{"id":14684,"date":"2022-03-17T12:45:22","date_gmt":"2022-03-17T10:45:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=14684"},"modified":"2024-05-12T14:02:30","modified_gmt":"2024-05-12T12:02:30","slug":"ces-trois-journees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/ces-trois-journees\/","title":{"rendered":"Ces trois journ\u00e9es<br \/><font size=3>[Montpelli\u00e9rain]<\/font>"},"content":{"rendered":"<p><center><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/J1920x1080-09035-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" class=\"size-medium wp-image-18303\" srcset=\"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/J1920x1080-09035-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/J1920x1080-09035-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/J1920x1080-09035-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/J1920x1080-09035-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/J1920x1080-09035-850x478.jpg 850w, https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/J1920x1080-09035.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/center><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>Microfiction de la s\u00e9rie <em><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/residences\/\">R\u00e9sidences<\/a><\/em>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y avait plus aucun train circulant, et encore moins sur les lignes secondaires. J&rsquo;avais d\u00fb me rabattre sur les \u00ab\u00a0services\u00a0\u00bb de location de passage dans les voitures, sur des routes et autoroutes pratiquement satur\u00e9es.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais r\u00e9ussi \u00e0 me d\u00e9placer, mais \u00e0 quel prix ! Malgr\u00e9 son aspect pratique, voyager de la sorte comporte des inconv\u00e9nients, non le moindre \u00e9tant de se retrouver confin\u00e9 le temps du voyage (dans mon cas une bonne demi-journ\u00e9e) dans l&rsquo;habitacle d&rsquo;une voiture o\u00f9 des tensions peuvent vite se faire jour. Sinon c&rsquo;est un silence assourdissant, soulign\u00e9 par la conduite du chauffeur, plus ou moins \u00e0 votre go\u00fbt. Et si, comme dans mon cas, il s&rsquo;agissait de prendre l\u2019autoroute, il s&rsquo;agissait de prier pour qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de brutes conditions m\u00e9t\u00e9orologiques, de circulation infernale ou de difficultueux trajets : j&rsquo;accumulai les trois.<\/p>\n<p>Je devais changer de voiture plusieurs fois, tant mon trajet \u00e9tait long (traverser tout le pays, avec bien des zigzags qui ne nous int\u00e9ressent pas ici) pour arriver ici. Cela me prit trois jours quasiment, et je changeai sept fois de v\u00e9hicule ; la derni\u00e8re fois fut lorsqu&rsquo;\u00e0 Clermont-Ferrand nous devions affronter le dernier tron\u00e7on d&rsquo;autoroute et o\u00f9, dans l&rsquo;ascension au col des Issartets en Loz\u00e8re (1121m) s&rsquo;abattit une lourde et \u00e9paisse brume, ne laissant aucune opportunit\u00e9 d&rsquo;insouciance.<\/p>\n<p>Le chauffeur \u00e9tait DJ dans une bo\u00eete de la c\u00f4te, il y rentrait. Il fut extr\u00eamement r\u00e9ticent \u00e0 toute parole voire \u00e0 tout langage jusqu&rsquo;\u00e0 une pause que nous f\u00eemes sur une aire perdue au milieu du Cantal. Lorsqu&rsquo;il apprit que j&rsquo;\u00e9tais musicienne (et que me rendais l\u00e0 pour un concert), il devint subitement tout aussi r\u00e9ticent au silence, sinon plus encore. Et nous d\u00fbmes ainsi \u00e9changer laborieusement des paroles dont je ne croyais pas le tra\u00eetre mot (je parle des miennes) ou ne m&rsquo;int\u00e9ressaient pas du tout, du tout (les siennes).<\/p>\n<p>La descente devant le mur mouvant de brume et dans le trafic dense, ralenti par elle, fut \u00e9pique. J&rsquo;eus tr\u00e8s peur et ne fus pas f\u00e2ch\u00e9 quand nous parv\u00eenmes finalement \u00e0 Saint-Jean-des-V\u00e9das. \u00c9videmment, il me laissa en p\u00e9riph\u00e9rie de la ville, car on ne sait jamais ce qu&rsquo;elle a r\u00e9serv\u00e9 encore comme sens unique, impasse, nouveaux travaux induisant de nouvelles bretelles, de nouveaux ronds-points, de nouvelles terres arrach\u00e9es au paysage ou \u00e0 l&rsquo;agricole. Car telle est la Ville.<\/p>\n<p>2. Contraint d&rsquo;aboutir ici, dans ce faux bout du monde, cet organisme dans lequel r\u00e9curremment je me perds, je me d\u00e9glutis, je me vomis. \u00catre tremblant qui ne cesse de grossir, grandir, s&rsquo;\u00e9tendre en toute direction.<\/p>\n<p>Jamais n&rsquo;ai-je vu une ville si r\u00e9tive et pourtant si vive : constamment en mouvement, tourbillon de ciment asphalte et ferrailles voltigeant, spiralant comme un poulpe &#8211; sans la gr\u00e2ce &#8211; autour d&rsquo;elle, de voltes en virevoltes, brisant et d\u00e9truisant ses environs et parages, arasant d&rsquo;elle tout autour. En un mot comme en cent, je n&rsquo;aime pas la ville. Je me suis toujours perdu en elle, pour ce qui concerne l&rsquo;\u00e9norme r\u00e9seau de varices et varicelles qui la bordent, et pour ce qui est du centre historique : il pourrait \u00eatre beau s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9volu \u00e0 ce point \u00e0 la prostitution. Je l&rsquo;ai quitt\u00e9e malade, et malade je la retrouve. Ce n&rsquo;est pas une ode \u00e0 elle d\u00e9di\u00e9e que j&rsquo;\u00e9cris ici, et je suis d\u00e9j\u00e0 trop long.<\/p>\n<p>Je me suis perdue une nouvelle fois, entre les Antigone, les Ph\u00e8dre, les Pers\u00e9phone o\u00f9 je ne sais quel absurde quartier au nom antique, tout ces salamalecs n\u00e9oclassiques pourquoi, vendre camelote ? Quand des villes aussi belles et anciennes croupissent dans des flaques \u00e0 moustiques, Agde, N\u00eemes, Perpignan ? Sans parler des petites perles \u00e9grain\u00e9es le long de la c\u00f4te, mais je n&rsquo;ai pas le temps pour \u00e7a. Face \u00e0 Marseille m\u00eame, elle ne fait aucun poids ; et m\u00eame Nice poussi\u00e9reuse et bien matraqu\u00e9e, vieille pute finissante, ou Toulon d\u00e9catie, dans ses effets l\u00e9gionnaires, militaires, pr\u00e9sentent plus d&rsquo;attrait \u00e0 mes yeux que cette classieuse revenante p\u00e9trie d&rsquo;ambition et de va-t-en-dire.<\/p>\n<p>(Durant quelques ann\u00e9es de ma vie, pour des raisons professionnelles, puis amicales, j&rsquo;ai fr\u00e9quent\u00e9 la ville : d&rsquo;abord le centre historique, autour du P\u00e9rou, puis, plus souvent, dans l&rsquo;entreterre, \u00e0 Prades-le-Lez. J&rsquo;ai aim\u00e9 cette ville, c&rsquo;est vrai, et tout ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sentait \u00e0 mes yeux \u00e9tait nouveau. Ce n&rsquo;\u00e9tait certes pas &#8211; justement &#8211; B\u00e9ziers ou Narbonne !<\/p>\n<p>3. Mais quinze ce n&rsquo;est rien, \u00e7a ne compte pour rien dans la vie d&rsquo;une ville ; c&rsquo;est le temps ici de gagner 70000 habitants, par exemple dans les ann\u00e9es 60, ou plus r\u00e9cemment, une nouvelle fois, dans les ann\u00e9es 2000. Si bien que je me demande : de quelle nature peut bien \u00eatre la soci\u00e9t\u00e9 de cette ville ?<\/p>\n<p>Mais me voil\u00e0 de nouveau \u00e0 Odysseum (!), boulevard P\u00e9n\u00e9lope (s\u00e9rieusement ?), et je dois retrouver l&rsquo;un de mes chauffeurs pour S\u00e8te sur le parking du McDonald&rsquo;s. Et je l&rsquo;y retrouve, Sergine, soixante-et-onze ans, Ford Puma bleu carm\u00e9lite (?), un petit SUV urbain hybride, officiellement \u00e0 la retraite, mais toujours active consulting en d\u00e9veloppement durable aupr\u00e8s d&rsquo;entreprises financiaris\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je dois aller \u00e0 M\u00e8ze pour rencontrer un client, je vous laisserai au rond-point du port, \u00e7a ira.\u00a0\u00bb Oui tr\u00e8s bien. \u00ab\u00a0J&rsquo;attendais un jeune homme, mais il vient de me dire qu&rsquo;il n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 arriver \u00e0 cause des retards dus \u00e0 la gr\u00e8ve\u00a0\u00bb. D&rsquo;accord. \u00ab\u00a0Comme \u00e7a vous \u00eates musicienne ?\u00a0\u00bb Tout \u00e0 fait. \u00ab\u00a0Voil\u00e0.\u00a0\u00bb Merci.<\/p>\n<p>Me voil\u00e0 (sur le rond-point devant le port) \u00e0 S\u00e8te&#8230; enfin \u00e0 Frontignan, sur la D2ED, on dirait le nom d&rsquo;un dro\u00efde ou d&rsquo;une formation post-bac. Je dois encore me taper trois kilom\u00e8tres et six cents m\u00e8tres, d&rsquo;apr\u00e8s mon t\u00e9l\u00e9phone, et j&rsquo;h\u00e9site \u00e0 marcher ou \u00e0 faire du stop, mais j&rsquo;opte finalement pour la marche \u00e0 pied.Je suis les indications de l&rsquo;application et traverse deux fois l&rsquo;eau, pour arriver finalement l\u00e0 o\u00f9 je vais r\u00e9sider quelques jours.<\/p>\n<p>Je dois r\u00e9cup\u00e9rer la clef de l&rsquo;appartement dans un bar dans la rue des 3 journ\u00e9es, que je trouve facilement. \u00ab\u00a0Ah c&rsquo;est vous l&rsquo;amie de Manou ?\u00a0\u00bb C&rsquo;est \u00e7a. \u00ab\u00a0Voici les clefs.\u00a0\u00bb Merci, je vais prendre un caf\u00e9. \u00ab\u00a0Tout de suite\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi d\u00e9but\u00e8rent, pour moi aussi, ces trois journ\u00e9es.<\/p>\n<p>4. L&rsquo;appartement est en fait une minuscule maison, coinc\u00e9e entre deux maisons plus grandes, de facture plus classiques. Celle-ci semblait avoir \u00e9t\u00e9 rajout\u00e9e apr\u00e8s, construite de mani\u00e8re abusive sur un ancien terrain vague, peut-\u00eatre, ou bien abandonn\u00e9e dans son \u00e9lan \u00e0 un \u00e9tage inf\u00e9rieur. Au rez-de-chauss\u00e9e, des tommettes (c&rsquo;est la premi\u00e8re chose que j&rsquo;ai vue) et la cuisine avec un mauvais wc dans un angles. Au-dessus, l\u00e0 o\u00f9 je dormirais, une pi\u00e8ce \u00e0 votre, divis\u00e9e maladroitement par des tentures de velours. Le repaire de musicien, donc.<\/p>\n<p>Trois concerts exceptionnels, dans le cadre d&rsquo;un festival, un \u00e0 S\u00e8te, et deux dans des bleds autour. Une occasion en or. Que des standards. Pas besoin de t&#8217;emmerder, tu peux m\u00eame venir en train. Il y aura une batterie sur place, la m\u00eame les trois soirs, un type d&rsquo;ici en a une comme la tienne, sauf qu&rsquo;elle a l&rsquo;air en meilleur \u00e9tat !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>5. C&rsquo;est ce que je me rappelais de la conversation avec Tom, le type qui m&rsquo;a invit\u00e9e.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est tout ce que j&rsquo;avais. Des baguettes dans mon sac-\u00e0-dos. J&rsquo;avais attach\u00e9 la clef \u00e0 mon trousseau comme je descendais la rue. J&rsquo;\u00e9tais retourn\u00e9e au bar. Je lui ai demand\u00e9 le plus simple chemin pour aller \u00e0 Gigean. Comme il \u00e9tait encore t\u00f4t, et qu&rsquo;il faisait beau, j&rsquo;\u00e9coutais distraitement les indications de la barmaid, comme celles des t\u00e9l\u00e9phones et applications ; je voyais la carte et je me disais que je pourrais faire \u00e0 pied le trajet, je compulsais l&rsquo;\u00e9cran : m\u00eame l&rsquo;itin\u00e9raire p\u00e9destre \u00e9tait propos\u00e9 !<\/p>\n<p>Je me mis alors en route, je pris tout de m\u00eame un bus pour sortir de l&rsquo;agglom\u00e9ration, et aller au moins aux portes de Balaruc.<\/p>\n<p>Une fois assur\u00e9e d&rsquo;\u00eatre isol\u00e9e, loin des emmerdeurs et des bagnoles, je me mis en route, heureuse d&rsquo;aller \u00e0 contre-courant, dans cette terre saum\u00e2tre, ouverte aux vents et h\u00e9sitante quant \u00e0 sa nature. Lorsque je longeai les champs, puis d\u00e9couvrai, \u00e9mue, de vieilles b\u00e2tisses de ferme abandonn\u00e9es (hangars, \u00e9tables ou bergeries, mais aussi logements), je m&rsquo;assis sur un banc de pierre, et d\u00e9cidai de d\u00e9guster le sandwiche que j&rsquo;avais achet\u00e9 auparavant.<\/p>\n<p>Requinqu\u00e9e je repris ma route. J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 mi-hauteur d&rsquo;une colline [massif de la Gardiole, nde] et bient\u00f4t serai \u00e0 son sommet. Je me d\u00e9lectai des paysages, p\u00e9n\u00e9trai dans les capitelles qui restaient, humant la garrigue, et je prenais mon temps, tr\u00e8s nettement. Des nuages vinrent recouvrir le petit soleil, qui d&rsquo;ailleurs descendait rapidement.<\/p>\n<p>C&rsquo;est que je n&rsquo;avais pas calcul\u00e9 que le terrain serait \u00e0 ce point humide. Je peinais \u00e0 marcher dans les salicornes, des trous cach\u00e9s happaient bient\u00f4t chacun de mes pas. Ce n&rsquo;\u00e9taient plus les d\u00e9tours d&rsquo;une ville, mais les m\u00e9andres d&rsquo;une saline ! Et je<\/p>\n<p>[la fin manque.]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Microfiction de la s\u00e9rie R\u00e9sidences. &nbsp; Il n&rsquo;y avait plus aucun train circulant, et encore moins sur les lignes secondaires. J&rsquo;avais d\u00fb me rabattre sur les \u00ab\u00a0services\u00a0\u00bb de location de passage dans les voitures, sur des routes et autoroutes pratiquement satur\u00e9es. J&rsquo;avais r\u00e9ussi \u00e0 me d\u00e9placer, mais \u00e0 quel prix ! 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