{"id":18416,"date":"2024-05-15T16:59:52","date_gmt":"2024-05-15T14:59:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18416"},"modified":"2024-11-01T11:15:37","modified_gmt":"2024-11-01T09:15:37","slug":"archivive-epithetes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-epithetes\/","title":{"rendered":"Archivive &#8212; \u00e9pith\u00e8tes"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/DSC04132-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18444\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/DSC04132-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/DSC04132-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/DSC04132-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/DSC04132-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/DSC04132-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/DSC04132-850x850.jpg 850w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/DSC04132.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une esp\u00e8ce, <em>species<\/em> : une entit\u00e9 parmi un nombre.<\/p>\n<p>Un taxon, c&rsquo;est un nom unique, c&rsquo;est \u00e9tonnant d&rsquo;ailleurs comme les noms sont uniques sur des entit\u00e9s (parfois) nombreuses. Bizarrement, chez les humains, c\u2019est le contraire : des noms en nombre limit\u00e9, donc des tas de synonymes, pour d\u2019innombrables individus tous diff\u00e9rents. Oui parce que \u00ab\u00a0nom unique\u00a0\u00bb signifie infinit\u00e9 de noms.<\/p>\n<p>Quand on nomme <em>une<\/em> esp\u00e8ce, on nomme un <em>collectif<\/em> : lorsque je dis que dans la prairie de l&rsquo;Imec il y a force F\u00e9tuques des pr\u00e9s, je d\u00e9signe bien <em>Lolium pratense<\/em> (ex <em>Schedonorus pratensis<\/em>, ex <em>Festuca pratensis<\/em> et bien d&rsquo;autres), mais il y a une infinit\u00e9 d&rsquo;individus, tous anonymes. Chez <em>Homo sapiens sapiens<\/em>, on a pens\u00e9 nommer chacun des individus, c&rsquo;est une dr\u00f4le de d\u00e9cision, plut\u00f4t malpratique.<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;aller plus loin : Festuca <em>pratensis<\/em>, Homo <em>sapiens<\/em>&#8230; mais c&rsquo;est comme \u00e7a pour beaucoup de ces habitants, je note, par exemple :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Urtica dioica<\/em><\/li>\n<li><em>Porcellio scaber<\/em><\/li>\n<li><em>Campylopus introflexus<\/em><\/li>\n<li><em>Falco tinnunculus<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Tous ces noms latins (du syst\u00e8me binominal invent\u00e9 par Linn\u00e9 comme chacun sait) associent, en italique, comme un titre, un premier mot avec une majuscule, le genre, et un mot sans majuscule, l&rsquo;esp\u00e8ce. <\/p>\n<p>Les noms de genre sont soit des noms uniques (ortie, cloporte, perce-pierre, faucon), soit des choix aussi anciens plus ou moins m\u00e9taphoriques ou m\u00e9tonymique, voire paronymique (<em>Porcellio<\/em> : petit cochon ; on appelle \u00ab\u00a0cochons des caves\u00a0\u00bb voire \u00ab\u00a0cochons de Saint-Antoine\u00a0\u00bb les cloportes, et ce dans pratiquement toutes les langues), soit des cr\u00e9ations ex-nihilo de l&rsquo;auteur (<em>Campylopus<\/em> = au pied courb\u00e9 &#8212; processus tr\u00e8s fr\u00e9quent chez les bryophytes dont peu disposent d&rsquo;un nom vernaculaire). Les noms de genre sont les vrais noms des plantes : on dira plus facilement une Ortie qu&rsquo;une Dio\u00efque, un Cloporte plut\u00f4t qu&rsquo;un Scabre.<\/p>\n<p>Et c\u2019est naturel, et c\u2019est l&rsquo;astuce de Linn\u00e9, puisque les esp\u00e8ces \u00e9taient autrefois d\u00e9sign\u00e9es par une phrase enti\u00e8re les d\u00e9crivant, ce qui devenait ing\u00e9rable ou bout de quelques dizaines. De fait, les noms d&rsquo;esp\u00e8ces peuvent \u00eatre assimil\u00e9s <i>exactement<\/i> \u00e0 des \u00e9pith\u00e8tes, c&rsquo;est-\u00e0-dire des qualificatifs, des adjectifs (latin <em>epitheton<\/em>), un mot ajout\u00e9 \u00e0 un autre pour en pr\u00e9ciser le sens (grec \u1f10\u03c0\u03af\u03b8\u03b5\u03c4\u03bf\u03bd, neutre de \u1f10\u03c0\u03af\u03b8\u03b5\u03c4\u03bf\u03c2 \u00ab\u00a0attribut, pr\u00e9cision\u00a0\u00bb, de \u1f10\u03c0\u03b9\u03c4\u03af\u03b8\u03b7\u03bc\u03b9 \u201cajouter\u201d). Ce sont donc la plupart du temps des adjectifs simples, descriptifs de tout ou partie de la plante, de sa forme, de sa couleur, de sa taille, de sa texture, bref de tout ce qu&rsquo;en per\u00e7oivent nos sens (vue, mais aussi odorat, go\u00fbt, etc.) ; ce sont parfois des qualificatifs avec ce que j&rsquo;appellerais un d\u00e9placement, infrataxonomique (comme <em>Poterium sanguisorba<\/em>, ex <em>Sanguisorba minor<\/em>, pour laquelle on a d\u00fb changer (pour cause de modification de la classification) le nom du genre en <em>Poterium<\/em> et dont on a gard\u00e9 le nom de l&rsquo;ancien genre dont l&rsquo;esp\u00e8ce \u00e9tait la plus repr\u00e9sentative, signifiant \u00ab\u00a0Poterium qui est une Sanguisorbe\u00a0\u00bb ; ceci \u00e9tant possible \u00e9galement en dehors des changements de genre : <em>Salix eleagnos<\/em>, Saule (qui ressemble \u00e0 un El\u00e9agne\u00a0\u00bb, \u00e9l\u00e9agne ou olivier de Boh\u00e8me qui appartient \u00e0 une autre famille que les saules), ou extrataxonomique comme <em>Falco tintinunculus<\/em> litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0Faucon (qui ressemble \u00e0 une) cr\u00e9cerelle\u00a0\u00bb, ou soit enfin des attributs g\u00e9ographique (<em>Rosa gallica<\/em>, \u00ab\u00a0Rosier de France\u00a0\u00bb) ou autre (<em>Lotus delortii<\/em>, \u00ab\u00a0Lotier de Delort, nomm\u00e9 en hommage \u00e0 Delort\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Je reviens \u00e0 la d\u00e9cision de donner un nom aux individus, propre \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. On note que seuls les humains donnent des noms \u00e0 tout ce qui les entoure, et c&rsquo;est normal puisque c&rsquo;est la principale distinction des humains par rapport \u00e0 tout le reste du vivant, et on note aussi qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui ce classement, qui n&rsquo;est pourtant pas le premier, est universellement admis, et qu&rsquo;on voit mal comment on pourrait lui en substituer un autre. Sauf bien s\u00fbr \u00e0 ce qu&rsquo;une culture non-occidentale prenne le pouvoir que les Occidentaux ont acquis sur le reste du monde. Les classifications vernaculaires ne sont \u00e9videmment en rien moins pr\u00e9cises, d\u00e9taill\u00e9es ou complexes que \u00ab\u00a0la n\u00f4tre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette liste infinie&#8230; voire ce <i>listage<\/i> infini, n&rsquo;est-elle pas un perp\u00e9tuel catalogage ? Le nom lui-m\u00eame n&rsquo;est-il pas un outil (voire un sympt\u00f4me) de l&rsquo;archive ? Nommer pour conserver, mais conserver pour retenir, contenir, poss\u00e9der ? La taxonomie v\u00e9g\u00e9tale \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s stable \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 du si\u00e8cle dernier, mais de nouvelles ambitions analytiques et la g\u00e9n\u00e9tique en ont d\u00e9cid\u00e9 autrement : il est \u00e0 pr\u00e9sent possible de d\u00e9couper une dizaine d&rsquo;esp\u00e8ces de ronces, d&rsquo;alch\u00e9milles ou de pissenlits en des centaines et des centaines d&rsquo;esp\u00e8ces, au pr\u00e9texte que celle-ci sont apomyctiques ou bien \u00e0 la faveur d&rsquo;un d\u00e9tail morphologique r\u00e9current&#8230;<\/p>\n<p>Se pose alors la question du concept d&rsquo;esp\u00e8ce, entendu naturellement comme collectif, et son opposition ou du moins sa distance avec celui d&rsquo;individu (\u00ab\u00a0qu&rsquo;on ne peu diviser\u00a0\u00bb). On peut donc diviser \u00e0 l&rsquo;infini des esp\u00e8ces jusqu&rsquo;aux individus et si cela est le projet de la science actuelle, on ferait bien de se poser la question des raisons, politiques, id\u00e9ologiques, sacr\u00e9es ? de cette perp\u00e9tuelle (infinie) individuation.<\/p>\n<p>L\u00e0 encore, on arrive \u00e0 des absurdit\u00e9s logiques : il pourrait y avoir une archive totale, un mus\u00e9e de toutes les choses, de tous les \u00eatres et de toutes les dimensions de ce monde, et qui se comprendrait lui-m\u00eame, dans un fantasme borg\u00e9sien (et psychotique, sans doute), un mus\u00e9e o\u00f9 il n&rsquo;y aurait plus aucune distinction, plus aucune intensit\u00e9 possible, plus aucune singularit\u00e9, un mus\u00e9e des atomes, voire des particules, je veux dire des v\u00e9ritables individus, puisque telle est, semble-t-il l&rsquo;unique valeur de notre monde n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-premiere-spirale\/\">\u279f<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Une esp\u00e8ce, species : une entit\u00e9 parmi un nombre. 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