{"id":18319,"date":"2024-05-12T18:35:11","date_gmt":"2024-05-12T16:35:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18319"},"modified":"2024-11-01T11:16:02","modified_gmt":"2024-11-01T09:16:02","slug":"archivive-l-archive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-l-archive\/","title":{"rendered":"Archivive &#8212; l&rsquo;archive"},"content":{"rendered":"<p><center><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-169x300.jpg\" alt=\"\" width=\"169\" height=\"300\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18320\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-169x300.jpg 169w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-575x1024.jpg 575w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-768x1367.jpg 768w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-863x1536.jpg 863w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-1150x2048.jpg 1150w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-300x534.jpg 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-850x1513.jpg 850w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/DSC08455-scaled.jpg 1438w\" sizes=\"auto, (max-width: 169px) 100vw, 169px\" \/><\/center><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il me faut pr\u00e9senter l&rsquo;objet de ma pr\u00e9sence en ces lieux.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par l&rsquo;Imec \u00e0 venir nourrir la r\u00e9flexion interne sur son lien \u00e0 son alentour, \u00e0 son environnement, entendu (je crois) comme son territoire et ses habitants ; c\u2019est donc \u00e0 la fois comme auteur et naturaliste que je suis invit\u00e9, dans l&rsquo;id\u00e9e, pourquoi pas, d&rsquo;\u00e9prouver cette double tendance, dont, en quelque sorte, <a href=\"https:\/\/remue.net\/benoit-vincent-au-chateau-de-fontainebleau-77\" rel=\"noopener\" target=\"_blank\">la r\u00e9sidence \u00e0 Fontainebleau<\/a> repr\u00e9sentait la premi\u00e8re \u00e9tape (le ch\u00e2teau comme interface entre le milieu sauvage et la milieu le plus humain, le plus symbolique qui soit, la ville).<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas un ch\u00e2teau, mais une abbaye. C&rsquo;est loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeable. L&rsquo;abbaye accueille des moines ou des moniales qui consacrent leur vie \u00e0 la spiritualit\u00e9, \u00e0 la d\u00e9votion, \u00e0 la contemplation ; elle se tient distante de la ville et, un peu comme le ch\u00e2teau, repose entre deux r\u00e9alit\u00e9s : la nature d&rsquo;une part, et le commerce des hommes de l&rsquo;autre. Dans les deux cas, la structure architectonique appara\u00eet comme interface o\u00f9 se joue l&rsquo;intercession, dans un cas avec le souverain, dans l&rsquo;autre avec le souverain des souverains, Dieu. Dans les deux cas, ce retrait, cette \u00e9lection, impose toutefois une organisation territoriale, ne serait-ce que pour subvenir aux besoins \u00e9l\u00e9mentaires, notamment l\u2019approvisionnement de nourriture. Ainsi l&rsquo;abbaye comprend-il souvent un certain nombre de b\u00e2timents agricoles, de stockage comme la grange aux d\u00eemes (une taxe en nature), mais \u00e9galement un secteur de production (b\u00eates ou plantes, et la plupart du temps, un jardin).<\/p>\n<p>Ainsi donc, l&rsquo;abbaye pourrait \u00eatre une deuxi\u00e8me \u00e9tape de la r\u00e9flexion sur le lien humain-nature. Ici, quand on balaye l&rsquo;argument th\u00e9ologique qui ne nous importe pas (mais qui fera son retour par la bande), et qu&rsquo;on laisse \u00e9galement de c\u00f4t\u00e9 la dimension politique et la discussion sur le pouvoir du prince, on en vient \u00e9videmment \u00e0 la probl\u00e9matique de l&rsquo;archive elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Je vais donc d&rsquo;une part appr\u00e9hender le lieu (limit\u00e9 par une enceinte) de trois mani\u00e8res au moins :<\/p>\n<ul>\n<li>l&rsquo;inventaire du vivant dans l&rsquo;enceinte, ceci concernant la flore, la fonge, la faune ; \u00e9videmment le monde bact\u00e9rien sera d\u00e9laiss\u00e9, mais \u00e9galement une grande partie de la fonge et de la faune, pour d&rsquo;\u00e9videntes raisons de comp\u00e9tences : je suis botaniste et malacologue ; je saurais reconna\u00eetre quelques insectes ou crustac\u00e9s, quelques reptiles, oiseaux ou mammif\u00e8res, mais de mani\u00e8re extr\u00eamement anecdotique. En revanche, les plantes et les gast\u00e9ropodes pr\u00e9sentent le non n\u00e9gligeable avantage d&rsquo;exprimer assez fid\u00e8lement les conditions physico-chimiques et climatiques et biologiques d&rsquo;un lieu, du fait de leur vagilit\u00e9 nulle ou quasi nulle. De plus mon approche n&rsquo;est pas simplement biologique, elle est c\u00e9nologique : je m&rsquo;int\u00e9resse donc aux communaut\u00e9s de plantes (les v\u00e9g\u00e9tations) qui sont d&rsquo;autant plus pertinentes qu&rsquo;elles dessinent un paysage. Enfin, \u00e9l\u00e9ments non n\u00e9gligeables de la faune pr\u00e9sente, les humains seront \u00e9galement concern\u00e9s, notamment les provenances et les sujets des chercheurs&#8230;\n<li>l&rsquo;inscription du site dans un territoire non-vivant, et vivant, non-humain et surtout humain ; je retrouve ici mon approche chor\u00e9ologique, qui permet de saisir les caract\u00e9ristiques d&rsquo;une r\u00e9gion naturelle ou d&rsquo;un terroir &#8212; ici la Campagne de Caen ; ce territoire poss\u00e8de-t-il ses propres caract\u00e9ristiques, qui imposent par exemple un certain type d&rsquo;agriculture (oui), un certain type d&rsquo;architecture (oui), mais encore un certain type de comportement social et politique ? Oui, bien s\u00fbr, et ce malgr\u00e9 les \u00e9videntes transformations historiques, le territoire est un complexe de donn\u00e9es \u00e9galement \u00ab\u00a0relevables\u00a0\u00bb.\n<li>l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration de ces deux premi\u00e8res dimensions en fa\u00e7onne une troisi\u00e8me, qui repr\u00e9senterait la part symbolique de l&rsquo;ensemble, et c&rsquo;est alors &#8212; me semble-t-il &#8212; que la fiction peut nous venir en aide. La physique et la biologie, puis la g\u00e9ographie et l&rsquo;histoire, produisent tout une s\u00e9rie de symboles, \u00e9videmment redoubl\u00e9s lorsqu&rsquo;on se place dans un site accumulant autant de fonctions no\u00e9tiques, depuis la fonction religieuse, jusqu&rsquo;\u00e0 la fonction culturelle, en passant par les \u00ab\u00a0d\u00e9formations\u00a0\u00bb de l&rsquo;histoire, d&rsquo;abbaye en site de production agricole, d&rsquo;abord au 19e si\u00e8cle apr\u00e8s la R\u00e9volution, et de dans la deuxi\u00e8me partie du XXe si\u00e8cle, d&rsquo;abbaye en lieu de combats de la Guerre de Cent Ans, des guerres de religion, jusqu&rsquo;au second conflit mondial, etc.<\/li>\n<\/ul>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>L&rsquo;archive : l&rsquo;archive c&rsquo;est le stockage de choses tr\u00e8s anciennes, et c&rsquo;est directement import\u00e9 du grec au latin *<i>archieus<\/i>, par exemple chez Fronton : \u201cQui mos si fuerit inductus, ut defunctorum testamenta ex provinciis transmarinis Romam mittantur, indignius et acerbius sic testamentorum periculum erit, quam sit si corpora huc defunctorum trans maria trahantur adflicta injuriose. Tum detrimentum neque mortuus neque peculium capiet. Sepultura enim cadaveribus in ipsis injuriis praesto est : Sive maria naufragos devorent sive flumina praecipites trahant, sive harenae obruant, seu ferae lacerent, sive volucres discerpant, corpus humanum satis sepelitur, ubicumque consumitur. At ubi testamentum naufragio submersum est, illa demum et res et domus et familia naufraga et insepulta est. Olim testamenta ex deorum munitissimis aedibus proferebantur <strong>aut tabullariis aut thecis aut archieis aut opisthodomis<\/strong> ; at jam testamenta proferunt sicut jactitarint inter onera mercium et sarcinas remigum. Id etiam superest, si quando jactu opus est, ut testamenta cum leguminibus jactebtur. Quin etiam portorium constituendum, quod pro testamentis exigatur. Antehac non constitutum, quia testamenta nondum navigarent salis ad exemplar sicque replerent aliquo ducente teste.\u201d<\/p>\n<p><i>Aut tabullariis aut thecis aut archieis aut opisthodomis<\/i> : des salles des munitions, des coffres, des archives ou des sacristies des temples.<\/p>\n<p>Ainsi sommes-nous devant cette dr\u00f4le d&rsquo;alternative, et nous ne cesserons de la retrouver : l&rsquo;archive est-elle contenant ou contenu (ce qui est l&rsquo;une des apories constitutives du vivant : un dehors-dedans) ? Tr\u00e8s probablement il faudra saisir notre manuel-Derrida, des h\u00f4tes (le mot h\u00f4te est bien choisi pour sa double d\u00e9finition) c\u00e9ans le plus demand\u00e9. Et sur ses traces (si j&rsquo;ose dire), orienter notre inventaire d&rsquo;archive, si cela peut se dire, gardant en t\u00eate, toujours, que ce que nous conservons &#8212; et je peux en parler, ici, maintenant &#8212; n&rsquo;est jamais qu&rsquo;une mani\u00e8re raffin\u00e9e de celer, oblit\u00e9rer, oublier&#8230; une affaire class\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Et comme je concluais, mon voisin de chambr\u00e9e, Arno Bertina, me le dit : n&rsquo;enterre-t-on pas les livres ?<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Mais je suis venu, non pas pour excaver l&rsquo;archive, mais pour relever, au contraire, les traces du vivant en ces lieux. Projet ambigu, polys\u00e9mique, transversal&#8230; pour d\u00e9buter cette esp\u00e8ce de liaison, liaison entre l&rsquo;habitant et le chercheur, entre l&rsquo;inventaire et l&rsquo;archive, entre la vulgarit\u00e9 du r\u00e9el et l&rsquo;id\u00e9alit\u00e9 du symbole.<\/p>\n<p>Exposant rapidement ces grands \u00e9carts, Arno me fait justement remarquer, \u00e9galement, que si l&rsquo;archive est comme une esp\u00e8ce d\u2019accumulation infinie de m\u00e9moire, la plante ou la v\u00e9g\u00e9tation ou tout \u00eatre vivant est au contraire un \u00e9ternel retour, sans cesse rajeunit (et oublieux). Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je viens interroger ici : si l&rsquo;une des pr\u00e9occupations principales des biblioth\u00e8ques est bien le d\u00e9sherbage, ne peut-on pas \u00e9galement concevoir toutes ces herbes qui peuplent l&rsquo;abbaye comme une m\u00e9moire m\u00eame ? Une m\u00e9moire cyclique certes, une m\u00e9moire r\u00e9p\u00e9t\u00e9e (radotante ?) mais une m\u00e9moire, i.e. une forme aboutie d&rsquo;une histoire, donc du mouvement ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/archivive-l-occasion\/\">\u279f<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Il me faut pr\u00e9senter l&rsquo;objet de ma pr\u00e9sence en ces lieux. 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