{"id":11414,"date":"2016-08-18T21:27:02","date_gmt":"2016-08-18T19:27:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=11414"},"modified":"2021-05-13T18:42:02","modified_gmt":"2021-05-13T16:42:02","slug":"stefano-darrigo-horcynus-orca-le-catalogue-des-feres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/stefano-darrigo-horcynus-orca-le-catalogue-des-feres\/","title":{"rendered":"Stefano d\u2019Arrigo \u2022 Horcynus Orca \u2022 Le catalogue des f\u00e8res"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Dans le cadre d&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9criture de haute vol\u00e9e, <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/feroce\/\">F\u00e9roce<\/a>, foment\u00e9 avec quelque \u00e9diteur o\u00f9 l&rsquo;herbe ne repousse pas, je me lance \u00e0 corps perdu dans la traduction libre de textes choisis de l&rsquo;h\u00e9naurme livre de Stefano d&rsquo;Arrigo, <em>Horcynus orca<\/em> (1975).<\/p>\n<p><em>R\u00e9fugi\u00e9s sur l&rsquo;Antinnammare, \u00e0 cause du soleil et de la guerre (dont on apprendra plus tard qu&rsquo;ils sont amants), les p\u00e9cheurs de Caridde voient passer un dr\u00f4le de cort\u00e8ge<\/em>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Caitanello, la main en visi\u00e8re, scrutait l&rsquo;horizon du scill&#038;caridde et les bataillons qui s&rsquo;avan\u00e7aient depuis Malte, il scrutait et, scrutant, il en r\u00e9f\u00e9rait au D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de Plage :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Oh grandieu, grandieu \u00bb s&rsquo;exclama-t-il, p\u00e2lissant d&rsquo;\u00e9motion. \u00ab\u00a0Oh grandieu, ce que doivent voir mes yeux avant de se refermer, oh grandieu, quel peuplage de f\u00e8res, quelle peur humaine, quelle merveille barbare \u00e0 voir&#8230;<br \/>\n\u2014\u00a0Mais que voyez-vous ? On peut savoir ce que vous voyez ? \u00bb lui fit monsieur Cama, qui \u00e9tait le seul \u00e0 ne pas r\u00e9ussir \u00e0 voir, alors que les autres p\u00e9lisquales autour de lui, certains mieux, certains moins bien, voyaient ce que voyait Caitanello Cambria et comprenaient son agitation.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un peuplage de f\u00e8res, voil\u00e0 ce que je vois, monsieur Cama, comme je vous ai dit. Je vois une mar\u00e9e longue longue de ces mauvaises nouvelles qui vol\u00e8tent par l\u00e0 bigar\u00e9ment. Puissandieu, il existe tant-et-telles races de f\u00e8res dans le monde ? Mais d&rsquo;o\u00f9 d\u00e9maisonnent-elles ? Mais combien de races y a-t-il ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Si Caitanello Cambr\u00eca exprimait en paroles son alarme, son agitation, les autres les ressentaient dedans, et elles transparaissaient sur leurs visages qui p\u00e2lissaient.<\/p>\n<p>Ils voyaient, l\u00e0, au fond tout au fond du scill\u00e9caridde, continu continu, comme un grand \u00e9pouillement de la mer, un \u00e9pouillement de poux qui pesaient des kantars, des f\u00e8res jamais imagin\u00e9es ou vues, de tant-et-quant de couleurs, de formes et de style impossible \u00e0 raconter, une grande, une longue masse de corps bariol\u00e9s, comme un faisceau d&rsquo;arc-en-ciel sinueux, ennuag\u00e9, virevoltant, avec une t\u00eate qui \u00e9tait maintenant \u00e0 la hauteur de Rosarno tandis que la queue \u00e9tait encore tout l\u00e0-bas, qu&rsquo;on ne la voyait m\u00eame pas, derri\u00e8re Melito Portosalvo. Peut-\u00eatre n&rsquo;avait-on jamais auparavant un si imposant d\u00e9placement de ces g\u00e9nies de ces p\u00e8chebestes<sup class='footnote'><a href='#fn-11414-1' id='fnref-11414-1' onclick='return fdfootnote_show(11414)'>1<\/a><\/sup>, et peut-\u00eatre n&rsquo;en verrait-on plus jamais autant par la suite. C&rsquo;\u00e9tait une apparition qui sucitait anxi\u00e9t\u00e9 et d\u00e9sorientation, et faisait na\u00eetre sinistrement dans les t\u00eates le sentiment que quelque chose d&rsquo;obscur et de mena\u00e7ant arriverait avec cette mer de f\u00e8res, quelque chose qui, comme il s&rsquo;agissait de f\u00e8res, ne pouvait pas \u00eatre un hasard qui viendrait et surviendrait, mais \u00e9tait et devait forc\u00e9ment \u00eatre le fruit de qui sait quelle op\u00e9ration de l&rsquo;esprit, qui sait quel calcul de l&rsquo;intelligence. Mais l&rsquo;\u00e9poustoufle, tout d&rsquo;abord, c&rsquo;\u00e9tait comment elles avaient pu, les mauvaises nouvelles, se donner rendez-vous, s&rsquo;appeler et se r\u00e9unir aussi nombreuses, toutes ces norias de f\u00e8res de races diverses, f\u00e8res p\u00e9lagiques qui fr\u00e9quentaient qui l&rsquo;Atlantique, qui le Pacifique, qui un P\u00f4le et qui l&rsquo;autre : comment, avec quel genre de tam-tam, battu avec la queue sur la peau de la mer, tendue et r\u00e9sonnante comme un tambour ? avec quelle esp\u00e8ce d&rsquo;alphabetmorse, avec quelle esp\u00e8ce de sifflement d&rsquo;onde magn\u00e9tique ?<\/p>\n<p>Quelqu&rsquo;un, chez les p\u00e9lisquales, que Caitanello ne reconnut pas parce qu&rsquo;il posait son oreille sur les mots et non pas sur la voix qui les prof\u00e9rait, quelqu&rsquo;un cria l\u00e0-bas, vers les maisons, d&rsquo;o\u00f9 se penchaient les femmes, les enfants et les nourrissons. Les autres levaient les yeux au ciel, certains r\u00e9p\u00e9taient \u00e0 femme et enfants de rentrer \u00e0 l&rsquo;abri, et tous finalement se remirent \u00e0 scruter le scill&#038;caridde, rassur\u00e9s maintenant que leur famille n&rsquo;\u00e9tait plus \u00e0 d\u00e9couvert.<\/p>\n<p>Mais, raisonnant \u00e0 froid, pouvait-il y avoir un absurdit\u00e9 plus grande que celle-ci ? Quel danger vrai, quel danger r\u00e9el et connu pouvaient bien courir en effet femme et enfants \u00e0 rester l\u00e0 devant la mer ? ils pouvaient peut-\u00eatre le pr\u00e9ciser, quel genre de danger ? Non, ils ne le pouvaient pas. Mais il y avait toujours quelqu&rsquo;un, dans ces moments-l\u00e0, \u00e0 penser tout d&rsquo;abord \u00e0 faire rentrer les familles \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des maisons, et si ce n&rsquo;\u00e9tait pas celui-l\u00e0, c&rsquo;\u00e9tait un autre. Ceci, plus que bien d&rsquo;autres choses, devait donner \u00e0 &lsquo;Ndrja le sens de ce qui se produisait et pourquoi leurs visages p\u00e2lissaient. Et puis, comme si d&rsquo;\u00eatre rest\u00e9s seuls entre hommes leur permettait de de parler vertement, ce fut Saro Ritano qui donna \u00e0 tous le sens de ce qui se produisait, sans ambages, qui d\u00e9clara :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et ceci est la fin du monde, notre fin \u00e0 tous&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&lsquo;Nrdja savait ; tous le savaient ce que voulait dire Saro Ritano ; il voulait dire que leur fin, la fin de leur monde, si elle devait survenir, ce serait de la mer qu&rsquo;elle surviendrait, et leur fin, la fin de leur monde de terreferme, aurait \u00e9t\u00e9 le d\u00e9but du monde de l&rsquo;eau sal\u00e9e, le d\u00e9but du monde de la f\u00e8re : et si cela se produisait, quand cela se produirait, ils \u00e9taient persuad\u00e9s que par en-dessus, par en-dessous, par devant, par derri\u00e8re, et au milieu, dans le c\u0153ur du cataclysme, un instant seulement avant de finir noy\u00e9s, ils auraient vu la grimace de l&rsquo;infame briller au-dessus d&rsquo;eau, ils seraient mort avec l&rsquo;impression que ces grossest\u00eates \u00e9taient sur le point m\u00eame de sauter \u00e0 terre, de sauter sur la marina, sur la Ricchia.<\/p>\n<p>Un tel regroupement de f\u00e8res, une telle masse de ces cervelettes en mouvement devait avoir forc\u00e9ment une cause premi\u00e8re et une fin derni\u00e8re, la f\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas du genre \u00e0 partir en croisi\u00e8re pour le plaisir de la po\u00e9sie ; c&rsquo;\u00e9tait une nouveaut\u00e9 trop grosse pour ne pas \u00eatre un signe, et un mauvais signe, un pr\u00e9sage, pr\u00e9sage de quelque terrible renversement qui pour les pauvres humains \u00e9tait encore dans l&rsquo;esprit des dieux, mais ces mill\u00e9unenuits au contraire eavaient d\u00e9j\u00e0 d\u00fb en avoir le fumet, et m\u00eame, pour elles, cela se produisait d\u00e9j\u00e0 maintenant.<\/p>\n<p>A voir comme elles s&rsquo;\u00e9talaient en travers du scill&#038;caridde, nuageant de vitalit\u00e9 barbare et bariol\u00e9e cette mer d\u00e9sormais vide depuis trop longtemps de barques et d&rsquo;hommes, on se rappelait instinctivement leur disparition durant la guerre : parce qu&rsquo;\u00e0 premi\u00e8re vue, on avait l&rsquo;impression que ce signe alarmant, cet avertissement de cataclysme, c&rsquo;\u00e9tait justement la guerre qui l&rsquo;avait engendr\u00e9. Voil\u00e0 ; c&rsquo;est leur grand moment, on voulait dire \u00e7a en les regardant. C&rsquo;est le moment qu&rsquo;elle ont toujours attendu et pas m\u00eame Dieu ne pourra les arr\u00eater, parce que les m\u00eames humains lui ont pris la main, \u00e0 Dieu, et le temps \u00e9tait maintenant arriv\u00e9 o\u00f9 commanderait celui qui se levait le premier le matin, et si c&rsquo;\u00e9tait cela, plus personne ne le contesterait aux f\u00e8res : parce que les f\u00e8res, si elles dorment, aussi bien c&rsquo;est avec un \u0153il seul qu&rsquo;elles dorment.<\/p>\n<p>Les hommes se massacraient l&rsquo;un l&rsquo;autre, l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ne reste plus personne ? Eh bien les f\u00e8res prenaient possession de l&rsquo;eau, s&#8217;empeuplaient en s&rsquo;alliant entre elles, et ajoutant leur noix de cerveau en un seul terrible ouvrage d&rsquo;intelligence, en masse elles parcourait les eaux autours des terres d\u00e9sol\u00e9es des hommes, elles donnaient la d\u00e9monstration qu&rsquo;elles avaient pris la main, beaucoup plus, beaucoument plus que les pauvres humains : parce qu&rsquo;elles prenaient possession des eaux, eaux d&rsquo;oc\u00e9an aussi bien qu&rsquo;eaux de mer, et toute cette eau \u00e9tait rougie du sang des humains. Peut-\u00eatre que oui, leur temps \u00e9taient v\u00e9ritablement arriv\u00e9, le temps de r\u00e8gne et de d\u00e9r\u00e8gne : la main passait, et elle passait \u00e0 elles, \u00e0 leur manicules.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un peuplage de f\u00e8res, voil\u00e0 ce que je vois, monsieur Cama, comme je vous le dis tant\u00f4t\u00a0\u00bb fit Caitanello, daignant enfin satisfaire la curiosit\u00e9 de leur D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de Plage. \u00ab\u00a0Voil\u00e0 ce que je vois moi et ce que voient les amis autour de nous. On voit une mar\u00e9e sans fin de ces mauvaises nouvelles qui virevoltent par l\u00e0-bas-dessus bigar\u00e9ment. Et maintenant on commence \u00e0 voir qu&rsquo;elles s&rsquo;avancent en formations d&rsquo;\u00e9coles et de colonies, nettes et s\u00e9par\u00e9es les unes des autres, et on voit m\u00eame maintenant les silhouettes et les nuances de livr\u00e9e. De fait, je puis vous dire que pour ce troupeau qui s&rsquo;avance au-devant des autres, elles sont plut\u00f4t violettes sur le dos, puis vers les flancs et le ventre, le violet devient gris, gris fum\u00e9 ou quelque chose de ros\u00e9. Et puis elle sont bien larges de stature, peut-\u00eatre un m\u00e8tre de plus que nos habitu\u00e9es. \u00c7a ne vous dit rien \u00e0 vous ?<br \/>\n\u00ab\u00a0Le bec, avez-vous l&rsquo;\u0153il de distinguer le bec ? Elles l&rsquo;ont court, n&rsquo;est-ce pas ?<br \/>\n\u2014 Oui monsieur, courtet, vous avez trouv\u00e9, courtet qu&rsquo;elles l&rsquo;ont, vraiment un poi\u00e7on compar\u00e9 au bec de nos habitu\u00e9es.<br \/>\n\u2014 C&rsquo;\u00e9tait facile. Il s&rsquo;agit de fait des fameuses Nez en bouteille et les Nez en bouteille croisent en grand nombre au-del\u00e0 de Gibraltar. \u00bb<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>Et puis, bataillon apr\u00e8s bataillon, depuis Malte, remontant, venaient d&rsquo;autres et toujours nouvelles races de f\u00e8res : et lui, Caitanello, en for\u00e7ant son \u0153il de faucon, il voyait s&rsquo;avancer depuis l&rsquo;horizon des f\u00e8res \u00e0 la coloration, et parfois \u00e0 la forme m\u00eame, si excentriques que d&rsquo;abord il en venait \u00e0 douter de sa vue, quand il s&rsquo;av\u00e9rait que la coloration \u00e9tait bien celle-\u00e0, parfois il devait chercher dans son esprit les bons mots pour les d\u00e9crire \u00e0 monsieur Cama, et parfois il se m\u00e9langeait les pinceaux avec les mots et les couleurs,  il butait, alors il y avait un \u00e9hcange d&rsquo;avis entre lui et quelque autre p\u00e9lisquale \u00e0 la vue per\u00e7ante, comme par exemple Jano Scarf\u00ec et s&rsquo;il y avait accord sur l&rsquo;identit\u00e9, bien, sinon on attendait que les f\u00e8res en d\u00e9bat soient plus proches.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res qui pass\u00e8rent ensuite, et on disait passer parce que cela n&rsquo;effleurait l&rsquo;esprit \u00e0 personne qu&rsquo;il ne pouvait pas s&rsquo;agir que d&rsquo;un simple passage, du myst\u00e9rieux passage d&rsquo;une multitude de f\u00e8res, furent celles au Flanc Blanc, tr\u00e8s semblable en tout et pour tout \u00e0 leurs habitu\u00e9es, sauf qu&rsquo;elles avaient le bec plus court et cette particularit\u00e9 du flanc blanc : en effet, elles \u00e9taient blanches dessous mais le reste du corps \u00e9tat brun comme chez les habitu\u00e9es. Elles s&rsquo;appelaient Flanc Blanc, mais contrairement \u00e0 leur nom, il y en avait certaines avec le flanc jaune : le long du flanc, blanc ou jaune, une ligne noire partait de la t\u00eate et rejoignait la queue comme une aile d&rsquo;hirondelle ou de canari, et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elles leur apparaissaient en passant devant eux, des nu\u00e9es de gigantesques hirondelles et canaris voletant sur le fil d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Les Flancs Blancs provenaient de l&rsquo;Atlantique Nord, dit monsieur Cama, et elles formaient les \u00e9coles les plus populeuses, puisqu&rsquo;elles pouvaient \u00eatre jusqu&rsquo;\u00e0 mille t\u00eates, tandis que celle qui passaient devant elles devaient \u00eatre des \u00e9coles de moindre importance, qui ne d\u00e9passaient pas la centaine d&rsquo;individus.<\/p>\n<p>Pass\u00e8rent alors celles \u00e0 la Dent Dure, qui n&rsquo;avaient pas d&rsquo;autre particularit\u00e9 que ces dents droites et effil\u00e9es qui, avec le bec long et plat, leur donnait plus un air de crocodile que de dauphin. Elles \u00e9taient toutes de couleur bleu\u00e2tre au-dessus et blanches au-dessous, et le bec aussi \u00e9tait blanc, dessus comme dessous, et \u00e7a aussi \u00e9tait l&rsquo;un de leurs caract\u00e8res distinctifs.<\/p>\n<p>Pass\u00e8rent ensuite celles qu&rsquo;on appelait Vraies G\u00e9nuines, qui \u00e9taient belles, \u00e9l\u00e9gantes de mise, plus belles et plus \u00e9l\u00e9gantes que les habitu\u00e9es : sur la poitrine elles avaient comme un grand grain de beaut\u00e9, une tache blanche qui se d\u00e9tachait sur le bleu\u00e2tre avec la forme nette d&rsquo;une plastron de chemise de c\u00e9r\u00e9monie. Sur le dos toutefois elles pr\u00e9sentaient, chose jamais vue, un grave d\u00e9faut de nature : elles n&rsquo;aveint pas de nageoire dorsale, et ce manque leur donnait un air de navette<sup class='footnote'><a href='#fn-11414-2' id='fnref-11414-2' onclick='return fdfootnote_show(11414)'>2<\/a><\/sup> sans drapeau, de coq sans cr\u00eate. Elles passaient pour g\u00e9nuines parce que les p\u00e9lisquales des lieux qu&rsquo;elles fr\u00e9quentaient, dans le Pacifique, rien de moins, leur donnaient une chasse de tous les diables<sup class='footnote'><a href='#fn-11414-3' id='fnref-11414-3' onclick='return fdfootnote_show(11414)'>3<\/a><\/sup> parce qu&rsquo;ils les consid\u00e9raient enti\u00e8rement bonnes, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils prenaient tout, la chair, la peau et les os, sans rien jeter.<\/p>\n<p>Puis pass\u00e8rent celle au Drapeau Blanc qui, venant apr\u00e8s les G\u00e9nuines sans dorsale, s&rsquo;en distinguaient d&rsquo;autant car non seuleement elles l&rsquo;avaient, la dorsale, mais celle-ci \u00e9tait carr\u00e9ment peinte de blanc comme pour qu&rsquo;on la voie de loin. Et puis, selon monsieur Cama, ces Drapeau Blanc pr\u00e9sentaient une autre diff\u00e9rence avec les G\u00e9nuines, qui \u00e9tait que les lointains p\u00e9lisquales de l\u00e0 o\u00f9 on les trouvait, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;oc\u00e9an Pacifique, mais celui du c\u00f4t\u00e9 chinois, ne se risquaient en rien \u00e0 les toucher parce que leurs anciens disaient que ces Drapeau Blanc avaient \u00e9t\u00e9 mises au monde par une certaine princesse et qui sait quel beau morceau de salope elle avait d\u00fb \u00eatre, cette princesse, pour se faire remplir par une f\u00e8re. Ces p\u00e9lisquales chinois \u00e9teint tr\u00e8s bizarres, parce que princesse ou pas princesse, parfois ils leurs faisaient quand m\u00eame leur f\u00eate : alors ils savaient bien eux aussi comment l&rsquo;utiliser sans rien jeter, pas m\u00eame la graisse, vu qu&rsquo;ils se l&rsquo;\u00e9talaient sur le corps pour ne pas souffrir du froid : d\u00e9goutant \u00e0 entendre, mais plus d\u00e9goutant encore le froid que ressentaient ces p\u00e9lisquales chinois.<\/p>\n<p>Et pass\u00e8rent enfin un troupeau de Pourpoises, qui sont et ne sont pas de vraies et propres f\u00e8res : avec leur aspect b\u00e2tard, grossier et ridicule, court et malfait, elles ne d\u00e9passent pas deux m\u00e8tres, le museau rond, un peu comme un trompe tronqu\u00e9e \u00e0 la base, le bec rentr\u00e9, les dents plates et la t\u00eate en toutun avec le dos, le col qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve en une esp\u00e8ce de bosse puis descend comme chez les porcs. Elles \u00e9taient toute noir de cloration, mais pour ce qui est de la couleur, une autre curiosit\u00e9 de ces tr\u00e8s curieuses Pourpoises consistait au fait, comme les en informa monsieur Cama, qu&rsquo;elles avaient les yeux d&rsquo;un tr\u00e8s beau rouge.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est que ce francespagne ? \u00bb fit monsieur Cama qui avait tout de suite compris de qui il s&rsquo;agissait. \u00ab\u00a0La Pourpoise m\u00e9lang\u00e9e au dauphin ? Et d&rsquo;o\u00f9 vient ce francespagne, cette confusion des langues ? Une belle pourcelle, cette pourpoise, une vraie porque&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>On comprenait que <em>pourpoise<\/em> \u00e9tait le mot am\u00e9ricain <em>porpoises<\/em> qui \u00e9tait \u00e9crit sur la couverture de son livre de sc\u00e8nes et de figures de l&rsquo;oc\u00e9an. On le comprenait, m\u00eame sans savoir \u00e9crire ni l&rsquo;am\u00e9ricain ni l&rsquo;italien, parce que le mot \u00e9tait \u00e9crit en noir au-dessus de l&rsquo;animal qui \u00e9tait tout blanc. En blanc aussi \u00e9tait la baleine sous laquelle \u00e9tait \u00e9crit le mot <em>Whales<\/em>, qui venait en premier, et blanche la f\u00e8re qui \u00e9tait la derni\u00e8re sous le mot <em>Dolphins<\/em>, et le livre s&rsquo;intitulait ainsi <em>Whales Purpoises and Dolphins<\/em><sup class='footnote'><a href='#fn-11414-4' id='fnref-11414-4' onclick='return fdfootnote_show(11414)'>4<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>On comprenait aussi, rien qu&rsquo;\u00e0 la voir, que l&rsquo;appeler \u201cbelle porque, vraie pourcelle, monsieur Cama ne voulait en aucun cas la d\u00e9pr\u00e9cier ou la m\u00e9priser, mais en r\u00e9alit\u00e9 il l&rsquo;appelait de son nom, <em>porpoise<\/em>, qui en italien donne <em>pourpois<\/em>, <em>pourceau de mer<\/em>.<\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-11414'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-11414-1'> <em>Pescibestini<\/em>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11414-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-11414-2'> <em>Navitte<\/em> ? <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11414-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-11414-3'> Hem. <em>A levapelo<\/em>. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11414-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-11414-4'> Titre possible du livre cit\u00e9 dans <em>Moby Dick<\/em> au chapitre 32, \u201cC\u00e9tologie\u201d. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11414-4'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre d&rsquo;un projet d&rsquo;\u00e9criture de haute vol\u00e9e, F\u00e9roce, foment\u00e9 avec quelque \u00e9diteur o\u00f9 l&rsquo;herbe ne repousse pas, je me lance \u00e0 corps perdu dans la traduction libre de textes choisis de l&rsquo;h\u00e9naurme livre de Stefano d&rsquo;Arrigo, Horcynus orca (1975). R\u00e9fugi\u00e9s sur l&rsquo;Antinnammare, \u00e0 cause du soleil et de la guerre (dont on apprendra&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[242,2010],"tags":[2437,1213],"class_list":["post-11414","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chantiers","category-traduire","tag-horcynus-orca","tag-stefano-darrigo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11414","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11414"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11414\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15583,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11414\/revisions\/15583"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11414"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11414"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11414"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}