{"id":12558,"date":"2017-05-15T16:19:03","date_gmt":"2017-05-15T14:19:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=12558"},"modified":"2017-06-15T17:47:35","modified_gmt":"2017-06-15T15:47:35","slug":"jurassique-residence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/jurassique-residence\/","title":{"rendered":"Jurassique r\u00e9sidence"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>En r\u00e9sidence dans le Jura, je propose trois volets diff\u00e9rents d&rsquo;\u00e9criture\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/journal-de-residence-dans-le-jura\/\">1. le journal<\/a> ; <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/dictionnaire-sensible-du-territoire-du-haut-jura\/\">2. le dictionnaire sensible du territoire<\/a> ; <strong>3. Le texte <em>R\u00e9sidence<\/em><\/strong>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Toujours difficile de s&rsquo;y mettre, tourner autour du pot, d\u00e9layer, reporter, partir d&rsquo;ailleurs, voil\u00e0 je m&rsquo;attelle \u00e0 mon texte jurassien<sup class='footnote'><a href='#fn-12558-1' id='fnref-12558-1' onclick='return fdfootnote_show(12558)'>1<\/a><\/sup>. Mais la question demeure : par o\u00f9 commencer<sup class='footnote'><a href='#fn-12558-2' id='fnref-12558-2' onclick='return fdfootnote_show(12558)'>2<\/a><\/sup> ?<\/p>\n<p>Pour rire (c&rsquo;est-\u00e0-dire pour d\u00e9tourner l&rsquo;attention, <em>d\u00e9r\u00e9sider<\/em>, <em>d\u00e9sider<\/em>), j&rsquo;adoptai une forme proche de celle du dictionnaire, alphab\u00e9tique, qui rappelait le travail effectu\u00e9 avec les habitants (<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/dictionnaire-sensible-du-territoire-du-haut-jura\/\">le \u00ab dictionnaire sensible du territoire \u00bb<\/a>). Puis je composais une esp\u00e8ce de br\u00e9viaire<sup class='footnote'><a href='#fn-12558-3' id='fnref-12558-3' onclick='return fdfootnote_show(12558)'>3<\/a><\/sup> autour de la notion de r\u00e9sider provisoirement dans un territoire comme e Haut-Jura.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font size=\"1\"><strong><em>(RESIDENCE : domicile temporaire, ici entendue.)<\/em><\/strong><\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Jalons<\/h2>\n<p>Dans <em>Bornes<\/em> (\u00e0 para\u00eetre, textes pr\u00e9paratoires sur <a href=\"http:\/\/remue.net\/spip.php?rubrique692\" target=\"_blank\">Remue.net<\/a>), je pose les jalons qui me serviront, ult\u00e9rieurement, \u00e0 \u00e9tablir un certain campement \u00e9pist\u00e9mologique, et \u00e9ventuellement \u00e0 promouvoir une recherche personnelle, litt\u00e9raire ou \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Avec <em><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/publications\/genove-villes-epuisees\/\">GEnove<\/a><\/em>, je proposais une <em>autog\u00e9ographie<\/em>, concept qui porterait par la suite l\u2019ensemble de mes textes \u201cterritoriaux\u201d et qui tous, finalement, tentent de r\u00e9pondre \u00e0 la question : \u00ab\u00a0pourquoi (comment) habiter ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Avec ce texte, <em>R\u00e9sidence<\/em> (titre provisoire ?), qui fait \u00e9cho \u00e0 un autre \u00e9crit en cours intitul\u00e9 <em>Permanence<\/em> (sur mon lien \u00e0 l\u2019Italie, ici publi\u00e9s sous le nom de travail de <em><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?s=la+fin+des+italies\">La fin des Italies<\/a><\/em>), je fais feu de deux bois principaux : la trajectoire globale de mon travail sur l\u2019espace, initi\u00e9 il y a de nombreuses ann\u00e9es, laquelle sert de caisse de r\u00e9sonance \u00e0 une r\u00e9sidence d\u2019\u00e9criture effectu\u00e9e \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.sautefrontiere.fr\/\" target=\"_blank\">Maison transjurassienne de la po\u00e9sie<\/a>, \u00e0 Saint-Claude, territoire du Haut-Jura, dans le d\u00e9partement \u00e9ponyme.<\/p>\n<p>\u00c0 cette occasion, je proposais \u00e0 divers participants la r\u00e9daction collective d\u2019un \u00ab\u00a0dictionnaire sensible\u00a0\u00bb (un ensemble de textes personnels, singuliers, subjectifs, sur ce territoire, textes de tous genres possibles et ordonn\u00e9s alphab\u00e9tiquement).<\/p>\n<p>La notion d\u2019auteur se dissolvait naturellement dans l\u2019entreprise, et son succ\u00e8s d\u00e9pendrait \u00e9galement de la dynamique \u00e9ditoriale que nous aurions propuls\u00e9 notamment gr\u00e2ce \u00e0 un site internet. Ce projet est toujours en cours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Un espace-temps<\/h2>\n<p>J\u2019\u00e9tais donc en r\u00e9sidence \u00e0 la Maison de la po\u00e9sie, et j\u2019y d\u00e9barquais (apr\u00e8s un premier saut de rep\u00e9rage en octobre 2016) en janvier 2017, alors qu\u2019elle \u00e9tait sous la neige, puis je la quittais en juin de la m\u00eame ann\u00e9e, alors que le frais printemps commen\u00e7ait \u00e0 c\u00e9der devant l\u2019\u00e9t\u00e9 continental.<\/p>\n<p>J\u2019y vins dans un contexte fort singulier \u2014\u00a0moi-m\u00eame \u00e9tant en constant va-et-vient entre l\u2019Italie et la France\u00a0\u2014 en pleine correction laborieuse des \u00e9preuves de <em>GEnove<\/em>, dans le temps de l\u2019hiver neigeux, au moment de la campagne pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Toutes ces circonstances, \u00e0 quoi on peut ajouter : 1. que ma voiture a d\u00e9cid\u00e9 de mourir pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Saint-Claude ; 2. que la r\u00e9sidence \u00e0 la Maison de la po\u00e9sie est une r\u00e9sidence particuli\u00e8rement domestique \u2014 chez l\u2019habitante, toutes ces circonstances ont contribu\u00e9 \u00e0 faire de mon s\u00e9jour une dr\u00f4le de bulle spatio-temporelle, en contraste flagrant avec d&rsquo;autres espaces-temps, mes autres espaces-temps.<\/p>\n<p>La situation singuli\u00e8re de l\u2019Arc jurassien (cf. le texte <em>Terra<\/em>), sur\u00e9lev\u00e9e, isol\u00e9e, frontali\u00e8re, accentuant cette impression, je d\u00e9cidais ainsi de consid\u00e9rer cette r\u00e9sidence comme un retrait <em>au bord du monde<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois <em>\u00e0 l\u2019\u00e9cart<\/em> (je m\u2019isolais des discussions et de l\u2019agitation de mes villes), et <em>en surplomb<\/em>, ce dernier permettant d\u2019avoir le recul n\u00e9cessaire pour la m\u00e9ditation et l\u2019\u00e9criture qui prendrait alors l\u00e0 racine. Ce <em>retrait<\/em> \u00e9tait de plus caract\u00e9ris\u00e9 par un certain <em>retard<\/em> qui est plus d\u00fb au <em>d\u00e9lai<\/em> n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9flexion\/m\u00e9ditation (\u00e0 l\u2019hiver) qu\u2019au <em>retardement<\/em> impos\u00e9 par l\u2019urgence ou l\u2019action (au printemps<sup class='footnote'><a href='#fn-12558-4' id='fnref-12558-4' onclick='return fdfootnote_show(12558)'>4<\/a><\/sup>). <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9tranger<\/h2>\n<p>C\u2019est ainsi que je me suis pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 mes interlocuteurs, non seulement parce que c\u2019\u00e9tait le cas \u2014\u00a0je ne suis pas Jurassien, et, de plus, je n\u2019habite plus en France \u2014 mais aussi afin de les inciter \u00e0 m&rsquo;exposer par le sentiment ou le raisonnement et, pour tout dire, \u00e0 leur donner une aise, une confiance qui leur permette de se confier \u00e0 moi.<\/p>\n<p>Par cette position d\u2019\u00e9tranger, je d\u00e9sirais aussi marquer ma diff\u00e9rence, non seulement comme visiteur ext\u00e9rieur, mais \u00e9galement comme visiteur temporaire, enfin comme r\u00e9sident \u00e9ventuellement critique : je ne serais pas l\u2019un des leurs. Cette position a parfois \u00e9t\u00e9 mal comprise, et d\u2019ailleurs on comprend cette incompr\u00e9hension, mais je l\u2019assume. Cela faisait partie de ce qu\u2019on pourrait appeler le dispositif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>S\u00e9dimenter<\/h2>\n<p>Une fois l\u00e0, une fois reclus sur cette \u00eele, je me mis \u00e0 me promener, m\u00e9diter, rencontrer les habitants, et \u00e9crire.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 la force symbolique du Jura dans l\u2019inconscient collectif mondial (il n\u2019y a pas beaucoup de d\u00e9partements dont le nom se retrouve dans le titre d\u2019un film \u00e0 succ\u00e8s d\u2019un r\u00e9alisateur am\u00e9ricain), je songeais \u00e0 construire mon discours sous forme de <em>strates<\/em>, les strates <em>\u00e9pist\u00e9mog\u00e9ologiques<\/em> qui construisent un territoire et qui sont ici directement visibles dans le paysage jurassique.<\/p>\n<p>Je laissais donc s\u00e9dimenter, sur le temps de la r\u00e9sidence, chacun des th\u00e8mes, depuis la roche (<em>Terra<\/em>), jusqu\u2019au politique (<em>Civitas<\/em>), puisque je quitt(er)ais justement le Jura  au moment des \u00e9lections l\u00e9gislatives, interrogeant \u00e0 chaque \u00e9tage les tenants et les aboutissants de ce que signifiait \u2014 tr\u00e8s justement \u2014 <em>r\u00e9sider<\/em>.<\/p>\n<p>Ces \u00e9tages ou strates sont, fonctionnellement, et peut-\u00eatre un peu trop m\u00e9caniquement, abstraitement d\u00e9sign\u00e9s comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Terra<\/strong> ou l\u2019\u00e9tage des temps g\u00e9ologiques, il questionne la notion m\u00eame de la s\u00e9dimentation, de la m\u00e9moire, du fossile, et, sans doute aussi peut-\u00eatre, sur la nature calcaire de mon travail.<\/li>\n<li><strong>Humus<\/strong> ou l\u2019histoire du sol comme matrice \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une pens\u00e9e comme d\u2019une forme, et la n\u00e9cessaire question de l\u2019habiter \u2014\u00a0habiter o\u00f9, habiter comment, habiter pourquoi ?<\/li>\n<li><strong>Silva<\/strong> concerne \u00e0 la fois le Jura et \u00e0 la fois : non. Jura vient du bas-latin <em>juria<\/em> qui signifie \u00ab\u00a0for\u00eat de montagne\u00a0\u00bb : la for\u00eat de montagne, ici, est l\u2019essentiel du paysage\/territoire. Cette for\u00eat (<em>silva<\/em>) abrite tout le sauvage, tout l\u2019indompt\u00e9, l\u2019\u00e9tranger, le diff\u00e9rent, le monstrueux, c\u2019est-\u00e0-dire tout l&rsquo;inconscient qui permet \u00e0 ce pays de \u00ab\u00a0se tenir\u00a0\u00bb.<\/li>\n<li><strong>Ager<\/strong> d\u00e9signe toute la partie transitoire entre <em>Silva<\/em> et <em>Urbs<\/em>, entre le sauvage et la cit\u00e9 ; ailleurs (<em>GEnove<\/em>) j\u2019ai eu recours au terme grec de <em>Ch\u00f4ra<\/em>, qui avec <em>Astu<\/em> (la ville, donc <em>Urbs<\/em> ci-dessous) forme la <em>Polis<\/em> (donc <em>Civitas<\/em>, ci-dessous aussi) ; ici j\u2019explore cet entre-deux, tant\u00f4t friche, tant\u00f4t champ ou p\u00e2ture, tant\u00f4t zone rud\u00e9rale, ruine ou chantier&#8230;<\/li>\n<li><strong>Urbs<\/strong> pose les limites de la soci\u00e9t\u00e9 dans les murs de la ville ; plusieurs types de villes sont ainsi d\u00e9crits : Saint-Claude comme miroir de G\u00eanes ; G\u00eanes comme miroir de Marseille ; Marseille comme miroir de la Haute-Provence ; la Haute-Provence comme miroir du Jura.<\/li>\n<li><strong>Civitas<\/strong> est une r\u00e9flexion libre sur la situation politique dans les territoire au regard des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et l\u00e9gislatives : ce n\u2019est pas un discours partisan (ce n\u2019est donc ni un jugement, ni un pros\u00e9lytisme), mais un constat li\u00e9 \u00e0 la g\u00e9ographie et \u00e0 la sociologie.<\/li>\n<p>L\u2019un de ces textes (ici d\u00e9sign\u00e9 sous le chapitre <em>Humus<\/em>, originellement intitul\u00e9 <em><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-mort-a-la-plage\/\">La mort \u00e0 la plage<\/a><\/em>), a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la revue <em>Talweg<\/em> #4, et ne concerne pas le Jura ; si la r\u00e9sidence jurassienne sert de clef g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration des textes et du recueil, tous ne le d\u00e9signent pas directement. Il en va ainsi d\u2019<em>Ager<\/em> (lui-m\u00eame compos\u00e9 d&rsquo;approfondissements qui avaient d\u00e9bord\u00e9 leur cadre initial, dans <em>Bornes<\/em>) et de <em>Civitas<\/em>.<\/p>\n<p>Les mots-notions sont compos\u00e9s et dispos\u00e9s sous la forme d\u2019un br\u00e9viaire personnel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-12558'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-12558-1'>En r\u00e9sidence dans le Jura, \u00e0 la <a href=\"http:\/\/www.sautefrontiere.fr\/\" target=\"_blank\">Maison de la Po\u00e9sie de Cinqu\u00e9tral\/Saint-Claude<\/a>, Haut-Jura m\u00eame, d\u00e9partement du massif du m\u00eame.  <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-12558-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-12558-2'> La neige*, le froid, la montagne, la solitude, la non-solitude, l&rsquo;\u00e9loignement, voil\u00e0 ce \u00e0 quoi j&rsquo;attribuais mon d\u00e9lai, mon retard. Un ami m&rsquo;avait pr\u00e9venu. Tu verras, ce n&rsquo;est pas toujours \u00e9vident. D&rsquo;abord, je retardais. D&rsquo;abord, je d\u00e9layais. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-12558-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-12558-3'> Inspir\u00e9, aussi, je m&rsquo;en rends compte maintenant, de la forme du <em>Plaisir du texte<\/em> de Barthes, qui m&rsquo;aura un peu servi (m&rsquo;aura servi de ce texte sa volte-face : derri\u00e8re le structuraliste se cache un homme ; derri\u00e8re la structure, il y a du sang et du nerf) pour les ateliers avec les habitants. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-12558-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-12558-4'> La saison aurait son mot \u00e0 dire. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-12558-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En r\u00e9sidence dans le Jura, je propose trois volets diff\u00e9rents d&rsquo;\u00e9criture\u00a0: 1. le journal ; 2. le dictionnaire sensible du territoire ; 3. 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