{"id":16620,"date":"2024-03-22T13:45:15","date_gmt":"2024-03-22T11:45:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=16620"},"modified":"2024-09-29T21:51:49","modified_gmt":"2024-09-29T19:51:49","slug":"panitza-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-11\/","title":{"rendered":"L\u2019affaire Panitza 11"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>L&rsquo;affaire Panitza est une longue nouvelle in\u00e9dite, pr\u00e9sent\u00e9e <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/l-affaire-panitza\/\">ici<\/a>, et qui d\u00e9bute par ce <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-prologue\/\">prologue<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait dans cette p\u00e9riode &#8212; rappelons-nous incidemment &#8212; cette p\u00e9riode noire et \u00e9trange (Une guerre de dr\u00f4les, avait dit V\u00e9, mais Pfaff avait \u00e9t\u00e9 plus d\u2019ar\u00eates : Une boxe fant\u00f4me) que Francie avait mis le doigt sur une qualit\u00e9 de l&rsquo;humain dont, jusque-l\u00e0, elle n&rsquo;avait jamais eu qu&rsquo;une intuition fugace.<\/p>\n<p>Et cette qualit\u00e9 d&rsquo;autrui se concentrait, en vortex, d&rsquo;autant mieux et plus chez les semblables de sexe masculin.<\/p>\n<p>Dans ce temps de traverses et de cagoules, Francie fr\u00e9quentait essentiellement des hommes, et beaucoup.<\/p>\n<p>Les nuits sont longues souvent, et souvent plus \u00e9tir\u00e9es encore que les longues lentes marches.<\/p>\n<p>Les nuits sont des mondes, engag\u00e9es ins\u00e9cures dans les bas-fonds de l&rsquo;\u00e2me humaine.<\/p>\n<p>Les nuits de parole et de silence, les nuits de questions, cette forme animale qui sangle parole et silence, plus les parements des \u00e9corch\u00e9s &#8212; les \u00e9pines blanches ici, et les scorpionnes, ne navrent pas autant les peaux et les mains comme les yeux et les c\u0153urs &#8212; des rescap\u00e9s, fugitifs, \u00e9gar\u00e9s, arlequins d\u00e9barqu\u00e9s ici ou ailleurs, parfois ici, parfois ailleurs, elle ne conna\u00eet que ceux d&rsquo;ici, mais toujours effar\u00e9s d&rsquo;inqui\u00e9tudes, et tous diff\u00e9rents, toutes peaux, toutes mains confondues, parfois avec leur nocher de nuit, souvent sans rien, des li\u00e8vres sans papier, sans ressources, sans beaucoup plus d&rsquo;espoir, mais avec toujours cette hargne, ce sang ferm\u00e9, cette esp\u00e8ce de foi qui les propulse comme des hirondelles, faucilles labiles, aux cols venteux et vertueux \u00e9cop\u00e9s de gr\u00e9sil.<\/p>\n<p>Et pas plus qu&rsquo;ils ne comprenaient quasi rien de leur cheminement masqu\u00e9, enneig\u00e9, ennuy\u00e9 et souvent \u00e0 leur insu, tant il est vrai que le pays pour eux &#8212; celui-ci ou un autre &#8212; ne repr\u00e9sentait \u00e0 proprement rien de stabile, pour le peu qu&rsquo;ils y passent, en qu\u00eate d&rsquo;une autre terre ils ne peuvent pas se payer le luxe de le visiter ni de l&rsquo;habiter, ils adoptent plut\u00f4t la tactique de la proie, toute attention vers les pieds plut\u00f4t que &#8212; inverse donc du chasseur &#8212; que l\u00e0 o\u00f9 le pied aborde &#8212; ce pays-ci en valait bien un autre, ainsi de m\u00eame Francie ne saisissait rien ou quasi ds situations ici expos\u00e9es. On la laissait bien souvent dans l&rsquo;ignorance, raison de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9vidente, mais m\u00eame si elle savait les origines ou les destinations, les d\u00e9tails et extr\u00e9mit\u00e9s du parcours et du pass\u00e9, la perception qu&rsquo;elle avait de telle situation pr\u00e9cise se noyait irr\u00e9m\u00e9diablement et indistinctement dans le chaudron inconfortable et absurde de la guerre.<\/p>\n<p>Et cette situation, qui avait tout, alors, d&rsquo;une v\u00e9ritable catastrophe, mais une catastrophe cotonneuse, hagarde tranquille en quelque sorte, puisque rien, des p\u00e9cores aux catananches, ici-bas, n&rsquo;avait sembl\u00e9 se mouvoir dans le souffle d&rsquo;une explosion ou trembler sous les d\u00e9tonations, il n&rsquo;y avait pas eu de balles dans les murs ou de murs \u00e9boul\u00e9s, non, pas vraiment, pas ici vraiment, mais plut\u00f4t une tension, une tension palpable, tension qui n&rsquo;avait rien pourtant de palpable, d&rsquo;ailleurs, rien de tangible \u00e0 la main, m\u00eame \u00e0 l\u2019\u0153il, relay\u00e9e par la radio, relay\u00e9e par le silence, comme un canal d&rsquo;ond\u00e9es, la qualit\u00e9 de l&rsquo;air, ou la qualit\u00e9 de ce qu&rsquo;un air, quelque plein et lumineux, jaune et bleu, or et azur, pouvait porter, rien \u00e0 l\u2019\u0153il comme \u00e0 la main, mais au c\u0153ur en revanche, si cette tension parlait au c\u0153ur, m\u00eame maltraduite, balbutiante ou h\u00e9sitante, ou fragment\u00e9e, \u00e9clat\u00e9e, sanguinolente, plasma qui devait bien convoyer au sang ?, sang du c\u0153ur, et donc cette situation de catastrophe immin\u00e9e, rameutait chez Francie des histoires catastrophiques de c\u0153ur, c&rsquo;est-\u00e0-dire le manifeste du sang, et quand elle se figurait le c\u0153ur, elle se figurait l&rsquo;unique objet de son sentiment, oui, il avait fallu passer par toute cette longue phrase itin\u00e9rante pour isoler un nom, c&rsquo;est-\u00e0-dire un visage, et ce visage sous ce nom, oui, c&rsquo;\u00e9tait, c&rsquo;est Pfaff.<\/p>\n<p>Cette fr\u00e9quentation de la guerre des hommes, par le truchement de leur c\u0153ur, officier des sangs, avait fait r\u00e9aliser \u00e0 Francie son attachement presque veneur \u00e0 Pfaff, son ami, son ami d&rsquo;enfance, et de crois\u00e9e en lieu, et de limon dans les saules et de farigoule dans les rocailles.<\/p>\n<p>Mais \u00e9tait-ce bien s\u00e9rieux ?<\/p>\n<p>Pfaff, de son c\u00f4t\u00e9, avait ses raisons&#8230; Pfaff, dans toute sa diminution, dans sa discontinuit\u00e9, et pratiquement, dans son statut (r\u00f4le) d\u2019embryon, dans sa posture (parole) de retrait et de retenue, non, d\u2019effacement, Pfaff savait des choses.<\/p>\n<p>Pfaff avait acc\u00e8s aux choses m\u00eames.<\/p>\n<p>On disait que Pfaff buvait. Pfaff ne l\u00e9sinait pas sur le boire et le manger. Mais ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;il ing\u00e9rait qui marquait, c&rsquo;\u00e9tait ce qui l\u2019impr\u00e9gnait. \u00c0 certains moments de l&rsquo;ann\u00e9e, au respir des saisons, \u00e0 la lev\u00e9e des neiges ou des pluies, au couvain des chaleurs, Pfaff ressentait de fortes douleurs au cr\u00e2ne, ou bien aux articulations, et m\u00eame, il disait, au sang. Cela le retenait alit\u00e9 alors qu&rsquo;il \u00e9tait toujours en marche \u00e0 bader. Il le prenait mal. Il se renfrognait, allong\u00e9 sous les couvertures comme arm\u00e9 de saint-antoine.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas cela. Il transpirait beaucoup. Il r\u00e2lait. Il dormait aussi beaucoup. Il d\u00e9lirait ou plut\u00f4t, dans cette parole qui \u00e9tait chaude et saccad\u00e9e, il semblait d\u00e9lirer.<\/p>\n<p>Ces acc\u00e8s de fi\u00e8vre \u00e9taient pour lui comme une porte, et alors il pouvait p\u00e9n\u00e9trer dans un monde \u00e0 lui seul connu. Lorsqu&rsquo;il cherchait \u00e0 expliquer \u00e0 Francie ce qu&rsquo;il voyait, les mots lui manquaient. Elle essayait de saisir, ne saisissait rien, mais ne le jugeait pas, et, plut\u00f4t que de l&rsquo;apposer \u00e0 un effet de la maladie, elle pr\u00e9f\u00e9rait y voir les stigmates de sa sensibilit\u00e9. Par ses \u00e9trangements, par son physique enclin, Pfaff fascinait.<\/p>\n<p>Et lorsqu&rsquo;il se remettait, il devait faire un effort pour ne pas r\u00e9duire tout en poussi\u00e8re, d&rsquo;apr\u00e8s le chaos qu&rsquo;il avait parcouru f\u00e9brile. Il en tirait des enseignements ; il entrevoyait des choses. Il avait su pour la guerre comme il avait su pour sa fin. Il avait su pour la pand\u00e9mie comme il avait su pour des ann\u00e9es de chasse, de vendange, de moisson ou de petits fruits. Il avait vu venir Panitza de loin, en avait parl\u00e9 \u00e0 Giono, qui ne lui tendit qu&rsquo;une demi-oreille. Et il savait pour Francie. Il en savait trop, \u00e7a l&rsquo;effa\u00e7ait&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-10\/\">pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2219 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-12\/\">suivant<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L&rsquo;affaire Panitza est une longue nouvelle in\u00e9dite, pr\u00e9sent\u00e9e ici, et qui d\u00e9bute par ce prologue. &nbsp; C&rsquo;\u00e9tait dans cette p\u00e9riode &#8212; rappelons-nous incidemment &#8212; cette p\u00e9riode noire et \u00e9trange (Une guerre de dr\u00f4les, avait dit V\u00e9, mais Pfaff avait \u00e9t\u00e9 plus d\u2019ar\u00eates : Une boxe fant\u00f4me) que Francie avait mis le doigt sur une&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,1090],"tags":[110,2749,71,3547],"class_list":["post-16620","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-fiction","tag-haute-provence","tag-jean-giono","tag-provence","tag-readers-digest"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16620","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16620"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18869,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16620\/revisions\/18869"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}