{"id":39,"date":"2007-01-31T00:00:03","date_gmt":"2007-01-31T05:00:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=39"},"modified":"2010-09-15T05:54:07","modified_gmt":"2010-09-15T10:54:07","slug":"sur-les-portes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/sur-les-portes\/","title":{"rendered":"Sur les portes"},"content":{"rendered":"<p>A l&rsquo;\u00e9poque, on avait des portes, qui \u00e9taient des esp\u00e8ces de cloisons qui glissaient sur les murs ou qui offraient une ouverture dans un mur, afin de laisser passer un homme. On les distinguait des ouvertures en hauteur qu&rsquo;on appelait \u00ab\u00a0fen\u00eatres\u00a0\u00bb qui servaient juste \u00e0 laisser passer soit le regard soit la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>On raconte que les tailles pouvaient \u00eatre aussi grandes que l&rsquo;usage ou la renomm\u00e9e des propri\u00e9taires des murs. On parle de portes de deux \u00e0 trois m\u00e8tres de hauteur (donc plus grandes que des hommes).\n<\/p>\n<p>J&rsquo;essaie d&rsquo;imaginer des constructions, des structures int\u00e9gr\u00e9es avec des ouvertures. J&rsquo;essaie d&rsquo;imaginer les risques, les passages, les maladies, les hontes, les d\u00e9sirs, les&#8230;<\/p>\n<p>J&rsquo;ai du mal \u00e0 imaginer ce temps mythique.<\/p>\n<p>Je me rappelle par contre, enfant, des panneaux de bois scell\u00e9s au mur, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui je soup\u00e7onne fermement d&rsquo;\u00eatre des souvenirs ou des fossiles de portes. Sur ces panneaux se d\u00e9clinait l&rsquo;identit\u00e9 du propri\u00e9taire. D&rsquo;abord une simple phrase plut\u00f4t ludique, une esp\u00e8ce de citation d\u00e9crivant avec humour qui on \u00e9tait (comme sur le r\u00e9seau les sites personnels). Puis on a exig\u00e9 aussi le nom de famille, puis tour \u00e0 tour le pr\u00e9nom, le signe astrologique chinois, le signe astrologique occidental, puis la date de naissance, le lieu de naissance, le travail, puis tout y est pass\u00e9. Les syst\u00e8mes se perfectionnaient. Des \u00e9crans tactiles, des n\u00e9ons, des musiques, des raccordements dits bus, on avait acc\u00e8s au site-toile, puis gr\u00e2ce au progr\u00e8s de la nanotechnologie, et le patrimoine et le savoir-faire fran\u00e7ais en mati\u00e8re de puce \u00e9lectronique, \u00e0 tout dossier susceptible de renseigner, notamment aupr\u00e8s des autorit\u00e9s, de la police et de la milice r\u00e9nov\u00e9es, sur la personne.<\/p>\n<p>Puis lorsque les portes n&rsquo;eurent plus servi, comme les rues usag\u00e9es, laiss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;abandon ou d\u00e9saffect\u00e9es, les panneaux disaient simplement le nom et surtout enfin, la classe, le style : + pour ok, = pour oo et &#8211; pour ko. Les nouveaux d\u00e9crets, pour nous qui les avons vu survenir, ont finalement surpris peu de monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;usage de l&rsquo;intime et de l&rsquo;int\u00e9rieur s&rsquo;effilochait peu \u00e0 peu et se r\u00e9sumait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, la toile, qui nous lavait de tout soup\u00e7on.<\/p>\n<p>Lorsque furent con\u00e7ues les cases blanches, les maisons individuelles devinrent obsol\u00e8tes. Les plans avaient d&rsquo;ailleurs peut-\u00eatre eu l&rsquo;effet pervers de scinder un peu les familles, du moins les rues et les voisins. Maintenant, la rue est unique et centrale. Le gain de temps est appr\u00e9ciable.<\/p>\n<p>Finalement, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, les portes \u00e9taient bien le signe d&rsquo;une perte de temps, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un ennui. Et du contact qui est archa\u00efque (pense au p\u00e9age !). <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;\u00e9poque, on avait des portes, qui \u00e9taient des esp\u00e8ces de cloisons qui glissaient sur les murs ou qui offraient une ouverture dans un mur, afin de laisser passer un homme. On les distinguait des ouvertures en hauteur qu&rsquo;on appelait \u00ab\u00a0fen\u00eatres\u00a0\u00bb qui servaient juste \u00e0 laisser passer soit le regard soit la lumi\u00e8re. 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