{"id":11134,"date":"2016-04-25T05:25:57","date_gmt":"2016-04-25T03:25:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=11134"},"modified":"2023-08-09T22:30:35","modified_gmt":"2023-08-09T20:30:35","slug":"manipoli","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/manipoli\/","title":{"rendered":"Manipoli, version 2.2"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Depuis de nombreux mois j&rsquo;essaie d&rsquo;\u00e9crire le tract parfait. Illusion totale. Non seulement le texte devrait \u00eatre anonyme sinon collectif ; puis il devrait \u00eatre bref. Les \u00e9v\u00e8nements de la place de la R\u00e9publique m&rsquo;incitent \u00e0 le travailler en direct, au gr\u00e9 de ce que j&rsquo;entends et per\u00e7ois d&rsquo;un mouvement qui rechigne \u00e0 mettre les mains dans le moteur politique ; c&rsquo;est \u00e7a le <em>Manipoli<\/em>.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Pr\u00e9ambule<\/h2>\n<p>Notre propos ici r\u00e9sum\u00e9 sous la forme lapidaire d&rsquo;un manifeste est <strong>la lutte contre le capitalisme<\/strong>.<\/p>\n<p>Notre souhait est d&rsquo;\u00e9crire un tract qui, s&rsquo;il n&rsquo;est pas bref, doit au moins marquer les esprits. Les r\u00e9f\u00e9rences se trouvent encore. Elles ne manquent pas. Le capitalisme fait feu de tout bois, et sous le mot de libert\u00e9 qu&rsquo;il arrange \u00e0 toutes les sauces, il permet aussi la diffusion d&rsquo;id\u00e9es et d&rsquo;id\u00e9ologies qui lui sont hostiles \u2014\u00a0jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point, c&rsquo;est-\u00e0-dire tant que cela lui rapporte. Si les luttes contre lui ont toutes \u00e9chou\u00e9, c&rsquo;est qu&rsquo;il a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 m\u00eame de les r\u00e9cup\u00e9rer \u00e0 son propre profit. Mais le capitalisme est tout \u00e0 la fois le pouvoir d&rsquo;une petite \u00e9lite, certes, mais \u00e9galement une id\u00e9ologie prot\u00e9iforme qui colonise tous les esprits y compris les n\u00f4tres. Pourquoi porte-t-on des T-shirts avec l&rsquo;effigie du Che, pourquoi \u00e9coute-t-on du punk, du hip-hop ou du hardcore, pourquoi Fran\u00e7ois Hollande a-t-il \u00e9t\u00e9 \u00e9lu ? Ces questions sont l\u00e9gitimes. Nous avons la faiblesse de porter des T-shirts \u00e0 l&rsquo;effigie du Che (ou de toute autre ic\u00f4ne anticapitaliste), nous avons eu la faiblesse d&rsquo;\u00e9couter du rock ou du hip-hop, nous avons eu la faiblesse de voter pour Fran\u00e7ois Hollande. Ce sont des formes de soumission, ou de de l\u00e2chet\u00e9 qui viennent nourrir le \u201cprojet\u201d capitaliste. Ce sont en fait des formes de servitude, th\u00e8me qui de Spinoza \u00e0 Montaigne-La Bo\u00e9tie, via Gramsci, vient nourrir encore le discours contemporain (Lordon, Mich\u00e9a, Pin\u00e7on-Charlot).<\/p>\n<p>Alors comme on voit, la t\u00e2che est rude, se d\u00e9ciller est toujours et encore difficile. <strong>Nous vivons une morbide gueule de bois g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/strong>. Rares sont les \u00e9v\u00e8nements qui ont lieu dans le monde qui ne nous d\u00e9montrent la violence du \u201cprojet\u201d capitaliste. Rares sont ceux qui, devant le spectacle du r\u00e9el tel qu&rsquo;il nous appara\u00eet aujourd&rsquo;hui, dans le monde, en Europe ou en France m\u00eame, et peut-\u00eatre m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9gion, au village (Le Goff), \u00e0 la famille (Todd); en tirent les justes cons\u00e9quences.<\/p>\n<p>Nous n&rsquo;aurons que <strong>peu de poids<\/strong>. Mais nous serons <strong>vaillants<\/strong>. Mais nous serons <strong>lucides<\/strong>. Nous souffrirons sans doute, mais nous serons <strong>joyeux<\/strong>, nous trinquerons et rirons et danserons. Sommes-nous d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s ? Pas tout \u00e0 fait encore. Nous avons l&rsquo;<strong>\u00e9thique<\/strong>, et <strong>nous savons que nous avons raison<\/strong>. Ensuite nous avons la force du <strong>nombre<\/strong>. Nous sommes tous contre quelques-uns. <strong>Nous sommes toute la rue !<\/strong><\/p>\n<p>Notre ambition est folle, mais pas plus d\u00e9senchant\u00e9e ou t\u00e9m\u00e9raire que celle de travailler \u00e0 la cha\u00eene toute sa vie durant, ou celle de traverser la M\u00e9diterran\u00e9e sur un radeau de plastique, ou celle encore de s&rsquo;assombrir et s&rsquo;esquinter dans l&rsquo;alcool, la drogue ou plus simplement la culture de masse (s\u00e9ries et jeux t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, jeux vid\u00e9o, r\u00e9seaux sociaux).<\/p>\n<p>Oui, nous pourrons tenir sur nos deux jambes, comme toujours les humains l&rsquo;ont fait dans toutes les pires situations historiques, sociales, politiques, qui ont pu les affliger. Oui nous pourrons nous regarder en face dans le miroir. Oui nous pourrons \u00eatre fier de notre d\u00e9sir, de notre \u00e9nergie. <\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9lite, cette poign\u00e9e de m\u00e2les blancs, \u00e2g\u00e9s, en surpoids, dormant mal, fumant et buvant trop, avides de sexe et de corruption, asservissant le corps d&rsquo;autrui et \u00e9go\u00efstement jouisseur, perclus autant de fric que de maladie, qui vont nous faire peur. Nous revenons de bien trop loin, de bien en-de\u00e7\u00e0 de cet enfer-l\u00e0. L&rsquo;ennemi, c&rsquo;est la soumission ; c&rsquo;est l&rsquo;aigreur ; c&rsquo;est la satisfaction de tous les d\u00e9sirs : non pas l&rsquo;ataraxie ou le nirvana, mais l&rsquo;abrutissement du <em>taedium<\/em>.<\/p>\n<p>Nous devons <strong>r\u00e9nover le d\u00e9sir<\/strong>, nous devons m\u00e9nager notre <em>conatus<\/em> !<\/p>\n<p>&#038; nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 ce point : <strong>nous n&rsquo;avons plus peur<\/strong>. On ne peut plus aller plus loin sans qu&rsquo;on en vienne \u00e0 cette extra-lucidit\u00e9 nous concernant. Nous sommes alors tout-puissants, arm\u00e9s non de la foi, ni m\u00eame des armes de la puissance, mais de la confiance en la culture et en l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, cet abandon \u00e0 l&rsquo;inconnu, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, qui fait le sel du voyage, cette joie nietzsch\u00e9enne, enfantine plus qu&rsquo;infantile, qui guide nos pas vers le chemin de la justesse, de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et de la confiance. <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><font face=\"courier\"><\/p>\n<h2>0. Le capitalisme est la catastrophe en acte<\/h2>\n<p>Le capitalisme est \u00e0 l&rsquo;origine de deux catastrophes consubstantielles qu&rsquo;on peut d\u00e9finir rapidement comme la <em>destruction des tissus organiques<\/em>.<\/p>\n<h3>0.1 Le capitalisme d\u00e9truit les cha\u00eenes \u00e9cologiques, <\/h3>\n<p> \u00e0 savoir les relations biotiques et abiotiques qui unissent les \u00e9cosyst\u00e8mes, mais aussi les \u00e9cosyst\u00e8mes entre eux, et ce sur toutes les r\u00e9gions de la plan\u00e8te o\u00f9 il agit.<\/p>\n<h3>0.2 Le capitalisme d\u00e9truit les relations sociales,<\/h3>\n<p> \u00e0 savoir les relations propres \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain qui comme disait Marx apr\u00e8s Aristote, est \u00ab\u00a0un animal sociable, mais un animal qui ne peut s\u2019isoler que dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, et ce au sein m\u00eame de la sph\u00e8re priv\u00e9e (\u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;individu, ses souffrances, ses n\u00e9vroses, mais aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du couple, puis de la famille) jusque dans la vie publique (relations sociales, de travail et jusqu&rsquo;aux modes de gouvernements de la cit\u00e9).<\/p>\n<h3>0.3 La lutte contre le capitalisme<\/h3>\n<p>Afin de stopper ces destructions, il convient d\u00e9clarer ouvertement la guerre au capitalisme (ses formes, ses moyens, son id\u00e9ologie), ce qui signifie au moins \u00e0 la fois le comprendre, le d\u00e9noncer publiquement et le combattre violemment.<\/p>\n<h3>0.4 Fondements \u00e9thiques de la lutte<\/h3>\n<p>C&rsquo;est une question de vie et de mort : jamais les in\u00e9galit\u00e9s n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 si fortes et flagrantes, jamais la biodiversit\u00e9 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 si menac\u00e9e (les pr\u00e9visions de disparition de 50% d&rsquo;ici 2050, c&rsquo;est une esp\u00e8ce sur deux : tu choisis ton chien ou ton chat ?), jamais la guerre n&rsquo;a-t-elle autant ravag\u00e9 autant de r\u00e9gions du monde, d\u00e9truisant les \u00e9tats et d\u00e9pla\u00e7ant les populations. L&rsquo;Occident est en bout de course. Ceci n&rsquo;est pas grave. Le mod\u00e8le qu&rsquo;il repr\u00e9sente (et qui le fait envier) n&rsquo;est pas exportable, ni maintenable en l&rsquo;\u00e9tat. L&rsquo;hygi\u00e9nisme infectant (le pollueur-payeur) n\u00e9cessite des colonies, une classe esclavagis\u00e9e, pour prosp\u00e9rer. Mais aujourd&rsquo;hui les vents tournent. La population ne suit pas ; ne peut plus suivre. Nous vivrons moins vieux que nos parents, et c&rsquo;est la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Nous ne nous reproduisons plus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>1. Nous sommes tous capitalistes<\/h2>\n<p>La premi\u00e8re t\u00e2che qui nous incombe est d&rsquo;avoir l&rsquo;humilit\u00e9 de reconna\u00eetre que, d&rsquo;o\u00f9 que nous parlons, nous sommes nous-m\u00eames form\u00e9s et construits par le capitalisme. Lorsque nous naissons (dans un h\u00f4pital notamment), nous recevons notre premier cadeau : des bons d&rsquo;achat et des r\u00e9ductions pour toute une s\u00e9rie de produits inutiles voire dangereux. C&rsquo;est notre premi\u00e8re le\u00e7on de capitalisme, nous ne savons encore rien du monde mais nous reconnaissons \u00e0 trois ans 90 logos distinctement.<\/p>\n<h3>1.1. Lutter contre le capitalisme revient souvent \u00e0 lutter contre nous-m\u00eames,<\/h3>\n<p> du moins contre la part de nous-m\u00eames abandonn\u00e9es au capitalisme, soit par fain\u00e9antise, soit par fatigue morale ou fatigue li\u00e9e \u00e0 de trop dures conditions de vie, ou encore par \u00e9ducation, par culture, par habitude.<\/p>\n<p><b>1.1.1<\/b> Certains de nos agissements capitalistes nous sont impos\u00e9s par le monde-m\u00eame \u2014\u00a0capitaliste \u2014\u00a0dans lequel nous vivons : il est impossible pour la plupart des gens de ne pas aller au travail en voiture, par exemple ; sans parler de tous les salari\u00e9s qui d\u00e9pendent du contrat, outil bien connu d&rsquo;asservissement du capital.<\/p>\n<p><b>1.1.2<\/b> Certains autres de nos agissements rel\u00e8vent de notre propre choix et nous pourrions facilement nous en emp\u00eacher une fois que nous avons pris conscience qu&rsquo;ils nourrissent le capitalisme. Exemples : boire du lait, prendre un sac plastique, acheter par CB sur Amazon, l\u00e2cher nos donn\u00e9es personnelles \u00e0 Apple, Google, Facebook, Twitter, Dropbox, etc. Malheureusement nous ne sommes pas toujours en mesure de faire autrement et souvent nos conditions de vie nous obligent \u00e0 venir nourrir sciemment le capitalisme.<\/p>\n<h3>1.2 Nous disposons pourtant d&rsquo;armes au c\u0153ur de ce mod\u00e8le, <\/h3>\n<p> fabriqu\u00e9es par ce mod\u00e8le, et en tout \u00e9tat de cause, il n&rsquo;est gu\u00e8re envisageable, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 nous \u00e9crivons ces lignes, de ne pas utiliser les organes du capitalisme pour nous faire entendre. Le cr\u00e9dit, les r\u00e9seaux sociaux, la voiture, par exemple, sont autant d&rsquo;objets divers cr\u00e9\u00e9s ou en tout cas tr\u00e8s bien g\u00e9r\u00e9s par le capitalisme, et nous pouvons les utiliser pour propager nos id\u00e9es.<\/p>\n<p><b>1.2.1<\/b> Rappelons en premier lieu, nous ne pouvons pas nous passer du capitalisme du jour au lendemain. Nous sommes tous capitalistes, et nous devons apprendre \u00e0 d\u00e9sapprendre.<\/p>\n<p><b>1.2.2 De la subvention au micro-cr\u00e9dit<\/b> Les banques ont perdu leur fonction premi\u00e8re ; la financiarisation, l&rsquo;un des trois piliers du capitalisme, d\u00e9stabilise jusqu&rsquo;aux \u00e9tats, et les asservit. Mais les banques existent ; le nerf de la guerre nous sera utile et n\u00e9cessaire ; aussi si nous devons passer par le micro-cr\u00e9dit, le cr\u00e9dit, ou m\u00eame le simple compte courant, qu&rsquo;il soit dans une grande banque priv\u00e9e mondiale ou un ersatz mensonger comme les banques soi-disant coop\u00e9ratives, ou les anciennes caisses d&rsquo;\u00e9pargne qui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9natur\u00e9es. Cet argent que nous semblons voler est le n\u00f4tre.<\/p>\n<p><b>1.2.3 De la contre-culture<\/b> La contre-culture est \u00e0 la fois un puissant analg\u00e9sique et une cheville importante \u201cg\u00e9r\u00e9e\u201d tranquillement par le capitalisme. Le rock (et assimil\u00e9s), l&rsquo;\u00e9conomie sociale et solidaire, le bio, etc., toutes ces cultures qui se pr\u00e9tendent alternatives sont en r\u00e9alit\u00e9s financ\u00e9es et contr\u00f4l\u00e9es par le capitalisme ; mais leur progressif arrachement du joug du capitalisme est possible d\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9 nous les acceptons comme outils m\u00eames du capitalisme et non comme des bombes qui lui seraient nocives. A partir de l\u00e0 nous pourrons les retourner contre lui (cf. Pasolini).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>2. De la d\u00e9colonisation des esprits<\/h2>\n<p>Le capitalisme repose sur les affects ; il titille le d\u00e9sir : d\u00e9sir de libert\u00e9, d&rsquo;individu (donc de jouissance \u00e9gocentrique), de puissance (dans un brouet m\u00e9langeant de mani\u00e8re peu all\u00e9chante argent, travail, pouvoir). Il agit tr\u00e8s t\u00f4t sur les consciences \u2014\u00a0il est vrai que nous naissons, grandissons, aimons dans un monde capitaliste. La t\u00e9l\u00e9vision, l&rsquo;omnipr\u00e9sence de la publicit\u00e9, la dictature de la contre-culture, les structures politiques m\u00eames, d\u00e9voy\u00e9es (par exemple par son plus bel outil qui est l&rsquo;UE), tout ceci nous donne l&rsquo;impression qu&rsquo;il est l&rsquo;unique r\u00e9alit\u00e9 possible. La rengaine \u00ab Il faut bien accepter le r\u00e9el\u00a0\u00bb n&rsquo;a plus cours avec nous. Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une politique qui ne changerait pas le r\u00e9el, se plierait \u00e0 lui ? En ce sens la sortie de Thatcher vaut bien celle de Churchill.<\/p>\n<h3>2.1 Le capitalisme est un bateleur<\/h3>\n<p>En tant qu&rsquo;il propose une lib\u00e9ralisation de l&rsquo;individu (en r\u00e9alit\u00e9 de ses pulsions infantiles), le capitalisme offre toujours plus au chaland qui l&rsquo;\u00e9coute. C&rsquo;est un vrai bateleur et aucune camelote n&rsquo;est trop bonne pour \u00eatre vendue. Ainsi l&rsquo;une des formes communes du capitalisme est l&rsquo;arnaque ; il agit sur nous comme un colon sur une terre vierge. Il ach\u00e8te les esprits ; il d\u00e9voie les c\u0153urs.<\/p>\n<h3>2.2 Le capitalisme est positif<\/h3>\n<p>Moralement il est tr\u00e8s discutable, et il le sait. C&rsquo;est pourquoi il s&rsquo;arroge le patronage de l&rsquo;Eglise dans le pass\u00e9 ; du droit international (ONU) aujourd&rsquo;hui ; c&rsquo;est pourquoi il se revendique aussi de l&rsquo;avenir. Car l&rsquo;avenir, qui est promesse de fric, est \u00e9galement promesse de lib\u00e9ralisation de l&rsquo;individu. Comme lui, il est insatiable. Il est m\u00eame capable de sauver la plan\u00e8te pour mieux l&rsquo;asservir encore et encore. C&rsquo;est pourquoi il est tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise dans les questions globales, telles que :<\/p>\n<p><i>\u00e0 d\u00e9velopper<\/i><br \/>\n<strong>2.2.1 Capitalisme et progr\u00e8s technique :<\/strong> illusion de la lib\u00e9ralisation par la technique (Negri)<br \/>\n<strong>2.2.2 Capitalisme et d\u00e9mocratie :<\/strong> imposition de son syst\u00e8me politique par la guerre (Irak, Syrie, Lybie)<br \/>\n<strong>2.2.3 Capitalisme et progr\u00e8s social :<\/strong> illusion de la protection des minorit\u00e9s et des communaut\u00e9s dans la dissolution de la souverainet\u00e9 populaire constitutive de la nation en individus ou groupes d&rsquo;individus facilement \u201ccatalogables\u201d et lab\u00e9lisables (des <em>segments<\/em>, des <em>produits<\/em>) ; asservissement des classes les plus pauvres par leur contention sociale (allocations, ghettos, contre-culture) ; opposition communaut\u00e9.collectif<br \/>\n<strong>2.2.4 Capitalisme et environnement :<\/strong> illusion de la protection de l&rsquo;environnement\/services rendus par la biodiversit\u00e9<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>3. Le capitalisme est politique<\/h2>\n<p>Croire que le capitalisme est un d\u00e9ni de politique ou la fin du politique est une erreur couramment commise qui emp\u00eache par la suite de lutter efficacement contre lui. Il n&rsquo;y a pas de soci\u00e9t\u00e9 possible, fut-elle enti\u00e8rement vou\u00e9e au march\u00e9, qui ne soit politique. Le capitalisme l&rsquo;a tr\u00e8s bien compris et il faut rendre gr\u00e2ce \u00e0 Marx de l&rsquo;avoir si clairement mis en lumi\u00e8re (capital = travail).<\/p>\n<h3>3.1 Le capitalisme repose sur l&rsquo;\u00e9conomie<\/h3>\n<p> Obs\u00e9d\u00e9 par le profit, le capitalisme s&rsquo;\u00e9chine \u00e0 faire croire que l&rsquo;\u00e9conomie peut se d\u00e9prendre de la politique. C\u2019est un mensonge grossier, \u00e9hont\u00e9. L&rsquo;\u00e9conomie et le politique sont une seule et m\u00eame chose ; l&rsquo;\u00e9conomie d\u00e9pend du politique, pas le contraire ; d&rsquo;ailleurs la science \u00e9conomique n&rsquo;existe pas et les \u00e9conomistes sont des farceurs.<\/p>\n<h3>3.2 Le capitalisme se dit r\u00e9aliste<\/h3>\n<p> Une autre grande id\u00e9e du capitalisme est l&rsquo;obsession du r\u00e9el : c&rsquo;est le fameux slogan TINA (<em>there is no alternative<\/em>) repris par tous les socialistes du monde ; \u00ab\u00a0j&rsquo;voudrais bien mais j&rsquo;peux point\u00a0\u00bb nous disent-ils tous. Or la politique est l&rsquo;unique mani\u00e8re de faire du r\u00e9el une chance pour la communaut\u00e9, et non l&rsquo;inverse : la mondialisation, la financiarisation, l&rsquo;UE, les trait\u00e9s transnationaux ne sont pas une fatalit\u00e9 mais un choix politique. Ne croyons jamais un responsable, un parent, un tuteur qui nous dise : on ne peut pas faire autrement, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de choix de vie en communaut\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>4. Capitalisme et histoire g\u00e9o<\/h2>\n<h3>4.1 Capitalisme et territoire<\/h3>\n<p> Le capitalisme va r\u00e9organiser les territoires \u00e0 son bon vouloir ; il va vouloir abroger les fronti\u00e8res de mani\u00e8res \u00e0 faire sauter les verrous d\u00e9mocratiques des territoires qu&rsquo;il annexe ; en effet une nation \u2014\u00a0mais en r\u00e9alit\u00e9 tout groupe humain constitu\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 a lieu la politique qui le g\u00e8ne tant, se fonde sur un territoire et donc sur des fronti\u00e8res ; faire sauter les fronti\u00e8res, sous ses airs lib\u00e9ralisateurs, est un grossier moyen de nier la souverainet\u00e9 d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 politique.<\/p>\n<h3>4.2 Capitalisme et terroir<\/h3>\n<p> Le capitalisme va miser sur des \u00e9l\u00e9ments de terroir, qui servent son propos ; non pas la constitution d&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9changes de valeurs locales (toujours tr\u00e8s complexes dans leurs constitution, histoire, forme), mais un assemblage d&rsquo;artefacts facilement assimilables \u00e0 des marques. Il sait bien que les questions de territoire sont essentielles, aussi va-t-il jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point favoriser les annexions, les lib\u00e9ralisations, les paysages, les espaces naturels !<\/p>\n<h3>4.3 Capitalisme et nostalgie<\/h3>\n<p> Comme arme n\u00e9vrotique, il va sans cesse faire r\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9. Il est plein de <em>moraline<\/em> et de larmes retenues. Il glorifie le pass\u00e9, non pas pour en subsumer le sens ou la forme par la critique, mais de mani\u00e8re brute, sous la forme de slogans et d&rsquo;images choc. Il recycle sans cesse le pass\u00e9, cela \u00e9vite de penser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>5. Le capitalisme est belliqueux<\/h2>\n<p> [\u00e0 d\u00e9velopper]<\/p>\n<h3>5.1 Le capitalisme repose sur la violence<\/h3>\n<p><strong>5.1.1 Le capitalisme est totalitaire<\/strong>, en ce sens qu&rsquo;il travaille \u00e0 tous les niveaux de la vie humaine, depuis le corps de l&rsquo;individu jusqu&rsquo;aux formes de gouvernement de la cit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>5.1.2 Violence faite aux individus, aux pauvres, aux travailleurs en g\u00e9n\u00e9ral<\/strong><\/p>\n<p><strong>5.1.3 Violence faite aux communaut\u00e9s<\/strong><\/p>\n<h3>5.2 Le capitalisme ment effront\u00e9ment<\/h3>\n<h3>5.3 Le capitalisme est une machine de guerre<\/h3>\n<p><strong>5.3.1 La guerre dans le monde<\/strong><\/p>\n<p><strong>5.3.2 Le terrorisme<\/strong><\/p>\n<p><strong>5.3.3 Les ennemis d\u00e9clar\u00e9s du capitalisme<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>6. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;issue possible ?<\/h2>\n<p>Il n&rsquo;y en a gu\u00e8re que trois : la guerre, la r\u00e9volte, ou la politique. En v\u00e9rit\u00e9 toutes trois sont politiques.  <\/p>\n<h3>6.1 La guerre<\/h3>\n<p>De nos jours, la guerre ne concerne plus nos aires mondiales, nous l&rsquo;avons externalis\u00e9e (nous = le capitalisme).<\/p>\n<h3>6.2 La r\u00e9volte<\/h3>\n<p>La r\u00e9volte est impuissante sauf \u00e0 \u00eatre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e ; tous les mouvements que nous r\u00e9sumerons comme \u00ab\u00a0indign\u00e9s\u00a0\u00bb se finissent en eau-de-boudin car ce ne sont pas des r\u00e9voltes \u00e0 strictement parler et malheureusement ils peinent \u00e0 se concr\u00e9tiser en actions politiques. Il semble que l&#8217;emprise sur l&rsquo;imaginaire est telle qu&rsquo;on ne pense pas que cela puisse aboutir. Mais surtout l&rsquo;erreur est de croire pouvoir changer les choses par la simple parole agissante, et la structuration \u201chorizontale\u201d, hors-partis, hors-leader, hors-politique. Ce qui est une aporie, ou une illusion.<\/p>\n<h3>6.3 La politique<\/h3>\n<p>Seule l&rsquo;action politique digne de ce nom peut changer les choses. C\u2019est pourquoi le capitalisme fait tout pour \u00e9vincer le politique de la vie sociale : il retire la d\u00e9mocratie des institutions politiques, par exemple en instituant des \u00e9lections factices et antid\u00e9mocratiques (communaut\u00e9s de communes plut\u00f4t que communes, r\u00e9gions plut\u00f4t que d\u00e9partements, et enfin \u00e9lections europ\u00e9ennes qui chaperonnent le tout).<br \/>\nIl lutte contre la nation (le nationisme et non le nationalisme), qui est un concept de gauche issu de la R\u00e9volution, seul garant de la souverainet\u00e9 du peuple. Or toutes les soci\u00e9t\u00e9s sont politiques ; la politique est le moyen de construire un destin commun par la domestication du rapport de force ; la politique est le moyen de produire un discours int\u00e9grateur d\u00e9finissant une appartenance et domestiquant le conflit (en ce sens l&rsquo;hyperd\u00e9sir de consensus propre \u00e0 nos soci\u00e9t\u00e9 est n\u00e9vrotique : le conflit est positif et cr\u00e9ateur).<\/p>\n<p><strong>6.3.1 L&rsquo;anarchie<\/strong> > peut \u00eatre un moyen (Ellul), mais ne peut \u00eatre une fin ;<\/p>\n<p><strong>6.3.2 Les alter-<\/strong> > ne servent \u00e0 rien si elles refusent les outils d&rsquo;accession au pouvoir : la politique, par l\u2019organisation politique (si les partis ou syndicats sont d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9s, cela ne justifie pas qu&rsquo;on les abandonne), dans l&rsquo;\u00e9tat (unique forme d&rsquo;expression neutre pour la nation) !<\/p>\n<p><strong>6.3.3 La gauche<\/strong>, la gauche de la gauche (et la droite de la gauche, et la droite et sa droite et sa gauche) > la distinction gauche\/droite ne sert plus \u00e0 rien, ne sert que les int\u00e9r\u00eats du capitalisme ; il n&rsquo;y a pas, il n&rsquo;y a pas eu de gauche, r\u00e9ellement (cf. Proudhon). Tous les partis sont soumis au capitalisme ; le PG se soumet au PS ; le NPA et LO et autres micropartis ne veulent pas \u00eatre \u00e9lus. Aucun n&rsquo;\u00e9crit clairement comme programme la lutte contre la mondialisation, la sortie de l&rsquo;UE et de l&rsquo;euro, la lutte contre la financiarisation, qui sont les trois piliers du capitalisme.<\/p>\n<h2>7.  Yes we can&rsquo;t<\/h2>\n<p>Que faire ? Nous ne croyons pas que par ces mots nous en finirons avec le capitalisme. La lutte qui a commenc\u00e9 depuis plus de deux si\u00e8cles est loin d&rsquo;\u00eatre termin\u00e9e. Il n&rsquo;est pas certain qu&rsquo;on en sorte un jour, \u00e0 moins qu&rsquo;une catastrophe externe se pr\u00e9cise. Nous sommes n\u00e9s capitalistes et mourrons capitalistes, et nos enfants aussi. Mais nous aurons port\u00e9 d&rsquo;autres coups, des coups nouveaux, des coups formidables, exub\u00e9rants, des coups d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s \u00e0 la machine capitaliste, et peu \u00e0 peu nous retrouverons des terres \u00e0 cultiver, des fronti\u00e8res \u00e0 d\u00e9corer, des familles \u00e0 \u00e9lever, des t\u00e2ches \u00e0 accomplir et l&rsquo;individu, pris dans ses contraintes d&rsquo;\u00eatre vivant et donc mortel, pourra go\u00fbter, comme disait Lewis Morgan, apr\u00e8s Marx, Mauss, Orwell, \u00e0 une \u00ab renaissance dans une forme sup\u00e9rieure d&rsquo;un type social archa\u00efque \u00bb.<\/font><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>\u00e0 d\u00e9velopper encore :<\/em><br \/>\n\u2022 la souverainet\u00e9, le peuple, la nation<br \/>\n\u2022 l&rsquo;Etat<br \/>\n\u2022 le parti<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis de nombreux mois j&rsquo;essaie d&rsquo;\u00e9crire le tract parfait. Illusion totale. 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