{"id":10131,"date":"2015-06-22T11:35:07","date_gmt":"2015-06-22T09:35:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/?p=10131"},"modified":"2016-06-29T17:51:06","modified_gmt":"2016-06-29T15:51:06","slug":"la-fin-des-italies-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-fin-des-italies-03\/","title":{"rendered":"La fin des Italies (3)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Ce texte fait suite, avec quelques autres, \u00e0 une premi\u00e8re tentative, il y a quelques ann\u00e9es.<br ><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-fin-des-italies-01\/\">01<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-fin-des-italies-02\/\">02<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-fin-des-italies-03\/\">03<\/a> \u2022 <a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/la-fin-des-italies-04\/\">04<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/IMG_2680.jpg\" rel=\"lightbox[10131]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-content\/uploads\/2015\/06\/IMG_2680\" width=\"100%\" \/><\/a><\/p>\n<p><br ><\/p>\n<p>Une chose particuli\u00e8rement frappante (pour moi tout du moins) lorsqu\u2019on se prom\u00e8ne ou r\u00e9side dans les cit\u00e9s italiennes, c&rsquo;est leur fonctionnalisme exacerb\u00e9. <\/p>\n<p>Je m\u2019explique. Lorsque je lis <em>Diabolik<\/em>, par exemple, dont j\u2019aime la long\u00e9vit\u00e9 nostalgique, je trouve une illustration de ce que je voudrais d\u00e9crire (tout comme je le trouvais d\u00e9j\u00e0 dans les manuels scolaires, mais aussi, pourquoi pas, dans les textes de Calvino, je pense \u00e0 <em>Marcovaldo<\/em>). Reclus dans leur refuge secret, <em>Diabolik<\/em> et Eva Kant lisent le journal, \u00e9coutent la radio, regardent la t\u00e9l\u00e9, ils \u00e9chafaudent de nouveaux plans pour s\u2019emparer de bijoux, jouissent du luxe de leur train de vie et s\u2019aiment. Le commissaire Ginko, sur la br\u00e8che en permanence, s\u2019\u00e9chine \u00e0 vouloir capturer le criminel, en vain. Les deux ennemis semblent pourtant se respecter, tant ils sont le miroir l\u2019un de l\u2019autre, les deux visages d\u2019une m\u00eame humanit\u00e9 (Eva Kant \u00e9tant oppos\u00e9e \u00e0 Altea).<\/p>\n<p>Les aventures se d\u00e9roulent dans un pays imaginaire de l\u2019Europe occidentale. Tous les noms, toutefois, sonnent \u00e9trangement germains. Les grandes villes sont Clerville, Ghenf, Burg, Beden&#8230;<\/p>\n<p>On reconna\u00eet facilement l\u2019Italie toutefois, plut\u00f4t celle du nord (d&rsquo;ailleurs Paris, Marseille, sont d\u00e9sign\u00e9es comme mod\u00e8le par les auteurs) : il y a la mer, les montagnes, les for\u00eats. Et les villes. Les villes, les immeubles, le syst\u00e8me de voirie, sont ceux de la ville moderne italienne. On croit parfois reconna\u00eetre les nouveaux quartiers, fascistes et post-fascistes, de Turin\/Milan, Rome, G\u00eanes. <\/p>\n<p>Cette ville <em>Diabolik<\/em>, cette ville repr\u00e9sent\u00e9e, ce mod\u00e8le de ville, ainsi, est celui de la ville italienne typique. En quoi cette ville repr\u00e9sente-t-elle un d\u00e9cor urbain aussi fantasm\u00e9 que r\u00e9el, comment font ses habitants, pourtant de chair et d\u2019os, pour y \u00e9voluer, travailler, vivre ?<\/p>\n<p>La ville italienne est une ville-mod\u00e8le, une ville g\u00e9n\u00e9rique : en elle, les choses sont claires.<\/p>\n<p>Les lieux de pouvoir (mairie, pr\u00e9fecture, <em>questure<\/em>) c\u00f4toient les lieux d\u2019art et culture (biblioth\u00e8que, mus\u00e9es, th\u00e9\u00e2tre, cin\u00e9ma), les \u00e9coles et facult\u00e9s se juxtaposent aux h\u00f4pitaux, aux cimeti\u00e8res. Les bus et les m\u00e9tros relient les points n\u00e9vralgique, les voiries portent tout cela. Il y a des boulevards et des places, des <em>lungomare<\/em>, des <em>centri storici<\/em>, des parcs.<\/p>\n<p>On va au restaurant, on va \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, on va manger une glace en bord de mer. On ach\u00e8te son journal au kiosque sur la place, on prendra peut-\u00eatre le trolley pour un ap\u00e9ritif en ville, \u00e0 la tomb\u00e9e ju jour on se retrouvera dans la grand\u2019rue pour la <em>passeggiata<\/em>.<\/p>\n<p>Les deux derniers paragraphes semblent idiots. On me dira que toutes les habitants de toutes les villes du monde, en Occident ou ailleurs, vivent ou peuvent vivre les m\u00eames choses.<\/p>\n<p>Je ne sais pas comment dire plus simplement : la ville italienne est organis\u00e9e autour de ses fonctions claires ; en somme l\u2019Italie et l\u2019Italien sont simples \u2014\u00a0et cela n\u2019emp\u00eache nullement la complexit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments qui en composent l\u2019histoire et les soubresauts \u2014 cela ne se veut pas un jugement n\u00e9gatif ou moqueur.<\/p>\n<p>Ceci m\u2019\u00e9voque notamment, dans le caract\u00e8re italien, l\u2019absence d\u2019ironie ou, dit autrement, l\u2019exc\u00e8s d\u2019ironie qui cumule en arrogance dans l\u2019esprit fran\u00e7ais, qui emp\u00eache finalement une saine et ing\u00e9nue ouverture \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 (la curiosit\u00e9).<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre en premier lieu parce qu\u2019une grande partie des villes sont finalement relativement modernes (pensons \u00e0 la Rome en chantier des films n\u00e9or\u00e9alistes, ou chez Pasolini ou Moravia) ; ensuite aussi peut-\u00eatre parce qu\u2019elles sont toutes le fruit de la m\u00eame id\u00e9ologie (post-fasciste &#038; d\u00e9mochr\u00e9tienne) c\u2019est-\u00e0-dire au m\u00eame catalogue de formes, comme des figures impos\u00e9es.<\/p>\n<p>Il y a bien s\u00fbr les contraintes locales, la mer, la montagne, ou les ruines romaines, m\u00e9di\u00e9vales, baroques, et il n\u2019y a peut-\u00eatre m\u00eame que \u00e7a, mais lorsqu\u2019on se prom\u00e8ne par exemple dans les villes du sud, d\u00e9velopp\u00e9es paradoxalement plus r\u00e9cemment, et si l\u2019on compare les plans, ou mieux, si on en \u00e0 l\u2019occasion, si on se prom\u00e8ne par exemple \u00e0 Pescare, \u00e0 Bari, \u00e0 Catane, \u00e0 Crotone, \u00e0 Tarente, \u00e0 Potenza, \u00e0 Ascoli Piceno, \u00e0 Sassari, \u00e0 Teramo, A Vibo Valentia&#8230; on ne sera pas surpris de se retrouver, co\u00fbte que co\u00fbte, dans la m\u00eame ville italienne.<\/p>\n<p>Ce qui d\u2019ailleurs conf\u00e8re \u00e0 l\u2019ensemble du pays une unit\u00e9, malgr\u00e9 son d\u00e9ploiement sur les latitudes, et par-devers ses difficult\u00e9s \u00e0 se penser comme v\u00e9ritable \u00e9tat-nation.<\/p>\n<p>Il y a une rationalisation des espaces, qui n\u2019est pas totalement assimilable \u00e0 l\u2019indistinction des espaces, propre \u00e0 la gestion capitaliste de la ville dont pourtant ils sont le jeu ; les lieux sont moins interchangeables qu\u2019ils sont d\u00e9di\u00e9s, ou d\u00e9vou\u00e9s, tel des monuments ; ils ont un usage pr\u00e9cis. Il n\u2019y a pas de brouillage des pistes et, m\u00eame s\u2019il est facile d\u2019errer ou de se perdre, ce ne sont pas des lieux du nomadisme ; une logique constitutive, organique, tient l\u2019ensemble, et c\u2019est je crois la m\u00eame qui unie mille dialectes en une langue, mille saveur en une cuisine, mille visages en un peuple, et mille pays en un seul qu\u2019on nomme l\u2019Italie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte fait suite, avec quelques autres, \u00e0 une premi\u00e8re tentative, il y a quelques ann\u00e9es. 01 \u2022 02 \u2022 03 \u2022 04 Une chose particuli\u00e8rement frappante (pour moi tout du moins) lorsqu\u2019on se prom\u00e8ne ou r\u00e9side dans les cit\u00e9s italiennes, c&rsquo;est leur fonctionnalisme exacerb\u00e9. Je m\u2019explique. Lorsque je lis Diabolik, par exemple, dont j\u2019aime&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2667,106],"tags":[1615,3016,303,321,3017,2530,1193],"class_list":["post-10131","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-fin-des-italies","category-vers-le-dehors","tag-alberto-moravia","tag-diabolik-serie","tag-italie","tag-italo-calvino","tag-marcovaldo","tag-pier-paolo-pasolini","tag-roma"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10131","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10131"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10131\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10919,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10131\/revisions\/10919"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10131"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10131"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.amboilati.org\/chantier\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10131"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}