciel de leur fleur de trois m\u00e8tres ; tu as vu les \u00e9chafaudages tenir la ville ensemble, et leurs pieds pos\u00e9s sur eux-m\u00eames  ; tu as vu les scooters entass\u00e9s par milliers.<\/p>\n<p>Tu as vu des tunnels franchir des montagnes \u00e9corch\u00e9es d&rsquo;immeubles sociaux et des viaducs perch\u00e9s \u00e0 des kilom\u00e8tres ; eux aussi sont atteints d&rsquo;ost\u00e9oporose et c&rsquo;est un ch\u00e2teau de cartes de b\u00e9ton.<\/p>\n<p>Tu as vu de vieilles croyantes r\u00e9citer quinze fois le m\u00eame ave Maria dans une \u00e9glise moderne aux formes psych\u00e9d\u00e9liques.<\/p>\n<p>Tu as vu des tas de poissons pourrir sur leur peu de glace, et s&rsquo;envenimer. Tu as vu des pieuvres \u00e9normes, des poulpes brillants, des natures mortes dont les peintres sont des folles, aux bigoudis et aux blouses puant de tout ce non-sperme.<\/p>\n<p>Tu as vu l&rsquo;anguille, les anguilles, patienter leur heure dans le polystyr\u00e8ne expans\u00e9, qui sait ce qu&rsquo;elles se disent, et comment elle nomment le maillet qui vient les prendre.<\/p>\n<p>Tu as vu des morues s\u00e8ches c\u00f4toyer des fruits confits aussi gras et sucr\u00e9s que les premi\u00e8res ressemblent \u00e0 des squelettes de b\u00eates inconnues. <\/p>\n<p>Tu as vu des odeurs de pain frais \u00e0 quatre heures du matin et des pluies passag\u00e8res qui sont souvenir de sueur dans une nuit de sable.<\/p>\n<p>Tu as vu des immeubles jamais termin\u00e9s, et des ruines romaines aux fresques somptueuses, et des rues sordides o\u00f9 les rats bouffent des blattes, et des centres d&rsquo;affaire rutilants de verre et d&rsquo;acier, et personne pour habiter ces lieux, parce qu&rsquo;habiter c&rsquo;est croire en l&rsquo;espace et cette terre est maudite.<\/p>\n<p>Tu as vu des carri\u00e8res d\u00e9tourn\u00e9es en d\u00e9charges, et des maires corrompus, et des d\u00e9chets nucl\u00e9aires sur la plage, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des familles qui s&#8217;empiffrent de cr\u00e8me solaire, de r\u00eaves d&rsquo;enfants et de g\u00e2teaux \u00e0 la cr\u00e8me de pistache et saupoudr\u00e9s de sucre glace.<\/p>\n<p>Tu as vu des gamins sauter des rochers \u00e0 vingt m\u00e8tres dans une bassine d&rsquo;eau turque. Et des sourires \u00e9tincelants. Et des agrumes gros et pesants comme des seins et comme des culs et des fromages p\u00e9tillants de leur ventre.<\/p>\n<p>Tu as vu des apr\u00e8s-midi mornes comme la messe et la ville abandonn\u00e9e et l&rsquo;asphalte en d\u00e9coudre. Tu as vu des promenades vesp\u00e9rales gonfler en un ch\u0153ur de plaisir feint. Tu as vu des nuits bris\u00e9es comme du verre et entailler la chair.<\/p>\n<p>Tu as vu des sexes ouverts \u00e0 l&rsquo;amer, ouverts et st\u00e9riles, tourn\u00e9s vers eux-m\u00eames, comme des panneaux de signalisation, et tu as vu ta carte d&rsquo;associ\u00e9 de tout ce cirque cosmicomique.<\/p>\n<p>Tu as vu des jardins arabes rebondir d&rsquo;aubergines, de poivrons aigus et de fers \u00e0 b\u00e9ton. Et les rigoles d&rsquo;eau fra\u00eeche baigner des pieds plus solides que des sangsues. <\/p>\n<p>Tu as vu des prostitu\u00e9es venues d&rsquo;ailleurs perdre ici le peu de dignit\u00e9 qu&rsquo;elles avait insuffl\u00e9 \u00e0 leur corps en venant.<\/p>\n<p>Tu as vu des Albanais, des Mac\u00e9doniens, des Tunisiens et des Nig\u00e9rians user leur unique costume chinois de bureau en bureau puis de champ en chantier, et finalement de fronti\u00e8re en fronti\u00e8re. Tu as vu des Chinois ouvrir des restaurants et des n\u00e9goces en gros du nord au sud et de l&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;ouest, au plus sec, au plus chaud, au moins vif, au moins riche ; au plus risqu\u00e9.<\/p>\n<p>Tu as vu des \u00e9changes de cadavres et des montages douteux ; des urbanismes atteints de cancer ; des commerces grima\u00e7ant de d\u00e9tournements de fonds.<\/p>\n<p>Tu as vu des r\u00e9seaux mafieux.<\/p>\n<p>Tu as vu la drogue d\u00e9chausser les dents des uns, d\u00e9fenestrer les autres, et faire sauter une \u00e0 une les briques de tuf des palais m\u00e9di\u00e9vaux.<\/p>\n<p>Tu as vu des chiens errants, des chats errants, et parfois les rats errants qui les attaquent et les d\u00e9p\u00e8cent dans la rue. Car ici il y a ici deux chats et deux chiens pour un homme ; mais huit rats pour le m\u00eame.<\/p>\n<p>Tu as vu les mouettes et les go\u00e9lands tourner au-dessus de la d\u00e9charge, dans l&rsquo;espoir qu&rsquo;un nouveau corps bris\u00e9 ne m\u00e9rite leur attention.<\/p>\n<p>Tu as vu l&rsquo;eau de la mer moins sal\u00e9e que poivr\u00e9e. Tu as vu l&rsquo;eau de la mer vomir sur la plage des secrets honteux, des souvenirs impr\u00e9cis, des augures ind\u00e9licats et des armes, du plastique, des jouets, des dangers maintes fois repouss\u00e9s, maintes fois revenus.<\/p>\n<p>Tu as vu la mer, embrasser tout cela, ensevelir les villes et les plaines agricoles, d\u00e9poser son lot de souffrance, envoyer ses fleuves au combat, d\u00e9vaster les zones inondables et les zones de divagations qu&rsquo;on n&rsquo;aurait pas d\u00fb habiter .<\/p>\n<p>Tu as vu la mer et le ciel, et fig\u00e9e entre les deux, entre deux dieux, tu as vu cette main, ce paysage ces paysans. Tu as vu la mer et le ciel dans l&rsquo;intervalle desquels, divinit\u00e9s d\u00e9rap\u00e9es et s\u00e9niles, se tiennent le monde et ses banlieues, ses heures creuses et ses heures s\u00e8ches, ses nuits de th\u00e9\u00e2tre et ses jours d&rsquo;inutile.<\/p>\n<p>&#038; tu as vu la vie, la vie qui n&rsquo;entrave que couic, dans ce glorieux et absurde stratag\u00e8me.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cristo si \u00e8 fermato a Eboli, dissero. Dissero bene. Manco Cristo \u00e8 venuto qua, manco il diavolo ce ne scelse casa. Bimbi qui non sopravvivono, o quando lo fanno, sono brutti e malvagi come bestie impazzite. Fu&rsquo; un giorno che un pastore scalzo venne in paese, che chiedeva l&rsquo;elemosina l\u00ec sotto. 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