{"id":11200,"date":"2016-05-26T00:11:26","date_gmt":"2016-05-25T22:11:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=11200"},"modified":"2023-04-24T09:29:06","modified_gmt":"2023-04-24T07:29:06","slug":"notes-sur-la-contre-culture-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/notes-sur-la-contre-culture-03\/","title":{"rendered":"Notes sur la contre-culture, 03"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/IMG_9615.jpg\" alt=\"IMG_9615\" width=\"100%\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/notes-sur-la-contre-culture-02\"><font size=\"1\"><em>Pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/font><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Note sur la distinction<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des principaux points d&rsquo;achoppement des discussions qui rel\u00e8vent de la contre-culture en g\u00e9n\u00e9ral, et de l&rsquo;esth\u00e9tique en particulier, concerne la fameuse barri\u00e8re \u00e9tanche entre le bon go\u00fbt et le mauvais go\u00fbt. Au-del\u00e0 du simple go\u00fbt personnel, qu&rsquo;on \u00e9vacue g\u00e9n\u00e9ralement assez vite (\u00ab\u00a0vous savez, les go\u00fbts et les couleurs&#8230;\u00bb) bonhommement, dans un grand \u00e9lan de tol\u00e9rance, on glisse assez vite dans une certaine hi\u00e9rarchie des valeurs (culturelles ou esth\u00e9tiques).<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement en effet, les gens d&rsquo;un certain niveau social ont la capacit\u00e9 de distinguer le vrai du faux, le bien du mal et bien s\u00fbr le beau du laid. G\u00e9n\u00e9ralement ils ne se privent pas de le faire savoir. G\u00e9n\u00e9ralement aussi, il y a, plus ou moins clairement formul\u00e9e, l&rsquo;id\u00e9e que les pauvres, les paysans, les petites gens, ne savent pas faire cette distinction \u2014\u00a0et que par cons\u00e9quent leur go\u00fbt est au mieux kitsch (assiettes d\u00e9cor\u00e9es, nains de jardin), au pire \u00e0 chier (Michel Sardou) voire politiquement discutable (football ou Jeanne d&rsquo;Arc, en tout cas trop proches des pr\u00e9occupations de \u201cdroite\u201d ou d&rsquo;\u00a0\u201cextr\u00eame-droite\u201d).<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que les tenants du \u201cbon go\u00fbt\u201d (c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux qui savent, les illumin\u00e9s) sont en mesure de faire la part des choses, et de s\u00e9parer \u2014\u00a0par exemple \u2014\u00a0culture <em>mainstream<\/em> et contre-culture, c&rsquo;est-\u00e0-dire la culture avec un grand C-bon grain de la culture de masse-ivraie, mais aussi de diff\u00e9rencier cette m\u00eame culture-bon grain de toutes les <em>sous-cultures<\/em>-ivraies possibles.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai expos\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/lettre-a-nathalie-quintane-01\/\"><em>Lettre \u00e0 Nathalie Quintane<\/em><\/a> la bonne surprise de la lecture du livre <em>Les ann\u00e9es 10<\/em> que j&rsquo;avais consid\u00e9r\u00e9 a priori comme un pur produit contre-culturel-bien-pensant-de-gauche, alors qu&rsquo;il a le m\u00e9rite, si on le lit bien, de pointer pr\u00e9cis\u00e9ment ces questions politiques et culturelles qui m&rsquo;animent ici, comme d&rsquo;ailleurs le montre cet extrait choisi pour figurer en quatri\u00e8me de ouverture : \u00ab\u00a0C&rsquo;est tout de m\u00eame troublant qu&rsquo;on ait \u00e9prouv\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de diviser la culture populaire en deux, histoire d&rsquo;introduire un <i>sous<\/i> l\u00e0 o\u00f9 auparavant il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un <i>contre<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on se surprend \u00e0 tenir des propos qui semblent a priori contradictoires avec l&rsquo;argumentaire ici d\u00e9fendu et que l&rsquo;on peut sch\u00e9matiser de deux fa\u00e7ons, que je vais t\u00e2cher d&rsquo;illustrer avec deux anecdotes.<\/p>\n<p>1. <em>D\u00e9fendre l&rsquo;ind\u00e9fendable<\/em>. Lorsque <em>La grande bellezza<\/em> est sorti, les spectateurs se sont d&#8217;embl\u00e9e divis\u00e9s en deux : ceux qui ont adul\u00e9 le film et ceux qui l&rsquo;ont descendu en fl\u00e8che ; les premiers ont soulign\u00e9 son invention formelle, les seconds ont insist\u00e9 sur sa vulgarit\u00e9. Quant \u00e0 moi, que ce genre de d\u00e9bat laisse indiff\u00e9rent, je trouvais effectivement que la virtuosit\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne et la qualit\u00e9 du jeu de Toni Servilio (pour ne citer que lui) \u00e9tait malheureusement ab\u00eem\u00e9es par l&rsquo;absence de propos artistique <sup class='footnote'><a href='#fn-11200-1' id='fnref-11200-1' onclick='return fdfootnote_show(11200)'>1<\/a><\/sup> clairement perceptible, et par une volont\u00e9 trop criante d&rsquo;en mettre plein la vue (dit autrement l&rsquo;imaginaire fellinien a trop aval\u00e9 le propos) ; mais c&rsquo;est typiquement le genre de film qui ne permet pas tellement d&rsquo;avoir un jugement tranch\u00e9, car nul ne peut nier que Sorrentino n&rsquo;est pas un grand r\u00e9alisateur. Aussi se retrouve-t-on a d\u00e9fendre une \u0153uvre qui par ailleurs nous laisse presque indiff\u00e9rent, qui est trop longue et trop bavarde, et qui, de surcro\u00eet ou plut\u00f4t m\u00eame de mani\u00e8re inh\u00e9rente, se place de mani\u00e8re ironique, voire cynique, au-del\u00e0 des probl\u00e9matiques de la contre-culture (en cela qu&rsquo;il est \u00e9vident qu&rsquo;elle en a compris les principes, et pr\u00e9tend en d\u00e9noncer les travers, les impasses), alors m\u00eame qu&rsquo;elle incarne \u201cen plein\u201d ces principes, travers et impasses. Ce positionnement absurde peut sembler contre-productif, mais on ne peut, en toute honn\u00eatet\u00e9, simplement d\u00e9foncer le film sous des pr\u00e9textes fallacieux qui nient les qualit\u00e9s artistiques et s&rsquo;aveuglent de bien-pensance. On trouvera la m\u00eame attitude par exemple avec les \u0153uvres les plus \u201cmarginales\u201d, et par cons\u00e9quent les plus \u201cau c\u0153ur\u201d de la contre-culture, que sais-je, par exemple <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/publications\/local-heros\/\">Dire Straits<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/le-cappuccino-de-la-gare-du-nord\/\">le cappuccino du MacDo<\/a>, <em>Mummy<\/em> ou <em>La vie d&rsquo;Ad\u00e8le<\/em>.<\/p>\n<p>2. <em>Tirer sur l&rsquo;ambulance<\/em>. Dans sa magnanimit\u00e9 compatissante, le sachant culturel va, parfois, \u00e9lire des \u0153uvres ou des auteurs, ou encore des courants entiers, voire des genres entiers, \u00e0 son bon suffrage, et qu&rsquo;il va \u00e9riger en parangons de vertu culturelle ; c&rsquo;est toujours cette m\u00eame acuit\u00e9 du regard qui autorise qu&rsquo;on \u201csauve\u201d (parce qu&rsquo;on sait), par exemple, le porno, le film de zombies, le football. Les exemples sont pl\u00e9thore, mais comme je r\u00e9dige \u00e9galement un texte contre l&rsquo;inanit\u00e9 politique de certains de nos meilleurs penseurs ou acteurs de la culture, je voulais revenir sur cette phrase que j&rsquo;ai trouv\u00e9e chez l&rsquo;un d&rsquo;eux, et dont la na\u00efvet\u00e9 d\u00e9note pour moi \u2014\u00a0mais peut-\u00eatre me tromp\u00e9-je, du moins j&rsquo;esp\u00e8re vivement me tromper \u2014 une certaine suffisance (\u00e0 moins que ce ne soit l&rsquo;inverse) : \u00ab\u00a0<em>Games of Thrones<\/em> est la preuve, s\u2019il y avait encore besoin d\u2019en fournir une, d\u2019un retour thymotique<sup class='footnote'><a href='#fn-11200-2' id='fnref-11200-2' onclick='return fdfootnote_show(11200)'>2<\/a><\/sup> de grande ampleur, apr\u00e8s les longues ann\u00e9es de la paix europ\u00e9enne. \u00bb A part le fait qu&rsquo;extraire ainsi une citation d&rsquo;un texte long et difficile, qui m\u00e9rite une analyse pouss\u00e9e (celle donc qui est en cours d&rsquo;\u00e9criture) et non simplement ces lignes, est f\u00e2cheusement r\u00e9ducteur, on s&rsquo;\u00e9tonne de cette \u00e9vocation de la s\u00e9rie am\u00e9ricaine pour illustrer la situation europ\u00e9enne<sup class='footnote'><a href='#fn-11200-3' id='fnref-11200-3' onclick='return fdfootnote_show(11200)'>3<\/a><\/sup>. Mais il est vrai qu&rsquo;on entend maintenant cette r\u00e9f\u00e9rence (aux s\u00e9rie am\u00e9ricaines) de mani\u00e8re r\u00e9currente. La part belle donn\u00e9e par nos plus fins critiques \u00e0 ces \u0153uvres, g\u00e9n\u00e9ralement jug\u00e9es les plus subversives, telles que <em>Games of thrones<\/em> ou <em>House of cards<\/em>, se paient le luxe d&rsquo;en pardonner l&rsquo;imaginaire tout \u00e0 fait classique, op\u00e9rant du moins sur des moteurs individuels tout \u00e0 fait classiques : le sexe, la violence, la fourberie, etc. Je veux dire que la qualit\u00e9 formelle ou la complexit\u00e9 du r\u00e9cit \u2014\u00a0par exemple \u2014\u00a0ne doivent pas, ne devraient pas nous faire oublier que ces \u0153uvres demeurent des produits fa\u00e7onn\u00e9s pour nous coincer devant un \u00e9cran, exciter nos d\u00e9sirs, favoriser la lib\u00e9ration d&rsquo;ocytocine, et ce au d\u00e9triment de leur vrai propos artistique (souvent inexistant) et surtout de leur r\u00e9elle capacit\u00e9 subversive (le recours aux corps nus, aux pratiques sexuelles jug\u00e9es d\u00e9viantes, n&rsquo;\u00e9tant jamais r\u00e9ellement mis en question d&rsquo;un point de vue artistique ou formel). Pour le dire autrement, je trouve peu constructif de dire que l&rsquo;invention cin\u00e9matographique n&rsquo;est plus pr\u00e9sente que dans les s\u00e9ries am\u00e9ricaines, de m\u00eame qu&rsquo;il me semble peu constructif de rechercher du renouveau (politique ou artistique) dans les vieilles lunes consum\u00e9ristes (\u00e9teignoirs des consciences).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/notes-sur-la-contre-culture-04\"><font size=\"1\"><em>To be continued<\/em><\/font><\/a><\/p>\n<div class='footnotes' id='footnotes-11200'>\n<div class='footnotedivider'><\/div>\n<ol>\n<li id='fn-11200-1'> Pour voir ce que j&rsquo;entends par l\u00e0, voir <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/les-ressorts-objectifs-de-la-creation\/\"><em>Les crit\u00e8res objectifs de la cr\u00e9ation<\/em><\/a>, \u00e9crit avec Gilles Amiel de M\u00e9nard \u2014\u00a0qui n&rsquo;est jamais loin dans ces r\u00e9flexions. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11200-1'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-11200-2'> Le <em>thymos<\/em> \u00e9tant selon l&rsquo;auteur \u00ab\u00a0l\u2019honneur, l\u2019orgueil, la fiert\u00e9, la col\u00e8re\u00a0\u00bb. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11200-2'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<li id='fn-11200-3'> Et l&rsquo;une des scies habituelles de la paix europ\u00e9enne, sans doute gr\u00e2ce au projet d&rsquo;Union europ\u00e9enne. <span class='footnotereverse'><a href='#fnref-11200-3'>&#8617;<\/a><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Pr\u00e9c\u00e9dent &nbsp; Note sur la distinction L&rsquo;un des principaux points d&rsquo;achoppement des discussions qui rel\u00e8vent de la contre-culture en g\u00e9n\u00e9ral, et de l&rsquo;esth\u00e9tique en particulier, concerne la fameuse barri\u00e8re \u00e9tanche entre le bon go\u00fbt et le mauvais go\u00fbt. 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