{"id":18101,"date":"2024-03-27T09:34:20","date_gmt":"2024-03-27T07:34:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18101"},"modified":"2025-11-14T10:21:07","modified_gmt":"2025-11-14T08:21:07","slug":"bobines-02","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-02\/","title":{"rendered":"Bobines 02"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1247-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18107\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1247-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1247-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1247-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1247-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1247-2048x1536.jpg 2048w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/IMG_1247-850x638.jpg 850w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"2\">Le signe \u070d indique de futurs d\u00e9veloppements au sein d&rsquo;un appareil compl\u00e9mentaire<\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Je parle de \u00ab\u00a0jouer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bizarrement, les impressions les plus fortes, vraiment, qui me viennent lorsque je pense \u00e0 la matrice maison+usine &#8212; laquelle je le vois va se confondre de plus en plus en une esp\u00e8ce de bip\u00f4le m\u00e8re\/p\u00e8re &#8212; sont li\u00e9es aux jeux (et aux jouets).<\/p>\n<p>Et il me faut alors entrer plus avant dans la maison, dans l&rsquo;usine.<\/p>\n<p>La maison \u00e9tait un labyrinthe de cachettes et de terrains pour le jeu. Cela est d\u00fb en partie \u00e0 son architecture, \u00e0 son agencement interne des habitats, et aussi beaucoup \u00e0 la mani\u00e8re dont mes parents, ma m\u00e8re en particulier, s&rsquo;est ent\u00eat\u00e9e \u00e0 occuper, \u00e0 domestiquer l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Un cube immense, comprenant des caves (deux), quatre logements, un grenier. Les quatre logements \u00e9taient in\u00e9gaux de taille. Le n\u00f4tre \u00e9tait le plus grand, avec trois chambres et la jouissance du grenier (qui occupait \u00e0 peu pr\u00e8s la moiti\u00e9 de la surface), et une cave. Le deuxi\u00e8me appartement, cens\u00e9ment occup\u00e9 par un contrema\u00eetre, avait deux chambre, qui \u00e9taient sous les combles, un duplex donc, et une cave. Les deux autres, au rez-de-chauss\u00e9e, \u00e9taient vides : c&rsquo;\u00e9taient comme des studios, s\u00e9par\u00e9s en deux pi\u00e8ces, et qui n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 finis ; les cloisons \u00e9taient de moellons nus, le sol de ciment terrass\u00e9. Les deux caves se jouxtaient ; celle des \u00ab\u00a0voisins\u00a0\u00bb donnait sur un espace enserr\u00e9 de murs derri\u00e8re la maison, et servait de minuscule potager ; une esp\u00e8ce de troisi\u00e8me boyau, pratiquement creus\u00e9 dans le sol, permettait l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un autre espace ext\u00e9rieur, et o\u00f9 ma m\u00e8re planta les deux peupliers et tout un tas d&rsquo;autres v\u00e9g\u00e9taux. Ce boyau devint la cuisine d&rsquo;\u00e9t\u00e9 et, dehors, on cr\u00e9a une esp\u00e8ce de jardin d&rsquo;\u00e9t\u00e9, ceint de cypr\u00e8s bleus, orn\u00e9 d&rsquo;un saule pleureur, fich\u00e9 d&rsquo;un barbecue, d&rsquo;une balan\u00e7oire. Une pelouse (\u00ab\u00a0la &lsquo;pelouse'\u00a0\u00bb) poursuivait le jardin, plant\u00e9e d&rsquo;arbustes ornementaux, le long de la route qui s\u00e9parait la maison de l&rsquo;usine, suivant une pente douce qui pointait, vers le nord, vers le parking de l&rsquo;usine, l&rsquo;autre usine Morin, puis, apr\u00e8s une certaine rupture de pente, une vieille distillerie de lavande, et le Fau\u070d.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re avait choy\u00e9 et ch\u00e9ri ce jardin, qui \u00e9tait fort agr\u00e9able en effet ; mes parents avait d\u00e9pos\u00e9 des affaires dans leur cave et leur grenier, puis \u00e9galement un peu dans l&rsquo;un des studios vides (affaire de familles, d\u00e9blayages de maisons, h\u00e9ritages poussi\u00e9reux)&#8230; puis avec le temps, \u00e9galement dans l&rsquo;autre studio (j&rsquo;en pris une certaine responsabilit\u00e9)&#8230; pour finir par occuper \u00e9galement l&rsquo;appartement des voisins une fois les derniers occupants partis, de sorte que tout cet espace, \u00e0 la fois majestueux (une grosse maison de pierre&#8230;) et v\u00e9tuste (&#8230;r\u00e9nov\u00e9e dans les ann\u00e9es 70, avec force carrelages et tapisseries de pi\u00e8tre qualit\u00e9), moderne et sauvage \u00e0 la fois, \u00e9tait devenu le n\u00f4tre.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des plus anciens souvenirs d&rsquo;enfant que j&rsquo;aie, ou qui me revienne subitement, et la soudaine (alors) prise de conscience de l&rsquo;univers, de l&rsquo;imaginaire, de la puissance de l&rsquo;imaginaire. Dans la maison, un couloir central, comme on imagine, distribuait les appartements et pi\u00e8ces, pi\u00e8ces du rez et appartements du premier, et acc\u00e8s aux cave. Ce couloir, avec deux escaliers de 20 marches (je me souviens), que j&rsquo;ai gravi des milliards de fois en courant et en sautant, ce couloir \u00e9tait tapiss\u00e9 de c\u00e9ramiques fum\u00e9es ; il r\u00e9sonnait &#8212; et quand ma m\u00e8re montait le ton, cela se r\u00e9percutait dans toute la maison et au-del\u00e0&#8230; ; l&rsquo;acc\u00e8s aux caves, lui, n&rsquo;\u00e9tait pas carrel\u00e9, mais de ciment (les marches) et de moellons (les murs). Dans ce couloir, ma m\u00e8re avait dispos\u00e9 quelques scourtins, cigales en c\u00e9ramique, plumeaux de cannes de Provence dans une grosses dame-jeanne, pour l&rsquo;\u00e9gayer un peu. Et un coffre. Dans ce coffre, comme tout ce qui contenait, nous avions un petit bordel, je me rappelle avoir trouv\u00e9 (ou plac\u00e9 put\u00f4t) des figurines de mon fr\u00e8re. Je me rappelle soudain (maintenant) que je pris conscience soudain (alors), jouant avec ce personnage de fiction, cette figurine repr\u00e9sentant Darth Vader &#8212; ou celle repr\u00e9sentant Z6-PO &#8212; que je fus renvers\u00e9 par l&rsquo;univers alors imagin\u00e9 que ces figurine d\u00e9clench\u00e8rent en moi, comme un ras-de-marais de fiction, un putain de terreau pour l&rsquo;imagination ! Sans avoir vu les films je me repr\u00e9sentais les espaces autour des formes que je tenais, et que probablement je m\u00ealais \u00e0 d&rsquo;autre formes qui nous \u00e9taient famili\u00e8res (les autres jouets de mon fr\u00e8re, les bandes-dessin\u00e9es, les livres imag\u00e9es, je me souviens, de science-fiction, montrant des plan\u00e8tes, des villes, des maisons de mondes inconnus &#8212; et lointains). Mais de cette bouillie (cette soupe primordiale), les personnage de l&rsquo;alors <i>Guerre des \u00e9toiles<\/i> d\u00e9notaient : leur puissance \u00e9tait plus grande et, en quelque sorte, plus pure. Ces figurines me suivraient longtemps dans cette domestication de la maison, si je peux dire (et qui s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0grandir\u00a0\u00bb). (D&rsquo;autant que je prenais bien soin de ne pas les sortir de la maison pour l&rsquo;usine, jaloux&#8230;)<\/p>\n<p>L&rsquo;usine, elle, \u00e9tait un autre labyrinthe de cachettes et de terrains de jeu, plus grand, moins s\u00fbr, plus dangereux, et g\u00e9n\u00e9ralement plut\u00f4t interdit d&rsquo;acc\u00e8s. Mais \u00e0 vivre dans l&rsquo;enceinte de cette matrice jour et nuit, toute l&rsquo;ann\u00e9e, bien \u00e9videmment, l&rsquo;usine devenait elle aussi une part de notre habitat.<\/p>\n<p>Une immense usine de pierre, constitu\u00e9e de trois espaces au moins (je r\u00e9fl\u00e9chis en m\u00eame temps que j&rsquo;\u00e9cris : il y avait l&rsquo;ancienne salle (la plus grande des salles o\u00f9 \u00e9taient align\u00e9s les moulins), la salle des copseuses\u070d, l&rsquo;espace des vaporisateurs\u070d et de la plieuse\u070d, puis le magasin o\u00f9 l&rsquo;on stockait les tubes vides, les cartons \u00e0 plier \u00e0 monter, et une partie des produits finis, tubes devenus bobines dans cartons mont\u00e9s et pal\u00e9tt\u00e9s) ; c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ancienne usine Morin, \u00e0 laquelle on ajouta une structure nouvelle, faite de \u00ab\u00a0murs\u00a0\u00bb de moellons bard\u00e9s de t\u00f4le ondul\u00e9e et doubl\u00e9e de laine de verre, au sol de ciment impeccablement liss\u00e9 (et bordeaux), qui \u00e9tait constitu\u00e9e d&rsquo;un second magasin ouvert sur des quais (trois grands portails d&rsquo;une dr\u00f4le de mati\u00e8re qui coulissaient avec grand fracas, mais dont un seul \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 utilis\u00e9 pour charger et d\u00e9charger les camions &#8212; et pratiquement constamment ouvert (c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;une des entr\u00e9es de l&rsquo;usine), un autre magasin, grande salle qui servait un peu&#8230; \u00e0 rien, o\u00f9 l&rsquo;on \u00ab\u00a0montait les cartons\u00a0\u00bb, d\u00e9vidait les cops ou bobines rat\u00e9s et qui plus tard accueillerait l&rsquo;esp\u00e8ce de bureau aquarium du \u00ab\u00a0contr\u00f4le-qualit\u00e9\u00a0\u00bb, et enfin une \u00ab\u00a0nouvelle salle\u00a0\u00bb, qui accueillait une autre s\u00e9rie de moulins align\u00e9s. \u00c0 tout cela s&rsquo;ajoutait quelques bureaux et salles de r\u00e9union en amont, l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9s, ainsi qu&rsquo;une autre salle, longtemps myst\u00e9rieuse, qui devait \u00eatre d&rsquo;origine, o\u00f9 \u00e9tait stock\u00e9 du mat\u00e9riel au rebut.<\/p>\n<p>Pas de grenier ou de cave ici, mais tout de m\u00eame un espace ext\u00e9rieur : depuis la salle des \u00ab\u00a0vapos\u00a0\u00bb, une porte d&rsquo;acier permettait d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 un local \u00e0 chaudi\u00e8re : il y avait l\u00e0 un terrain de belle terre grise. Mes parents y firent leur potager, un grand potager d&rsquo;au moins 80m2, et o\u00f9 quelques ouvriers venaient donner la main, notamment H., le veilleur de nuit. Ce jardin se poursuivait au nord, vers le Fau\u070d, d&rsquo;une esp\u00e8ce de prairie, le long de la \u00ab\u00a0vieille usine\u070d\u00a0\u00bb Il longeait d&rsquo;ailleurs un terrain voisin, o\u00f9 il pouvait y avoir des b\u00eates, du b\u00e9tail parfois (deux-trois moutons), des volailles (des oies tr\u00e8s agressives).<\/p>\n<p>Il y avait le toit de la structure nouvelle, aussi, auquel on pouvait acc\u00e9der par les bureaux,en un point pr\u00e9cis, \u00e0 la faveur d&rsquo;un mur de ciment\/b\u00e9ton fait de grosses rainures \u00ab\u00a0esth\u00e9tique\u00a0\u00bb qui nous permettaient d&rsquo;accrocher nos chaussures : on pouvait grimper deux m\u00e8tres peut-\u00eatre, puis il fallait passer sous un conduit d&rsquo;a\u00e9ration, puis on se d\u00e9pla\u00e7ait sur le toit, en prenant garde de marcher sur les jointures des pi\u00e8ces d&rsquo;acier dont on pensait qu&rsquo;elles pouvait se crever ou s&rsquo;effondrer sous notre poids, et ce jusqu&rsquo;au-dessus des quais de d\u00e9chargement dont je parlais plus haut.<\/p>\n<p>Comment avions-nous trouv\u00e9 cet acc\u00e8s, pour le moins dangereux ? Le jeu, encore. Mon fr\u00e8re avait pu constater que le portail du quai formait un excellent mur de tennis, le quai, \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la hauteur r\u00e8glementaire, un filet de fortune commode, et alors nous jouions \u00e0 ce mur, \u00e0 grands coups de raquette, provoquant de nouveau de grand \u00ab\u00a0blang !\u00a0\u00bb qui r\u00e9sonnaient jusque chez Mme F. (et maintenant que j&rsquo;y pense, probablement partout dans le quartier : nous \u00e9tions environn\u00e9s de bruits, nous en produisions nous-m\u00eame, nous \u00e9tions effront\u00e9s, totalement d\u00e9complex\u00e9s, de ce point de vue-l\u00e0.) <\/p>\n<p>Ceci pour exposer l&rsquo;immensit\u00e9 de ce terrain. Et l&rsquo;immensit\u00e9 des potentiels de jeu ; je les \u00e9num\u00e8re rapidement : fors la chambre, les chambre, l&rsquo;appartement, le grenier, les caves, le jardin ; deux tas de sable, l&rsquo;un vers l&rsquo;ancienne usine Morin\u070d, l&rsquo;autre dans la \u00ab\u00a0prairie\u00a0\u00bb, le derri\u00e8re du potager, o\u00f9 il y avait la cuve de fioul envahie de robiniers ; et puis les lieux interlopes ou interdits : les caves-studios, les cours ou espaces internes ou de s\u00e9paration, le toit de la nouvelle usine ; l&rsquo;usine \u00e9videmment, ses salles, mais ses cachettes, les stocks de cartons, les stocks de tubes, les moulins, la vieille usine Morin, longtemps inoccup\u00e9e, , etc.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, la rivi\u00e8re au fond n&rsquo;\u00e9tait pas exempte de visites, mais pour cela il fallait faire un d\u00e9tour, passer par l&rsquo;ancienne usine Morin\u070d, la distillerie, au risque de croiser des voisins (D., genre de \u00ab\u00a0Jo l&rsquo;Indien\u00a0\u00bb du secteur, qui nous effrayait) et leurs chiens.<\/p>\n<p>De sorte qu&rsquo;une esp\u00e8ce de continuit\u00e9 organique, fort \u00e9trange, avec le recul, s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tablie, et en particulier par le jeu, entre le lieu de la famille et le lieu du collectif, entre maison et usine, site industriel et nature environnante, site priv\u00e9 et village, et toutes les dimensions se m\u00ealaient ; la politique expansionniste de ma m\u00e8re, des mes parents et de toute notre petite famille traduisait cette interrelation : nous \u00e9tions un m\u00eame corps, usine et maison, famille et ouvriers, c&rsquo;\u00e9tait le corps comme du fil m\u00eame, de ces brins formant ces fils d&rsquo;innombrables bobines, qui telle une liane s&rsquo;accaparaient tout le r\u00e9el jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019asphyxie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"2\"><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/bobines\/\">Pr\u00e9sentation<\/a> \u2194 <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-01\/\">Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2193\u2191 <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-03\/\">Suivant<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le signe \u070d indique de futurs d\u00e9veloppements au sein d&rsquo;un appareil compl\u00e9mentaire &nbsp; Je parle de \u00ab\u00a0jouer\u00a0\u00bb. 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