{"id":4384,"date":"2011-10-25T19:31:07","date_gmt":"2011-10-25T17:31:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=4384"},"modified":"2011-11-06T20:28:29","modified_gmt":"2011-11-06T18:28:29","slug":"le-fond-la-forme-et-le-truand","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-fond-la-forme-et-le-truand\/","title":{"rendered":"Le fond, la forme et le truand"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/mon_chien.jpg\" rel=\"lightbox[4384]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/mon_chien-150x150.jpg\" alt=\"\" title=\"mon_chien\" width=\"150\" height=\"150\" class=\"aligncenter size-thumbnail wp-image-4413\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/mon_chien-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/mon_chien-59x59.jpg 59w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a><br \/>\n<br ><\/p>\n<blockquote><p>Quelque chose est cern\u00e9, mais pas encore abouti. Peut-\u00eatre pas poss&rsquo;, tout simplement.<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>On nous apprend, quand on est petit, quand on est encha\u00een\u00e9, qu&rsquo;il ne faut pas parler de fond ni de forme. Ne pas \u00e9tablir cette distinction l\u00e0. C&rsquo;est un pr\u00e9cepte, un postulat, auxquels s&rsquo;agrippent les professeurs de fran\u00e7ais, pour une raison totalement inconnue, mais qu&rsquo;on ne peut soup\u00e7onner d&rsquo;\u00eatre insinc\u00e8re.<\/p>\n<p>On ne sait pas pourquoi, mais c&rsquo;est mal, alors on \u00e9vite de se faire gronder et on se dit c&rsquo;est dommage parce que c&rsquo;est pratique : le fond, la forme.<\/p>\n<p>J&rsquo;imagine qu&rsquo;il y a de bonnes raisons \u00e0 \u00e9vacuer des dichotomies \u00e0 ce point simples. Mais je cherche encore lesquelles. Qu&rsquo;on les \u00e9vacue ne dit nullement leur impertinence, et leur usage peut-\u00eatre simplement m\u00e9thodique. D&rsquo;autant que, comme souvent, on se laisse berner par l&rsquo;arbre qui cache la for\u00eat. Si la dichotomie peut \u00eatre utilis\u00e9e, cela ne signifie pas qu&rsquo;elle puisse \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e \u2014 et notamment par le tiers exclus, le tiers \u00e9tat.<\/p>\n<p>Je maintiens donc la distinction entre fond et forme (tellement pratique en atelier d&rsquo;\u00e9criture par exemple : si vous travaillez sur des exercices de style, n&rsquo;est-ce pas simplement le d\u00e9tail de cette distinction fond\/forme que vous activez). D&rsquo;autres en ont fait un fond de commerce, qu&rsquo;on d\u00e9cline en tous sens : \u00ab\u00a0signifi\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0signifiant\u00a0\u00bb, et toutes ces sortes de choses \u00e9\/ant.<\/p>\n<p>Mais je lui adjoins le tiers exclu, qui peut-\u00eatre lui-m\u00eame de diff\u00e9rentes sortes : esp\u00e8ce de frisson qui passe de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, il est aussi de l&rsquo;esperluette. <\/p>\n<p>Il y a certes le fond et la forme. Mais ils ne sont pas seuls \u00e0 agir : il y a leur entre-deux, il y a leur intervalle. C&rsquo;est ici que se glisse le truand. Et c&rsquo;est ici que \u00ab\u00a0prend\u00a0\u00bb le litt\u00e9raire. Bien entendu, cela ne souffre aucun scalaire et ce n&rsquo;est pas objectivable, au grand dam des structuralistes. C&rsquo;est inesp\u00e9r\u00e9 et intangible, et ce n&rsquo;est pas <em>que<\/em> le \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un je-ne-sais quoi m\u00eal\u00e9 d&rsquo;intention, d&rsquo;intelligence, d&rsquo;inqui\u00e9tude et d&rsquo;impr\u00e9visible (d&rsquo;impossible). C&rsquo;est pr\u00e9sent, tapis, sous-entendu, c&rsquo;est sous le texte. Ou occupe l&rsquo;espace entre les fibres du tissu. Il y a dans ce monde de l&rsquo;espace \u00e0 ce qui n&rsquo;en tient pas. Il y a une pr\u00e9sence de l&rsquo;absence.<\/p>\n<p>Les fant\u00f4mes, les morts en g\u00e9n\u00e9ral, la m\u00e9moire, le fantasme et le r\u00eave, n&rsquo;attestent de rien d&rsquo;autre.<\/p>\n<p>L&rsquo;aube et le cr\u00e9puscule. Le silence, d&rsquo;avant. La friche. Le saltus, dans le monde, dans l&rsquo;\u00e2me, dans le corps.<\/p>\n<p>Il y a de l&rsquo;autre gliss\u00e9 dans le texte, au regard duquel tombent \u00e0 la fois les notions, les arbitraires et les commerces. Il y a tout l&rsquo;incommunicable ; tout l&rsquo;indit ; tout le tu, qui passe entre les mots. Il y a tout ce qui \u00e9chappe \u00e0 la main, \u00e0 l&rsquo;\u0153il et au cerveau. <\/p>\n<p>Il y a tout ce qui n&rsquo;a pas d&rsquo;auteur.<\/p>\n<p>Il y a tout ce qui rel\u00e8ve d&rsquo;une main amput\u00e9e, d&rsquo;un \u0153il aveugle et de l&rsquo;impens\u00e9, l&rsquo;informul\u00e9 ou l&rsquo;insu.<\/p>\n<p>Il y a tout ce qui rel\u00e8ve de l&rsquo;exc\u00e8s, de l&rsquo;inabouti, de l&rsquo;intenable (dans la surface des pages d&rsquo;un livre). <\/p>\n<p>Il y a le truand.<\/p>\n<p>Il y a toute la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Le fond, la forme, et le truand.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelque chose est cern\u00e9, mais pas encore abouti. Peut-\u00eatre pas poss&rsquo;, tout simplement. On nous apprend, quand on est petit, quand on est encha\u00een\u00e9, qu&rsquo;il ne faut pas parler de fond ni de forme. Ne pas \u00e9tablir cette distinction l\u00e0. 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