{"id":11388,"date":"2016-07-30T12:01:27","date_gmt":"2016-07-30T10:01:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=11388"},"modified":"2024-01-27T16:41:13","modified_gmt":"2024-01-27T14:41:13","slug":"30-juillet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/30-juillet\/","title":{"rendered":"30 juillet"},"content":{"rendered":"<p>Aujourd&rsquo;hui la mer est comme en noir et blanc.<\/p>\n<p>La mer avait rejet\u00e9 toutes sortes de d\u00e9chets, en particulier une grande quantit\u00e9 des chaumes d&rsquo;herbes de bas-fond, la paille de mer formant d&rsquo;\u00e9pais metelas venant border sur une certaine hauteur chacun des \u00e9cueils, par ailleurs rendus bouillants par le soleil.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;installai en fin la journ\u00e9e dans un mouchoir de roche, pour jouir d&rsquo;un peu de fr\u00e2icheur et d\u00e9lasser tant que peut le regard trop pliss\u00e9. L&rsquo;\u00e9t\u00e9, ce sont les gamins qui prennent possession des roches, et nous sommes en minorit\u00e9. Un couple de jeunes filles passaient l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;avais \u00e9lu possession de langue de terre ; l&rsquo;odeur des herbes marines, musc puissant mais feutr\u00e9, couvrait tous les sons. Elle me dirent qu&rsquo;un canard mort pouvait se trouver dans le coin. Ici ? dis-je ; oui, mais ils l&rsquo;ont pouss\u00e9 vers l\u00e0, elles r\u00e9pondent.<\/p>\n<p>Effectivement un corps fr\u00eale et d\u00e9j\u00e0 squelettique d&rsquo;un oiseau s\u00e8che encore un peu plus au soleil, seul le bec reste digne dans cette brisure de la colonne, et la pourriture des chairs et des plumes, permet seul de rattacher la d\u00e9pouille au r\u00e8gne des oiseaux \u2014\u00a0mais ne permet pas de d\u00e9cider du nom de canard, c&rsquo;est dire l&rsquo;avancement de la putr\u00e9faction.<\/p>\n<p>Une image d&rsquo;autant plus frappante, qu&rsquo;un autre gamin, dont on a l&rsquo;impression qu&rsquo;il agit comme un malade, situ\u00e9 sur la falaise qui surplombe mon \u00eelot, jette des pierres sur le cadavre aviaire. Il agit les yeux d\u00e9j\u00e0 perdu dans l&rsquo;ennui existentiel ou la folie anthropique, \u00e0 la mani\u00e8re du joueur de banjo de <em>Deliverance<\/em>. J&rsquo;ai beau lui dire d&rsquo;arr\u00eater, il s&rsquo;en contrefiche, pouss\u00e9 qu&rsquo;il est d&rsquo;ailleurs par une petite fille bien trop grasse pour son \u00e2ge, et tr\u00e8s vilaine, dont on se surprend \u00e0 ne vouloir que la chute \u2014\u00a0qu&rsquo;ils viennent d&rsquo;ailleurs tous les deux remplacer le cadavre ! Vilains enfants d\u00e9non\u00e7ant la nature, qui enlaidissent la difficile complexion de la mer, devenue s\u00e9pia, huileuse, grasse, cette fin de journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Un parent \u2014\u00a0visiblement d\u00e9ficient \u2014 rappelle les enfants \u00e0 l&rsquo;ordre ; ils sont donc bien humains, ce ne sont pas seulement des monstres g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les rochers par vengeance contre ceux qui les foulent \u00e0 longueur de temps, figurine grossi\u00e8res cr\u00e9\u00e9s par le souvenir graveleux des pierres \u2014\u00a0et leur langage appauvri sinon sobre.<\/p>\n<p>Non les enfants existent, ils ont beau \u00eatre d\u00e9biles, ils sont bien r\u00e9els, et je profite de ma stature pour le gronder abondamment, enfant absurde et stup\u00e9fait, dont les grands yeux ressemblent plus \u00e0 des \u00e9crans num\u00e9riques qu&rsquo;\u00e0 des lueurs de vivacit\u00e9.<\/p>\n<p>Toute la moiteur s&rsquo;est rassembl\u00e9e en corps, il est tr\u00e8s difficile de s&rsquo;arracher \u00e0 l&rsquo;air, et ce n&rsquo;est qu&rsquo;une fois dans le train que je parviens \u00e0 solder ces sensations frissonnantes.<\/p>\n<p>Tous les jours ne sont pas b\u00e9n\u00e9fiques \u00e0 la mer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd&rsquo;hui la mer est comme en noir et blanc. 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