{"id":2128,"date":"2007-08-06T05:59:28","date_gmt":"2007-08-06T10:59:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=2128"},"modified":"2023-04-24T10:20:57","modified_gmt":"2023-04-24T08:20:57","slug":"cyber-liber-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/cyber-liber-2\/","title":{"rendered":"Cyber\/Liber 2"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Mise \u00e0 jour 2012. Comme on s&rsquo;en rend compte, nous sommes ici sur la partie \u201cblogue\u201d d&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">un site plus vaste<\/a> ; on pourra donc en conclure caduc le propos qui suit. Ou pas : certaines choses restent pertinentes, d&rsquo;autres bien s\u00fbr ont profond\u00e9ment et rapidement \u00e9volu\u00e9. Et moi-m\u00eame, et mon attention avec. On pourra dire aussi que, pour quelqu&rsquo;un qui r\u00e9cuse la petite boutique familiale, c&rsquo;est un double \u00e9chec ou au moins un double revirement. Sauf \u00e0 consid\u00e9rer le blogue comme un journal \u00e0 voix haute, ou m\u00eame un rassemblement de textes ; ce n&rsquo;est pas pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&rsquo;on appelle un <em>skyblog<\/em> ici. Ou <a href=\"liens\">ailleurs<\/a> : c&rsquo;est-\u00e0-dire partout \u00e0 pr\u00e9sent que le blogue est la forme surdominante de l&rsquo;\u00e9criture sur internet, avec Facebook et Twitter, notamment. (Il y a donc \u00e0 ce texte <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/cyber-liber-1\/\">une premi\u00e8re partie<\/a>, puis ces questions se retrouvent dans <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/du-materiel-comme-programme\/ \">Du mat\u00e9riel comme programme<\/a>).<\/p><\/blockquote>\n<p><br ><\/p>\n<p>J&rsquo;ai laiss\u00e9 passer six mois apr\u00e8s <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/cyber-liber-1\">le premier texte<\/a>, non pas pour voir venir les nouvelles technologies ou leur usage, mais parce que des id\u00e9es trop neuves et clinquantes peuvent lasser, vite.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie faisait r\u00e9f\u00e9rence aux techniques propres de l&rsquo;internet et se d\u00e9solait un peu du manque d&rsquo;imagination, et du peu de lien entre fond et forme.<\/p>\n<p>Je reste ici sur le fond.<\/p>\n<p>Toute manifestation artistique organise un compromis, entre ce qu&rsquo;elle donne \u00e0 voir ou sentir, et puis ce qui est en fait \u00e9nonc\u00e9, parfois proche du rien ou du vide (ce qui n&rsquo;est pas totalement pareil).<\/p>\n<p><strong>6. De la litt\u00e9rature<\/strong> Est-ce que internet doit jouer un destin dans ce qu&rsquo;on peine \u00e0 d\u00e9finir et qu&rsquo;on nomme litt\u00e9rature ? Est-ce que l&rsquo;avenir de la litt\u00e9rature passe par internet ? Et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;internet ou du moins les nouveaux m\u00e9dias, les TIC, peuvent proposer \u00e0 la litt\u00e9rature de neuf ? Qu&rsquo;y a-t-il de neuf dans la litt\u00e9rature et la litt\u00e9rature s&rsquo;accorde-t-elle seulement avec l&rsquo;id\u00e9e du progr\u00e8s ? Certains peut-\u00eatre le croient-ils. D&rsquo;autres, r\u00e9solument non. Ce qui me semble le plus int\u00e9ressant, quant \u00e0 moi, et le plus concret, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le lien \u00e9trange que tissent entre eux, litt\u00e9rature, entendue comme entit\u00e9 floue, internet, entendu comme support un peu magique, et roman, entendu comme personnage m\u00eame de notre contemporain.<\/p>\n<p>Ce qui est certain, pour moi, c&rsquo;est la disparition du support en tant que tel, comme cela s&rsquo;est (presque) produit pour la musique ou la vid\u00e9o : voyez les jeunes qui vous entourent ; les mieux lotis avec un iPod n&rsquo;ont plus de disques, n&rsquo;ach\u00e8tent plus de disques, n&rsquo;ach\u00e8teront plus et jamais de disques.<\/p>\n<p>Alors le livre, devenu objet de vide grenier ? Objet de collection ; passion de vieillard ? Sur ce, je ne puis r\u00e9pondre. Parce qu&rsquo;il nous manque \u00e0 d\u00e9cider pour toutes : est-ce que la litt\u00e9rature est forc\u00e9ment li\u00e9e au livre ? Nombreux pensent que oui, mais que dire par exemple des chansons, d&rsquo;une chanson telle dans le champ de la chanson fran\u00e7aise, et qui vit ou survit ou revit sans 45 tours, sans <em>single<\/em>, sans CD : c&rsquo;est le ph\u00e9nom\u00e8ne <em>YouTube<\/em> ou <em>DailyMotion<\/em>, et plus encore, c&rsquo;est le formidable souffle de cr\u00e9ation de <em>MySpace<\/em>&#8230;<\/p>\n<p>Passe ici la m\u00e9fiance habituelle des professionnels du livre, semble-t-il. L&rsquo;ordinateur, bien qu&rsquo;essentiel dans tout le travail de cr\u00e9ation d&rsquo;un livre, depuis son \u00e9criture, \u00e0 sa mise en page, \u00e0 son \u00e9dition et \u00e0 son impression, sans doute \u00e0 sa distribution, sa promotion, sa vente, sa vie et sa mort, son archive, l&rsquo;ordinateur n&rsquo;est pas vu autrement qu&rsquo;un outil et internet l&rsquo;un de ses logiciels. Alors qu&rsquo;il semble aussi, en m\u00eame temps, que l&rsquo;internet n&rsquo;est pas seulement un support technique, mais un monde virtuel, \u00e0 la fois un risque \u00e0 l&rsquo;illusion, mais aussi le mythe d&rsquo;un partage des savoirs, des arts, des techniques, gratuit, universel, immanquablement anonyme.<\/p>\n<p><strong>7. De l&rsquo;espace des sites<\/strong> Alors litt\u00e9rature et internet ? Oui, le m\u00e9nage est possible, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;on accepte que la litt\u00e9rature n&rsquo;est pas irr\u00e9m\u00e9diablement li\u00e9e \u00e0 un m\u00e9dia, d&rsquo;une part, et qu&rsquo;internet n&rsquo;est pas seulement un m\u00e9dia, d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p>Internet poss\u00e8de son espace propre : fort peu compatible d&rsquo;ailleurs avec le monadisme des auteurs : r\u00e9seaux, transferts, \u00e9changes, etc. et le jour n&rsquo;est pas venu d&rsquo;un roman collectif global, anonyme et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;espace d&rsquo;internet est \u00e0 la fois virtuel et possible ; il permet toute cr\u00e9ation et la libert\u00e9 est immense ; mais on se rend bien compte que sont archirares les sites ou les cr\u00e9ateurs qui exploitent cette tridimensionalit\u00e9 (texte-son-image). Sans doute y a-t-il un frein technique, mais aussi se pose tout le probl\u00e8me du droit, du droit d&rsquo;auteur, qui est moins que tenu au clair sur la toile. Et je crois aussi, sauf quelques-uns, l&rsquo;impossible vieillerie des \u00e9crivains ; et que je con\u00e7ois, et que je respecte. A la mani\u00e8re de Brassens chantant qu&rsquo; \u00ab\u00a0[il est] foutrement moyen\u00e2geux\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00e9crivain imagine qu&rsquo;une feuille de carnet, un vieux bic noir, suffisent \u00e0 leur art. Et bien s\u00fbr ils n&rsquo;ont pas tort. Parce que notre mati\u00e8re est le mot seul, peu importe et son support, et son usage, \u00e0 la limite, et sa forme esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Mais je rappelle les grandes nouveaut\u00e9s de ce genre de support informatique : feuille de style (CSS), mise \u00e0 jour (RSS), et surtout hyperlien (dont podcasting ou streaming). Peu \u00e0 peu, on peut faire fi de la pr\u00e9sentation, format\u00e9e \u00e0 mort, et se concentrer sur le texte (c&rsquo;est le Php et son mauvais pli : les blogues) ; mais on peut aussi trouver une position mitoyenne, auquel cas l&rsquo;on n&rsquo;a plus affaire \u00e0 un \u00e9crivain, mais \u00e0 un designer ou \u00e0 un esth\u00e9ticien. Car il faut g\u00e9rer son et image, en plus. Or si tout est possible de ce fait, rares les sites qui m\u00ealent dans un tout cr\u00e9atif les trois \u00ab\u00a0supports\u00a0\u00bb (son, image et texte). A moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse d&rsquo;illustration. J&rsquo;ai ce probl\u00e8me. Je rappelle ici un texte de Pascal Quignard, petit trait\u00e9 des <em>Petits trait\u00e9s<\/em>, <em>Sur les rapports que le texte et l&rsquo;image n&rsquo;entretiennent pas<\/em> : \u00ab\u00a0Le propre des signes \u00e9crits est de ne pas montrer ce qu&rsquo;ils d\u00e9signent ; ils signifient ; ils r\u00e8gnent dans l&rsquo;immontrable\u00a0\u00bb (p.132). \u00ab\u00a0En d&rsquo;autres termes, les significations que les lettres couchent par \u00e9crit sont incommunicables aux repr\u00e9sentations que les images dressent devant nos yeux\u00a0\u00bb (134). \u00ab\u00a0Quand l&rsquo;un est lisible, l&rsquo;autre n&rsquo;est pas vu. Quand l&rsquo;un est visible, l&rsquo;autre n&rsquo;est pas lu.\u00a0\u00bb (134). \u00ab\u00a0Le livre est la seule ic\u00f4ne aniconique\u00a0\u00bb (135).<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit donc de ne pas c\u00e9der \u00e0 l&rsquo;illustration, l&rsquo;exemple, la d\u00e9coration, l&rsquo;ornement ; mais le public est-il pr\u00eat \u00e0 recevoir un tel texte multidimensionnel, duquel le texte ne serait pas le <em>premier venu<\/em>.<\/p>\n<p>Enfin une question se pose, fortement : ce m\u00e9lange des trois, internet peut-il seul en assumer la paternit\u00e9 ? Cette \u00ab\u00a0nouveaut\u00e9\u00a0\u00bb ne s&rsquo;appelle-t-elle pas d\u00e9j\u00e0 <em>CINEMA<\/em> ? Il faudra \u00eatre clair.<\/p>\n<p><strong>8. Du roman<\/strong> Je parle \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb, je parle du roman parce que voil\u00e0 : Fran\u00e7ois Bon dit : \u00ab\u00a0roman non merci\u00a0\u00bb, pour sa collection \u00ab\u00a0D\u00e9placement\u00a0\u00bb. J&rsquo;entends cette injonction, mais je me demande aussi si nous ne vivons pas une \u00e9poque o\u00f9 le soi-disant \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb est fig\u00e9 dans une forme d&rsquo;il y a un si\u00e8cle ? Quand le roman, pour Quignard encore, par exemple (voir son texte dans le <em>D\u00e9bat<\/em>, republi\u00e9 dans <em>Ecrits de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re<\/em>), c&rsquo;est le m\u00e9lange, la satura, le pot-pourri, le lieu des choses honteuses et cach\u00e9es, des <em>sordidissima<\/em> : ce n&rsquo;est pas assur\u00e9ment le roman tel que nous le lisons (quand nous y parvenons) aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Or je dis et je maintiens que l&rsquo;internet peut \u00eatre une forme loisible et m\u00eame favorite du roman, justement par le m\u00e9lange des trois dimensions, d&rsquo;une part, l&rsquo;hyperlien d&rsquo;autre part, et le c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la fois gratuit (anonyme, populaire ?) et transgressif (parce que gratuit) d&rsquo;internet.<\/p>\n<p><strong>9. De l&rsquo;autofiction et de l&rsquo;autobiographie<\/strong> Or ce \u00e0 quoi on assiste, dans le \u00ab\u00a0blogue\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9talement de ses petites passions personnelles, et tous les d\u00e9rapages que cela induit : les douleurs, les ouvertures, les crachats, les pleurs, les larmes, les gicl\u00e9es de soi sur un \u00e9cran impudique. Je n&rsquo;ai rien contre personne, mais cela ne m&rsquo;int\u00e9resse pas. C&rsquo;est pourquoi il faut encore une fois le r\u00e9p\u00e9ter, pour finir, car ces sujets reviendront encore et encore : mieux vaut l&rsquo;<em>autobiographie<\/em> que l&rsquo;<em>autofiction<\/em> qui, concept fumeux, n&rsquo;engage que le vide, le soi d\u00e9pouill\u00e9, pour faire joli, pour faire vendre, pour exister.<\/p>\n<p>Or, et ce sera mon dernier mot pour ici, l&rsquo;autobiographie n&rsquo;existe r\u00e9ellement que dans une forme \u00e9crite qui n&rsquo;est pas le journal, qui peut se servir du journal, mais qui doit, et je crois que je la confonds alors avec le roman, transmuter ses soucis propres et qui n&rsquo;int\u00e9ressent que soi en une \u00e9motion impersonnelle ou transpersonnelle, universelle. Ne rigolez pas : nous pleurons devant certains romans chinois ou argentins ou libanais ; c&rsquo;est que l&rsquo;homme, malgr\u00e9 toutes ses modes et ses drapeaux, n&rsquo;est qu&rsquo;une seule et m\u00eame esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>La mort est pour tous au bout pour faire pi\u00e8ce au final.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mise \u00e0 jour 2012. Comme on s&rsquo;en rend compte, nous sommes ici sur la partie \u201cblogue\u201d d&rsquo;un site plus vaste ; on pourra donc en conclure caduc le propos qui suit. Ou pas : certaines choses restent pertinentes, d&rsquo;autres bien s\u00fbr ont profond\u00e9ment et rapidement \u00e9volu\u00e9. Et moi-m\u00eame, et mon attention avec. 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