{"id":11489,"date":"2017-07-01T06:01:50","date_gmt":"2017-07-01T04:01:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=11489"},"modified":"2025-08-06T23:01:01","modified_gmt":"2025-08-06T21:01:01","slug":"avalanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/avalanche\/","title":{"rendered":"<i>Avalanche. Prince, une fiction<\/i>"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Suite de la s\u00e9rie initi\u00e9e avec <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/publications\/local-heros\/\"><em>Local h\u00e9ros<\/em><\/a>, et <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/un-de-ces-jours\/\"><em>Un de ces jours<\/em><\/a>, fictiographie sur la musique populaire : <strong>Prince<\/strong>..<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><font color=\"#990000\">Donne<\/font><\/h3>\n<p>Cet exercice \u2014 comme les deux autres, \u00e9crits en quelques journ\u00e9es dans une parenth\u00e8se \u2014 a d\u00e9but\u00e9 en fait (dans la th\u00e9orie) d\u00e9j\u00e0 avant <em>Local h\u00e9ros<\/em>. Il a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9 net le 21 avril 2016, lorsque Prince est d\u00e9c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>Je crois que c&rsquo;est l&rsquo;unique fois o\u00f9 j&rsquo;ai pleur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;annonce du d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;un personnage m\u00e9diatique. J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 la fois sous le coup de la stupeur et sous celui de la tristesse.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, <del datetime=\"2024-01-07T05:35:32+00:00\">cinq ans<\/del>beaucoup d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s, je reprends le chantier, l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait rest\u00e9, ouvert, b\u00e9ant. Du temps a pass\u00e9, certes, et la vie a port\u00e9 son lot de malheurs et de bonheurs.<\/p>\n<p>Quel est le probl\u00e8me de Prince (je veux dire d&rsquo;un point de vue conceptuel) ? D&rsquo;abord je crus \u00e0 une esp\u00e8ce de fr\u00e9n\u00e9sie hyst\u00e9rique produisant de fa\u00e7on compulsive (il est <em>incontinent<\/em>, dit Gilles Amiel de M\u00e9nard), sans plan et sans ordre. Je me permettais de penser que l&rsquo;\u0153uvre avait un d\u00e9faut originel, d\u00fb peut-\u00eatre \u00e0 un exc\u00e8s de g\u00e9nie, de talent ou de facilit\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui je ne pense plus tout \u00e0 fait comme \u00e7a, mais je ne sais pas bien comment l&rsquo;expliciter, aussi me d\u00e9dierai-je et m&rsquo;en remettrai-je au pouvoir de la fiction.<\/p>\n<p>De ce point de vue-l\u00e0, aussi (c\u2019est li\u00e9, vous verrez), j&rsquo;ai d\u00fb ajuster le tir (pas seulement l&rsquo;adapter \u00e0 cette \u0153uvre en particulier). Avec Knopfler, je travaillais grosso modo sur trois albums de Dire Straits ; avec Pink Floyd, je m\u2019int\u00e9resse plus pr\u00e9cis\u00e9ment aux sept premiers albums. Avec Prince, on ne peut pas nier que, s&rsquo;il y a une vari\u00e9t\u00e9 de styles, il y a tout de m\u00eame une unit\u00e9 cr\u00e9ative (Prince himself). Si je consid\u00e9rais l&rsquo;\u0153uvre \u00e0 pr\u00e9sent compl\u00e8te, ce sont 39 albums anthumes, plus une demi-douzaine publi\u00e9s anonymement (NPG, NPG Orchestra et Madhouse), soit un total de 45 albums en 38 ans de carri\u00e8re. Le site Prince Vault recense, 1484 chansons enregistr\u00e9es, et sur la seule p\u00e9riode qui nous int\u00e9resse, ce sont d\u00e9j\u00e0 plus de 350 titres. C&rsquo;\u00e9tait trop pour un seul livre !<\/p>\n<p>Puis je me suis dit que la t\u00e2hce \u00e9tait de traduire la r\u00e9ception de Prince, au travers de la singularit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture, donc j&rsquo;\u00e9tais de toute mani\u00e8re \u00ab\u00a0mouill\u00e9\u00a0\u00bb ; et si je divisais la carri\u00e8re de Prince en deux ? On y trouve objectivement deux \u00e8res : le succ\u00e8s jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;envenimation avec la Warner ; la p\u00e9riode de l&rsquo;\u00e9mancipation avec une relative indiff\u00e9rence m\u00e9diatique et publique. Comme par hasard, cette charni\u00e8re a lieu pile au milieu, en 1996 (sorti d&rsquo;<em>\u00c9mancipation<\/em>). Et comme par hasard je me suis mis \u00e0 \u00e9couter <i>vraiment<\/i> Prince avec <em>Diamants et perles<\/em> (1991) et son double <em>Symbole d&rsquo;amour<\/em>, \u00e0 la jointure de ces deux \u00e8res.<\/p>\n<p>Donc ce livre pourrait avoir deux parties, une pr\u00e9mancipation et une post\u00e9mancipation, avec le symbole comme&#8230; manifeste : O(+> .Mais \u00e9videmment, la seconde p\u00e9riode, plus turbulente, plus secr\u00e8te en m\u00eame temps, me para\u00eet beaucoup plus int\u00e9ressante, et je me cantonnerai \u00e0 elle. Il est \u00e9vident que Prince demeure une \u00e9nigme pour beaucoup, un inconnu pour tous. Plus personne ne l&rsquo;\u00e9coute depuis <em>Pluie lavande<\/em>, ou, au mieux, la p\u00e9riode que je viens d&rsquo;indiquer : <em>Cr\u00e8me<\/em>\/<em>Charmante salope<\/em> (album <em>Symbole d&rsquo;amour<\/em>, 1992). C&rsquo;\u00e9tait il y a trente ann\u00e9es, et c&rsquo;est quand il m&rsquo;a intrigu\u00e9, quand j&rsquo;ai t\u00e2ch\u00e9 de le comprendre et appris \u00e0 le conna\u00eetre &#8212; jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aimer au point de pleurer le jour de sa mort, n&rsquo;est-ce pas ? <\/p>\n<p>La p\u00e9riode qui s&rsquo;\u00e9tend de 1996 a sa mort est la plus productive : 22 albums, que personne n&rsquo;\u00e9coute : <em>Boule de cristal<\/em> (1998, en v\u00e9rit\u00e9 une compilation d&rsquo;in\u00e9dits), <em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em> (1998), <em>La Crypte : Vieux amis \u00e0 vendre<\/em> (1999, autre compilation de plus ou moins in\u00e9dits), <em>D\u00e9lire 2 joie fantastique<\/em> (1999), <em>Les enfants arc-en-ciel<\/em> (2001), <em>Nuite Seul&#8230;<\/em> (2002), <em>Xpectation<\/em> (2003), <em>N.E.O.S.<\/em> (2003), <em>L&rsquo;invasion Chocolat<\/em> (2004), <em>L&rsquo;abattoir<\/em> (2004), <em>Musicologie<\/em> (2004), <em>3121<\/em> (2006), <em>Plan\u00e8te Terre<\/em> (2007), <em>Fl3ur2lotus<\/em> (2009), <em>MPLSon<\/em> (2009), <em>20Dix<\/em> (2010), <em>Plectrumelectrum<\/em> (2014), <em>L&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;art officiel<\/em> (2014), <em>FRAPP&#038;COURS Phase Un<\/em> (2015), <em>FRAPP&#038;COURS Phase Deux<\/em> (2015). Plus trois live officiels (les premiers de sa carri\u00e8re, alors qu&rsquo;on conna\u00eet son potentiel sc\u00e9nique) : <em>Nuite seul&#8230; en concert<\/em>, <em>Delacroix<\/em>, <em>Nuits indigo<\/em> ! \u00c0 quoi s&rsquo;ajoutent toutes les c\u00e9l\u00e9brations, nombreuses, qui ont lieu alors, entre l&rsquo;intronisation au R&rsquo;n&rsquo;r Hall of Fame en 2004, et les deux s\u00e9ries de concerts \u00e0 Montreux en 2009 et 2013, qui \u00e0 mon avis repr\u00e9sentent une esp\u00e8ce d&rsquo;<em>ach\u00e8vement<\/em> personnel.<\/p>\n<p>Personne ne l&rsquo;\u00e9coute : il faudrait r\u00e9parer \u00e7a. Et puis cette trajectoire, marqu\u00e9e par la musique, qui embrasse tragiquement \u2014 au dernier moment, depuis la fiction, son irruption dans le monde r\u00e9el : le n\u00f4tre.<\/p>\n<p><strong>Note importante<\/strong> Ce travail est un travail de fiction, en aucun cas un documentaire ou un \u201cbiopic\u201d.<\/p>\n<p><strong>Note<\/strong> Parti-pris : tous les titres des \u0153uvres (albums et chansons) sont traduits en fran\u00e7ais. Une contrainte suppl\u00e9mentaire avec Prince, qui utilise des symboles \u00e0 la place de certains mots, dans tous ses titres (mais aussi dans les pages exhum\u00e9es de sa biographie) : un \u0153il pour <em>I<\/em>, &lsquo;U&rsquo; pour <em>you<\/em>, &lsquo;2&rsquo; pour <em>to<\/em>, &lsquo;4&rsquo; pour <em>for<\/em>, etc., ce qui est \u00e9videmment intraduisible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><font color=\"#990000\">Sources<\/font><\/h3>\n<p>Il n&rsquo;y a pas beaucoup de sources tr\u00e8s valables sur Prince. Il n&rsquo;y a pas, \u00e0 ma connaissance, de livre qui fasse somme : tous les articles que j&rsquo;ai pu lire depuis sa \u00ab\u00a0fin\u00a0\u00bb en 1994 et encore plus depuis sa disparition l&rsquo;an dernier sont creux, malrespectueux ou plus justement ignorants de tout le parcours (albums et parfois m\u00eame concerts) des ann\u00e9es 2000. Ils sont de pi\u00e8tre qualit\u00e9 et d&rsquo;un recours dispensable.<\/p>\n<p>Il existe une esp\u00e8ce d&rsquo;autobiographie, \u00e9crit avec Dan Piepenbring (<em>The Beautiful Ones<\/em>, New York, Spiegel &#038; Grau, 2019), mais elle est m\u00e9diocre.<\/p>\n<p>Restent les disques, les chansons. Et les vid\u00e9os des concerts, parfois d&rsquo;interviews, qui sont, pour le coup, depuis son d\u00e9c\u00e8s, pl\u00e9thore. Quelques documentaires aussi, dont un particuli\u00e8rement int\u00e9ressant : <em>Slave Trade: How Prince Re-Made the Music Business<\/em>, de Elliot Riddle ; et, en effet, cette m\u00eame \u00e9poque de tremblement, de catastrophe, pour Prince, co\u00efncide avec cette vision d&rsquo;un futur de l&rsquo;industrie musicale, dont aujourd&rsquo;hui on constate l&rsquo;\u00e9vidente intelligence.<\/p>\n<p>J&rsquo;ajoute qu&rsquo;une partie essentielle des informations li\u00e9es \u00e0 la musique provient d&rsquo;un site encyclop\u00e9dique, <a href=\"http:\/\/www.princevault.com\/index.php?title=Main_Page\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">The Vault<\/a>, est, comme son nom l&rsquo;indique, une mine !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><font color=\"#990000\">Th\u00e8mes<\/font><\/h3>\n<p>Prince est un homme des ann\u00e9es 80, dans ce qu&rsquo;elles ont pu produire de mieux, catalysant funk et pop avec le punk-new-wave (il n&rsquo;y a pas de musique dans le monde qui ressemble aux trois premiers albums de Prince, surtout <em>Esprit sale<\/em>, 1980), et de pire : la soupe, la gomme parfum\u00e9e, les synth\u00e9tiseurs, les bo\u00eetes \u00e0 rythme. Prince n&rsquo;a aucune limite (aux dires de Sheila E) : en un sens il incarne tout ce que la contre-culture travaille : il transcende les genres (dans tous les sens du th\u00e8me) : musicaux, ethniques, sexuels, artistiques, biographiques : <em>controverse<\/em> est son mot d&rsquo;ordre : peut-on fonder un empire sur de telles bases ? avec le risque, peut-\u00eatre de dissoudre l\u00e0 ce qui pourrait faire sa singularit\u00e9. Non, singulier, Prince l&rsquo;est ; mais alors pourquoi est-il aujourd&rsquo;hui inconsid\u00e9r\u00e9 ? On loue le g\u00e9nie, mais personne n&rsquo;\u00e9coute les disques. S&rsquo;abandonnant \u00e0 une sorte de spiritualit\u00e9 envahissante, pour ne pas dire encombrante, il s&rsquo;\u00e9chine dans une forme que tour \u00e0 tour il domine (p\u00e9riode <em>Nuite seul&#8230;<\/em>), ou qui le d\u00e9passe (projets du genre <em>Fl3r2lotus<\/em>). <\/p>\n<p>Prince est assoiff\u00e9, non pas de gloire ou de succ\u00e8s ou m\u00eame de fric, mais de reconnaissance par ses pairs : qu&rsquo;on le reconnaisse comme guitariste et rocker, mais bassiste et funker, mais chanteur et rappeur, mais soliste et pianiste aussi ; entre les cases, comme entre les gouttes, il touche \u00e0 tout et veut toucher tous : c\u2019est sa croix, c&rsquo;est peut-\u00eatre son \u00e9chec : c&rsquo;est son g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Nul n&rsquo;incarne mieux l&rsquo;id\u00e9al de la caverne artistique, la crypte (<em>vault<\/em>), mais cet acharnement \u00e0 produire de la forme perd souvent son objet en route. Celle-ci est pourtant ce \u00e0 quoi nous avons acc\u00e8s, nous, comme amoncellement de scories, inventaire d&rsquo;\u00e9cume, catalogue de bran.<\/p>\n<p><em>Local h\u00e9ros<\/em> examinait l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;appel de la forme ; <em>Un de ces jours<\/em> exposait le myst\u00e8re de la forme aboutie ; <em>Avalanche<\/em> explore les fronti\u00e8res et limites du territoire de la forme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><font color=\"#990000\">Pistes<\/font><\/h3>\n<p>1. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-jours-sauvages\/\">Jours sauvages<\/a><br \/>\n2. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/musicologie\/\">Musicologie<\/a><br \/>\n3. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/quand-je-pose-les-mains-sur-toi\/\">Quand je pose la main sur toi<\/a><br \/>\n4. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/xenophobie\/\">X\u00e9nophobie<\/a><br \/>\n5. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/regarde\/\">Regarde<\/a><br \/>\n6. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/beau-marginal\/\">Beau marginal<\/a><br \/>\n7. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/2-bar-en-bar\/\u200e\">2 bar en bar<\/a><br \/>\n8. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/3121\/\">3121<\/a><br \/>\n9. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/judas-son-sourire\/\">Judas : son sourire<\/a><br \/>\n10. <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/avalanche\/\">Avalanche<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite de la s\u00e9rie initi\u00e9e avec Local h\u00e9ros, et Un de ces jours, fictiographie sur la musique populaire : Prince.. &nbsp; Donne Cet exercice \u2014 comme les deux autres, \u00e9crits en quelques journ\u00e9es dans une parenth\u00e8se \u2014 a d\u00e9but\u00e9 en fait (dans la th\u00e9orie) d\u00e9j\u00e0 avant Local h\u00e9ros. 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