{"id":2173,"date":"2007-08-26T08:03:55","date_gmt":"2007-08-26T13:03:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=2173"},"modified":"2011-02-27T08:39:15","modified_gmt":"2011-02-27T13:39:15","slug":"marge-sur-marge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/marge-sur-marge\/","title":{"rendered":"Marge sur marge"},"content":{"rendered":"<p><em>Piste pour un travail d&rsquo;avenir<\/em><\/p>\n<p><strong>Intervalle.<\/strong> Je n&rsquo;ai jamais rien \u00e9crit que dans l&rsquo;intervalle ; j&rsquo;ai conscience de cela depuis la nuit des temps. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire sur des cahiers Clairefontaine en 1994. Depuis, je n&rsquo;ai jamais arr\u00eat\u00e9. J&rsquo;ai f\u00eat\u00e9 (seul, mais quand m\u00eame satisfait) le deux mille cinq-centi\u00e8me texte il y a peu. Malgr\u00e9 tout je ne pense pas beaucoup avoir progress\u00e9. J&rsquo;ai peut-\u00eatre mieux d\u00e9fini les contours. Cet intervalle ou interstice, c&rsquo;est ce qui me touche le plus : l&rsquo;aube, le sexe f\u00e9minin, le volet clos ou la persienne, la paupi\u00e8re, la cigarette, le voyage, la liste des th\u00e8mes est infinie, mais je la ressasse.<\/p>\n<p><strong>Lecture.<\/strong> Les livres que l&rsquo;on lit se rar\u00e9fient, et je pr\u00e9f\u00e8re relire plut\u00f4t que de lire : rares les livres actuels qui me touchent ; tout le monde qui lit ici les conna\u00eet, du reste. La lecture creuse dans les livres, comme si le livre \u00e9tait une esp\u00e8ce d&rsquo;estomac projet\u00e9 dans le monde et qui servirait \u00e0 se nourrir de tout ce qui passe.<\/p>\n<p><strong>Ecriture.<\/strong> Les livres qu&rsquo;on \u00e9crit&#8230; Bon je n&rsquo;\u00e9cris pas de livres, mais du moins les textes que j&rsquo;\u00e9cris, de m\u00eame, suivent leur chemin sans arr\u00eat. Je ne crois pas avoir r\u00e9ellement \u00e9crit deux textes diff\u00e9rents, et si je me jette un peu plus innocemment ces jours-ci vers des feux un peu plus br\u00fblants, ce n&rsquo;est que pour exag\u00e9rer ces marges, ces cernes tranquilles qui rayonnent autour de la mort, l&rsquo;amour, que sais-je. Exag\u00e9rer ne convient pas : d\u00e9gager, r\u00e9server, diff\u00e9rer, diff\u00e9rer. D\u00e9raper. Etirer&#8230; Etendre&#8230; Donner du mou, rel\u00e2cher, mais dans l&rsquo;intervalle. Comme une esp\u00e8ce de p\u00e2te qu&rsquo;on pousse vers la brisure.<\/p>\n<p><strong>Litt\u00e9rature.<\/strong> De l\u00e0, la litt\u00e9rature, entendue comme (lecture+\u00e9criture), je ne le r\u00e9p\u00e9terai jamais assez. Et quand j&rsquo;aurais fini de r\u00e9crire l&rsquo;inqui\u00e9tude (qui est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9criture), ce sera cela, simplement cela.<\/p>\n<p><strong>Autres motifs scintillant.<\/strong> <em>Le secret, le sexe, la m\u00e9moire, le coupable, le nom, le mourant, le devenant, le revenant, la hantise.<\/em><\/p>\n<p>Edmond Jab\u00e8s est all\u00e9 tr\u00e8s loin. Sans raison apparente, sinon celle d&rsquo;une m\u00e9moire introuvable. Les questions pos\u00e9es dans <em>Le livre des marges<\/em>, pour le coup, si elles ne trouvent pas r\u00e9ponse, n\u00e9gligent mon propre travail. Qui devient inutile. Tout le monde \u00e9crit pareil, et depuis une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es, la litt\u00e9rature est all\u00e9 au bout d&rsquo;elle m\u00eame, avec Blanchot, avec Beckett, avec Michaux, etc.<\/p>\n<p>Ces milliers de mots \u00e9crits chaque ann\u00e9e qui s&rsquo;entassent dans des cahiers ou sur des pages virtuelles sont compl\u00e8tement redondants.<\/p>\n<p>Sauf \u00e0 ce qu&rsquo;on d\u00e9pose peu \u00e0 peu des axiomes, qu&rsquo;on chausse les idiomes, et qu&rsquo;on fasse un peu d&rsquo;art : peu importe ce qui est dit, mais la mani\u00e8re : aussi naissent des livres comme <em>Tumulte<\/em> ou <em>Dernier royaume<\/em>.<\/p>\n<p>Il est vrai que trouver sa voie dans ce contexte l\u00e0 ne facilit\u00e9 gu\u00e8re le travail. Mais.<\/p>\n<p>Je r\u00e9fl\u00e9chis aussi \u00e0 la forme m\u00eame de mon livre, livre fait de marges lui-m\u00eames, puisque tous nos livres sont \u00e9crits depuis Montaigne et Cervant\u00e8s, et m\u00eame avant, dans les marges d&rsquo;autres livres. Le livre est Babel : la confusion des langues n&rsquo;est pas une malice ; c&rsquo;est notre chance m\u00eame.<\/p>\n<p>Je dis m\u00eame que le livre \u00e9clat\u00e9, dispars, nomade, est en lutte contre les dieux qui ont cherch\u00e9 \u00e0 nous humilier, et \u00e0 leurs pr\u00eatres d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Le travail de quelques-uns d&rsquo;entre nous ne s&rsquo;arr\u00eatera pas avec la mort, se s&rsquo;arr\u00eatera jamais, malgr\u00e9 les r\u00e9ticences de nos \u00e9lites et le clinquant poussi\u00e9reux des avides, il se passera secr\u00e8tement non de bouche \u00e0 oreille comme le secret, mais comme le secret lu\/\u00e9crit ou \u00e9crit\/lu, sous le manteau, sous le mentir, \u00e0 travers des pages virtuelles de serveur \u00e0 serveur, \u00e0 fleur de peau, \u00e0 fleur de pierre comme du lichen, des tags sur des murs, des tracts dans les rues, des mots confi\u00e9s \u00e0 la terre, des mots \u00e9crits de sperme sur tes cuisses, des mots \u00e9crits de sang sur mon bras, des mots fum\u00e9es, des mots gouttes d&rsquo;eau, des mots maudits dits \u00e0 demi-voix, y compris derri\u00e8re la musique, y compris sur l&rsquo;autre face du tableau, des mots lunes brillant sans lumi\u00e8re dans la nuit, des mots d&rsquo;abysse, tapis dans les oc\u00e9ans, des mots qui demeurent dans une bouteille \u00e0 la mer, des mots susurr\u00e9s dans les fissures, dans les recoins tendus des tentures, sous les pas des gens, dans les souterrains de l&rsquo;enfer ou du m\u00e9tro, des mots susurr\u00e9s comme par distraction comme par le vent, des mots dans les vieilles maisons, des mots autour de la bouche comme un nuage de bu\u00e9e, des mots plant\u00e9s dans les plis de ton corps comme <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Piste pour un travail d&rsquo;avenir Intervalle. 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