{"id":18096,"date":"2024-04-05T18:23:18","date_gmt":"2024-04-05T16:23:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=18096"},"modified":"2025-11-14T11:35:04","modified_gmt":"2025-11-14T09:35:04","slug":"bobines-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-03\/","title":{"rendered":"Bobines 03"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/bobine-03-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18188\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/bobine-03-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/bobine-03-300x400.jpg 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/bobine-03.jpg 384w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"2\">Le signe \u070d indique de futurs d\u00e9veloppements au sein d&rsquo;un appareil compl\u00e9mentaire<\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lorsque je revins \u00e0 Dieulefit, en deux \u00e9tapes, la premi\u00e8re fois en 2000, la seconde en 2004, il fut difficile de ne pas masquer mes origines (et je le r\u00e9p\u00e8te : elles \u00e9taient tout aussi familiales que visc\u00e9ralement li\u00e9s \u00e0 ces lieux, maison+usine). Mes parents \u00e9taient vivants, habitaient le village (3000 habitants). J&rsquo;avais beau faire comme s&rsquo;ils n&rsquo;existaient pas, ce n&rsquo;\u00e9tait pas vrai. Mais pourquoi \u00e9tais-je revenu, si je ne voulais pas les croiser ?<\/p>\n<p>Voulais-je me rapprocher de cette dr\u00f4le de matrice, l&rsquo;usine+maison, voulais-je la \u00ab\u00a0tenir \u00e0 l&rsquo;\u0153il\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<p>La premi\u00e8re fois que je revins, j&rsquo;allai chez mes parents, donc. Dans la maison. L\u00e8s l&rsquo;usine. L\u00e8s le Fau\u070d. Rien ou presque n&rsquo;avait chang\u00e9, n&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent de quand j&rsquo;\u00e9tais enfant. Je dormais dans ma chambre, ma m\u00e8re \u00e9tait \u00ab\u00a0au foyer\u00a0\u00bb et mon p\u00e8re souvent n&rsquo;y \u00e9tait pas (mais \u00e0 l&rsquo;usine). Mon fr\u00e8re allait et venait. J&rsquo;avais 24 ans, et je venais de me s\u00e9parer ; j&rsquo;\u00e9tais en doctorat et je crevais la dalle \u00e0 Grenoble, veilleur de nuit au CROUS et effectuant de temps en temps des piges comme correcteur pour la revue (<em>Iris<\/em>) de mon centre de recherche, le CRI (Centre de Recherches sur l&rsquo;Imaginaire).<\/p>\n<p>Je d\u00e9sirai retrouver la \u00ab\u00a0campagne\u00a0\u00bb. Je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 me reconvertir. Je comprenais que le doctorat ne me m\u00e8nerait pas loin (n&rsquo;ayant pas envie de la recherche, ni la vocation d&rsquo;enseignant ; moi je voulais \u00e9crire.)<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait finalement pas si mal. J&rsquo;approchai les \u00e9coles foresti\u00e8res, pensai un temps devenir technicien de rivi\u00e8re, un autre travailler dans les espaces verts. Je fis un bilan de comp\u00e9tence avec moi-m\u00eame. J&rsquo;en vins \u00e0 me dire que j&rsquo;aurais volontiers travaill\u00e9 dans la nature, comme le Fau\u070d me l&rsquo;avait enseign\u00e9, dans la rivi\u00e8re, pourquoi pas ? Mes parents m\u2019accueillirent bien naturellement, mais ma m\u00e8re doutait de ma conversion professionnelle. Mais je pris ma d\u00e9cision. Optai pour un BTS Gestion et protection de la nature, par correspondance ; je fus retenu \u00e0 Angers (plus loin que \u00e7a&#8230;).<\/p>\n<p>Finalement, apr\u00e8s quelques mois, je trouvai un appartement dans le vieux village, la Viale\u070d, rue des Prisons, qui m&rsquo;attirait et connaissais mal ; alors, il \u00e9tait mal vu par les \u00ab\u00a0modernes\u00a0\u00bb ; le hasard, encore, voulut que cet appartement vienne d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 par la famille du bras droit de mon p\u00e8re, B. Je repeignis l&rsquo;appartement.<\/p>\n<p>Je re\u00e7u les deux gros colis de tous les cours de BTS dans ce nouvel appartenant : \u00e9cologie, zoologie et botanique, physique-chimie, gestion, habitats (la haie, la dune ?), etc. et je me r\u00e9jouis. c&rsquo;\u00e9tait exactement ce que je voulais : baigner dans le jargon de l&rsquo;\u00e9cologie (alors : aujourd&rsquo;hui je dirais <i>naturalisme<\/i>).<\/p>\n<p>Lyc\u00e9en, comme tout le monde, j&rsquo;avais travaill\u00e9 pour gagner de l&rsquo;argent de poche ; mais moi j&rsquo;avais une facilit\u00e9 : l&rsquo;usine. Plusieurs \u00e9t\u00e9s durant, j&rsquo;avais travaill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;usine. On \u00e9tait quelques jeunes, et il n&rsquo;y avait pas beaucoup de travail, mais il y avait du travail ; en particulier, on nettoyait ce qu&rsquo;on appelait les \u00ab\u00a0appareils\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout le syst\u00e8me de ventilation et chauffage, qui \u00e9tait un genre de serpent de t\u00f4les suspendu \u00e0 la toiture et traversait longitudinalement les grandes salles. Il fallait grimper l\u00e0-haut, s&rsquo;ins\u00e9rer dans un conduit (pas du tout \u00e9troit, mais tr\u00e8s horizontal) et gratter, gratter \u00e0 la spatule tout le calcaire qui s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9pos\u00e9 sur les volets, les parois, les fonds. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas difficile mais tr\u00e8s d\u00e9courageant. D&rsquo;autant qu&rsquo;en \u00e9t\u00e9, l&rsquo;usine est vide, mais les moulins tournent et le soleil tape, surtout sous les toits.<\/p>\n<p>Comme je devais tout de m\u00eame gagner de l&rsquo;argent, je demandai \u00e0 mon p\u00e8re de revenir \u00e0 l&rsquo;usine, mais cette fois je proposai d&rsquo;\u00eatre veilleur de nuit. Les chamboulements de ma vie, mon orgueil peut-\u00eatre, pr\u00e9f\u00e9rait me rendre discret &#8212; et surtout je pensais ainsi profiter de la journ\u00e9e (ce qui \u00e9videmment n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas).<\/p>\n<p>Le travail consistait essentiellement \u00e0 surveiller que tout se passe bien, \u00e0 faire des rondes, mais aussi \u00e0 surveiller les moulins et, \u00e9ventuellement, \u00e0 les charger ou les d\u00e9charger. Il fallait aussi prendre garde aux \u00ab\u00a0embourrements\u00a0\u00bb o\u00f9 lorsque le fil quitte le chemin qu&rsquo;il doit suivre et qu&rsquo;il s&rsquo;accumule en une pelote dure et charg\u00e9e d&rsquo;huile de moteur, de graisse, sur certains pignons ou barres, la bobine pouvant grossir de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e, quitter son ogive, s&rsquo;\u00e9chapper en l&rsquo;air avec le risque de briser sa loge, et venir s&#8217;emberlificoter sur d&rsquo;autres, au risque de casser le moteur. Cela arrivait de temps en temps, ces embourrements ; il fallait arr\u00eater le moulin avant que ce ne soit trop tard, retirer l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment dysfonctionnant, l\u00e0 encore au risque de g\u00eaner la progression des autres bobines.<\/p>\n<p>Il y avait deux veilleurs historiques \u00e0 l&rsquo;usine : H.\u2020, un Ard\u00e9chois (vers Saint-Julien-du-Gua, aux alentours de M\u00e9zilhac, o\u00f9 ma grand-m\u00e8re paternelle que je n&rsquo;ai jamais connue avait jadis des terres o\u00f9 paissaient les vaches que mon p\u00e8re, ayant abandonn\u00e9 l&rsquo;\u00e9cole, avait gard\u00e9 d\u00e8s 14 ans) avec des moustaches en guidon de v\u00e9lo, plus int\u00e9ress\u00e9 par les lapins et le jardin que par la machinerie, et V., un autre Ard\u00e9chois rest\u00e9 bloqu\u00e9, du point de vue vestimentaire, dans les ann\u00e9es 69-72, cheveux longs, pantalons pattes d&rsquo;\u00e9l\u00e9phant. Je travaillais surtout avec V. Tous deux \u00e9taient extr\u00eamement gentils, et affables. H. roulait encore les R. Il nous avait donn\u00e9 deux gros lapins, un noir et un marron, et il fabriqua avec des palettes leur cage ; on les avait appel\u00e9s Krolik et Bistro (mon fr\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque participait \u00e0 de s\u00e9millants cours de russe &#8212; peut-\u00eatre parlerai-je plus loin de cette \u00e9tonnante \u00e9quipe du professeur G et de ses \u00e9l\u00e8ves, \u00e0 Truinas\u070d, arri\u00e8re-pays de notre arri\u00e8re-pays, de TGV orange et de Moscou).<\/p>\n<p>Lorsque je vins travailler avec lui, V., lui, s&rsquo;int\u00e9ressait beaucoup aux choix que je faisais. Il venait discuter de nature avec moi, et me disait les noms des arbres en patois. On s&rsquo;entendait bien. Chaque jour en me voyant il demandait : \u00ab\u00a0Alors, en plein boum ?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le matin, \u00e0 cinq heures, je rentrais \u00e0 pied des Reymonds\u070d \u00e0 la Viale\u070d : chez le boulanger B., le premier pain sortait, et je me br\u00fblais les doigts \u00e0 le ramener chez moi. Pour une fois depuis longtemps, dans l&rsquo;aube naissante, bien qu&rsquo;\u00e9reint\u00e9, je humais le parfum de la for\u00eat toute proche (place Ch\u00e2teauras, elle surplombe le temple &#8212; notre pays est protestant), \u00e0 moins que ce ne soit le safre qui celait des souterrains en eau, et je me sentais fier. V me disait, lorsqu&rsquo;on se s\u00e9parait : \u00ab\u00a0Allez, on va manger un bon peu !\u00a0\u00bb. J&rsquo;adorais travailler avec V.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"2\"><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/travaux\/bobines\/\">Pr\u00e9sentation<\/a> \u2194 <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-02\/\">Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2193\u2191 <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/bobines-04\/\">Suivant<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le signe \u070d indique de futurs d\u00e9veloppements au sein d&rsquo;un appareil compl\u00e9mentaire &nbsp; Lorsque je revins \u00e0 Dieulefit, en deux \u00e9tapes, la premi\u00e8re fois en 2000, la seconde en 2004, il fut difficile de ne pas masquer mes origines (et je le r\u00e9p\u00e8te : elles \u00e9taient tout aussi familiales que visc\u00e9ralement li\u00e9s \u00e0 ces&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242],"tags":[4105,121,1179,793,769],"class_list":["post-18096","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","tag-billion-et-compagnie","tag-dieulefit","tag-famille","tag-maison","tag-usine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18096","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18096"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18096\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19479,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18096\/revisions\/19479"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18096"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18096"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18096"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}