{"id":168,"date":"2009-09-28T10:53:49","date_gmt":"2009-09-28T15:53:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=168"},"modified":"2010-04-07T07:52:07","modified_gmt":"2010-04-07T12:52:07","slug":"ecrire-sur-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/ecrire-sur-paris\/","title":{"rendered":"Ecrire (sur Paris)"},"content":{"rendered":"<p><i>Voir les <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=171\">photos accompagnant ce s\u00e9jour<\/a>.<\/i><\/p>\n<p>Je ne peux pas dire que Paris n&rsquo;est pas pour moi absolument li\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature. Je ne me rends \u00e0 Paris que pour la litt\u00e9rature parce qu&rsquo;au fond j&rsquo;aime les histoires qu&rsquo;on raconte. Je voudrais d&rsquo;ailleurs un Paris \u00e0 moi, un Paris que je suis seul \u00e0 conna\u00eetre.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>J&rsquo;aime justement la ligne 6, parce que lorsque la rame commence \u00e0 voir le jour,on passe \u00e0 proximit\u00e9 des \u00e9tages des immeubles. Et je fais tout pour p\u00e9n\u00e9trer dans ces maisons. Je cherche \u00e0 les surprendre. Ces gens. Un couple faire l&rsquo;amour, une fille s&rsquo;habiller ou se d\u00e9shabiller. Un qui cuisine, une qui boit. Un qui dort, une qui fait une pipe. Deux qui se crient dessus. Un enfant regarde passer les trains. Un se demande quand il va. L&rsquo;autre l&rsquo;a r\u00e9solu. Un compte ses billets, l&rsquo;autre nettoie ses r\u00e9volvers. Un lit, l&rsquo;autre fait semblant. Une dort, l&rsquo;autre lui tire dessus. Etc. Une fen\u00eatre, dirait Bozier, et c&rsquo;est tout un r\u00e9cit qui s&rsquo;engouffre (ou d\u00e9boule).<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Le lieu le plus ouvrag\u00e9 de Paris, presque le seul centre historique de France que je sauverais, c&rsquo;est St Paul.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>On patientent dans les moches espaces du quartier de la gare de Lyon et ses immeubles comme des l\u00e9gos.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Un vieillard avec un costume \u00e9l\u00e9gant mais d\u00e9gueulasse tire une chariotte pleine de cartons gras et d\u00e9gueulant. Sa barbe est noire et il pue. Il passe dans le coin, deux fois que je le vois dans la semaine. Il s&rsquo;approche d&rsquo;un type qui lit le journal avachi \u00e0 une table du bistro. \u00ab\u00a0Ah tu es l\u00e0, esp\u00e8ce de grosse merde flasque, j&rsquo;esp\u00e8re que tu as tir\u00e9 des guenilles des foutoirs de ta m\u00e8re.\u00a0\u00bb L&rsquo;apostrophe est d&rsquo;autant plus d\u00e9routante qu&rsquo;elle est bien dite et si incongrue. Puis il passe. L&rsquo;autre fois, en croisant les passants, dont ces bourgeoises coutumi\u00e8res, \u00ab\u00a0Ah bonjour madame, j&rsquo;adore les miquettes d\u00e9color\u00e9es de ces putains de b\u00e9nitier\u00a0\u00bb. Il se marre et passe son chemin. Il commence avec une voix douce, ce qui incite les gens \u00e0 prendre attention, puis il l\u00e2che son fiel comme on rote, sans crier gare et sans douceur. Les personnes en demeurent interloqu\u00e9es. Apr\u00e8s il marche en titubant, tirant son caddy, et il se marre.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Au St Ren\u00e9, sp\u00e9cialit\u00e9s auvergnates, o\u00f9 j&rsquo;ai mes habitudes lorsque je dors dans le 12e (il est \u00e0 la fronti\u00e8re, plut\u00f4t dans le 20e), le vin rouge de table vient du domaine Serre des Vignes, \u00e0 la Roche St Secret-B\u00e9conne, o\u00f9 j&rsquo;ai aussi mes habitudes : celles des fleurs, des paysages, du ramassage du thym.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Sur une place en b\u00e9ton sans \u00e2me, un groupe de jeunes a mis \u00e0 terre un autre et le rue de coups de pieds. L&rsquo;autre ne peut que crier \u00ab\u00a0polizia, polizia\u00a0\u00bb. Ils arrivent, car ils sont toujours l\u00e0. D&rsquo;autres arrivent et leur lancent des mots dans la gueule dans une langue que ni les policiers ni moi ne comprenons. Ceux-ci fouillent les deux qu&rsquo;ils ont r\u00e9ussi \u00e0 choper. D&rsquo;autres, \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres, leur envoient d&rsquo;autres paroles, moins avec hargne qu&rsquo;avec fronderie. Un jeune flic se dirige vers deux autres encore, qui le regardent froidement et fixement. Il les siffle (?), leur fait signe de s&rsquo;\u00e9loigner comme un petit chien (sa voix) (??). Ils lui font un geste de la main qui signifie : On est bien ici, et Occupe toi de tes oignons. Il s&rsquo;en d\u00e9tourne sans le montrer. Mais quelle est cette sc\u00e8ne ? Ils rigolent. Les autres flics fouillent au corps les deux gamins. C&rsquo;est un jeu, une danse, on dirait que rien n&rsquo;est pas \u00e9crit d&rsquo;avance.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Je cherche les mosa\u00efques du Space Invader et chaque fois que j&rsquo;en trouve une, je la prends en photo et la note sur mon plan. J&rsquo;en suis \u00e0 deux-cent cinquante-six.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Dans le m\u00e9tro, un th\u00e9\u00e2tre de marionnettes s&rsquo;improvise. Comme je prend des photos, un grand black tr\u00e8s proche, cache son visage. C&rsquo;est vrai qu&rsquo;il a l&rsquo;air d&rsquo;un tueur.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>J&rsquo;ai err\u00e9 comme un fou de X \u00e0 X le blair sur le flair des putes en vain.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Boulevard Poniatowsky, je croise une fille genre tzigane, qi porte un chapeau et une chemise d&rsquo;homme largement ouverte sur sa poitrine. J&rsquo;aper\u00e7ois distinctement l&rsquo;un des seins. Elle me fixe, manifestement pas dans son assiette. On se croise enfin &#8211; \u00e7a aura dur\u00e9 une \u00e9ternit\u00e9 ce regard. Je revois cette gamine et avec son beau sein me croiser dans la rue : cette vision m&rsquo;arrache des larmes au ventre.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Les rues secr\u00e8tes du 17e, \u00e0 v\u00e9lo, le dimanche, et au soleil. Le quartier de la porte Pouchet. Ou le canal St Martin, du c\u00f4t\u00e9 des quais de Seine et de Loire. Ou m\u00eame le ch\u00e2teau de Vincennes, comme un voyage loin. Je demande aux promeneurs Savez-vous o\u00f9 se trouvait l&rsquo;universit\u00e9 ? &#8211; Hein, quoi ? Un autre Ici on est \u00e0 St-Mand\u00e9 Monsieur Un autre Il n&rsquo;y a jamais eu d&rsquo;universit\u00e9 par ici.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Le Roi du Caf\u00e9, boulevard de la Villette, l&rsquo;un de ces bars uniques, de vraies brasseries, pleines de noirs ou d&rsquo;arabes, o\u00f9 le caf\u00e9 se boit sans honte, et dont le mobilier ou la d\u00e9coration, souvent, sont parmi les plus classieux de tout Paris. On plonge dans les ann\u00e9es cinquante ou soixante. \u00c7a donne un charme fou aux bordures de cette ville. Et c&rsquo;est bien : \u00e7a \u00e9loigne les teigneux. (Parfois je dormais rue d&rsquo;Ornano. Comme on allait vers le nord jusqu&rsquo;\u00e0 la station, toujours cru que la ville \u00e9tait dans cette direction.)<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>J&rsquo;ai mis mes doigts dans toutes leurs bouches.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Pourquoi croyez-vous que je marche h\u00e9b\u00e9t\u00e9 des heures durant dans les rues de votre ville ? Tel jour depuis Nation et jusqu&rsquo;\u00e0 Bercy, \u00e0 travers les mauvais chantiers des boulevards&#8230; Tel autre de R\u00e9publique \u00e0 Bastille, \u00e0 ne mimer aucune manifestation, pour trouver je ne sais quelle histoire ? Ces \u00e9pingles enfonc\u00e9s dans le p\u00e9riph\u00e9rique ? Ces pas mouill\u00e9s ou ces pieds fatigu\u00e9s, la faim au ventre, d&rsquo;un KFC \u00e0 l&rsquo;autre, prenant le soin de ne rien prendre ? Se laissant porter par le hasard des carrefours ou les hoquets de la foule ? Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de faire le tour de Paris en m\u00e9tro. Il m&rsquo;est aussi arriv\u00e9 de ne faire qu&rsquo;une seule ligne tout un jour. Juste parce que le vent dehors et que les gens. J&rsquo;ai suivi d&rsquo;autres personnes, et me suis retrouv\u00e9 dans des f\u00eates inattendues, ou bien compass\u00e9es comme de vieux chiffons. Ou bien \u00e0 discuter avec des ombres qui t&rsquo;offrent du pinard, d&rsquo;autres du shit. Je me suis fait ramasser par des flics une fois parce que je parlais Sterne avec un clochard. J&rsquo;ai surtout essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9viter les lieux qui sonnent faux, les lieux crasses de Paris, qui sont nombreux, les lieux satisfaits et de mauvais go\u00fbt comme la couleur des autobus. Ou les lieux vides. Les lieux horripilement vide comme les alentours de Biblioth\u00e8que, quel ennui. Ou les lieux touristiques \u00e9videmment. Mais m\u00eame l\u00e0 on s&rsquo;amuse. Les petites putes aguicheuses de St Germain ou de Trocad\u00e9ro. Elles aimeraient go\u00fbter du boiteux c\u00e9leste. (c&rsquo;est moi). Ou alors, \u00e0 l&rsquo;irlandaise ou \u00e0 l&rsquo;espagnole, faire semblant et faire croire qu&rsquo;on fait la f\u00eate, mais jusqu&rsquo;au bout, se pinter la gueule jusqu&rsquo;\u00e0 se l&rsquo;excaver de rire. Se rouler par terre pour embrasser l&rsquo;asphalte et se faire aplatir pour le revigorer. Se foutre \u00e0 l&rsquo;eau \u00e0 poil, avec dans une main, un bouquet de rose, et de l&rsquo;autre un t\u00e9l\u00e9phone portable o\u00f9 tu me parles. Ou arracher les panneaux des colonnes Morris, ou s&rsquo;ouvrir le ventre chez Gibert Jeunes, ou crier \u00e0 la Hune, ou p\u00e9ter les ampoules de la BNF. Ou les vitres du palais de Tokyo. Ou d\u00e9railler un m\u00e9tro suspendu de la ligne 13 (celle qui m\u00e8ne \u00e0 Malakoff). Ou se jeter dessous. En un mot, la faire sienne, cette foutue ville, et devenir Paris.<\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voir les photos accompagnant ce s\u00e9jour. 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Je voudrais d&rsquo;ailleurs un Paris \u00e0 moi, un Paris que je suis seul \u00e0 conna\u00eetre&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[106],"tags":[165],"class_list":["post-168","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-vers-le-dehors","tag-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/168","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=168"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/168\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":293,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/168\/revisions\/293"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=168"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=168"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=168"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}