{"id":18101,"date":"2024-03-27T09:34:20","date_gmt":"2024-03-27T07:34:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18101"},"modified":"2026-07-20T20:15:58","modified_gmt":"2026-07-20T18:15:58","slug":"bobines-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-03\/","title":{"rendered":"Terrain Usine &#8212; Bobines 03"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1130-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-19740\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1130-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1130-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1130-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1130-100x75.jpg 100w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1130-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1130-2048x1536.jpg 2048w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1130-850x638.jpg 850w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"2\">Le signe \u070d renvoie \u00e0 un <a href=\"http:\/\/: https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/index-bobines\/\" target=\"_blank\">index des noms<\/a>.<\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;usine, elle, \u00e9tait un autre labyrinthe de cachettes et de terrains de jeu, plus grand, moins s\u00fbr, plus dangereux, et g\u00e9n\u00e9ralement plut\u00f4t interdit d&rsquo;acc\u00e8s. Mais \u00e0 vivre dans l&rsquo;enceinte de cette matrice jour et nuit, toute l&rsquo;ann\u00e9e, bien \u00e9videmment, l&rsquo;usine devenait et devint elle aussi une part de notre habitat.<\/p>\n<p>Une immense usine de pierre, constitu\u00e9e de trois espaces au moins ; je m&rsquo;y d\u00e9place en m\u00e9moire en m\u00eame temps que j&rsquo;\u00e9cris. Il y avait la partie ancienne, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e des la manufacture originelle. Celle ci se divisait en l&rsquo;ancienne salle (la plus grande des salles o\u00f9 \u00e9taient align\u00e9s les moulins, eux-m\u00eame d&rsquo;un certain \u00e2ge, h\u00e9rit\u00e9s de l&rsquo;Ard\u00e8che, de l&rsquo;usine de Viviers peut-\u00eatre), la salle des copseuses, elle aussi ancienne (o\u00f9 se trouvaient ces moulins sp\u00e9ciaux, modernes ceux-l\u00e0, qui faisaient passer le fil de grosses bobines au tube de carton aux cops fusiformes d&rsquo;acier), l&rsquo;espace des vaporisateurs (qui fixaient la torsion op\u00e9r\u00e9e par les moulins) et de la plieuse (qui servait \u00e0 emballer le r\u00e9sultat obtenu), puis le magasin o\u00f9 l&rsquo;on stockait les tubes vides, les cartons \u00e0 plier \u00e0 monter, et une partie des produits finis, tubes devenus bobines dans cartons mont\u00e9s et palett\u00e9s) ; au fond il y a vait un vestiaire te une salle de repos, ainsi que les anciens bureaux, s\u00e9par\u00e9es par de jolies verri\u00e8res aux montants de bois ; c&rsquo;\u00e9tait la partie ancienne de l&rsquo;usine, celle aux toits triangulaires des usines qu&rsquo;on voit sur la carte postale de l&rsquo;Interlude 1.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me espace \u00e9tait une structure nouvelle, qui lui fut ajout\u00e9e, faite de \u00ab\u00a0murs\u00a0\u00bb de moellons bard\u00e9s de t\u00f4le ondul\u00e9e et doubl\u00e9e de laine de verre, au sol de ciment impeccablement liss\u00e9 (et bordeaux) ; celle-ci comprenait la nouvelle salle, avec des moulins flambants neufs (ICBT), d&rsquo;un long couloir qui le longeait et s\u00e9parait de l&rsquo;ancienne structure, et d&rsquo;un second magasin ouvert sur des quais (trois grands portails d&rsquo;une dr\u00f4le de mati\u00e8re qui coulissaient avec grand fracas, mais dont un seul \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 utilis\u00e9 pour charger et d\u00e9charger les camions &#8212; et pratiquement constamment ouvert (c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;une des entr\u00e9es de l&rsquo;usine), enfin un troisi\u00e8me magasin, grande salle qui servait un peu&#8230; \u00e0 rien, o\u00f9 l&rsquo;on \u00ab\u00a0montait les cartons\u00a0\u00bb, d\u00e9vidait les cops ou bobines rat\u00e9s et qui plus tard accueillerait l&rsquo;esp\u00e8ce de bureau aquarium du \u00ab\u00a0contr\u00f4le-qualit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On avait song\u00e9 raccorder les deux espaces par une structure transversale, sur\u00e9lev\u00e9e pour \u00e9pouser la d\u00e9clivit\u00e9 du terrain (qui pointait vers le Fau), pour installer des salles : grilles derri\u00e8re lesquelles s&rsquo;alignaient les transformateurs et tableaux \u00e9lectriques, nouveaux bureaux, salle de r\u00e9union, nouveau vestiaire, et enfin une grande salle qui servait un peu de d\u00e9barras pour de vieux charriots, mat\u00e9riel au rebut, choses oubli\u00e9es. ON montait \u00e0 cette structure par le couloir de la nouvelle salle et par l&rsquo;ancienne salle. L&rsquo;ensemble de l&rsquo;usine \u00e9tait un n\u0153ud complexe de passages et de trajectoires.<\/p>\n<p>Il y avait enfin un grand d\u00e9p\u00f4t d&rsquo;autres mat\u00e9riel remis\u00e9, en contrebas de la vieille structure, et qui la longeait compl\u00e8tement. L\u00e0 des all\u00e9es \u00e9taient dessin\u00e9es, s\u00e9par\u00e9es par les traverses de moellons et leur colonnes portantes, et chacune portait une lettre peinte en rouge au pochoir. C&rsquo;\u00e9tait encore un espace \u00e0 explorer.<\/p>\n<p>Souvent j&rsquo;imaginais que l&rsquo;usine \u00e9tait un vaisseau entier, avec ses machines comme moteurs (comme on voit dans Il \u00e9tait une fois l&rsquo;espace, ou dans l\u2019\u00c9toile noire, ou dans bien des r\u00e9f\u00e9rentiels). J&rsquo;aimais cette id\u00e9e d&rsquo;un vaisseau \u00e0 moiti\u00e9 en pierre, dans un style cyber-punk un peu d\u00e9cadent (mais Tatouine, la barge des Jawas, le palais de Jabba, n&rsquo;\u00e9taient il pas ce genre esth\u00e9tique ?).<\/p>\n<p>Il y avait encore un espace ext\u00e9rieur : depuis la salle des \u00ab\u00a0vapos\u00a0\u00bb, une porte d&rsquo;acier permettait d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 un local \u00e0 chaudi\u00e8re : il y avait l\u00e0 un terrain de belle terre grise. Mes parents y firent leur potager, un grand potager d&rsquo;au moins 80m2, et o\u00f9 quelques ouvriers venaient donner la main, notamment HD*, le veilleur de nuit. Ce jardin se poursuivait au nord, vers le Fau*, d&rsquo;une esp\u00e8ce de prairie, le long de la \u00ab\u00a0Vieille usine*\u00a0\u00bb. Il longeait d&rsquo;ailleurs un terrain voisin, o\u00f9 il pouvait y avoir des b\u00eates, du b\u00e9tail parfois (deux-trois moutons), des volailles (des oies tr\u00e8s agressives).<\/p>\n<p>Il y avait le toit de la structure nouvelle, aussi, auquel on pouvait acc\u00e9der par les bureaux, en un point pr\u00e9cis, \u00e0 la faveur d&rsquo;un mur de ciment\/b\u00e9ton fait de grosses rainures \u00ab\u00a0esth\u00e9tique\u00a0\u00bb qui nous permettaient d&rsquo;accrocher nos chaussures : on pouvait grimper deux m\u00e8tres peut-\u00eatre, puis il fallait passer sous un conduit d&rsquo;a\u00e9ration, puis on se d\u00e9pla\u00e7ait sur le toit, en prenant garde de marcher sur les jointures des pi\u00e8ces d\u2019aluminium (?) dont on pensait qu&rsquo;elles pouvait se crever ou s&rsquo;effondrer sous notre poids, et ce jusqu&rsquo;au-dessus des quais de d\u00e9chargement dont je parlais plus haut.<\/p>\n<p>Comment avions-nous trouv\u00e9 cet acc\u00e8s, pour le moins dangereux ? Le jeu, encore. Mon fr\u00e8re avait pu constater que le portail du quai formait un excellent mur de tennis, le quai, \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la hauteur r\u00e8glementaire, un filet de fortune commode, et alors nous jouions \u00e0 ce mur, \u00e0 grands coups de raquette, provoquant de nouveau de grand \u00ab\u00a0blang !\u00a0\u00bb qui r\u00e9sonnaient jusque chez Mme F. (et maintenant que j&rsquo;y pense, probablement partout dans le quartier : nous \u00e9tions environn\u00e9s de bruits, nous en produisions nous-m\u00eame, nous \u00e9tions effront\u00e9s, totalement d\u00e9complex\u00e9s, de ce point de vue-l\u00e0.) Les balles parfois filaient en contrebas chez Mme T, mais plus souvent partaient sur le toit, et il avait trouv\u00e9 ce passage pour les r\u00e9cup\u00e9rer.<\/p>\n<p>Il y avait tous ces espaces, et il y avait encore la \u00ab\u00a0Vieille usine\u00a0\u00bb, celle-ci \u00e9tait formellement interdite d&rsquo;acc\u00e8s, pour d&rsquo;\u00e9videntes raisons de s\u00e9curit\u00e9. Nous y allions d\u00e8s qu&rsquo;on pouvait. Il suffisait de sauter un portail, par chez D., et l\u00e0 au moins deux b\u00e2timents dominaient une cour sur deux \u00e9tage et un grenier. Les planchers de bois,<br \/>\nL&rsquo;odeur de la graisse, et tout le fatras abandonn\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait un lieu magique, certes dangereux, mais magique. Les vieilles bobines de bois, les vieilles machines incompr\u00e9hensibles, les escaliers et les plancher de bois&#8230; tout \u00e9tait abandonn\u00e9 et un peu effrayant. Y aller \u00e9tait une petite f\u00eate, que l&rsquo;on se r\u00e9servait longtemps avant de l&rsquo;accomplir.<\/p>\n<p>Le Fau*, \u00e9videmment, n&rsquo;\u00e9tait pas exempt de visites, mais pour cela il fallait faire un d\u00e9tour, passer par la Vieille usine\u070d, la distillerie, au risque de croiser des voisins (D, genre de \u00ab\u00a0Jo l&rsquo;Indien\u00a0\u00bb local, nous engueulait fort, et leurs chiens gueulaient.<\/p>\n<p>De sorte qu&rsquo;une esp\u00e8ce de continuit\u00e9 organique, fort \u00e9trange, avec le recul, s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tablie, et en particulier par le jeu, entre le lieu de la famille et le lieu du collectif, entre maison et usine, site industriel et nature environnante, site priv\u00e9 et village, et toutes les dimensions se m\u00ealaient ; la politique expansionniste de ma m\u00e8re, des mes parents et de toute notre petite famille traduisait cette interrelation : nous \u00e9tions devenus un m\u00eame corps, usine et maison, famille et ouvriers, c&rsquo;\u00e9tait le corps comme du fil m\u00eame, de ces brins formant ces fils d&rsquo;innombrables bobines, qui telle une liane s&rsquo;accaparaient tout le r\u00e9el jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019asphyxie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"2\"><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/bobines\/\">Pr\u00e9sentation<\/a> \u2194 <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-02\/\">Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2193\u2191 <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-04\/\">Suivant<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le signe \u070d renvoie \u00e0 un index des noms. &nbsp; L&rsquo;usine, elle, \u00e9tait un autre labyrinthe de cachettes et de terrains de jeu, plus grand, moins s\u00fbr, plus dangereux, et g\u00e9n\u00e9ralement plut\u00f4t interdit d&rsquo;acc\u00e8s. 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