{"id":17920,"date":"2023-12-01T00:00:43","date_gmt":"2023-11-30T22:00:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=17920"},"modified":"2024-09-29T21:37:15","modified_gmt":"2024-09-29T19:37:15","slug":"panitza-05","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-05\/","title":{"rendered":"L&rsquo;affaire Panitza 05"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>L&rsquo;affaire Panitza est une longue nouvelle in\u00e9dite, pr\u00e9sent\u00e9e <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/l-affaire-panitza\/\">ici<\/a>, et qui d\u00e9bute par ce <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-prologue\/\">prologue<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parce que Pfaff savait ce que personne ne savait.<\/p>\n<p>Pfaff \u00e9tait bonne p\u00e2te, tout juste bon \u00e0 caresser les chats, et \u00e0 tenir deux g\u00e9nisses, d&rsquo;ailleurs encore jeunes, pour faire un peu ferme, autour de chez lui. Il ne s&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 reprendre un cochon. Il avait les poules, mais aussi la fouine, \u00e7a battait pas fort. Et puis il s&#8217;employait lui-m\u00eame chez les patres du coin, mi pasteur mi palefrenier, il avait pas eu beaucoup de chance dans son h\u00e9ritage, une m\u00e8re qui mourut tr\u00e8s longtemps et tr\u00e8s tard, un p\u00e8re disparu dans la for\u00eat du Vercors, et un bras ballant.<\/p>\n<p>Une main tout atrophi\u00e9e comme un barbeau abandonn\u00e9 dans une flaque, visqueuse et blanche et tant blanche qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e9rait de loin la cacher au soleil (ici c&rsquo;est le majeur, le ma\u00eetre soleil), et du soleil aussi, et aussi des gars et des garces qui pendant et son jeune temps en avaient bien profit\u00e9, t\u00e9 !, pour se rincer et se gausser. Lui-m\u00eame, dans son temps seul, il se prenait de gyre, il se moquait, rongeant ses canines sur cet os languide, hachur\u00e9e de veines trop bleues et couronn\u00e9e en calice d&rsquo;une fonge inutile. Cinq propagules qui faisaient comme une craterelle \u00e9puis\u00e9e d&rsquo;\u00eatre trop \u00e9close.<\/p>\n<p>Avec des engins tels, qui disaient, autant mener des trapadelles. Fan ! L&rsquo;est tout esclap\u00e9. Il va pas risquer du mal.<\/p>\n<p>Et ils riaient. Et il riait avec, de bon c\u0153ur m\u00eame parfois, tant qu&rsquo;il avait pas connu d&rsquo;autre traitement ni ne s&rsquo;attendait \u00e0 d&rsquo;autres horizons.<\/p>\n<p>Il y avait que Francie qu&rsquo;il aimait bien, et en retour. Ils avaient pour dire cr\u00fb ensemble, ils \u00e9taient presque voisins, la famille de Franice \u00e0 la ferme la Silance, pas trop loin de l&rsquo;Ententure. Les parents de Francie, le V\u00e9, qu&rsquo;on appelait comme \u00e7a parce que toujours \u00e0 tous espincher, et la Nona, qui \u00e9tait bien bonne, s\u2019\u00e9taient pris de piti\u00e9 de cette famille commensale qui bordait leur domaine (eux ils rognaient la terre, tra\u00e7ant de beaux gras sillons comme on fait des enfants dans l&rsquo;herbe tendre &#8212; ils avaient la chance de lotir pr\u00e8s des fonts, o\u00f9 l&rsquo;eau ni le brun dans la terre ne manquait pas).<\/p>\n<p>Alors ils allaient souvent porter des frichtis, un lapin, du grain, prendre des nouvelles, avec des commissions. \u00c7a m\u00eame avant la guerre. La m\u00e8re de Pfaff \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s vieille, elle \u00e9tait pas loin de la plus vieille du plateau, que m\u00eame l&rsquo;Emma, elle l&rsquo;avait connue \u00e9tant enfante. Elle devait fleurer le si\u00e8cle, et ce qu&rsquo;on assure, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la mairie quand elle est n\u00e9e, on s&rsquo;\u00e9clairait \u00e0 la chaleur de corps et on cuisait tout le jour, c&rsquo;\u00e9tait avant l&rsquo;autre guerre, pour dire.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait vieille mais encore gaillarde, avec ses deux ou trois gamins, ses chiens &#8212; ils avaient des tas de chien, le p\u00e8re Hanry \u00e9tait chasseur redout\u00e9 &#8212; et sa m\u00e8re \u00e0 elle, tout aussi longivive, qui a pass\u00e9 tout de m\u00eame avant l&rsquo;Hitler.<\/p>\n<p>Et elle, elle aimait pas trop qu&rsquo;on veille \u00e0 son couvain, qu&rsquo;on s&rsquo;approche de trop. Mais un jour de givre, la M\u00e8re glissa devant l&rsquo;\u00e9table, et elle se ruina assez fort le bassin pour demeurer alit\u00e9e toute la guerre. Un peu sonn\u00e9 et un peu roul\u00e9 d&rsquo;ennui, l&rsquo;Hanry s&rsquo;est r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 prendre les armes &#8212; de la famille d&rsquo;en haut, vers Mens, lui avaient propos\u00e9 ses services \u00e0 rejoindre &#8212; il savait qu&rsquo;elle durerait plus dure  que lui, et \u00e7a a pas manqu\u00e9 : il est tomb\u00e9 aux tilleuls dans un parachutage sur le Mont Aiguille, on dit.<\/p>\n<p>Quand la vieille a pris le lit par les cornes, et que le p\u00e8re est parti, Francie et Pfaff \u00e9taient deux gaillards, devenus forts ou presque, chacun avec sa tare. Le Pfaff avec sa main qu&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;une nageoire. Et Francie, qui avait comme principal d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre une femelle, elle qui aimait tant les b\u00eates, les chiens, la chasse et par-dessus, son p\u00e8re, qui le lui rendait bien.<\/p>\n<p>Car il avait rejoint, le V\u00e9, l&rsquo;Hanry dans le Tri\u00e8ves, ou du moins il servait de liaison, mani\u00e8re d&rsquo;enseigner \u00e0 sa prog\u00e9niture l&rsquo;art des traverses et des camouflages, l&rsquo;art du \u00ab\u00a0pot de miel\u00a0\u00bb, il disait, \u00ab\u00a0\u00e0 passer par le loup\u00a0\u00bb. Le V\u00e9 ne prenait pas de risque, parce que d&rsquo;un il avait une \u00e9ducation (il avait des livres) et de par le fait des responsabilit\u00e9s sur sa couv\u00e9e qui passait par le plateau, et de deux, mais c&rsquo;est tangent, il fallait le pr\u00e9server des \u00e9claboussures, lui qui allait pas seulement Manosque ou Apt ou Marseille mais aussi, \u00ab\u00a0pour affaires\u00a0\u00bb, vers des Lyon, des M\u00e2con, des bleds encore au-del\u00e0. Mais tout le monde ou peu savait qu&rsquo;il jouait des r\u00f4les qu&rsquo;on pouvait pas, d&rsquo;ext\u00e9rieur, lui soup\u00e7onner.<\/p>\n<p>On avait donc ces deux familles voisines mais , deux hommes en guerre aux chemins diff\u00e9rents, deux femmes sans liaison, et puis deux parties qui disparaissent, les deux parents du Pfaff, qui alors est devenu un peu le fr\u00e8re de Francie, par accord des anciens, ces deux gamins t\u00f4t gaillards qui avaient cr\u00fb ensemble de galbes excessifs.<\/p>\n<p>Elle aurait bien voulu elle aussi \u00ab\u00a0partir \u00e0 la guerre\u00a0\u00bb mais cette fois il \u00e9pousseta sa grosse voix, et le lui interdit formellement, \u00e0 se couper un doigt. \u00c7a gueula. Elle c\u00e9da. Le peu qu&rsquo;elle pouvait trafiquer, et comment, mais \u00e7a restait du fretin, le gros \u00e9tait pas l\u00e0, ni les boches d&rsquo;ailleurs ne s&rsquo;aventuraient trop. Elle r\u00e9visait les trajets des vagabonds, plut\u00f4t, ceux qui disent rien et n&rsquo;ont pas de nom, et il y en avait, et comment.<\/p>\n<p>Et brute au travail, le Pfaff n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s vaillant sur les choses humaines, les paperasses, les institutions, les \u00e9critures. Par contre il \u00e9tait d&rsquo;aide pr\u00e9cieuse parce qu&rsquo;il connaissait tous les replis des f\u00e9tuques, et puis il avait ce mage de don qui avait effray\u00e9 l&rsquo;Hanry et qui avait d\u00e9cid\u00e9 de se solitude de blageon, de singulier porc. \u00ab\u00a0Sa main est la marque en diable\u00a0\u00bb il disait, et sa m\u00e8re la Vieille l\u2019accusait m\u00eame de sorcellerie, \u00e7a nourrit la solitude, l&rsquo;\u00e9cartement.<\/p>\n<p>Y avait que Francie qui savait l&rsquo;approcher.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-04\/\">pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2219 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-06\/\">suivant<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;affaire Panitza est une longue nouvelle in\u00e9dite, pr\u00e9sent\u00e9e ici, et qui d\u00e9bute par ce prologue. &nbsp; Parce que Pfaff savait ce que personne ne savait. 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