{"id":2073,"date":"2007-07-06T05:11:21","date_gmt":"2007-07-06T03:11:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=2073"},"modified":"2011-11-09T00:05:29","modified_gmt":"2011-11-08T22:05:29","slug":"reminiscences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/reminiscences\/","title":{"rendered":"R\u00e9miniscences"},"content":{"rendered":"<p>On prend un livre, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est en \u00e9t\u00e9 que les livres (se) prennent. On a l&rsquo;espace \u00e9tendu devant. Le temps compte peu. Et tout dehors nous aspire.<\/p>\n<p>On marche sur des cailloux, m\u00eame pieds nus, on croise les fleurs immenses de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 : m\u00e9lilots, card\u00e8res, vergerettes, fenouils. Ce sont les derniers soubresauts, mais brillants, mais d\u00e9volus.<\/p>\n<p>Il fait chaud constamment, la nuit ne repose rien, fait patienter (ou fait \u00e9crire, ce qui revient au m\u00eame).<\/p>\n<p>Tout est sec, piquant, acide ou \u00e9pic\u00e9. On boit plus. On parle moins.<\/p>\n<p>Alors on se sent rena\u00eetre, ou devoir le faire, et on saisit une liasse de feuilles blanches, qu&rsquo;on trimballe avec soi partout, dans les pierriers ou les cabanons, mazets d\u00e9cor\u00e9s de larmes &#8211; mais d&rsquo;o\u00f9 viennent ces larmes, on ne saurait le dire.<\/p>\n<p>Si on ne quitte pas les lieux, pour atteindre des mers, horizons s\u00e9ditieux, on commence un sillon qu&rsquo;on ne l\u00e2chera plus avant les ros\u00e9es ou les champignons premiers.<\/p>\n<p>M\u00eame les rencontres, les repas \u00e0 la lueur des lunes, les lucanes, les gens nouveaux ou de passage, m\u00eame les f\u00eates, les lampions, les bi\u00e8res accentu\u00e9es, m\u00eame les sorties, la Provence (il y a toujours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 en Provence, ou l&rsquo;inverse), tout est us\u00e9, susceptible de cassure, de brisure, de fracture. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;eau, et l&rsquo;eau dont on s&rsquo;habille ne saurait nous d\u00e9tourner de notre inattention. Car c&rsquo;est la mort qui s\u00e8me ses grains en \u00e9t\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;ennui, l&rsquo;attente, l&rsquo;ennui, la peur sourde, souterraine, le retour spectral des \u00e2ges.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est la mort.<\/p>\n<p>Alors on \u00e9crit, on \u00e9crit des pages, aux lueurs des lucioles, on se permet plus de vin qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;accoutum\u00e9e, on marche, on fatigue les corps, m\u00eame s&rsquo;il y a une r\u00e9pulsion qui se fait plus pesante, car plus pressante, parce que plus transpirante. L&rsquo;esprit est grev\u00e9 par du sable, la voix enrou\u00e9e, la main peu fid\u00e8le.<\/p>\n<p>On cherche des fredaines ou des fruits, abricots d\u00e9fendus, p\u00e8ches de vignes \u00e9tourdies, puis on se secoue de vilaines rengaines.<\/p>\n<p>A moins de tenir franc vers des rouvines solitaires, et de s&rsquo;enfoncer dans l&rsquo;humus surnum\u00e9raire, au creux de la h\u00eatraie pour rien ni personne, alors on ne touche \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Et rien ne touche \u00e0 nous, alors on s&rsquo;endort, comme mort, mourant, en attendant l&rsquo;automne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On prend un livre, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est en \u00e9t\u00e9 que les livres (se) prennent. On a l&rsquo;espace \u00e9tendu devant. Le temps compte peu. Et tout dehors nous aspire. On marche sur des cailloux, m\u00eame pieds nus, on croise les fleurs immenses de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 : m\u00e9lilots, card\u00e8res, vergerettes, fenouils. 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