{"id":16489,"date":"2022-08-20T01:40:07","date_gmt":"2022-08-19T23:40:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=16489"},"modified":"2024-09-29T21:33:16","modified_gmt":"2024-09-29T19:33:16","slug":"panitza-02","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-02\/","title":{"rendered":"L&rsquo;affaire Panitza 02"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>L&rsquo;affaire Panitza est une longue nouvelle in\u00e9dite, pr\u00e9sent\u00e9e <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/l-affaire-panitza\/\">ici<\/a>, et qui d\u00e9bute par ce <a href=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-prologue\/\">prologue<\/a>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sonnerie, o\u00f9 est l&rsquo;appareil ? C&rsquo;\u00e9tait Catherine, du journal.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mauvaise nouvelle, M.Panitza, l&rsquo;auteur n&rsquo;est pas disponible, et il me fait vous dire qu&rsquo;il ne le sera pas pendant quelques jours. Il a une urgence. Je suis moi-m\u00eame tr\u00e8s occup\u00e9e, avec le bouclage du prochain num\u00e9ro. Vous avez une voiture \u00e0 disposition, vous avez le permis n&rsquo;est-ce pas ? Les papiers et les cl\u00e9s sont \u00e0 la r\u00e9ception. Profitez bien de votre s\u00e9jour, je reviens vers vous d\u00e8s que possible ! Au revoir M.Panitza.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est une blague ? Non, je n&rsquo;ai pas le permis. Eh bien puisque c&rsquo;est comme \u00e7a, je vais d\u00e9buter mon enqu\u00eate. Allez Panitza, en voiture ! Panitza se pr\u00e9pare, s&rsquo;habille, fait monter son petit d\u00e9jeuner, puis il s&rsquo;assoie \u00e0 nouveau au petit bureau qui donne sur les toits tuil\u00e9s de la ville. Quel dr\u00f4le de bonhomme ce type. Dire qu&rsquo;en plus il habite ici, dans cette ville, sans doute \u00e0 deux pas. Comment le reconna\u00eetre ?<\/p>\n<p>Panitza contemple, d\u00e9sol\u00e9, le vide de sa petite chambre : sa valise, \u00e0 peine ouverte. Les livres que Catherine lui a donn\u00e9s. La revue. Malraux, \u00e7a me dit quelque chose, mais Clara ? Ungaretti ? Mandiargues ? Et \u00ab\u00a0o\u00f9 va la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb ? Ah ! C\u2019est bien la peine de se poser la question ! O\u00f9 va Panitza ? \u00c7a oui, c\u2019est une question \u00e0 se poser ! Quelle revue de branleurs ! Pff.<\/p>\n<p>Angelo&#8230; Angelo. Voyons&#8230; Mmm&#8230; <i>Quelle libert\u00e9 nationale me donnera jamais plus de joie que ma propre libert\u00e9 ? Il n&rsquo;y a pas de sublime commun. <\/i> Pff&#8230; O\u00f9 va Panitza ? Hein, mon petit Angelo ? Mon petit ange aux ailes bris\u00e9es, pourquoi tu m&rsquo;as conduit ici ?<\/p>\n<p>Panitza regarde encore les papiers, ses feuillets (vides), la carte d&rsquo;\u00e9tat-major que lui a laiss\u00e9e \u00e9galement Catherine.<\/p>\n<p>Alors, c&rsquo;est l\u00e0 que \u00e7a se passe ? Eh bien on va aller voir. Tu ne sais pas o\u00f9 tu vas Angelo ? Tu viens avec moi, on file \u00e0 Redortiers. On trouvera bien quelque chose ou quelqu&rsquo;un pour me parler du bonhomme&#8230;<\/p>\n<p><center>*<\/center><\/p>\n<p>Panitza se vit, tout \u00e0 coup pris de vertige, \u00e0 des miles et des miles de chez lui, de l\u2019\u00e9tablissement Prospero, de Bill et de Lucy.<\/p>\n<p>Je suis au squelette du monde.<\/p>\n<p>La chaleur irisait les herbes jaunes. Un souvenir de nuit s&rsquo;\u00e9tait renfrogn\u00e9 en gros cumulus, sur la montagne de Lure. Ce devait \u00eatre la Lure, cette baleine \u00e0 bosse, ce dinosaure assoupi. Les seuls reliefs \u00e9taient ces plantes bleu lavande. Tout le reste \u00e9tait scarifi\u00e9, \u00e9cras\u00e9 de soleil, sans vie. Des arbres au loin \u00e9mettaient des cr\u00e9celles ivres. Les buissons \u00e9taient en fruits. Les arbres \u00e9taient de verre, crissants. Un air comme une haleine, noy\u00e9e de d\u00e9sert, d\u00e9solait le bleu.<\/p>\n<p><em>Il lui a pass\u00e9 devant les yeux, l&rsquo;image de la terre ancienne, renfrogn\u00e9e et poilue avec ses aigres gen\u00eats et ses herbes en couteau. Il a connu d&rsquo;un coup, cette lande terrible qu&rsquo;il \u00e9tait, lui, large ouvert au grand vent enrag\u00e9, \u00e0 toutes ces choses qu&rsquo;on ne peut pas combattre sans l&rsquo;aide de la vie.<\/em><\/p>\n<p>Qui est ce pays ?<\/p>\n<p>La question, ce n&rsquo;est pas : tu vas o\u00f9 Panitza, mais : qu&rsquo;est-ce que tu vas faire l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>Hormis la bouff\u00e9e chaude et les cr\u00e9celles, pas un bruit, pas un mouvement, sinon des crayons des plantes (autant dire rien). Panitza posa le livre. Sortit son carnet, qui \u00e9tait neuf. Il appuya de l&rsquo;ongle du pouce sur la pliure de la couverture. Il laissa la premi\u00e8re page blanche. Sur la deuxi\u00e8me il \u00e9crivit. Panitza perdu en Provence, France, par J. K. Panitza. Il tourna la page, et sur la troisi\u00e8me il \u00e9crivit. Mardi 7 juillet 1953, quelque part au sud de la montagne de Lure, Provence. Et cela dura une bonne heure. Assis \u00e0 la place du passager, \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un grand ch\u00eane, Panitza \u00e9crivit.<\/p>\n<p>Ils allaient voir ce qu&rsquo;ils allaient voir.<\/p>\n<p>Et cet auteur en premier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-01\/\">pr\u00e9c\u00e9dent<\/a> \u2219 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/panitza-03\/\">suivant<\/a><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;affaire Panitza est une longue nouvelle in\u00e9dite, pr\u00e9sent\u00e9e ici, et qui d\u00e9bute par ce prologue. &nbsp; Sonnerie, o\u00f9 est l&rsquo;appareil ? 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