{"id":2551,"date":"2007-09-09T11:41:48","date_gmt":"2007-09-09T16:41:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=2551"},"modified":"2013-01-28T16:57:07","modified_gmt":"2013-01-28T14:57:07","slug":"2551","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/2551\/","title":{"rendered":"Priv\u00e9 de, d\u00e9muni"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;avantage du livre et de la chose \u00e9crite sur la vie, ce n&rsquo;est pas seulement la fixation de la m\u00e9moire comme dans l&rsquo;ambre &#8211; qui a naturellement cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture : les tables des comptes du b\u00e9tail ou des grains sum\u00e9riens &#8211; c&rsquo;est aussi la recollation en un espace r\u00e9duit de nombreuses choses diss\u00e9min\u00e9es partout. L&rsquo;op\u00e9ration de r\u00e9duction propre au livre, et au liber antique qui est une \u00e9volution notable face au volumen \u00e0 d\u00e9rouler, l&rsquo;invention de la page, ont aussi flatt\u00e9 les instincts d\u00e9miurgiques de l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Tout comme la carte, le livre est un abr\u00e9g\u00e9 du monde, litt\u00e9ralement un <em>vade-mecum<\/em>. Et certains livres, et certains livres sp\u00e9ciaux que sont les romans, pr\u00e9sentent toujours cette volont\u00e9 de totalit\u00e9 : les <em>Essais<\/em>, le <em>Pantagruel<\/em>, mais tous les livres de la totalit\u00e9 aussi (voir Christian Godin) : <em>Ulysse<\/em>, <em>Horcynus orca<\/em>, Zola et Balzac, et que sais- je encore, Borges ? Michaux ? Calvino ? tel Olivier Rolin ? tel Saramago ?<\/p>\n<p>Tout un pan de notre litt\u00e9rature, de nos arts, cherchent \u00e0 englober, \u00e0 cercler, cerner, i.e. clo\u00eetrer, d\u00e9tenir. Une partie de notre cerveau est encline \u00e0 cela.<\/p>\n<p>Un autre pan de notre litt\u00e9rature, de notre cerveau, de nos vies au contraire s&rsquo;attache \u00e0 ce qui ne peut s&rsquo;attacher. La litt\u00e9rature rassure, quelque part, l\u00e0 o\u00f9 la vie est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et s&rsquo;\u00e9chappe continuellement.<\/p>\n<p>S&rsquo;attacher \u00e0 ce qui s&rsquo;\u00e9chappe, voil\u00e0 la t\u00e2che. D&rsquo;autres noms alors, que je ne citerai pas, mais dans la clef du Tao.<\/p>\n<p>Laisser couler les choses, leur r\u00e9sister mod\u00e9r\u00e9ment. Envahir, laisser envahir ; fuir ; d\u00e9raper ; respirer ; mourir.<\/p>\n<p>On marque alors la diff\u00e9rence entre le si\u00e8ge de l&rsquo;un (la droite, le cerveau droit ?), et le d\u00e9p\u00f4t de munitions ; la r\u00e9sistance de l&rsquo;autre (la gauche, le cerveau gauche ?) et se savoir priv\u00e9 de&#8230;, d\u00e9muni.<\/p>\n<p><em>D\u00e9muni<\/em>, le mot est beau, et sonne : sans munitions : ramass\u00e9 sur soi, revenu de tout, seul, et nu. D\u00e9muni je suis et resterai ; d\u00e9muni, apprendre \u00e0 vivre priv\u00e9 de&#8230; Comme une femme, flatter le f\u00e9minin en soi, la gauche, le cerveau gauche ? le manque de&#8230; Contre le masculin en soi, la droite, le cerveau droit ? le truc en plus&#8230;<\/p>\n<p>Non pas se laisser aller \u00e0 l&rsquo;eau (l&rsquo;eau de la femme, la femme humide et liquide, aqueuse et fuyante) face \u00e0 la terre (la terre de l&rsquo;homme, son territoire, sa voix rauque et crayeuse, le pied qui dessine des fronti\u00e8res), mais apprendre \u00e0 m\u00ealer les deux, dans un geste \u00e0 la Pygmalion, dans le savoir \u00eatre Galat\u00e9e, jouer avec la boue, jouer dans la boue.<\/p>\n<p>Jouer dans la boue, devenir soi- m\u00eame l&rsquo;objet de son \u0153uvre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;avantage du livre et de la chose \u00e9crite sur la vie, ce n&rsquo;est pas seulement la fixation de la m\u00e9moire comme dans l&rsquo;ambre &#8211; qui a naturellement cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture : les tables des comptes du b\u00e9tail ou des grains sum\u00e9riens &#8211; c&rsquo;est aussi la recollation en un espace r\u00e9duit de nombreuses choses diss\u00e9min\u00e9es partout. 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