{"id":15717,"date":"2020-09-10T11:25:51","date_gmt":"2020-09-10T09:25:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=15717"},"modified":"2023-01-28T10:52:10","modified_gmt":"2023-01-28T08:52:10","slug":"heidegger-a-la-plage-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-4\/","title":{"rendered":"Heidegger \u00e0 la plage 4"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Une suite de textes (\u00e0 ne pas confondre avec <em>Martin \u00e0 la mer<\/em>) sur le philosophe en vacance<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-1\/\">1<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-2\/\">2<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-3\/\">3<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-4\/\">4<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-5\/\">5<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-6\/\">6<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-7\/\">7<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-8\/\">8<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-9\/\">9<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-10\/\">10<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-11\/\">11<\/a>&#8211;<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/heidegger-a-la-plage-12\/\">12<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La vie \u00e0 la plage, que d\u00e9couvre le philosophe, qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 adepte des rivages lacustres de sa Konstanz natale, pas plus enfant qu&rsquo;adulte d&rsquo;ailleurs, ni c\u00e9libataire qu&rsquo;\u00e9pous\u00e9, p\u00e8se toute une s\u00e9rie de contraintes pratiques avec d&rsquo;\u00e9videntes r\u00e9percutions esth\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Quelque chose lui pla\u00eet, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, dans cette situation nouvelle (deux fois nouvelles, trois fois nouvelles : pas plus \u00e9pous\u00e9 qu&rsquo;adulte <em>anymore<\/em>). Ce qu&rsquo;il rechignait, dans l&rsquo;excursion au lac, c&rsquo;\u00e9tait plus en somme la compagnie que la nature elle-m\u00eame (la vase ou l&rsquo;odeur de poisson de vase) &#8211; encore que la mer s&rsquo;oppose au lac en ceci qu&rsquo;elle est inali\u00e9nable : ce fait ne laisse pas d&rsquo;intriguer.<\/p>\n<p>Venu ici seul, pour m\u00e9diter et, qui sait, peut-\u00eatre aussi pour s&rsquo;accorder une vacance, \u00e9tant tr\u00e8s enclin \u00e0 la contemplation &#8211; m\u00eame si ce qui est humain est ici spectaculairement m\u00e9diocre et singuli\u00e8rement laid.<\/p>\n<p>Mais il est plus ouvert.<\/p>\n<p>Pour aller dans l&rsquo;eau, le philosophe s&rsquo;est trouv\u00e9 une esp\u00e8ce de bermuda couleur brique sale, qu&rsquo;il remonte jusqu&rsquo;au-dessus du nombril, \u00e0 la mode de l&rsquo;\u00e9poque, et qui lui fait plut\u00f4t office de braies, voire d&rsquo;un drap n\u00e9gligemment enroul\u00e9. Son ventre imposant et lisse dissimule ses jambes fr\u00eales allumettes cagneuses, l&rsquo;absence de fesse. Et le tout g\u00e9n\u00e9reusement blanc, blanc de neige salie plut\u00f4t que de lait bouilli. Cela lui fait dr\u00f4lement impression ; une impression d&rsquo;effroi et de d\u00e9go\u00fbt.<\/p>\n<p>Ainsi costum\u00e9 il pi\u00e9tine, flic flac, non pas joyeusement, mais comme contrari\u00e9 par un \u00e9v\u00e8nement \u00e0 venir, mais comme m\u00e9thodiquement, au soleil de la fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Avec cet air un peu g\u00ean\u00e9 du fait de la posture, de la complexion, rimant mal avec les myst\u00e9rieuses \u00e9cumes.<\/p>\n<p>Il est ainsi debout, dans une cinquantaine de centim\u00e8tres d&rsquo;eau, comme dans un bain de pied, un p\u00e9diluve, quand, venue d&rsquo;on ne sait o\u00f9, une nageuse munie d&rsquo;un masque, d&rsquo;un tuba et peut-\u00eatre m\u00eame de courtes palmes, d\u00e9bouchant donc de nulle part (sinon du dessous de l&rsquo;eau, du dedans de la mer), mais pas de la plage, hors de l&rsquo;eau s&rsquo;\u00e9broue et se dirige, rayonnante d&rsquo;elle, \u00e0 son encontre &#8211; \u00e9tant lui-m\u00eame sur le seul passage pour elle accessible.<\/p>\n<p>C\u2019est ce genre de rencontre fortuite qu&rsquo;il craint dessus tout, ne sachant comment se tenir, s&rsquo;il doit bouger ou non, que dire, quoi faire.<\/p>\n<p>La femme entre deux \u00e2ges n&rsquo;en reste pas moins bien plus jeune que le philosophe. Et quand elle commence \u00e0 sortir de l&rsquo;eau, laissant appara\u00eetre d&rsquo;abord ses \u00e9paules puis sa poitrine, son torse entier, son ventre, ses hanches et ses jambes, le philosophe est dans l&rsquo;extr\u00eame \u00e9tage de son malaise, au comble du scrupule. Et elle lui sourit.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Guten Tag\u00a0\u00bb, voil\u00e0 ce qu&rsquo;elle lui dit, voil\u00e0 ce qu&rsquo;il entend, ce qu&rsquo;il s&rsquo;entend dire, alors qu&rsquo;il r\u00e9alise que sa pulsation sanguine s&rsquo;est nettement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Si elles n&rsquo;\u00e9taient pas dans l&rsquo;eau, on verrait ses mains luisantes de moiteur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Danke sch\u00f6n\u00a0\u00bb r\u00e9pond le philosophe. Elle rit dans sa bouche. Il se demande bien pourquoi le tissu de son bermuda arbore comme avec orgueil deux grosses fleurs fuchsia, l&rsquo;une sur la cuisse gauche, l&rsquo;autre sur la fesse droite.<\/p>\n<p>Comme la dame sourit, mais de nouvelle mani\u00e8re, lui ne pense plus qu&rsquo;au mot de la couleur fuchsia.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\"><a href=\"..\/heidegger-a-la-plage-5\">suivant<\/a><\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une suite de textes (\u00e0 ne pas confondre avec Martin \u00e0 la mer) sur le philosophe en vacance 1&#8211;2&#8211;3&#8211;4&#8211;5&#8211;6&#8211;7&#8211;8&#8211;9&#8211;10&#8211;11&#8211;12 &nbsp; La vie \u00e0 la plage, que d\u00e9couvre le philosophe, qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 adepte des rivages lacustres de sa Konstanz natale, pas plus enfant qu&rsquo;adulte d&rsquo;ailleurs, ni c\u00e9libataire qu&rsquo;\u00e9pous\u00e9, p\u00e8se toute une s\u00e9rie de contraintes&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,3664,1056],"tags":[1021,3281,391,627,3670,667,1438,1678],"class_list":["post-15717","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-heidegger-a-la-plage","category-poesies","tag-femme","tag-martin-heidegger","tag-mediterranee","tag-mer","tag-nage","tag-plage","tag-rencontre","tag-vieillesse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15717","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15717"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15717\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16594,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15717\/revisions\/16594"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15717"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15717"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15717"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}