{"id":17884,"date":"2024-02-10T20:51:01","date_gmt":"2024-02-10T18:51:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=17884"},"modified":"2025-08-01T22:19:47","modified_gmt":"2025-08-01T20:19:47","slug":"vorace-16","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/vorace-16\/","title":{"rendered":"Vorace \u00a706"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<br \/>\n<strong>[Lire sans \u00eatre lu, 2]<\/strong><br \/>\n&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quoique tr\u00e8s vorace, il [le vautour] peut supporter l&rsquo;abstinence pendant quatorze jours\u00a0\u00bb, dit Buffon ; il ne m&rsquo;en faut pas plus, si vous voulez, pour vous expliquer mon projet ; j&rsquo;ai moi-m\u00eame attendu tr\u00e8s longtemps, tr\u00e8s longtemps, que ces histoires de liasses de papier, de M\u00e9d\u00e9e, de Cono Ritano, refassent surface ; elles le font, comme par hasard lorsque para\u00eet une traduction suspecte du livre des <em>Faits de la f\u00e8re<\/em> et un r\u00e9cit qui se croit m\u00e9tar\u00e9cit et qui ne l&rsquo;est pas moins (suspect).<\/p>\n<p>J&rsquo;ai lu avec avidit\u00e9 le texte intitul\u00e9 <em>F\u00e9roce<\/em>, mais cette avidit\u00e9 ne fut pas r\u00e9compens\u00e9e par son \u00e9quivalent de substance.<\/p>\n<p>Mon pauvre ami, vous mettez, comme disait le G\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque, mais de pas rien !<\/p>\n<p>J&rsquo;ai donc lu le texte, mais au lieu de la r\u00e8gle et du stylo du g\u00e9om\u00e8tre dans son bureau, je me suis saisi du marteau et du burin du man\u0153uvre dans la tranch\u00e9e ; oui, je l&rsquo;ose affirmer, votre livre est un chantier, une forme embryonnaire de guerre, et sans qu&rsquo;on sache ou comprenne qui sont les bellig\u00e9rants. C&rsquo;est pourquoi je me propose de remettre un peu d&rsquo;ordre, \u00e0 grand coups de b\u00e9liers, dans cet informe narration.<\/p>\n<p>La plus grande difficult\u00e9 peut para\u00eetre \u00eatre de savoir o\u00f9 commencer. En r\u00e9alit\u00e9 la mati\u00e8re du livre que vous pr\u00e9tendez avoir \u00e9crit pr\u00eate tellement le flanc \u00e0 la critique, que n&rsquo;importe quelle page peut faire l&rsquo;affaire ; je la tire donc au hasard avec mon d\u00e9 \u00e0 six cents faces.<\/p>\n<p>(Je tire vraiment au sort cette page, je vous l&rsquo;assure.)<\/p>\n<p>570 ! Je vais voir.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>Comment tomber mieux ?<\/p>\n<p>Si j&rsquo;ai bien suivi les circonvolutions de votre t\u00e9n\u00e9breux personnage dans ses errances emberlificot\u00e9es, celui-ci se trouve en Corse, cette terre de noblesse, \u00e9cras\u00e9e par le soleil, \u00eele de m\u00e9moire et d&rsquo;honneur. Pourquoi la Corse ? C&rsquo;est une \u00e9pineuse question. Dans votre livre, il s&rsquo;agirait d&rsquo;une simple \u00e9tape dans le voyage de votre \u00ab\u00a0h\u00e9ros\u00a0\u00bb. Vous sous-tendez cela par une laborieuse fable li\u00e9e au Livre dont vos personnage d\u00e9battent logorrh\u00e9ement [sic]. Mais votre toupet est tel que vous ne pouvez vous emp\u00eacher de relier cette \u00eele de beaut\u00e9 au chant hom\u00e9rien, ce qui en soi n&rsquo;est pas une imb\u00e9cillit\u00e9, l&rsquo;antique Kurnos ou Syrnos pouvant \u00eatre associ\u00e9e, selon les traditions, aux sir\u00e8nes.<\/p>\n<p>Mais vous en profitez pour r\u00e9aliser une obscure association avec l&rsquo;herbe magique moly, et, par cons\u00e9quent, organisez l&rsquo;arriv\u00e9e de Circ\u00e9e dans cet embrouillaminis.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Oui, je mettais la rose dans mes cheveux comme le faisaient les Andalouses, mais devais-je en mettre une rouge, oui, mais \u00e9tait-ce l\u00e0 ? \u00d4 mon voyeur, mon voyageur, quand et comment tu m\u2019as embrass\u00e9e sous le mur des Maures, sous la tour g\u00e9noise, ou sous la citadelle normande ou sous les coul\u00e9es du volcan, oui !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Vous avez honteusement repris, sans m\u00eame les dissimuler, les mots de Molly Bloom dans le 18e chapitre du grand \u0153uvre de James Joyce : \u00ab\u00a0oui quand j\u2019ai mis la rose dans mes cheveux comme le faisaient les Andalouses ou devrais-je en mettre une rouge oui et comment il m\u2019a embrass\u00e9e sous le mur des Maures&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Molly\/moly qui \u00e9clot (bloom) dans ce fatras, c&rsquo;en est trop.<\/p>\n<p>Mais vous ne vous arr\u00eatez pas l\u00e0, nul besoin de lire les pages limitrophes \u00e0 cette vergogne de 570, vous osez : \u00ab\u00a0Tu es \u00e0 bon port, tu as trouv\u00e9 ton livre, mon beau. Tu l\u2019as \u00e9crit ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mais ce qui est \u00e9crit, belle Andalouse, et c&rsquo;est bel et bien un livre de fadaises et de trahisons. Car le Livre que vous mettez dans la bouche de cette pauvre Ci&rsquo;, ce n&rsquo;est plus le livre que votre triste personnage recherche, mais c&rsquo;est celui qu&rsquo;il doit maintenant \u00e9crire ! Ainsi il serait en mesure, avin\u00e9 et hagard qu&rsquo;il est, de compiler les pages d&rsquo;un haut livre, sacr\u00e9 et r\u00e9v\u00e9r\u00e9 par les peuples de tout le circumm\u00e9diterran\u00e9en ? Vous rendez-vous compte de votre fatuit\u00e9 ? de votre insolence ? Vous mettez un quidam, ignare et sans relief, dans les vestes [sic] d&rsquo;Hom\u00e8re, de Joyce&#8230; d&rsquo;Ulysse ?<\/p>\n<p>Je reviendrai sur ce point (l&rsquo;usurpation, d\u00e9doubl\u00e9e par votre crasse h\u00e9r\u00e9sie), mais je crois qu&rsquo;on peut d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rer ici l&rsquo;inanit\u00e9 de votre projet et surtout, et c&rsquo;est le plus gros probl\u00e8me, mon plus grand d\u00e9fi, vous passez spectaculairement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Livre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/vorace-17\/\">Envoi<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; [Lire sans \u00eatre lu, 2] &nbsp; \u00ab\u00a0Quoique tr\u00e8s vorace, il [le vautour] peut supporter l&rsquo;abstinence pendant quatorze jours\u00a0\u00bb, dit Buffon ; il ne m&rsquo;en faut pas plus, si vous voulez, pour vous expliquer mon projet ; j&rsquo;ai moi-m\u00eame attendu tr\u00e8s longtemps, tr\u00e8s longtemps, que ces histoires de liasses de papier, de M\u00e9d\u00e9e, de Cono&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,1090,4108],"tags":[],"class_list":["post-17884","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-fiction","category-vorace"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17884","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17884"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17884\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19393,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17884\/revisions\/19393"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17884"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17884"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17884"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}