{"id":1661,"date":"2011-02-07T18:00:21","date_gmt":"2011-02-07T23:00:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=1661"},"modified":"2011-11-11T12:20:53","modified_gmt":"2011-11-11T10:20:53","slug":"suffit-sa-peine-39","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/suffit-sa-peine-39\/","title":{"rendered":"Suffit sa peine 39"},"content":{"rendered":"<p>O\u00f9 l&rsquo;on apprend que&#8230;<\/p>\n<p>\u00a7 Je n&rsquo;ai jamais plus habit\u00e9 en un lieu comme je le faisais enfant. Aujourd&rsquo;hui, je laisse passer le lieu devant, je le laisse m&rsquo;entourer, mais je ne l&rsquo;habite plus. Je n&rsquo;ai plus ce d\u00e9sir de recoins, cette manie d&rsquo;installer des objets comme on dessine des fronti\u00e8res sur une carte ou comme on pose des murailles dans la prairie. Je n&rsquo;ai plus d&rsquo;images \u00e0 mes murs, mes affaires sont entass\u00e9es dans un coin. La table et le lit sont encore un peu r\u00e9pandus, et seuls s&rsquo;assument dans leur encombrement. Je n&rsquo;habite pas chez moi.<\/p>\n<p>\u00a7 J&rsquo;en ai pris conscience aujourd&rsquo;hui, alors que, pour mon travail, j&rsquo;ai d\u00fb monter dans ces villages inaccessibles, qu&rsquo;on voit toujours du bas, et de loin. J&rsquo;ai d\u00fb monter tout l\u00e0-haut, dans les \u00e9pingles et, comme j&rsquo;\u00e9tais un peu en avance je me suis promen\u00e9 entre les rangs d&rsquo;oliviers. En d\u00e9ambulant comme \u00e7a, je suis arriv\u00e9 derri\u00e8re les maisons les plus hautes du village. De belles maisons de pierre, orient\u00e9es plein sud. J&rsquo;\u00e9tais derri\u00e8re, donc surplombant leur dos, leur petite terrasse am\u00e9nag\u00e9e, agr\u00e9ment\u00e9e d&rsquo;une table, d&rsquo;une balancelle. Je me suis retrouv\u00e9 ailleurs, dans une grande ville, une grande ville de mon enfance. Dans l&rsquo;arri\u00e8re-cour, dans la ruelle de derri\u00e8re, dans un recoin. Pas du bon c\u00f4t\u00e9. Comme j&rsquo;aimais \u00e0 soupeser en esprit la fa\u00e7ade officielle et la vie qui s&rsquo;\u00e9chappait de la cuisine qui donnait sur le jardin. Sous forme de chats noirs, d&rsquo;\u00e9pluchures et de rayons de soleil. De fracas des vaisselles. De fatras de vaisselles. D&rsquo;odeurs suspectes. Et d&rsquo;avance sur les plats \u00e0 venir, de gestion des stocks et de notes de commissions. Quand la maison \u00e9tait sombre, seule la cuisine riait avec son ext\u00e9rieur ; on voyait les petits talus sur lesquels \u2022 les fraisiers, on s&rsquo;amusait \u00e0 courir sur les petits chemins tass\u00e9s entre les rangs de courgettes, d&rsquo;aubergines et de tomates ; on voyait les \u00e9tendages, les grands \u00e9tendages toujours charg\u00e9s de blanc, et on lavait, on lavait. On entendait la cloche ; on y voyait dehors, surtout, le reste de la maison, salon, salle \u00e0 manger, restait clos.<\/p>\n<p>\u00a7 Ce bruit, ces vapeurs infernales, ces m\u00e9langes de fritures et de linge, tout ce blanc, tout ce blanc, tout ce blanc ; \u00e7a voulait dire, on occupe l&rsquo;espace et par cons\u00e9quent | le temps ; on a | des t\u00e2ches, des | choses \u00e0 faire. J&rsquo;ai bien essay\u00e9 par la suite de construire mon lieu et de l&rsquo;occuper, puis sans but on se lasse. Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai des choses \u00e0 faire oui, un emploi du temps tellement plein que je n&rsquo;ai m\u00eame pas le temps de poser une affiche sur l&rsquo;un de mes murs. Lorsque le charg\u00e9 de mission me retrouva, je sortis de mon r\u00eave. Il faisait une dr\u00f4le de t\u00eate, comme un peu d\u00e9go\u00fbt\u00e9, lorsqu&rsquo;il me dit \u2014\u00a0me | cracha \u2014\u00a0mais vous pleurez ?<\/p>\n<p>\n<font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/suffit-sa-peine-38\">< Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/suffit-sa-peine-40\">Suivant ><\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>O\u00f9 l&rsquo;on apprend que&#8230; \u00a7 Je n&rsquo;ai jamais plus habit\u00e9 en un lieu comme je le faisais enfant. Aujourd&rsquo;hui, je laisse passer le lieu devant, je le laisse m&rsquo;entourer, mais je ne l&rsquo;habite plus. 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