{"id":2152,"date":"2007-08-16T07:45:41","date_gmt":"2007-08-16T05:45:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=2152"},"modified":"2021-10-03T17:04:49","modified_gmt":"2021-10-03T15:04:49","slug":"italie-reelle-italie-fantasmee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/italie-reelle-italie-fantasmee\/","title":{"rendered":"Italie r\u00e9elle, Italie fantasm\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Comme, il y a pr\u00e8s de dix ans, je voyageais dans un train pris au hasard qui me menait de Napoli \u00e0 Reggio(C) (je descendrais en fait \u00e0 Maratea), muni d&rsquo;un billet kilom\u00e9trique (vous avez droit \u00e0 3000 km en train, vous faites remplir les d\u00e9comptes \u00e0 chaque gare ; tr\u00e8s pratique ; un peu encombrant, mais tr\u00e8s rentable), je songeais pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la superposition des deux voyages. J&rsquo;\u00e9crivais, en substance, ceci : <\/p>\n<blockquote><p>Il y a deux voyages. Il y a le voyage que tu fais et le voyage que tu r\u00eaves de faire ; et les deux sont si \u00e9troitement m\u00eal\u00e9s qu&rsquo;il est bien difficile, de retour \u00e0 la maison &#8211; si jamais le retour \u00e0 lieu &#8211; de savoir lequel a r\u00e9ellement \u00e9t\u00e9 accompli. Je songe par exemple \u00e0 cette fille de Palerme, \u00e0 ces vieux Siciliens qui m&rsquo;avait offert des piments, \u00e0 cette fontaine qui donnait une eau verte dans la nuit, aux lucioles d Toscane&#8230; De sorte que, aujourd&rsquo;hui, o\u00f9 je relis et corrige ces lignes, je ne sais plus si elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites alors, o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 r\u00e9\u00e9crites aujourd&rsquo;hui, ou demain, ou ailleurs&#8230;<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>C&rsquo;est le destin d&rsquo;Ulysse, qui retarde sans cesse son texte, comme il chante et retarde son retour. C&rsquo;est Borges influen\u00e7ant Kafka influen\u00e7ant Cervant\u00e8s&#8230;<\/p><\/blockquote>\n<p>J&rsquo;arr\u00eate l\u00e0. Ces sensations sont communes, la seule chance de la litt\u00e9rature, son seul int\u00e9r\u00eat et ce qui soutient son existence, c&rsquo;est justement de permettre, induire, comprendre, susciter, d\u00e9sirer, ces t\u00e9lescopages, ces brouillages, ces stratifications.<\/p>\n<p>Comme texte et voyage sont li\u00e9s. Il y va de la m\u00e9moire. C&rsquo;est elle qui, affrontant le sommeil de l&rsquo;oubli, mais pactisant avec lui, va creuser des galeries sinueuses dans la mati\u00e8re de notre corps. Je soutiens que notre pens\u00e9e est un organe de notre corps.<\/p>\n<p>Je dis que la m\u00e9moire est un ver qui ronge cette mati\u00e8re. Mettant en relief certains traits (ou plut\u00f4t certaines textures : cr\u00e9ant structure), \u00e9vacuant d&rsquo;autres. Puis nous r\u00e9veillons avec une petite figure chancelant dans la t\u00eate, de subites envies, de subites pulsions, de subites missions qui nous incombent ; et l&rsquo;\u00e9crivain y r\u00e9pondra, comme soumis \u00e0 la m\u00e9moire, qui fait oubli comme elle fait texte, texture. (D&rsquo;o\u00f9 lien autobiographie).<\/p>\n<p>Et l&rsquo;\u00e9crivain part.<\/p>\n<p>Comme texte et voyage sont li\u00e9s, voyage et Italie le sont aussi, mais cela peut-\u00eatre pour moi seulement. Cela dit, je ne suis pas le seul, au vu du nombre toujours plus important d&rsquo;\u00e9crivains ou d&rsquo;artistes ayant adopt\u00e9 l&rsquo;Italie.<\/p>\n<p>Il y a donc deux Italies : une Italie r\u00e9elle, que nous n&rsquo;approchons jamais, m\u00eame si nous y habitons. Parce que nous ne sommes pas italiens. Une Italie fantasm\u00e9e, qui elle-m\u00eame est double : celle de l&rsquo;inconscient collectif, des clich\u00e9s et des repr\u00e9sentations d&rsquo;un peuple, g\u00e9n\u00e9rales, envers un autre peuple ; celle de l&rsquo;inconscient personnel, la mienne, qui pr\u00e9voie en Italie des choses qui jamais n&rsquo;ont lieu, qui d\u00e9sire des \u00e9clairs fuyants, qui se rappelle des pierres inconnues.<\/p>\n<p>Ces pierres sont des bijoux, s\u00e9diment\u00e9s en moi par l&rsquo;enfance. Et grandir c&rsquo;est simplement monter sur des souvenirs que l&rsquo;on rejette mais que l&rsquo;on transporte. Nous sommes pleins de d\u00e9chets qui nous forment, nous soutiennent. Je suis all\u00e9 en Italie la premi\u00e8re fois avec mes parents \u00e0 un an et demi ; j&rsquo;y suis retourn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 mes dix-sept ans chaque ann\u00e9e ; puis j&rsquo;y suis retourn\u00e9 seul, ou avec des amis, ou des femmes. Je peux dire que je sais <em>exactement<\/em> ce qu&rsquo;est l&rsquo;Italie, mais je le sais essentiellement dans mon corps, dans mes cellules : je sais la langue, la mentalit\u00e9, les odeurs, les habitudes, les obscurit\u00e9s, les plats cuisin\u00e9s, les int\u00e9rieurs des maisons, l&rsquo;esprit des femmes, les jeux des gar\u00e7ons, le sable, le go\u00fbt des eaux, les horreurs, les d\u00e9fauts, les bruits, la nature, les villes, la g\u00e9ographie et m\u00eame les abr\u00e9viations des chef-lieux de province. Mais comme il est toujours difficile de parler une langue que l&rsquo;on comprend pourtant (comme il est impossible d&rsquo;aimer une femme que l&rsquo;on aime), il m&rsquo;est actuellement impossible d&rsquo;en tirer quelque chose.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire en Italien, pour tromper l&rsquo;ennemi, en vain. J&rsquo;ai \u00e9crit <em>Il vizio radicale<\/em> et <em>Cose Romane<\/em>, lorsque j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Rome en 1999-2000. Je viens de terminer <em>Ambo i lati<\/em>, que relit, avec gentillesse, Francesca (grazie a lei), mais qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 par Ugo Magno des \u00e9ditions Mesogea \u00e0 Messine. J&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 utiliser les biais (il y a du biais en Italie), divers et vari\u00e9s. Mais je peine \u00e0 dire ce que je ressens envers elle.<\/p>\n<p>Cette s\u00e9rie de texte est un nouveau biais. Mais plus que tout je crois qu&rsquo;il y a une esp\u00e8ce de sentiment morbide (<em>morbido<\/em> signifie doux ; les paquets de cigarettes qu&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0souples\u00a0\u00bb sont appel\u00e9s \u00ab\u00a0morbidi\u00a0\u00bb) au c\u0153ur de la cosidetta <em>dolce vita<\/em>.<\/p>\n<p>Il faudra relire <em>Le facteur<\/em> de Neruda. Car que devient un port lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est plus un port militaire ? Que devient un peuple de guerrier lorsqu&rsquo;il ne combat plus ? Guerrier est mauvais : strat\u00e8ge est peut-\u00eatre plus juste.<\/p>\n<p>L&rsquo;Italie porte le poids de son histoire et dans mes ans il y a le poids de l&rsquo;Italie. Nos destins sont li\u00e9s.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi je m&rsquo;en sortirai par une pirouette, cette longue situation du g\u00e9nial Antonio Tabucchi.<\/p>\n<blockquote><p>La notte, in queste latitudini, cala all&rsquo;improvviso, con un crepuscolo effimero che dura un soffio, e poi \u00e8 buoi. Io devo vivere in questo breve spazio di tempo, e per il resto non esisto. O meglio, ci sono, ma \u00e8 come se non ci fossi, perch\u00e9 sono altrove, anche li&rsquo;, dove ti ho lasciata, e poi dappertutto, in tutti i luoghi della terra, sui mari, nel vento che gonfia le vele dei velieri, nei viggiatori che attraversano le pianure, nelle piazze delle citt\u00e0, con i loro mercanti e le loro voci e il flusso anonimo della folla. E&rsquo; difficile dire come \u00e8 fata la mia penombra, e che cosa significa. E&rsquo; come un sogno che sai da sognare, e in questo consiste la sua verit\u00e0 : nell&rsquo;essere reale al di fuori del reale. La sua morfologia \u00e8 quella dell&rsquo;iride, o meglio della gradualit\u00e0 labili che gi\u00e0 non sono pi\u00f9 mentre sono, come il tempo della nostra vita. Mi \u00e8 dato di ripercorrerlo, questo tempo que pi\u00f9 non \u00e8 mio e che \u00e8 stato nostro, ed esso corre svelto all&rsquo;interno dei miei occhi : cosi&rsquo; rapido che io vi scorgo paesaggi e luoghi che abbiamo abitato, moementi che abbiamo diviso, e anche i nostri ricordi di un tempo, ricordi ?, parlavamo dei parchi di Madrid e di una casa di pescatori dove avremmo voluto vivere, e dei mulini a vento, e delle scogliere a picco sul mare una notte d&rsquo;inverno quando mangiammo il pancotto, e della cappella con gli ex-voto dei pescatori : madonna dal volto di popolane e naufraghi come burattini che si salvano dai flutti attaccandosi a un raggio di luce piovuta dal cielo. Ma tutto questo che mi passa dentro agli occhi, e che io pure decifro con esatezza minuziosa, \u00e8 cosi&rsquo; rapido nella sua corsa che \u00e8 solo un calore : \u00e8 il malva del mattino sull&rsquo;altopiano, \u00e0 lo zafferano dei campi, \u00e8 l&rsquo;indaco di una notte di settembre, con la luna appesa all&rsquo;albero sullo spiazzo di fronte alla vecchia casa, l&rsquo;odore forte della terra e il tuo seno sinistro che io amavo con maggiore intensit\u00e0, e la vita era li&rsquo;, placata e scandita dal grillo che abitava accanto, e quella era la notte migliore di tutte le notti, perch\u00e8 era una notte liquida comme la polpa di un&rsquo;albicocca.<\/p>\n<p>Nel tempo di questo infinito minimo, che \u00e8 l&rsquo;intervallo fra il mio ora e il nostro allora, ti dico arrivederci&#8230;<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme, il y a pr\u00e8s de dix ans, je voyageais dans un train pris au hasard qui me menait de Napoli \u00e0 Reggio(C) (je descendrais en fait \u00e0 Maratea), muni d&rsquo;un billet kilom\u00e9trique (vous avez droit \u00e0 3000 km en train, vous faites remplir les d\u00e9comptes \u00e0 chaque gare ; tr\u00e8s pratique ; un peu&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2667,106],"tags":[309,1171,635,980,162,1174,1170,303,1172,444,1173,1117,484,865,1504,1169,1168],"class_list":["post-2152","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-fin-des-italies","category-vers-le-dehors","tag-antonio-tabucchi","tag-cose-romane","tag-desir","tag-destin","tag-ecrire","tag-i-volatili-del-beato-angelico","tag-il-vizio-radicale","tag-italie","tag-le-facteur","tag-memoire","tag-pablo-neruda","tag-reel","tag-reve","tag-silence","tag-solitude","tag-ulysse","tag-voyage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2152","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2152"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2152\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12405,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2152\/revisions\/12405"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2152"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2152"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2152"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}