{"id":11231,"date":"2016-06-07T11:00:00","date_gmt":"2016-06-07T09:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=11231"},"modified":"2023-04-24T09:29:06","modified_gmt":"2023-04-24T07:29:06","slug":"notes-sur-la-contre-culture-04","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/notes-sur-la-contre-culture-04\/","title":{"rendered":"Notes sur la contre-culture, 04"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/IMG_8302.jpg\" alt=\"IMG_8302\" width=\"100%\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/notes-sur-la-contre-culture-03\"><font size=\"1\"><em>Pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/font><\/a><\/p>\n<h3>L&rsquo;Art avec un grand A<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des probl\u00e8mes qui vient rapidement avec les questions li\u00e9es \u00e0 la contre-culture tient dans ce dr\u00f4le de mot de \u201ccontre-\u201d, et ses d\u00e9riv\u00e9s : \u201csous-\u201d et \u201c[\u2022]-\u201d. La d\u00e9signation d&rsquo;une culture sp\u00e9cifiquement populaire, voire d&rsquo;une culture de masse a pour cons\u00e9quence plus ou moins affich\u00e9e la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une vraie, d&rsquo;une authentique et d&rsquo;une officielle, d&rsquo;une grande et d&rsquo;une noble culture.<\/p>\n<p>L\u00e0 encore les d\u00e9bats existent depuis des lustres ; si l&rsquo;on ne pouvait s&rsquo;en tenir qu&rsquo;aux artistes eux-m\u00eames, on aurait des pages et des pages \u00e9crites par les Romantiques, les Surr\u00e9alistes, les Situationistes, et finalement toute r\u00e9flexion critique pour qui (prix de la modernit\u00e9 en art ?) il y une distinction \u00e0 faire entre deux sortes de cultures.<\/p>\n<p>Dans ces notes, bien s\u00fbr, je ne r\u00e9alise pas un travail de recherche pouss\u00e9, mais je note, justement, ce qui me passe par la t\u00eate.<\/p>\n<p>Et je me demande si l&rsquo;un des n\u0153uds du probl\u00e8me ne tient pas au fait que notre \u00e9poque moderne et contemporaine, en faisant de la culture une discipline d\u00e9racin\u00e9e du social et du soci\u00e9tal, n&rsquo;a pas commis un geste politiquement et artistiquement malheureux.<\/p>\n<p>L&rsquo;Art, avec un grand A, officiel ou non, du moment qu&rsquo;il est d\u00e9connect\u00e9 du r\u00e9el (je ne parle pas du r\u00e9el si cher \u00e0 la social-lib\u00e9rale-d\u00e9mocratie), c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il est d\u00e9coupl\u00e9 de ses protagonistes populaires mais plac\u00e9 sur un march\u00e9, r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite, et d\u00e9sempreint de fonction sociale, pour n&rsquo;avoir plus qu&rsquo;une fonction symbolique, cet Art essentialis\u00e9 n&rsquo;est plus de l&rsquo;art.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e9videmment tr\u00e8s perceptible avec la musique savante au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ou avec les arts plastiques du second XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Mais ce faisant, le soup\u00e7on, les <em>a priori<\/em> envers toute forme de culture ou d&rsquo;art populaire (folklorique, anecdotique, sympathique, parfois pathologique) d\u00e9nature tout \u00e0 la fois la fonction de l&rsquo;art dans le groupe social et le contenu m\u00eame des \u0153uvres qui en sont issues.<\/p>\n<p>Or la contre-culture a pr\u00e9cis\u00e9ment point\u00e9 et insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un recours \u00e0 la culture populaire, et de mani\u00e8re \u00e0 ce point fine qu&rsquo;on ne sait plus faire la part des choses entre ce qui est l&rsquo;h\u00e9ritage des cultures populaires remises au go\u00fbt du jour (blues par exemple) et ce qui a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 et produit directement pour \u201ccoller\u201d \u00e0 un pr\u00e9suppos\u00e9 inconscient populaire (exemples nombreux, disons pour aller vite musique <em>dance<\/em> europ\u00e9enne des 90&rsquo;s : La Bouche, Technotronic, 2unlimited).<\/p>\n<p>Mais, toujours dans ce m\u00eame mouvement, la contre-culture a brouill\u00e9 les limites entre culture populaire h\u00e9rit\u00e9es et vivaces (ex. danses et musiques folkloriques), culture populaire d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e ad hoc (ex. blue-jeans, chewing-gum, motocyclette), et culture savante ou institutionnalis\u00e9e. Lorsque le <a href=\"http:\/\/www.dagospia.com\/rubrica-29\/cronache\/li-chiamavano-graffiti-street-art-dopo-essere-entrata-pieno-titolo-120242.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">street-art<\/a>, le <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/publications-de-Brandl-Emmanuel--11752.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">rock<\/a>, ou les super-h\u00e9ros entrent dans les mus\u00e9es et que les artistes sont financ\u00e9s soit par la manne publique, soit par les m\u00e9c\u00e8nes priv\u00e9s ou pire les grandes marques du march\u00e9 globalis\u00e9, que devient l&rsquo;esprit de la culture populaire<sup class='footnote'><a href='#fn-11231-1' id='fnref-11231-1' onclick='return fdfootnote_show(11231)'>1<\/a><\/sup>\u00a0?<\/p>\n<p>Le cas du rock est r\u00e9gl\u00e9 depuis longtemps, certes, mais on se surprend encore \u00e0 voir dans la presse un magazine sur les chefs-d&rsquo;\u0153uvre du rock avec le&#8230; vinyle en bonus ; pour le street-art le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus r\u00e9cent, mais il est \u00e9vident qu&rsquo;il est li\u00e9 \u00e0 la sp\u00e9culation immobili\u00e8re, les immeubles \u00ab\u00a0d\u00e9cor\u00e9s\u00a0\u00bb permettant une plus-value directe et justifi\u00e9e. On ne fera pas l&rsquo;affront de citer ici le cas de McDonald&rsquo;s par exemple, dont le v\u00e9ritable m\u00e9tier n\u2019est pas de vendre de la nourriture rapide, mais d&rsquo;<a href=\"http:\/\/blog.wallstreetsurvivor.com\/2015\/10\/08\/mcdonalds-beyond-the-burger\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">investir<\/a> dans la <a href=\"http:\/\/money.howstuffworks.com\/mcdonalds2.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">pierre<\/a> de par le monde entier.<\/p>\n<p>On voit donc un double mouvement se dessiner (ce qui ne facilite pas les choses) : d&rsquo;une part la d\u00e9connexion d&rsquo;une culture devenue donc officielle, qui se pr\u00e9sente comme \u201cpop\u201d, et rejoint les sph\u00e8res \u00e9th\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;Art (juste et authentique) ; d&rsquo;autre part le rejet de toute forme de pratiques v\u00e9ritablement populaires (pour des tas de raisons pas forc\u00e9ment culturelles), dont la forme ou l&rsquo;esprit ne sont pas radicalement \u00e9loign\u00e9s des premi\u00e8res (manger un <em>cheese-burger<\/em> n&rsquo;est pas fondamentalement diff\u00e9rent de lire un num\u00e9ro de <em>Batman<\/em>), mais qui \u00e9chouent \u00e0 acqu\u00e9rir ce surplus d&rsquo;\u00e2me qui forme l&rsquo;\u0152uvre et g\u00e9n\u00e8re ou nourrit l&rsquo;Art.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, il conviendrait de travailler sur les formes sociales de l&rsquo;art tout en d\u00e9boulonnant les instituions culturelles et en rejetant toute essentialisation de l\u2019\u0153uvre. <\/p>\n<p>Encore faudrait-il encore faire la part entre ces institutions p\u00e9trifiantes et les organisations disons locales de soutien \u00e0 la cr\u00e9ation, comme les MJC, les centres sociaux, les \u00e9coles de musique, les biblioth\u00e8ques, etc. dont la vocation d&rsquo;\u00e9ducation populaire est malheureusement \u00e9puis\u00e9e par une constante baisse des budgets mais surtout par la substitution progressive des maisons militantes par des outils administratifs officiels (la subvention, la formation, la reconnaissance par le pouvoir politique des associations d&rsquo; \u201c\u00e9duc pop\u201d ayant pour malheureuse contrepartie la rationalisation du discours, l&rsquo;affadissement de l\u2019id\u00e9ologie et la d\u00e9politisation  du rapport de force).<\/p>\n<p>C&rsquo;est une t\u00e2che bien difficile, sans doute impossible en l&rsquo;\u00e9tat. D&rsquo;autant que chaque nouvelle forme issue de la culture populaire est imm\u00e9diatement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par le march\u00e9. Mais au lieu de rejeter toute discussion par acquis de conscience, il serait plus utile de prendre en consid\u00e9ration ces pi\u00e8ges (ou contradictions) qui sont au c\u0153ur de la contre-culture, et de s&rsquo;informer sur les fondements politiques qui agissent de toute mani\u00e8re en sous-main.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/notes-sur-la-contre-culture-05\"><font size=\"1\"><em>To be continued<\/em><\/font><\/a><\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-11231'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-11231-1'>Tout ce qu&rsquo;on place (parfois abusivement) sous (ou derri\u00e8re) le terme de \u201cpop\u201d est-il encore populaire ? Chacun sait bien que non. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11231-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Pr\u00e9c\u00e9dent L&rsquo;Art avec un grand A L&rsquo;un des probl\u00e8mes qui vient rapidement avec les questions li\u00e9es \u00e0 la contre-culture tient dans ce dr\u00f4le de mot de \u201ccontre-\u201d, et ses d\u00e9riv\u00e9s : \u201csous-\u201d et \u201c[\u2022]-\u201d. 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