{"id":3066,"date":"2011-06-25T12:47:27","date_gmt":"2011-06-25T17:47:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=3066"},"modified":"2023-04-30T14:59:15","modified_gmt":"2023-04-30T12:59:15","slug":"noms-communs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/noms-communs\/","title":{"rendered":"Noms communs"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Ce texte est une s\u00e9rie de notes, destin\u00e9es \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.erohee.net\/li\">La litt\u00e9rature inqui\u00e8te<\/a>, texte en ligne se construisant peu \u00e0 peu autour du concept du <a>lir&#038;crire<\/a>. Il s&rsquo;agit du d\u00e9but du troisi\u00e8me ouvrage, qui tire les enseignements des deux premiers et replace, dans leur contexte, et leur rapport, les \u0153uvres de Maurice Blanchot (<a href=\"http:\/\/www.publie.net\/fr\/ebook\/9782814500273\/l-anonyme-sur-maurice-blanchot\">premier ouvrage<\/a>) et de Pascal Quignard (<a href=\"http:\/\/www.publie.net\/fr\/ebook\/9782814502567\/le-revenant-sur-pascal-quignard\">second ouvrage<\/a>).<\/p><\/blockquote>\n<p>Il y a une \u00e9conomie du nom singuli\u00e8re. A deux reprises, dans un article sur Montaigne et Klossowski rest\u00e9 in\u00e9dit, <em>Donner le nom<\/em> (on peut en lire des extraits ici), et plus r\u00e9cemment, pour la Nuit Remue #5 : <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/de-quoi-le-nom\/\">De quoi le nom<\/a>, je me suis pench\u00e9 sur ce que <em>dit<\/em> le nom et ce qu&rsquo;on entend <em>dans<\/em> le nom.<\/p>\n<p>Depuis l&rsquo;origine, c&rsquo;est la question m\u00eame. Et c&rsquo;est la question m\u00eame de la litt\u00e9rature, dont l&rsquo;objet, n&rsquo;est-ce pas, est le langage. Et l&rsquo;hyperlangage, l&rsquo;hypermot, le mot au-dessus des mots, est le nom. Le nom, le nom propre je veux dire, le propre du nom, appara\u00eet comme le propre du mot, le propre du langage. Le nom propre est un mot efficient, un mot efficace, un mot actif, un mot unique, un mot qui colle \u00e0 ce qu&rsquo;il d\u00e9crit : un mot performant. Il n&rsquo;a qu&rsquo;une ambition : dire le nom, nommer, c&rsquo;est dire l&rsquo;\u00eatre. Un nom n&rsquo;est cens\u00e9 renvoyer qu&rsquo;\u00e0 une seule personne. Le nom est seul. Royalement seul.<\/p>\n<p>On nomme, on donne du nom, c&rsquo;est la fonction de Dieu, la fonction d&rsquo;Adam nomoth\u00e8te qui nomme les animaux de la Bible. Tout nom propre a sa part d&rsquo;absolu. <\/p>\n<p>Bien entendu, tout ceci rel\u00e8ve du mythe, du cratylisme (dans le dialogue \u00e9ponyme, Socrate utilise ce m\u00eame mot de nomoth\u00e8te) et toute assertion nous d\u00e9montre, en plus toute la philosophie moderne et contemporaine, que le r\u00eave d&rsquo;une langue pure, qui ne soit sujet ni \u00e0 l&rsquo;erreur, ni au contresens, ni \u00e0 l&rsquo;aporie, ni au d\u00e9lire demeure illusoire. Une abondante litt\u00e9rature aborde ces questions et je ne m&rsquo;y aventurerai pas plus.<\/p>\n<p>Pr\u00e9cis\u00e9ment, et au contraire, je m&rsquo;attarderai plut\u00f4t sur la part de langage propre \u00e0 la litt\u00e9rature, dont c&rsquo;est l&rsquo;objet, ou du moins le mat\u00e9riau. La litt\u00e9rature est faite de noms et, si nous sommes d&rsquo;accord pour ne voir dans le nom m\u00eame, dans le propre nom propre de l&rsquo;auteur (gardons ces mots pour le moment), pour ne voir qu&rsquo;un texte, qu&rsquo;un avatar du texte, alors nous pouvons consid\u00e9rer que les texte, leur contexte, leur architexte ou leur hypertexte ne sont que des \u00e9l\u00e9ments communs, quoique singuliers, de la litt\u00e9rature \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<p>Un nom est un mot textuel, en ce sens qu&rsquo;il porte bien plus que la chose (r\u00e9elle ou non) qu&rsquo;il d\u00e9signe. Il porte toujours plus d&rsquo;un nom, il d\u00e9signe toujours le suppl\u00e9ment d&rsquo;un nom. Il est une pelote, une intrication de mots autres, de noms communs, et il sert, ainsi, de point d&rsquo;accord, de croisement, de balise disjonctive, d&rsquo;interrupteur. Le nom est entrelacs. <sup class='footnote'><a href='#fn-3066-1' id='fnref-3066-1' onclick='return fdfootnote_show(3066)'>1<\/a><\/sup><\/p>\n<p>Lorsque nos yeux croisent un nom, un nom propre, au fil de la lecture, de nouveaux horizons apparaissent, des listes, des bottins, des relations, des g\u00e9n\u00e9alogies se figent un instant dans notre esprit, fantomatiques, errantes, plus ou moins criantes. Tout nom est un fant\u00f4me, et appelle, t\u00e9moigne, revient.<\/p>\n<p>Je ne reviendrai pas sur le nom chez Blanchot et Quignard, mais je consid\u00e8re comme base de travail cette notion de correspondance <sup class='footnote'><a href='#fn-3066-2' id='fnref-3066-2' onclick='return fdfootnote_show(3066)'>2<\/a><\/sup> : il y a des passages, des passeurs : ce sont les noms, et ce sont eux qu&rsquo;il faut questionner (parcourir, arpenter) pour saisir le commun du nom et les entrelacs de textes.<\/p>\n<h3>1. Jean Paulhan le patron (2008)<\/h3>\n<p><br ><i>1969<\/i><br ><\/p>\n<p>En 1969, le monde accomplit une nouvelle r\u00e9volution. Ce n&rsquo;est pas Woodstock ou Altamont, le dernier album des Beatles ou le premier de Led Zepellin. <\/p>\n<p>C&rsquo;est peu de chose, en fait, presque rien, un rien qui a fait grand bruit. L&rsquo;homme a pos\u00e9 le pied sur la Lune. Quelle s\u00e9rie de noms, l\u00e0 encore, a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e sur les \u00e9crans que deux milliards d&rsquo;\u00eatres humains, nous dit-on, avaient la chance de poss\u00e9der pour en voir la narration filmique. <\/p>\n<p>On a beaucoup glos\u00e9, par la suite, et r\u00e9cemment, sur la v\u00e9rit\u00e9 ce de fait, et sur sa confirmation historique. On a avanc\u00e9 de nombreux arguments en faveur du montage (via habilet\u00e9 Stanley Kubrick et fac\u00e9tie du drapeau), on a avanc\u00e9 des arguments inverses ou oppos\u00e9s (les Russes n&rsquo;ont pas d\u00e9mentis, dit Umberto Eco) ; comme je le suppose, son auteur John Karel tente de nous le faire comprendre dans <a href=\"http:\/\/www.dailymotion.com\/video\/xf4t9j_operation-lune-1_tech\"><em>Op\u00e9ration Lune<\/em><\/a> (2002, diffus\u00e9 sur Arte le 1er avril 2004), \u00e0 la limite, peu importe si cela est vrai \u2014 ou pas. L&rsquo;image, qui serait un hypernom, qui est un hypermot (le mot id\u00e9al n&rsquo;est-il pas l&rsquo;id\u00e9ogramme ?) poss\u00e8de ses propres fonctionnements, ses propres circuits et la <em>v\u00e9rit\u00e9<\/em> n&rsquo;existe pas : seul compte le <em>vraissemblable<\/em>.<\/p>\n<p>Le monde virtuel par exemple, n&rsquo;est pas moins r\u00e9el que le r\u00e9el ; il est diff\u00e9rent. Ce qui cr\u00e9e le vraisemblable c&rsquo;est la r\u00e9f\u00e9rence ; le d\u00e9tail r\u00e9f\u00e9rentiel ; enfin le plus r\u00e9f\u00e9rentiel des mots est le nom propre. C&rsquo;est un classique des romans ou des films de science-fiction.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/han_solo_bargain.jpg\" rel=\"lightbox[3066]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/han_solo_bargain-150x150.jpg\" alt=\"\" title=\"han_solo_bargain\" width=\"150\" height=\"150\" class=\"aligncenter size-thumbnail wp-image-3096\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/han_solo_bargain-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/han_solo_bargain-59x59.jpg 59w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a><\/p>\n<blockquote><p>HAN: Han Solo. I&rsquo;m captain of the Millennium Falcon. Chewie here tells me you&rsquo;re looking for passage to the Alderaan system.<br \/>\nBEN: Yes, indeed. If it&rsquo;s a fast ship.<br \/>\nHAN: Fast ship ? You&rsquo;ve never heard of the Millennium Falcon ?<br \/>\nBEN: Should I have ?<br \/>\nHAN: It&rsquo;s the ship that made the Kessel run in less than twelve parsecs !<br \/>\n<i>Ben reacts to Solo&rsquo;s stupid attempt to impress them with<br \/>\nobvious misinformation.<\/i><br \/>\nHAN: (continued) I&rsquo;ve outrun Imperial starships, not the local<br \/>\nbulk-cruisers, mind you. I&rsquo;m talking about the big Corellian ships<br \/>\nnow. She&rsquo;s fast enough for you, old man. What&rsquo;s the cargo ?<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>Toute cette discussion est au c\u0153ur d&rsquo;un grand nombre de textes th\u00e9oriques depuis le <i>Cratyle<\/i>, donc, de Platon, en passant par les diverses <i>Rh\u00e9toriques<\/i> classiques, celles d&rsquo;Aristote et de Quintilien par exemple, remise au go\u00fbt du jour \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge classique, les r\u00e9flexions sur la m\u00e9taphore (cf. <a href=\"http:\/\/www.info-metaphore.com\/articles\/calarge-ricoeur-derrida-philosophie.html\">le d\u00e9bat entre Paul Ric\u0153ur et Jacques Derrida<\/a>), les tentatives de r\u00e9flexion moderne sur le style (Spitzer) ou la mim\u00e9sis (Auerbach), et plus r\u00e9centes sur la litt\u00e9rarit\u00e9 (Riffaterre). Tout ceci occupe des rayonnages complets de toute biblioth\u00e8que universitaire qui se respecte, est bien connu, bien r\u00e9f\u00e9renc\u00e9. Relativement insoluble probl\u00e8me.<br \/>\nInsoluble car les tenants d&rsquo;une formule (le mot = la chose) s&rsquo;opposent continuellement aux autres (le mot = une chose) ; relativement car on peut \u00e9galement d\u00e9cider de laisser la pol\u00e9mique de c\u00f4t\u00e9 et observer les manifestations de l&rsquo;une ou l&rsquo;autre formule dans les textes des uns et des autres, on peut m\u00eame d\u00e9cider d&rsquo;avoir un avis, un recul critique et orienter son travail et ses positions sur le versant singulier qu&rsquo;il nous plait, du moment que chacun reste coh\u00e9rent avec soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>1969, donc, est un genre de date mythique. <\/p>\n<p>Une date, en soi, un chiffre, est un hypernom propre, meilleur encore qu&rsquo;un nom propre, car il est constitu\u00e9 de chiffres, c&rsquo;est-\u00e0-dire de signes absolument autor\u00e9f\u00e9r\u00e9nc\u00e9s, universels et qui plus est sujets \u00e0 ordination. Tout pour plaire au nomoth\u00e8te (c&rsquo;est la <em>math\u00e9sis<\/em>, le langage parfait de la math\u00e9matique).<\/p>\n<p>1969 est une date \u00e9clairante \u00e0 plusieurs raisons : outre que l&rsquo;homme a march\u00e9 sur la Lune \u2014 c&rsquo;est la premi\u00e8re fois (\u00e0 nouveau) qu&rsquo;il franchit les barri\u00e8res de son environnement, Armstrong devenant un nouveau Galil\u00e9e, Copernic, Kepler \u2014 Jean Paulhan n&rsquo;est plus. Il est mort quelques mois plut\u00f4t en octobre 1968. En 1969 sera publi\u00e9 un num\u00e9ro sp\u00e9cial en hommage, dans lequel Maurice Blanchot \u00e9crira <em>La facilit\u00e9 de mourir<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1968 a sans doute \u00e9t\u00e9 un grand perturbement pour Blanchot, qui s&rsquo;est fortement engag\u00e9 dans les \u201d\u00e9v\u00e8nements\u201d. Ceci, et sans doute d&rsquo;autre faits qui nous demeurent inconnus, ont pr\u00e9cipit\u00e9 son progressif retrait de la vie litt\u00e9raire. Lui qui donnait depuis 1953, chaque mois ou presque, un texte, dense et exigeant, \u00e0 la revue <i>N.R.F.<\/i> que dirigeait Paulhan, comme chacun sait, avait fortement ralenti depuis 1963 son rythme, jusqu&rsquo;au dernier texte publi\u00e9 en 1968 : <i>Le tout dernier mots<\/i>. La suite ? Des textes de circonstances pour des num\u00e9ros hommages \u00e0 des amis disparus, Paulhan donc en 1969, Andr\u00e9 Dalmas en 1971. Puis 1980, pour une esp\u00e8ce de retour li\u00e9 \u00e0 la parution de <i>L&rsquo;\u00e9criture du d\u00e9sastre<\/i>. Choix politique, choix \u00e9ditorial, remous bibliographique, lassitude ? Toutes ces raisons sont valables, mais ne nous concernent pas. Blanchot a parall\u00e8lement publi\u00e9, dans d&rsquo;autres revues, comme <em>Le nouveau commerce<\/em>, L&rsquo;<em>Eph\u00e9m\u00e8re<\/em> ou <em>L&rsquo;Arc<\/em>, des textes forts, des textes toujours aussi exigeants et patiemment critiques.<\/p>\n<p>Mais en 1969, Paulhan, quoiqu&rsquo;immortel, est mort. Blanchot publie un texte dans la N.R.F, n&rsquo;y publiera plus. C&rsquo;est un fait.<\/p>\n<p><i>Jean Paulhan ou le nom de fleur<\/i><\/p>\n<p>C&rsquo;est Jean Paulhan qui, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, lance Blanchot en l&rsquo;aidant \u00e0 publier chez Jos\u00e9 Corti en 1942 un petit recueil de textes : <i>Comment la litt\u00e9rature est-elle possible ?<\/i>, qui rassemble deux textes publi\u00e9s dans la revue <i>Le Journal des D\u00e9bats<\/i> : le texte homonyme (livr\u00e9 en deux fois dans la revue) et un autre article : <em>La Terreur dans les lettres<\/em>.<\/p>\n<p>Depuis que je connais les livres de Maurice Blanchot, il me pla\u00eet de croire que ce nom ne d\u00e9signe aucune personne. Que ce nom d\u00e9signe proprement personne. Longtemps j&rsquo;ai \u00e9labor\u00e9 cette th\u00e9orie, rassemblant les t\u00e9moignages, recoupant les dates, observant le comportement de ses proches.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai accumul\u00e9 assez de preuves \u00e0 charge pour pouvoir publier un petit livre d&rsquo;une soixantaine de pages. Puis le jeu m&rsquo;a pass\u00e9. La multiplication des publications posthumes, les tensions, les inimiti\u00e9s et trahisons de la belle communaut\u00e9 ne m&rsquo;ont plus amus\u00e9 du tout. Parfois je sais que Maurice Blanchot n&rsquo;a jamais exist\u00e9 ; qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 une \u0153uvre collective, secr\u00e8te (donc anonyme) et que le groupe qui l&rsquo;a port\u00e9, aujourd&rsquo;hui \u00e9parpill\u00e9 dans ses cendres, a voulu cr\u00e9er le type parfait, le type ultime de l&rsquo;\u00e9crivain.<\/p>\n<p>Parfois je sais que Maurice Blanchot fut un r\u00eave.<\/p>\n<p>Une \u0153uvre collective, et anonyme.<\/p>\n<p>Et le patron de ce groupe, de cette conspiration, le grand initiateur, le nomoth\u00e8te, fut Jean Paulhan. Paulhan dont on sait qu&rsquo;il a exist\u00e9 puisque, tel Robbe-Grillet, quoique dans un registre diff\u00e9rent, il s&rsquo;est plu \u00e0 si\u00e9ger (lui) comme immortel \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie moribonde.<\/p>\n<p>Jean Paulhan a tent\u00e9 une \u0153uvre dont il n&rsquo;est pas parvenu \u00e0 venir compl\u00e8tement \u00e0 bout : <em>Les Fleurs de Tarbes<\/em> ; et sa suite : <em>Clef de la po\u00e9sie<\/em>. Cette \u0153uvre ambitieuse a pour objet de d\u00e9montrer que la litt\u00e9rature qui ne se dit souvent pas romantique, et qui oppose la vie v\u00e9cue et l&rsquo;engagement de l&rsquo;auteur aux constructions du langage et donc \u00e0 la rh\u00e9torique ; que la litt\u00e9rature terroriste donc, tout aussi vaine que menteuse, manque le point litt\u00e9raire \u2014 tout en laissant un \u0153uvre consid\u00e9rable, <i>tout en laissant \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre une place consid\u00e9rable<\/i>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/d\u00e9dicace_paulhan.jpg\" rel=\"lightbox[3066]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/d\u00e9dicace_paulhan-150x150.jpg\" alt=\"\" title=\"d\u00e9dicace_paulhan\" width=\"150\" height=\"150\" class=\"aligncenter size-thumbnail wp-image-3107\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/d\u00e9dicace_paulhan-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/d\u00e9dicace_paulhan-59x59.jpg 59w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;objet ici d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer les traits d&rsquo;une pens\u00e9e \u00e0 la fois subtile et complexe, cela ferait l&rsquo;objet d&rsquo;un texte \u00e0 part enti\u00e8re. La primaut\u00e9 au texte, retenons seulement ceci, sans non plus c\u00e9der au structuralisme qui a montr\u00e9 ses limites ; ce qui compte ici, avec Paulhan, c&rsquo;est l&rsquo;affirmation du texte.<\/p>\n<p>Alors clivage il y a, il y a eu, sans doute avant Paulhan, qui d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, lance la modernit\u00e9 (et la modernit\u00e9 a pour nom Blanchot, peut-\u00eatre). Car avant Paulhan il y a Valery, Valery : le terroriste. Valery qui s&rsquo;engonce si loin dans le paysage de M.Teste qu&rsquo;il n&rsquo;en sortirait pas indemne \u2014 du moins son \u0153uvre.<\/p>\n<p>Et avant Valery, il y a Mallarm\u00e9, le premier qui, sans doute, oriente constamment ce qui suivra ; le po\u00e8te \u00e0 l&rsquo;onde p\u00e9renne. Aussi rigoureux qu&rsquo;obscur (et donc sujets \u00e0 interpr\u00e9tations contradictoires) Mallarm\u00e9 reste c\u00e9l\u00e8bre pour une fleur. Celle aujourd&rsquo;hui constamment cit\u00e9e du <i>Livre<\/i>, cette autre \u0153uvre ambitieuse qui ne verra jamais le jour \u2014 mais qui reste d&rsquo;une d\u00e9concertante puissance aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Je ne citerai pas la <em>fleur<\/em> de Mallarm\u00e9, devenue <em>femme<\/em> chez Blanchot (puisque je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 fait ailleurs), sinon pour remarquer que le livre de Paulhan s&rsquo;intitule <i>Les fleurs de Tarbes<\/i>. Le sous titre, repris par Blanchot dans <i>Comment la litt\u00e9rature est-elle possible ?<\/i> : <i>la Terreur dans les lettres<\/i>.<\/p>\n<p><center>\u00b6<\/center><\/p>\n<p>J&rsquo;indique \u00e0 la va-vite une filiation : depuis Mallarm\u00e9 via Valery jusque Paulhan et Blanchot. <\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-3066'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-3066-1'> Je nomme r\u00e9guli\u00e8rement cette fonction ou ce potentiel, ce diff\u00e9rentiel, <em>coincidenza<\/em>, du terme italien pour notre <i>correspondance<\/i> des transports en communs. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-3066-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-3066-2'> voir les pages intitul\u00e9es <em>Le r\u00e9seau<\/em> dans <em>L&rsquo;anonyme<\/em> (143ssq) et  <em>Liber<\/em> dans <em>Le revenant<\/em> (205ssq). <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-3066-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est une s\u00e9rie de notes, destin\u00e9es \u00e0 La litt\u00e9rature inqui\u00e8te, texte en ligne se construisant peu \u00e0 peu autour du concept du lir&#038;crire. 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